dimanche 26 février 2017

Ecrire sur le Zen n'est pas zen




Quelques érudits demandèrent à Cochonfucius d'écrire sur le Zen.

Il fit remarquer que ce ne serait pas Zen (pour lui) de le faire. Ils s'enthousiasmèrent, disant que c'était bien de sa part d'avoir trouvé le titre aussi rapidement. Quel titre ? « Écrire sur le Zen n'est pas Zen pour Cochonfucius » par lui-même.

En plus vous avez déjà écrit tout plein de choses raisonnables, comment oserais-je rajouter mon grain de sel ?

Dieu des fourneaux


image de l’auteur

Un petit dieu apprend comment l’on cuit
Une entrecôte au-dessus de la braise,
Comment l’on fait de la sauce hollandaise,
Comment servir un souper de minuit.

Le contenu d’un saladier de buis
Vient s’accorder aux algues japonaises ;
Un peu plus loin, ça sent la crème anglaise,
Et cette liste encore se poursuit.

Le petit dieu est gourmand, seulement,
Il se mélange avec les éléments ;
Bien des erreurs sont à son ordinaire.

C’est déroutant, mais quelquefois, c’est bon ;
Quand c’est mauvais, nous prenons du jambon ;
Nul n’est parfait, sur le plan culinaire.

Une paire de monstres


image de l’auteur

Ces deux monstres volants, venus du fond des âges,
Sont toujours dans les airs, ils n’ont pas de maison ;
Leur élégance nue orne le paysage,
Ils planent en hauteur, qu’importe la saison.

Ils sont bien différents des bêtes encornées
Dont le brame aux enfers est parfois entendu ;
Ils ne font rien de mal, de toute une journée,
Ce sont de bons garçons, le respect leur est dû.

Mais c’est un dur chemin pour quiconque les aime :
Prends garde, aéronaute, il est ardu pour toi,
Et puis, si tu les vois, donne-leur ce poème :
D’une bénédiction, ils orneront ton toit.



L'oiseau

 Image de Pierrette


Nuit de février
Où je me rêve en oiseau
Libre comme l'air.

Nef



Image de l'auteur


Où nous conduit-il,
Cet hiver aventureux ?
Laissons-nous porter.

Monstres de sable



Image de l'auteur

 
Dormant seul ici,
J'ai rêvé que dans ma ville
J'étais un touriste.

Anatomie



Image de l'auteur

 
Oisifs jours d'hiver,
Mais j'apprends deux ou trois choses
Sur l'anatomie.

Alpage

Image de l'auteur

 
Hivernal voyage
Vers un deuxième hôpital
Où l'herbe est plus verte.

Haïku Tanka

 
 Image de Pierrette



Peinture Japonaise


Ecrire un tanka
Commencer par un haïku
Le laisser ouvert


À des continuations:
Le haïku devient tanka.


Poésie

Blason de la commune de Grand-Charmont


Je t'ai trouvé sur
les cimes du désespoir*,
au bord de l'abîme.

Même la mort échouera
à desceller notre union. 

Vincent 
*Titre d'un livre de Cioran, Sur les cimes du désespoir.

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 D’or semé de feuilles de chêne d’argent, au chevreuil bondissant de sable brochant ; à la champagne de sinople chargée d’un pal cousu de gueules surchargé de deux bars adossés d’argent.

Jeux de mots religieux (3)

Blason de Ulrich de Hohenhems

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D'azur, au bouc saillant d'or.

*  *
*

"Un bouc émissaire"

-L'expression évoque le bouc que l'on chargeait de tous les péchés d'Israël et que le grand prêtre sacrifiait le jour de Yam Kippour pour apaiser la colère de Dieu. Plus précisément il faut deux boucs. Le premier est le bouc expiatoire, on le sacrifie à Dieu. L'autre est le bouc émissaire, on l'envoie vers le désert, en offrande au Seigneur Azazel. Un tirage au sort détermine les destins respectifs des deux boucs tirés du troupeau.

Lévitique 16:7-10

«ll prendra les deux boucs, et il les placera devant l’Éternel, à l’entrée de la tente d’assignation. Aaron jettera le sort sur les deux boucs, un sort pour l’Éternel et un sort pour Azazel. Aaron fera approcher le bouc sur lequel est tombé le sort pour l’Éternel, et il l’offrira en sacrifice d’expiation. Et le bouc sur lequel est tombé le sort pour Azazel sera placé vivant devant l’Éternel, afin qu’il serve à faire l’expiation et qu’il soit lâché dans le désert pour Azazel

-Elle signifie "Quelqu'un sur qui on fait retomber la faute des autres". 

