Signes et Symboles – l'Image des Choses – Les Choses par l'Image - Et Ailleurs aussi...

Héraldie, qui traverse sa quatrième année, est un blog essentiellement consacré à l'héraldique. Cependant, il est largement ouvert sur tous les domaines : histoire, géographie, philosophie, littérature, poésie, symbolique, logotypie, chromolithographie, vexillologie, philatélie, numismatique, sigillographie, tyrosémiophilie, tégestophilie, oenographilie... mais aussi la musique, la peinture, la sculpture et l'art en général. Ce blog a donc aussi vocation à constituer une banque d'images (environ 35 000 à ce jour) et, idéalement, un portail vers toutes ces spécialités singulières.

mardi 28 juillet 2015

Canard jaune


Qu'il est bon, parfois, de pouvoir se réfugier
Dans un endroit intime où tout souci s'efface !
Le moment du bain est l'instant privilégié,
L'esprit se détend, le corps rompu se délasse.

Je me laisse longuement infusée, comme le thé ;
Il m'arrive de prendre la position fœtale
Et de murmurer une berceuse, voire de chanter
À tue-tête des chansonnettes aux paroles banales.

Justine se moque : – Il ne manque que le canard jaune !
– En effet, nous n'avons point ici pareille faune !
Et ainsi de suite ; nous aimons bien faire nos gourdes

Car cela nous libère et surtout nous allège,
Et même, d'une certaine façon, cela nous protège.
À ces moments-là, à toute raison nous sommes sourdes.

ML, La douceur angevine

Ma druidesse


Elle m'a appris a être la femme que je suis ;
Avant, de la femme je n'avais que l'apparence ;
Tout y était, et l'allure et le corps qui suit ;
À part ça, il me manquait presque tout : l'essence !

J'étais un homme engoncé dans un corps de femme ;
La chose n'est pas si rare, je l'ai appris depuis ;
Toute femelle n'est pas féminine, c'est là le drame
Inconscient qui met bien des couples dans l'ennui.

Elle n'a rien fait, elle était juste à mes côtés,
M'écoutait, toujours présente, toujours souriante ;
Je me réconciliais, redevenais confiante.

J'étais dans la fosse, c'est elle qui m'a remontée ;
Chacun de ses mots eut sur moi l'effet d'un baume ;
C'est ma druidesse et je l'aime ; elle est mon royaume !

You


You are my summer,
You are the sun that warms me,
The star of my night.

Summer night

Painting by Svetlana Vilueva

The violin sings
A warm starry summer night,
And the dream begins.

Esther Ling

Après moi le déluge !

Peinture de Claudio Sacchi  

Ce monde vit en disant : « Après moi le déluge ! »
Gouverner ce n'est plus tant prévoir que sonder
Et pour la plupart, l'argent est l'unique refuge ;
C'est sur la pulsion que ce système est fondé.

L'on s'étonne alors de ce que le monde dérive
Et que la planète toute entière est menacée
D'extinction. Si nous ne changeons bientôt de rive,
Tous ensemble, c'est bien ce qui va se passer !

Lors, peut-on qualifier d'espèce évoluée
Celle qui met en péril sa propre existence ?
Et que nous valent toute cette technique et toute cette science,

Si l'on n'est pas même capable d'évaluer
À quel point les risques ont dépassé la mesure ?
En vérité, l'humanité est immature !

ML, Le chemin des étoiles

Cavalière

Image du blog Herald Dick Magazine

L’Amazone avançant sur les herbages verts
Entre dans la lumière un peu décomposée ;
Sur la selle, légère, artistement posée,
Elle galope, vive, en terrain découvert.

Déjà le chaud soleil a repris la rosée
Et le grand cheval d’or, filant comme un éclair,
Emporte l’héroïne en ce monde trop clair,
Au monde révélée, au péril exposée.

Ne sachant qu’en penser, ils ont, les braves gens,
L’air perplexe devant ce parcours dérangeant,
Soupçonnant la révolte, ou même, l’insolence.

Mes chers concitoyens, vous n’êtes pas méchants,
Si vous ne comprenez la danse ni le chant,
Donnez-leur cependant l’hommage du silence.

Cochonfucius

Concert dans une rue

Image du blog Herald Dick Magazine

Un vieux musicien nous entraîne
En cette heure où le peuple boit ;
On entend fredonner sa voix
Et sonner les notes sereines.

