samedi 25 juin 2016

Le coq céleste

(Blason d'Andechy)

Selon les Chinois, le Coq Céleste est un oiseau à plumage doré qui chante trois fois par jour. D'abord quand le soleil prend son bain national aux confins de l'océan ; puis quand le soleil est au zénith ; enfin quand il disparaît au couchant. Le premier chant secoue les cieux et réveille l'humanité. Le Coq Céleste est l'ancêtre du Yang, principe masculin de l'univers. Il est pourvu de trois pattes et il fait son nid dans l'arbre Fusant dont la hauteur se mesure par milliers de mètres et qui pousse dans le pays de l'aurore. La voix du Coq Céleste est très forte, son port, majestueux. Il pond des oeufs d'où sortent des poussins à crêtes rouges qui tous les matins répondent à son chant. Tous les coqs de la Terre descendent  du Coq Céleste qu'on appelle aussi l'Oiseau de l'Aube.


                      Extrait de " Le Livre des êtres imaginaires " de Jorge Luis Borges

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Tranché d'azur et d'argent à un coq brochant sur la partition,
   d'or sur azur et de gueules sur argent.

Château de l'ondin

Image de l’auteur

C’est le manoir où vécut autrefois
Le bel ondin, sans armes, sans armure,
Se nourrissant de quelques fruits de ses bois ;
Il ignorait le mensonge et l’injure,

De pauvreté ne craignait meurtrissure,
Ni destrier n’avait, ni palefroi,
Ni ne partait en quête d’aventure,
Aimant Nature aux poétiques lois.

Maint chevalier mis en déconfiture
Trouva refuge, avec sabre et pavois,
Près de l’ondin, sur une couche dure,
Pris en pitié quand il fut aux abois.

Cochonfucius

Ambivache

Image de l’auteur

Elle n’a pour pasteur le noble roi de gloire,
Ses sabots ne sont point de vernis embellis ;
Lui donnant, toutefois, sa place en mes écrits,
Je chante un ruminant de joyeuse mémoire.

Son double chef cornu remporte des victoires,
Un écu est orné de son profil joli,
Et d’or et de sinople est ce blason fleuri
Que fit un héraldiste au talent méritoire.

Sans doute existe-t-il, dans l’univers divin
Un djinn quadricornu qu’adorent ses voisins
Comme ils ont exalté le Seigneur de Palmyre ;

Ambivache, priez les ambidieux pour nous,
Et la postérité se souviendra de vous,
Comme d’un phénomène, un bovin qu’on admire.

Cochonfucius

Voyage

(Blason de l'Aveyron)

"Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas"
Lao-Tseu

(Blason d'Arcizac-ez-Angles)

"Le monde est un livre et ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une page"
Augustin d'Hippone

(Blason de la Manche)

"Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher
de nouveaux paysages mais à avoir de nouveaux yeux"
Marcel Proust

(Blason d'Ancy-le-Libre)

"On ne va jamais aussi loin que lorsqu'on ne sait pas où l'on va"
Christophe Colomb


(Blason d'Amanlis)

"Le plus beau voyage, c'est celui qu'on n'a pas encore fait"
Loïc Peyron


(blason de l'Ardèche )

"Veux-tu vivre heureux? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pour recevoir"
Goethe

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- Coupé mi-parti en chef, au premier d'argent à la tour de sinople, crénelée de sept pièces, maçonnée ajourée et ouverte de sable, au deuxième de gueules au léopard lionné d'or, au troisième d'azur plain.  (Blason de l'Aveyron)


- D'azur à une bande d'or accompagné en chef d'une palme d'argent posée en barre. (Blason d'Arcizac-ez-Angles)
 
- Parti d'argent et de gueules à une vache brochant sur la partition, d'or sur argent et d'argent sur de gueules ; à un croissant de lune d'argent en chef à dextre.  (Blason de la Manche)

 - D'azur à une colombe d'or volante, membrée et becquée de gueules.  (Blason d'Ancy-le-Libre)


- D'azur à une barque contournée d'argent habillée d'or ; au chef d'argent chargé de trois mouchetures d'hermines.
(Blason d'Amanlis)