 
Blason des Soeurs de Notre Dame de Namur

*  *
*

"Donner le Bon Dieu sans confession"

-La confession est l'acte par lequel un chrétien avoue ses péchés afin d'obtenir le pardon de Dieu.
-L'expression signifie "Faire aveuglément confiance à quelqu'un qui ne le mérite pas".



"Fumer le calumet de la paix"

-En signe de paix, les Indiens faisaient fumer à leurs voisins une longue pipe appelée calumet.

-L'expression signifie "Proposer à quelqu'un de faire la paix".

samedi 25 février 2017

Jean des sauterelles


image de l’auteur

Il est plus courageux qu’un lutteur aux arènes ;
Prophète dont la voix dit un message clair,
Il ne recherche point le plaisir de sa chair,
Il n’est pas indulgent pour la nouvelle reine.

Il tient ses aliments du vent qui les entraîne
Vers son logis ; ce sont des insectes, des vers,
Un peu de miel aussi pour les longs jours d’hiver,
Avec la sauterelle, il partage des graines.

Le grand désert le tient dans l’éblouissement
De la divinité, de son surgissement,
Et voici qu’il l’annonce à qui veut bien l’entendre.

Sauterelle, tu fus nourrie avec amour,
Pitance tu deviens, semble-t-il, à ton tour,
Au début de l’été, quand ta chair est plus tendre.

Batrachochronie



image de l’auteur

Grenouille du passé, si stable dans ton être,
Tu sais que de nos vies, nous ne sommes point maîtres.
Tu notes nos succès, nos échecs, nos ennuis,
Le temps ferme ses yeux, et tu dors avec lui.

Grenouille du présent, cherches-tu à nous plaire ?
C’est louable intention, ce n’est pas mince affaire,
Le présent, si ténu qu’il échappe à l’esprit,
J’hésite à le décrire, et surtout, par écrit.

Et toi, de l’avenir proposant l’étendue,
Tierce grenouille, au fond d’un délire perdue,
Tu dis n’importe quoi, je ne puis t’en blâmer,
Les trois temps de ma vie ont droit de s’exprimer.

Fuyez Fillon !







Il faut bien admettre 
que Les Républicains font
preuve de courage, 

si tant est  que le suicide
soit un acte courageux. 

Vincent 

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1. ROYAL, Famille ancienne des Vosges Armoiries « en table d’attente »

2. SARKOZY Armes de la famille SÄRKÖZY de NAGYBOCSAÏ concédées par l’Empereur Allemand Ferdinand II, Roi de Bohème & de Hongrie, à Vienne le 10 septembre 1628, pour Michael Särközy

3.  LE PEN (le chouan) – Bretagne – Armorial Général (1828-1891). Les Chouans étaient des contres révolutionnaires qui demandaient le retour des privilèges royaux 

4.  BESANCENOT Famille bourgeoise anoblie le 10 mars 1612 Armorial de Franche-Comté

5. BAYROU Famille ancienne du Béarn Armoiries « Parlantes »

6.  LAGUILLIER ou LAGUILLER – Bourgogne – Armorial Général de France 1696 – 1710

Jeux de mots religieux (2)


"Regagner ses pénates"

-Les pénates étaient des petites divinités romaines qui protégeaient la maison des gens.

-Elle signifie "Rentrer chez soi".


"Rester zen"

-L'expression fait allusion au calme absolu dont font preuve les bouddhistes zen lorsqu'ils sont en train de méditer.

-Elle signifie "Ne pas s'énerver". 


"Nul n'est prophète en son pays"

-Cette expression rappelle que Jésus eut parfois bien du mal à convaincre les gens autour de lui, notamment dans sa ville natale. C'est en tout cas, ce que raconte saint Luc dans son évangile.

-Elle signifie "Quelqu'un qui a moins de succès auprès de ses proches qu'ailleurs"

Jeux de mots religieux (1)


Les religions ont inspiré un grand nombre de mots, d'expressions et de proverbes de la langue française.

 
"Se croire sorti de la cuisse de Jupiter"

-Cette expression fait allusion à la naissance légendaire de Bacchus qui est sorti de la cuisse de son père Jupiter.

-Elle signifie  "se croire génial".


"Inch Allah!"

-Cette expression d'origine musulmane est aujourd'hui employée pour dire qu'on ne peut pas savoir si une chose se produira ou non: c'est au destin d'en décider...

-Elle signifie "Si Allah le veut!".