Tout son visage est en éveil,
Il joue la musique éternelle,
Ainsi, nous vibrons avec elle,
Sous la caresse du soleil.

Plus tard, on va lui dire adieu,
Et la mélodie qui ruisselle
Guidera nos pas qui chancellent,
Le soir, à la grâce de Dieu.

Cochonfucius

Héraldique parallèle : de carnation et de sable

Peinture de Bruno Di Maio   

Le corps est belle et noble chose, en vérité ;  
Il n'est objet de vice que dans l'esprit malade  
Ou mal sevré d'une éducation héritée  
De cultures oppressives et autres belles salades.  

Le corps éveille le désir et donne du plaisir,  
C'est bel et bon, cela point ne le déshonore ;  
Si j'en fais objet de marché ou de loisir,  
Alors ça craint car j'ouvre une boîte de Pandore !  

Le mauvais génie qui sort de cette lampe-là  
N'est pas long à tomber son masque de gala  
Et à changer une noble chair en viande faisandée.  

De carnation sied à tout moment mais en lieu  
Où la compagnie est liée par le milieu ; *  
Le sable rehausse s'il inspire le bienfondé. **

Le spectre à trois faces
Héraldique parallèle  

* C'est-à-dire le cœur , siège de l'amour-sagesse et non pas de l'amour-désir ;
** Le beau ne peut véritablement se réaliser sans humilité, symbolisée ici par la couleur de sable des jambes (les pieds sur terre, c'est-à-dire l'ancrage dans la réalité de la condition humaine) ;

Je remercie Marie-Louise pour son aide précieuse à ces compositions que j'ai l'honneur de lui dédier.

Héraldique parallèle : de tanné, de gueules et de sable

Peinture de Paul Kelly

Les couleurs sont des vibrations aux effets
Multiples ; elles agissent sur le psychique, révèlent
Bien des choses ; on porte des chiffons, mais en fait,
On revêt des symboles ; lors, quand je renouvelle

Un habit, je suis plus attentive à sa couleur
Qu'à la seule idée qu'il soit surtout à la mode
(Dont il est inutile de dire qu'elle n'est qu'un leurre).
De tanné est émail qui jamais ne s'érode ;

Il est passe-partout ou passe-nulle part, c'est selon ;
On ne tient pas beaucoup à marquer sa présence.
Dessous, de gueules à même le corps est bonne décence

Car l'ardeur n'est point pour la première Madelon
Mais réservée à qui tient en moi sa demeure ;
De sable aux jambes pour avoir le pas arrimeur.

Le spectre à trois faces
Héraldique parallèle

Héraldique parallèle : de sable, de pourpre et de gueules

Peinture de Paul kelly

Si l'ombrelle (mais un parapluie fait bien l'affaire)
Est de sable, elle symbolise un caractère
Enclin à la réserve et à l'apaisement ;
De cette manière, le chef est couvert sobrement.

On est ce qu'on est mais en restant à sa place ;
L'on n'est sorti pas de la cuisse de Jupiter ;
De le croire, plus d'un a fini à la ramasse
Et s'est retrouvé, à la fin, plus bas que terre.

Le vêtu de pourpre diapré de sable
Est, pour être honnête, seulement recommandable
Aux esprits dotés d'une force de conciliation,

Sachant tenir l'empire des sens en juste mesure,
Faute, sinon, de changer le plaisir en blessure.
Plus d'un honneur a sombré sous l'humiliation.

Le spectre à trois faces
Héraldique parallèle

Héraldique parallèle : de pourpre, de sable et de gueules

Peinture de Paul Kelly

L'ombrelle de pourpre (ou appelez ça un parapluie)
Couvre mon chef de sa souveraine symbolique
Car c'est sur un principe élevé que s'appuie
L'âme cambrée qui veut faire œuvre métabolique,

Qui consiste à extraire de chaque chose le meilleur
Et de le lier en bonne place à l'ensemble ;
La force est dans l'unité toujours, pas ailleurs ;
Ce rappel n'est pas inutile, ce me semble.

De sable pour le corps (plus léger en-dessous :-)
Pour lui garder humilité et bon usage ;
Je crois même que ce rappel est encore plus sage.

De gueules pour l'ardeur car l'amour n'est jamais mou ;
« Aime et fais ce que tu veux » dit un bel adage ;
Nous ne parlons pas, bien sûr, des amours de passage.