- D'azur à un mont d'or mouvant de la pointe monté d'une fenêtre de style gothique colonnée, peronnée d'un degré le tout d'argent, accompagnée en chef de deux chèvres saillantes affrontées d'or et lampassées de gueules. (Blason de l'Ardèche)

vendredi 24 juin 2016

Homme

(Blason d'Abilly)


l'Ami du jour,
l'Amant de la nuit,
le Confident de l'ombre,
le Frère jumeau,
le Compagnon du rêve,
le Poète de cette étrangeté
si précieuse et tellement
indispensable à l'amie.
Guerrier, Ermite
Qui offre si généreusement
Des rivières de mots qui scintillent
En rejoignant l'océan du coeur
Où se reflètent les étoiles du désir.

Luciole 
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D'or au sautoir d'azur cantonné de quatre étoiles du    
même et chargé en coeur d'une étoile du champ.

Haute voltige

Image de l’auteur

Les anges ne sont pas des oiseaux de malheur,
Ce sont joyeux danseurs, tournant sans s’arrêter,
Ils ont ce que l’argent ne peut pas acheter,
Deux beaux yeux qui jamais ne verseront de pleurs.

Ils vivent volontiers sans objets de valeur ;
Ils valsent sans fatigue et sans se tourmenter,
Sans raison de se plaindre ou de se lamenter,
Sans éprouver de lourde ou légère douleur.

Dieu leur donna mission de louange exhaler,
De chevaucher le vent, des grands cieux dévaler,
Angelots dont la vie ne s’alambique pas.

À nous de mal dormir, à nous de larmoyer,
De regretter souvent la tiédeur du foyer,
Mais à nous, toutefois, pinard et bons repas.

Cochonfucius

Charpentiers, père et fils

Image de l’auteur

Travaillant encore et encore,
Ils ne voient pas le temps qui fuit.
Ouvrant leur chantier à l’aurore,
Ils le closent quand vient la nuit.

Braves pêcheurs sur les rivages,
Nobles bergers en haut des monts,
Paysans guettant les nuages,
Anges, dieux, vestales, démons,

Les charpentiers, veuillez le croire
Vous serviront de tout leur coeur
Sans réclamer la moindre gloire,
Sans rien… tout juste le bonheur !

Cochonfucius

jeudi 23 juin 2016

Sonnetisation du brevet des collèges 2016

-Texte initial :

      " C'est très long, quand on ne voit même pas la fumée de sa pipe, quand l'homme qui est tout près n'est plus qu'une masse d'ombre indistincte, quand la tranchée pleine d'hommes s'enfonce dans la nuit, et se tait. Sous les planches les gouttes d'eau tombent, régulières. Elles tombent, à petits claquements vifs, dans la mare qu'elles ont creusée. Une... deux... trois... quatre... cinq... Je les compte jusqu'à mille. Est-ce qu'elles tombent toutes les secondes?... Plus vite: deux gouttes d'eau par seconde, à peu près; mille gouttes d'eau en dix minutes... On ne peut pas en compter davantage. 
      On peut, remuant à peine les lèvres, réciter des vers qu'on n'a pas oubliés. Victor Hugo; et puis Baudelaire; et puis Verlaine; et puis Samain... C'est une étrange chose, sous deux planches dégouttelantes, au tapotement éternel de toutes ces gouttes qui tombent... Où ai-je lu ceci? Un homme couché, le front sous des gouttes d'eau qui tombent, des gouttes régulières qui tombent à la même place du front, le taraudent et l'ébranlent, et toujours tombent, une à une, jusqu'à la folie... Une... deux... trois... quatre... Il n'y a pourtant, sur les planches, qu'une mince couche de boue. Depuis des heures il ne pleut plus. D'où viennent toutes les gouttes qui tombent devant moi, et mêlées à la boue enveloppent ainsi mes jambes, montent vers mes genoux et me glacent jusqu'au ventre? 

Le bois était triste aussi,
Et du feuillage obscurci,
Goutte à goutte,
La tristesse de la nuit
Dans nos coeurs noyés d'ennui
Tombait toute... 

   Les gouttes tombent au rythme de ce qui fut la Chanson Violette, je ne sais quelle burlesque antienne qui s'est mise à danser sous mon crâne... Une... deux...trois... quatre... 

    La planche était triste aussi 
Et de son bois obscurci,
Goutte à goutte... 