"Tirer le diable par la queue"

-L'expression viendrait d'un vieux conte, racontant l'histoire d'un homme sans ressources qui aurait sollicité l'aide du diable. Celui-ci faisant semblant de ne pas s'intéresser à l'affaire, l'homme lui aurait tiré la queue pour essayer de le retenir.

-Elle signifie "Avoir des difficultés financières".

vendredi 24 février 2017

Moines en taverne


image de l’auteur

Leur quotidien n’a pas le goût des cendres ;
Quand il fait froid, ils sortent bien couverts,
Quand il fait chaud, ils se mettent au vert,
À boire un coup ils savent condescendre.

La tavernière a pour eux des mots tendres,
Leur préparant de la soupe en hiver ;
Le grand comptoir leur est un univers,
S’ils prêchent là, tous aiment les entendre.

Et que seraient, sans les moines, ces lieux ?
L’inspiration qui fait briller leurs yeux
Peut transformer cette salle en chapelle.

Puis on les voit, dansant sur les trottoirs,
Riant au monde, oubliant leur savoir ;
La vie de moine, à sa manière, est belle.

Noirceur et blancheur


image de l’auteur

Le papier blanc, le noir poème,
Blanche la nuit et noir le jour,
Noirceur et blancheur sont les mêmes ;
Tantôt blanc, tantôt noir, l’amour.

Quelle nuance est la première ?
Quel ton béni ? Quel ton maudit ?
Blancheur sombre, obscure lumière,
Clair enfer et gris paradis.

Aucun des deux n’aura ma haine,
À vivre ils savent m’inciter ;
Le noir Pâris, la blanche Hélène,
Leurs deux destins sont enchantés.

Allégeance au Tsar

Image de Pierrette


Le Pen fille parle
du "monde russe" plutôt
que de "la Russie",

la nuance c'est : Poutine
peut envahir ses voisins.


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D'or aux sept poupées russes au naturel

Incroyable incroyant


Blason de Bernolsheim

Je voudrais croire
mais je n'y arrive pas,
malgré  mes efforts.

Seigneur Jésus, pardonnez-
moi de ne pas vous trouver.


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D'azur à la main bénissante d'or 
 

jeudi 23 février 2017

En réponse à "Idéfix hémiloup"

Image de l'auteur

J'ai rêvé que je rêvais tout seul dans les bois
J'avais un château, un bouclier, j'étais roi
Mon parc, très étendu, était couvert de chênes
Au réveil, j'étais un chien mais plein de joie.

Pierrette

Idéfix hémiloup



image de l’auteur

J’ai rêvé que j’étais un vaillant chien gaulois
Chez Vercingétorix, qui était aux abois ;
Pourtant, quand s’installa la lourde paix romaine,
L’abjection qui suivit n’eut pas prise sur moi.

Cochonfucius et le rêve: Dame de Brume

Image de Pierrette

J'ai rêvé que j'errais sur une mer d'azur
Qui s'étendait auprès d'un lumineux rivage.
La douceur du feuillage et la blancheur des murs
Donnaient un charme immense aux paisibles villages.

Je ne me lassais pas de ce vagabondage,
Car mon esprit, autant que le ciel, était pur ;
Le monde me semblait une charmante image
Où ne se montrait rien de sombre, ni de dur.

Mais je n'eus pas le temps de flotter à loisir
Dans la douceur du bleu, du bienveillant zéphyr :
Au bout de peu d'instants, mon rêve se termine.

Il est là cependant, grâce à ces quelques vers.
Dame de Brume, ayant terni mon univers,
Tu n'as pas obscurci ce dont il s'illumine.


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 D’azur à l’ombre d’église  d'argent sur une terrasse de sinople soutenue d’une mer ondée d’azur

Cochonfucius et le rêve: Consolation précaire

Image de Pierrette


Je rêve chaque nuit de traverser le ciel
Pour aller fréquenter les confins maritimes
Où je vois ta maison. Mais je n'ai que ces rimes
A t'offrir ce matin, qui n'ont point goût de miel.

Ce qu'on nomme destin n'est pas providentiel,
Nulle joie transcendante en nos moments ultimes.
Mais j'aime cette vie, pourtant, et je l'estime,
Ce qu'elle a de mauvais, je le dirai véniel.

Puisque nos rêves sont des rêves de lumière,
Puisque nous savons jouir de diverses manières,
Notre vie quelquefois prend un sens, ici-bas.

Et si tu me réponds que ce sens est tristesse,
J'embrasse tes deux yeux, partageant ta détresse,
Le malheur peut briser, mais il n'efface pas. 