Le spectre à trois faces
Héraldique parallèle

Flamboyance


Je sortais alors d'une histoire des plus sordides,
Comme en connaissent beaucoup de couples, tôt ou tard ;
Le monde n'était qu'un cloaque aux relents fétides ;
Plus rien n'avait de couleur, tout était blafard.

J'étais attablée, boulevard des Capucines,
Les idées noires, tout mon intérieur dévasté ;
J'avais bu ; j'étais en train de prendre racine ;
C'est alors qu'une femme prit place, juste à mes côtés ;

Elle me regarda, me sourit et prit commande
D'un thé ; elle ouvrit le dépliant d'un Salon.
Pourquoi l'avais-je d'abord prise pour une allemande ?
À cause de ses cheveux blonds qu'elle portait très longs ?

Ou d'une certaine gravité dans son élégance ?
Tout à coup, elle me prit le bras et s'écria :
« Oh ! Voyez donc, là, dans le ciel, cette flamboyance ! »
« Cette flamboyance »... D'emblée, ce mot me pénétra ;

Jamais plus je ne l'oublierais ! J'étais éteinte
Et c'est ce mot-là, prononcé par cette femme-là,
Qui m'avait rallumée ; j'en fus touchée, atteinte !
À jamais ! Je sais que c'est étrange, mais voilà.

Héloïse


Peinture d'Angie Braun 

     Héloïse dit : « J'ai dans l'idée que j'aurai beaucoup de mal à m'arracher d'ici, lundi matin. J'ai perdu la notion du temps. J'ai l'impression de vivre dans un continuel maintenant. Enfin, je veux dire que je vis sans me soucier ni d'avant, ni d'après. Ce n'est pas faute d'avoir déjà vécu cela auparavant, mais jamais sur une telle durée, jamais avec une telle intensité et, curieusement, jamais avec autant de simplicité. J'éprouve moins le besoin de sortir. J'en ai de moins en moins envie. Pour faire quoi ? Maintenant que j'y pense, j'ai le sentiment de m'être dispersée, étourdie même. D'avoir vécu mille et une choses en même temps. Autant dire aucune. En fait, j'ai plutôt entre-vécu. Je m'en rends compte maintenant. Tu sais, quand on est jeune, on rêve la grande vie : rencontrer des gens connus, fréquenter le beau monde – ou ce qu'on appelle ainsi – voyager, courir les boutiques... Enfin, tu vois le genre. Je sais, ce n'est pas très original, j'en conviens, mais j'étais ainsi. Tout ça, je l'ai eu. Mais je n'étais pas heureuse. Je confondais la satisfaction avec le bonheur, la jouissance avec la vraie joie. J'évoluais au milieu de gens qui avaient tout. Qui pouvaient s'offrir un caprice qui aurait fait vivre une famille entière pendant un mois. Mais ils consommaient des stupéfiants, sniffaient de la coke. C'est là que j'ai compris qu'il leur manquait quelque chose d'essentiel. Qui est à l'intérieur. Qui ne peut pas s'acheter. Enfin, je ne te fais pas un plan, tu connais l'univers que j'essaie de te décrire. Certains des textes de ton carnet de rue l'expriment assez bien, à mon sens. » 

lundi 27 juillet 2015

Transparence du vide

Peinture de Dan Quintina  

Nul ne veut se reconnaître dans ce portrait
Qui montre jusqu'où peut mener la déchéance ;
Pourtant, cette image qui certes force un peu le trait
Représente bien, à plus ou moins brève échéance,

Le visage moral de l'esprit futile et vain,
Grassement installé dans le vide qui l'habite ;
Se la jouant vertu et se croyant devin ;
Sourire de façade mais l'âme rongée par les mites ;

À l'extérieur, une frimousse de papier glacé,
Mais au dedans, une grimace de papier toilette ;
L’œil sec, le regard éteint et la bouche blasée.

La métamorphose intérieure suit son chemin ;
Le temps efface le fard et jette aux oubliettes
Les paradis de carton-pâte sans lendemain.

Le spectre à trois faces
Portraitiste du vide

Femme de papiers

Peinture d'Andrius Kovelinas

L'Amie, à défaut d'être une femme de lettres,
Je suis du moins une femme de papiers, sans conteste ;
Mes notes qui s'égarent... Où ai-je bien pu les mettre ?
Je ne retrouve plus rien ; je tempête et je peste !