   Je vais m'en aller. Il faut que je me lève, que je marche, que je parle à quelqu'un..."
  Maurice Genevoix ,"La Boue", Ceux de 14, 1916.


- Sonnet dialogué de Laurent Dyrek, professeur de lettres,  à partir du texte de Maurice Genevoix "Dans la Boue" dans Ceux de 14 .

Blason de la famille de Cardaillac
(dessiné par O. de Chavagnac pour l’Armorial des As)


"Que je me lève, que je marche, que je parle
A quelqu'un" mais j'entends goutter à l'infini
Dans la tranchée encor la pluie a fait son nid
Qui va là ? c'est Simon ? c'est Guillaume ? c'est Charles ?

- C'est ton copain Henri, du régiment de Bar-le-
Duc, de la même classe, ici on est puni
Dans la boue et la peur. Je songe à ma Mony
L'absente de mes jours et de mes nuits près d'Arles

- J'ai composé hier une carte à ma Lou
Je parlais des obus d'artifice et du flou
Qu'est devenu le sol et du cri des visages

- Tiens bon encor la nuit et le jour à venir
L'avenir nous attend par-delà tous les tirs
Et les feux des canons plus crus que les orages
______ 

D’or à une épée de gueules garnie d’argent accostée de deux grenades de guerre de sable allumées de gueules à la bande d’azur brochant sur le tout chargée de trois étoiles d’argent à la champagne de gueules.

Planète improbable

Image de l’auteur

Cette planète rit et pleure,
Puis, fort brusquement, s’assagit ;
Une foule de chiens surgit
Sans qu’on devine leur demeure.

Ici, des vestales mineures
Sourient d’un arbre qui mugit ;
Un champignon magique agit,
Mû par une force intérieure.

Les lunes ne sont pas immenses,
Mais sont atteintes de démence ;
Sitôt que celle-ci les mord,

On peut les voir, d’un air funèbre,
Emplir l’espace de ténèbres ;
Les chiens vont hurlant à la mort.

Cochonfucius

Piaf-Tonnerre à Bordeaux

Image de l’auteur

Voici que Piaf-Tonnerre, un joyeux personnage,
Va prendre du bon temps avec ses compagnons ;
Ira-t-il, pour cela, au pays bourguignon ?
Son destin l’a pourvu d’un tout autre apanage.

La poésie et lui font un heureux ménage,
Et l’omelette aussi, avec des champignons ;
Il n’est de grand lignage, il n’a pas de pognon,
Mais que vaut un trésor, que vaut un baronnage,

Que vaut ce qu’on acquiert par un maquignonnage ?
Mieux vaut un tavernier qui ne soit pas grognon,
Une maison de ville au modeste pignon,
Une accorte voisine aimant les badinages.

Cochonfucius

Mirabelle et le dalmatien



Sous la coupole débattent des rhétoriciens 
Craignant qu’on parle comme des vaches d’Espagne. 
Après le travail certains sabrent le champagne 
Avec leur splendide épée d’académicien. 
  
Ainsi un jeune immortel délaisse les siens, 
Au grand désespoir de sa fidèle compagne 
Qui décide de prendre l'air à la campagne  
Avec dans ses bagages son grand dalmatien.  

Un jour qu’il vagabonde à coté de la ferme, 
Abusée par l'aspect des poils couvrant son derme, 
Mirabelle confond le chien avec un veau.

Le voyant seul elle le prend sous ses mamelles, 
Le canidé ne regrette pas sa gamelle ; 
Le liquide est chaud à la sortie du tonneau. 

Summer

Painting by Katarzyna Kurkowska 

The first summer day,
We play and run in the hills,
A day of happiness

The violin jumps for joy,
The wild flowers are its note.

Découverte de l'amitié. Théâtre héraldique.


Acte III, scène 5


Alcmène                                                                                                     Jupiter



(Blason de Gif sur yvette)                                                                                       (Blason de saint-Vaury)
(...)

ALCMÈNE

Et si je vous offrais mieux que l’amour? Vous pouvez goûter l’amour avec d’autres. Mais je voudrais créer entre nous un lien plus doux encore et plus puissant: seule de toutes les femmes je puis vous l’offrir. Je vous l’offre.