Cochonfucius 

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D'argent aux yeux de tanné surmontés de deux sourcils  de sable

Cochonfucius et le rêve: Deux bureaux même pas voisins

Image de pierrette


J'ai rêvé que ma muse entrait dans mon bureau,
Où je n'avais, ce jour, compagnon ni compagne.
Par la grande fenêtre on voyait la campagne
Traversée d'écureuils, de biches, de blaireaux.

Ayant illuminé ma prison sans barreaux,
Elle a su triompher de l'ennui qui me gagne
Quand les tas de papier, comme autant de montagnes,
Semblent intercepter les rayons vespéraux.

Sans le bureau, ferais-je autant d'alexandrins
Et trouverais-je autant de modestes refrains
Pour transmettre aux amis mes rimes quotidiennes ?

J'ai écrit ce sonnet sans savoir où j'allais,
Comme je fais souvent. Qui a dit qu'il fallait,
Pour composer des vers, que des idées nous viennent ? 


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D'or à la table de sable surmontée d'une fenêtre d'argent chargée d'un blaireau contourné au naturel, d'une biche et d'un écureuil tenant une pomme de pin  sur une branche de tanné, le tout  de gueules.

mercredi 22 février 2017

Cochonfucius et le rêve: Sonnet du trou noir



Image de Pierrette


Un érudit rêva qu'il était un trou noir.
Ce jour-là, on fêtait la sainte Madeleine,
Et le trou noir était plus gros qu'une baleine,
Aspirant le réel ainsi qu'un entonnoir.

Le lendemain matin, notre homme de savoir
Alla se promener sur les quais de la Seine,
Espérant vaguement y croiser un mécène
Ou bien, à la rigueur, un valet du pouvoir.

Sur les quais de la Seine abondent les touristes,
Mais les mécènes, non. Bien sûr, c'est un peu triste
Qu'un rêve aussi joli ne soit pas financé.

Pourtant les érudits, qui sont infatigables,
Poursuivent nuit et jour leurs travaux formidables,
Se changeant en trous noirs, à force de penser. 

Cochonfucius 

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Trou de sable

Cochonfucius et le rêve: une révélation matinale

Image de l'auteur

Rêvant d'une interprète en savoureux costume,
Je la vois s'étourdir aux vapeurs de l'encens,
Puis, dans l'obscur du temple à lents gestes dansant,
Flotter dans l'infini comme vole une plume.

Le sens de l'univers dans mon esprit s'allume,
J'entends battre le coeur de ce cosmos pensant,
Je l'entends prononcer des mots évanescents
Qui font sourire un peu les démons dans la brume.

Trois anges vont chanter, pour me faire plaisir,
La touchante saga des ailes du désir,
Gravant dans ma mémoire un air impérissable.

Serais-je devenu un pareil découvreur ?
Regardant de plus près, je perçois mon erreur :
Quelquefois, le matin, ma cervelle est de sable. 

Cochonfucius et le rêve: un apprentissage

Les armes de la famille Poisson


J'ai rêvé qu'on m'avait mis en apprentissage;
C'était pour me former comme poisson bavard.
Me voici apprenant l'algue du boulevard,
Le crabe magnétique et l'huître entomophage,

Les elfes du ressac, les monstres de la plage,
L'hippocampe au sépulcre et son triple avatar,
La baleine invisible et le poulpe tricard,
Rédigeant sur chaque être un rapport de vingt pages.

A l'oral, il fallut parler d'antipodistes,
Du maître en fourberie, de la liste des listes,
Et du stress du homard que l'on fait cardinal.

Si j'ai pendant quatre ans des notes favorables,
Mon statut permettra que, de façon durable,
Je n'aie plus à être homme (ah, l'ignoble animal !) 

Cochonfucius 

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  D'argent au cor d'azur, lié d'or et d'azur aussi, à la carpe adextrée du même, mise en fasce, entourée du cordon d'or passé en sautoir

Cioran, le phénix et Saint Grégoire de Nysse

Blason ville  Pailhac ( avec retouche)