Quand je pense à tous les sonnets que j'ai perdus...
J'en pleure parfois car jamais plus je ne retrouve
Ces mots qui me vinrent, dans ces moments détendus
Où je ne n'étais plus ni le spectre ni la louve,

Mais une femme, tout simplement, qui désirait juste
Aimer et être aimée, dans un monde si fruste
Et si égoïste que je me demande comment

Il tient encore debout ! Mais je suis bien heureuse
Car dans ce désert, il est une vallée herbeuse
Où le lion et la gazelle s'aiment tendrement.

La rose et le raisin

Peinture de Claudio Sacchi  

Sur l'autel de mes dieux lares, je dépose deux choses :  
Le raisin, car fruit de la terre et du soleil,  
Qui réchauffe le cœur et l'esprit ; dessus, la rose,  
Qui est tant fleur d'amour que de mystique éveil.  

J'aime goûter au vin de cette bonne terre angevine ;  
Il allège la tête et n'est pas lourd au ventre ;  
Il danse en mes entrailles telles des lucioles coquines,  
Sans me faire perdre ni le nord ni le centre.  

Mais plus que tout au monde, et même bien au-delà,  
Celle qui vraiment emblématise mon être-là,  
 C'est la rose, déjà comme fleur, surtout comme symbole ;  

Si j'y reviens sans cesse, si je la chante autant,  
C'est parce qu'un jour, il y a de cela quelque temps,  
L'une d'elle m'a fait naître, avec juste une parole.

Vélo qui plane

Image du blog Herald Dick Magazine

L’extra-terrestre vole aux monts de Slovénie ;
Il va vers la planète où l’attend son amour,
Quelques étoiles d’or s’allument à l’entour,
Sa longue trajectoire en est moins alourdie.

Trop rester sur la Terre eût été maladie,
Donc, il était bien temps d’écourter ce séjour
D’un voyageur qui vint chez nous pour quelques jours ;
Et qu’il voyage en paix, lui qui nous étudie.

Tu trouves ce récit tiré par les cheveux ?
Bon, c’est une fiction, oublie-le, si tu veux,
Choisis, pour t’amuser, d’autres conteurs habiles.

Le vélo, à nos yeux, sera bientôt caché,
Alors, bien sagement, nous irons nous coucher,
Bercés par la rumeur de la terrienne ville.

Cochonfucius

Sonneur-sanglier

Image du blog Herald Dick Magazine

Sanglier noir, sonneur de cornemuse,
Tu mets la joie au cœur de la forêt ;
Plus d’un bestiau se dit qu’il lui faudrait,
Ainsi que toi, rendre un hommage aux muses.

Ta mélodie apprivoise un nuage
Qui est venu arroser mon jardin ;
On voit danser le blaireau et le daim
Au beau milieu du verdoyant herbage.

Sanglier noir, vas-tu former un groupe ?
Les animaux s’en viendraient t’applaudir ;
En les charmant, mais sans les assourdir,
Tu séduirais cette dansante troupe.

Cochonfucius

Rivage

Peinture d'Eric Wallis

Un endroit discret, déserté, presque sauvage, ;
Il a ce qu'il faut : la mer, les vagues, le sable,
L'odeur des algues, les mouettes qui survolent la plage ;
C'est notre coin, peu de lieux lui sont semblables ;

Sans dire un mot, nous marchons le long du rivage,
Heureuses d'être ensemble, de vivre, simplement ;
Nous savons que nous traversons les plus belles pages
De notre vie qui, à dire vrai, vient seulement

De commencer. Nous sommes heureuses d'être au monde ;
Nous fermons nos yeux, tant la lumière nous inonde ;
Nos mains caressent l'onde tranquille, nos yeux boivent la mer ;

Le vent fait flotter nos chevelures, telles des voiles,
Et nos corps sont les mâts de la nef des étoiles.
Tu es d'eau et de feu, je suis d'air et de terre.