JUPITER

Et c’est ?

ALCMÈNE

L’amitié !

JUPITER

Amitié! quel est ce mot? Explique-toi.Pour la première fois, je l’entends.

ALCMÈNE

Vraiment! Oh! alors je suis ravie! Je n’hésite plus! Je vous offre mon amitié. Vous l’aurez vierge...

JUPITER

Qu’entends-tu par là? C’est un mot courant sur la terre ?

ALCMÈNE

Le mot est courant.

JUPITER

Amitié... Il est vrai que, de si haut, certaines pratiques des hommes nous échappent encore...
Je t’écoute... Lorsque des êtres se cachent comme nous, à l’écart, mais pour tirer des pièces d’or de vêtements en loques, les compter, les embrasser, est-ce là l’amitié ?

ALCMÈNE

Non, c’est l’avarice.

JUPITER

Ceux, quand la lune est pleine, qui se mettent nus, le regard fixé sur elle, passant les mains sur leur corps et se savonnant de son éclat, ce sont là les amis?

ALCMÈNE

Non, ce sont les lunatiques !

JUPITER

Parle clairement! Et ceux qui dans une femme, au lieu de l’aimer elle-même, se concentrent sur un de ses gants, une de ses chaussures, la dérobent, et usent de baisers cette peau de bœuf ou de chevreau, amis encore ?

ALCMÈNE

Non, sadiques.

JUPITER

Alors, décris-la moi, ton amitié. C’est une passion ?

ALCMÈNE

Folle.

JUPITER

Quel est son sens ?

ALCMÈNE

Son sens ? Tout le corps, moins un sens.

JUPITER

Nous le lui rétablirons, par un miracle. Son objet ?

ALCMÈNE

Elle accouple les créatures les plus dissemblables et les rend égales.

JUPITER

Je crois maintenant comprendre! Parfois, de notre observatoire, nous voyons les êtres s’isoler en groupes de deux, dont nous ne percevons pas la raison, car rien ne semble devoir les accoler:un ministre qui tous les jours rend visite à un jardinier, un lion dans une cage qui exige un caniche, un marin et un professeur, un ocelot et un sanglier. Et ils ont l’air en effet complètement égaux, et ils avancent de front vers les ennuis quotidiens et vers la mort. Nous en venions à penser ces êtres liés par quelque composition secrète de leur corps.

ALCMÈNE

C’est très possible. En tout cas, c’est l’amitié.

JUPITER

Je vois encore cet ocelot. Il bondissait autour de son cher sanglier. Puis, dans un olivier, il se cachait, et, quand le marcassin passait grognant près des racines, se laissait tomber tout velours sur les soies.

ALCMÈNE

Oui, les ocelots sont d’excellents amis.

JUPITER

Le ministre, lui, faisait dans une allée les cent pas avec le jardinier. Il parlait des greffes, des limaces; le jardinier, des interpellations, des impôts. Puis, chacun ayant dit son mot, ils s’arrêtaient au terme de l’allée, le sillon de l’amitié sans doute tracé jusqu’au bout, et se regardaient un moment bien en face, clignant affectueusement l’œil et se lissant la barbe.

ALCMÈNE

Toujours, les amis.

JUPITER

Et que ferons-nous, si je deviens ton ami ?

ALCMÈNE

D’abord, je penserai à vous, au lieu de croire en vous... Et cette pensée sera volontaire, due à mon cœur, tandis que ma croyance était une habitude, due à mes aïeux... Mes prières ne seront plus des prières, mais des paroles. Mes gestes rituels, des signes.

JUPITER

Cela ne t’occupera pas trop ?

ALCMÈNE

Oh! non. L’amitié du dieu des dieux, la camaraderie d’un être qui peut tout, tout détruire et tout créer, c’est même le minimum de l’amitié pour une femme. Aussi les femmes n’ont-elles point d’amis.

JUPITER

Et moi, que ferai-je

ALCMÈNE

Les jours où la compagnie des hommes m’aurait excédée, je vous verrais apparaître, silencieux; vous vous assiériez, très calme, sur le pied de mon divan, sans caresser nerveusement la griffe ou la queue des peaux de léopard, car alors ce serait de l’amour, – et soudain vous disparaîtriez... Vous auriez été là! Vous comprenez ?