Citation
     « La vérité, une marotte d’adolescent ou un symptôme de sénilité. Pourtant, par un geste de nostalgie ou par besoin d’esclavage, je la cherche encore, inconsciemment, stupidement. Un instant d’inattention suffit pour que je retombe sous l’empire du plus ancien, du plus dérisoire des préjugés. Je me détruis, je le veux bien. En attendant dans ce climat d’asthme que crée les convictions dans un monde d’oppressé, je respire, je respire à ma façon. Un jour qui sait, vous connaîtrez peut-être ce plaisir de viser une idée, de tirer sur elle, de la voir là gisante, et puis de recommencer l’exercice sur une autre, sur toutes. Cette envie de vous pencher sur un être, de le dévier de ses anciens appétits, de ses anciens vices, pour lui en imposer de nouveaux, plus nocifs, afin qu’il en périsse, de vous acharner contre une époque ou contre une civilisation, de vous précipiter sur le temps et d’en martyriser les instants, de vous tourner ensuite contre vous-même, de supplicier vos souvenir et vos ambitions, et, ruinant votre souffle, d’empester l’air pour mieux suffoquer…, un jour peut-être connaîtrez-vous cette forme de liberté, cette forme de respiration qui est délivrance de soi et de tout. Vous pourrez alors vous engager dans n’importe quoi sans y adhérer. »

La tentation d’exister (Lettre sur quelques impasses) – Cioran

On peut aussi retrouver une superbe lecture de ce texte dans le podcast « Les chemins de la philosophie », à 39’40.

Commentaire de Vincent:

 J’avais pensé publier cette réflexion du penseur triste qui me rend joyeux, Cioran, sans y adjoindre de commentaire et puis je me suis ravisé. Elle n’a pas besoin de moi, c’est moi qui ai besoin d’elle mais j’ai envie de mettre ma pierre à l’édifice littéraire, aussi modeste soit-elle, un grain de sable, « Laisser ma trace » comme le dit si bien Cioran encore une fois:

      « Se traîner doucement comme un escargot et laisser sa trace, avec modestie, application et, au fond, indifférence…, dans la volupté tranquille et l’anonymat. »

Cioran Cahiers 

(...)

 On peut  reprocher à Cioran une chose au moins, et pas des moindres : il a été dans sa jeunesse un admirateur d’Hitler, (...) mais il reconnut dans un de ses cahiers datant des années cinquante et publié de manière posthume une erreur:

     «Ainsi il m’advint bien avant la trentaine de faire une passion pour mon pays, une passion désespérée, agressive, sans issue qui me tourmenta pendant des années. […] Je le voulais puissant, démesuré et fou comme une force méchante, une fatalité qui ferait trembler le monde, et il était petit, modeste, sans aucun des attributs qui constituent un destin».

(...)

  Je  dois à cet auteur d’éprouver ce phénomène de « délivrance de soi » dont il parle, car par ses réflexions il me permet de « tirer sur une idée », d’aller au bout jusqu’à ce qu’elle meurt, condition sine qua non pour qu’elle renaisse, autrement dit pour que je connaisse l’exaltation d’un recommencement : « et puis de recommencer l’exercice sur une autre ». 




J’y vois une analogie avec le mythe du Phénix, cet oiseau qui se consumait volontairement pour mieux renaître de ses cendres, symbole de la résurrection, cycle de la vie.


 
  Elle m’a fait penser aussi à une citation, d’un autre penseur, du quatrième siècle celui-là, un penseur joyeux, Saint grégoire de Nysse, qui était orthodoxe, comme le père de l’écrivain nihiliste, et qui prétendait que chacun de nous marche vers Dieu 

"de commencement en commencement par des commencements qui n'ont jamais de fin"

 (traité sur le Cantique des Cantiques).

   En évoquant ce père de l’église, je viens de l’opposer à Cioran en parlant d’un penseur « joyeux » versus un penseur « triste » mais cette citation de Cioran n’en fait-elle pas un penseur « joyeux » lui aussi ? En effet, il dit connaître la « délivrance de soi et de tout ».
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D'azur à l'escargot d'or sur une terrasse de sinople

mardi 21 février 2017

Cochonfucius et le rêve: Et si...


Blason de la ville Sainte Marguerite (avec retouche)


Et si des cauchemars surviennent au matin,
Fais-leur un bon accueil, ils sont là pour t'instruire.
Ils ne possèdent pas le pouvoir de te nuire.
Rendors-toi calmement dans tes draps de satin.

Des poètes savants l'ont écrit en latin :
Dans un cerveau nocturne on peut voir s'introduire
Des monstres fabuleux, menaçant de détruire
L'esprit désemparé que leur fureur atteint ;

Certes, ton âme tremble aux éclats de leur voix,
Et leur brûlant regard t'éveilla mainte fois,
La sueur inondant tes oreillers de plume.

Mais l'esprit les absorbe, ainsi qu'un océan,
Et dans sa profondeur dissout leur corps géant
Dont il ne restera qu'imperceptible écume. 


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 D'azur au chevron d'argent surmonté d'une rose du même boutonnée de carnation, un dragon du même en pointe