ML, Le chemin des étoiles

Ghetto Manager

Peinture d'Alberto Pancorbo 

Paris, point le plus éloigné du Paradis, n'en demeure pas moins le seul endroit où il fasse bon désespérer. 
Emil Michel Cioran, Syllogismes de l’Amertume 

     Depuis qu'il vivait seul, il avait pris l'habitude de se rendre à Notre-Dame, le dimanche en fin d'après-midi. Auparavant, il faisait un petit crochet par la librairie Boulimier, sur le Boulevard Saint-Michel. C'était la seule à être ouverte. Quand il logeait encore à l'hôtel, il passait souvent des journées entières à lire, couché sur le lit. Il dévorait un roman par jour, un rythme de lecture jusqu'alors inégalé. Il s'était pris de passion pour l’œuvre de Serge Brussolo, véritable génie du roman noir dont l'imagination prolifique avaient produit des histoires machiavéliques qui jouaient avec les nerfs du lecteur. Le thriller d'épouvante l'amena vers des genres qu'il avait peu pratiqués jusqu'alors. C'est ainsi qu'il jeta son dévolu sur les romans policiers et d'espionnage. Il découvrit que c'était loin d'être de la littérature de second ordre, bien au contraire. En dehors des classiques qui gardaient sa faveur, il avait surtout lu des romans historiques, de préférence quand ils avaient la Rome antique pour cadre. Il avait même commencé à constituer une bibliothèque spécialement consacrée à cette époque et qui réunissait déjà plusieurs centaines d'ouvrages, avec les problèmes de rangement que l'on imagine. Isabelle et les enfants jugeaient cette passion extravagante. Elle confinait même à la pathologie. D'un côté, il souffrait de cette incompréhension mais la comprenait de l'autre. Ses centres d'intérêt l'emportaient souvent loin des autres, loin des siens qu'il négligeait complètement. Il devenait exclusif, au point de s'enfermer dans un monde étanche, inaccessible. Pour Isabelle, il était purement et simplement dans une forme de fuite. Était-ce elle qu'il fuyait ou quelque chose de lui-même ? Qu'elle mettait en lumière... 

Clarisse

Peinture de Salvador Dali (1904-1989), The ship 

Je ne connaissais pas son nom. Je ne le connais toujours pas, d'ailleurs.
Mais je ne veux rien oublier de cette rencontre.
Il est arrivé comme tous les autres, lorsque le vent était favorable, par une mer apaisée.
Mais à l'inverse de la foule indistincte de navigateurs, lui, voyageait seul.
J'ai lu sur son voilier le prénom "Clarisse", repeint (je l'ai vu d'après la couleur) plusieurs fois après sa première pose.
Cette petite idée, ce nom plein de douceur, a voleté devant mes yeux un moment, tandis que j'imaginais à qui il appartenait.
Clarisse aurait pu être sa fille, ou sa mère, ou tout simplement un nom à la sonorité qui lui a plu.
Mais pour moi, elle était celle qu'il avait aimée et perdue.
Et ce nom dans l'air était soudain devenu les fortifications d'une centaine de mots, montant toujours plus haut, construisant un château s'élevant vers mon imagination.
L'homme n'est pas resté très longtemps à ce port, peut-être juste assez de temps pour que je fasse de lui l'une de mes petites figures de papier, l'une de mes histoires.

dimanche 26 juillet 2015

S'aimer c'est se regarder l'un l'autre

Peinture de Richard Bergh (artiste Suédois, 1858-1919)

L'Ami, s'aimer, dit-on, ce n'est pas se regarder l'un l'autre, mais regarder ensemble dans la même direction. Belle citation, sans doute, mais qui prête à réflexion. Je rapporte donc ici, de manière très ramassée, la substance d'une longue conversation que nous eûmes sur le sujet, à maintes reprises d'ailleurs, car la problématique relationnelle, nous en sommes d'accord, est au cœur de tous les problèmes dont ce monde se trouve affligé. C'est peu dire.

Le bonheur est dans le jardin

video
Musique de King Crimson et peinture d'Andrius Kovelinas 

J'aime t'écouter jouer à la flûte traversière,
Surtout quand tu improvises des airs qui évoquent
En moi des paysages de landes et de bruyère
Ou m'inspirent des danses lascives ou parfois loufoques.

Je me laisse alors porter par les sons, mon corps
Faisant à sa guise, juste revêtu d'une musique
Qui l'enveloppe et dont les volutes sont en accord
Avec mes folles compositions chorégraphiques.

Il nous arrive souvent d'être pliées de rire,
Sans raison précise : mais aussi, et c'est bien pire,
De nous courir après, à travers le jardin

Et la maison, riant de plus belle quand ta tante
Hausse les épaules, tout en nous trouvant si charmantes
D'ainsi égayer ses vieux jours dès le matin.