(...)


Amphitryon, Jean Giraudoux (1882-1944)

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D’azur à la tête de femme d’argent couronnée d’or, accompagnée de trois fleurs de lys du même. (Blason de Gif-sur-Yvette)

 D'azur à un buste de sable, vêtu et diadémé d'or, accompagné de trois fleurs de lys du même posées 2 et 1 (Blason de Saint-Vaury)

Femme

(Blason de l'Haÿ-les-Roses)

Soeur lorsqu'elle partage ta fortune ou ton
Infortune. Amie lorsqu'elle te regarde en
Clignant de l'oeil, un doigt sur la bouche, étant
Ton égal lors que vos deux consciences sont

Transparentes l'une à l'autre. Amante lorsqu'en
Elle tu reconnais l'étrangeté qui te
Deviendra indispensable et précieuse quand
Tu verras ses palais, ses jardins savoureux.

Tu découvriras des sources sous les feuilles et
Des fleurs! Il y en a trop! c'est un incendie
De roses! Epouse dans les douceurs infinies.

Soldat qui prend sur ses épaules le poids
Des enfants qu'elle met au monde et tout cela
En gardant la jeunesse de la flamme exacte.
_____

D'or aux huit roses de gueules mis en orle et boutonnées d'argent.

mercredi 22 juin 2016

Miroitier barbare

Image de l’auteur

Le miroir déformant veut refléter le monde,
L’altitude des monts, les arbres innommés,
Mais il produit souvent des reflets abîmés,
Univers décalé, réalité seconde.

Son imagination est-elle donc féconde ?
C’est à chacun de nous de voir et d’estimer
À quoi ce grand trafic d’images peut rimer,
Dont, sur blogs et forums, les exemples abondent.

Pourra-t-il amuser les enfants des cités,
Leur esprit créatif en est-il excité ?
Ou désireront-ils des choses plus étranges ?

L’hexapode lunaire en est peu convaincu,
Pourquoi remplace-t-on sa tête par son cul ?
C’est vrai, tu as raison, c’est bizarre, dit l’ange.

Cochonfucius

Nef de loup

Image de l’auteur

Ce jour, le loup d’azur a tout ce qu’il désire,
Une splendide nef pour voguer en tous lieux ;
Il n’est pas effrayé par les longs bords qu’il tire,
Il vire bord sur bord, à la grâce de Dieu.

Naviguer au long cours, c’est sa manière d’être,
La nef de bon aloi ne saurait lui mentir ;
De la rouge chapelle, il est le très saint prêtre,
Dont quelquefois l’on voit un bel ange sortir.

De la régate, au port, il gagne plusieurs manches,
Sa vie est un plaisir, c’est moi qui vous le dis,
Il boit un coup de rouge au repas du dimanche,
Il commence à pêcher du poisson le lundi.

Cochonfucius

mardi 21 juin 2016

Dom Juan, le mythe. Le festin de pierre.

(Blason de Coulommiers)

Non! Personne ne résiste à ce personnage
Tant son attrait est grand. Il fascine et lui-même
S'adore. Oui, il aime être aimé parce qu'il s'aime.
Mais lorsque la statue du commandeur s'engage

Sur la route de celui qui va... créature
Faible en proie au temps, alors l'espace de la
Pièce s'ouvre sur celui de l'au-delà.
Dom Juan accepte par pur esprit d'aventure

De dîner avec elle, ainsi il entrera dans
Son univers et deviendra comme elle immortel.
Pour demeurer dans le changement, Dom Juan

Pousse plus loin les limites du possible
Représente-t-il là un fantasme terrible:
Qu'on reconnaisse son désir de liberté ?
______

D'azur au colombier d'or rond de pierre de tailles à cinq assises, à  la porte de bois  ferrée au toit d'ardoise surmonté d'une  lanterne  et d'une boule d 'argent à la girouette d'or aussi. Des colombes d'argent volantes ; quatre à dextre, deux viennent et deux fuient ; à senestre, trois viennent et une fuit. Aux deux serpents d'or dressés et entrelacés par la queue, langués de gueules

La forêt de Ronsard

(Blason de Mittlach)


Elégie



                           Quiconque aura premier la main embesongnée
                           A te couper, forest, d'une dure congnée,
                           Qu'il puisse s'enferrer de son propre baston,
                           Et sente en l'estomac la faim d'Erisichton,
                           Qui coupa de Cerés le Chesne venerable
                           Et qui gourmand de tout, de tout insatiable,
                           Les bœufs et les moutons de sa mère esgorgea,
                           Puis pressé de la faim, soy-mesme se mangea :
                           Ainsi puisse engloutir ses rentes et sa terre,
                           Et se devore après par les dents de la guerre.
                           Qu'il puisse pour vanger le sang de nos forests,
                           Tousjours nouveaux emprunts sur nouveaux interests
                           Devoir à l'usurier, et qu'en fin il consomme
                           Tout son bien à payer la principale somme.
                           Que tousjours sans repos ne face en son cerveau
                           Que tramer pour-neant quelque dessein nouveau,
                           Porté d'impatience et de fureur diverse,
                           Et de mauvais conseil qui les hommes renverse.
                           Escoute, Bucheron (arreste un peu le bras)
                           Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas,
                           Ne vois-tu pas le sang lequel degoute à force
                           Des Nymphes qui vivoyent dessous la dure escorce ?
                           Sacrilege meurdrier, si on prend un voleur
                           Pour piller un butin de bien peu de valeur,
                           Combien de feux, de fers, de morts, et de destresses
                           Merites-tu, meschant, pour tuer des Déesses ?
                           Forest, haute maison des oiseaux bocagers,
                           Plus le Cerf solitaire et les Chevreuls legers
                           Ne paistront sous ton ombre, et ta verte criniere
                           Plus du Soleil d'Esté ne rompra la lumiere.
                           Plus l'amoureux Pasteur sur un tronq adossé,
                           Enflant son flageolet à quatre trous persé,
                           Son mastin à ses pieds, à son flanc la houlette,
                           Ne dira plus l'ardeur de sa belle Janette :
                           Tout deviendra muet : Echo sera sans voix :
                           Tu deviendras campagne, et en lieu de tes bois,
                           Dont l'ombrage incertain lentement se remue,
                           Tu sentiras le soc, le coutre et la charrue :
                           Tu perdras ton silence, et haletans d'effroy
                           Ny Satyres ny Pans ne viendront plus chez toy.
                           Adieu vieille forest, le jouët de Zephyre,
                           Où premier j'accorday les langues de ma lyre,
                           Où premier j'entendi les fleches resonner
                           D'Apollon, qui me vint tout le coeur estonner :
                           Où premier admirant la belle Calliope,
                           Je devins amoureux de sa neuvaine trope,
                           Quand sa main sur le front cent roses me jetta,
                           Et de son propre laict Euterpe m'allaita.
                           Adieu vieille forest, adieu testes sacrées,
                           De tableaux et de fleurs autrefois honorées,
                           Maintenant le desdain des passans alterez,
                           Qui bruslez en Esté des rayons etherez,
                           Sans plus trouver le frais de tes douces verdures,
                           Accusent vos meurtriers, et leur disent injures.
                           Adieu Chesnes, couronne aux vaillans citoyens,
                           Arbres de Jupiter, germes Dodonéens,
                           Qui premiers aux humains donnastes à repaistre,
                           Peuples vrayment ingrats, qui n'ont sceu recognoistre
                           Les biens receus de vous, peuples vraiment grossiers,
                           De massacrer ainsi nos peres nourriciers.
                           Que l'homme est malheureux qui au monde se fie !
                           Ô Dieux, que véritable est la Philosophie,
                           Qui dit que toute chose à la fin perira,
                           Et qu'en changeant de forme une autre vestira :
                           De Tempé la vallée un jour sera montagne,
                           Et la cyme d'Athos une large campagne,
                           Neptune quelquefois de blé sera couvert.
                           La matiere demeure, et la forme se perd.

Pierre de RONSARD (1524-1585)
(Recueil : Les Elégies) - Contre les bûcherons de la forest de Gastine
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D'azur à la souche d'arbre écotée d'or posée en pal sur une terrasse de sinople, accostée de deux haches de bûcheron d'argent emmanchées d'or, plantées dans le tronc, l'une en bande, l'autre en barre.