Signes et Symboles – l'Image des Choses – Les Choses par l'Image - Et Ailleurs aussi...

Héraldie, qui traverse sa troisième année, est un blog essentiellement consacré à l'héraldique et à la mémoire de l'École Lacordaire, dans le 15e arrondissement de Paris. Cependant, il est largement ouvert sur tous les domaines : histoire, géographie, philosophie, littérature, symbolique, logotypie, chromolithographie, vexillologie, philatélie, numismatique, sigillographie, tyrosémiophilie, tégestophilie, oenographilie... mais aussi la musique, la peinture, la sculpture et l'art en général. Ce blog a donc aussi vocation à constituer une banque d'images (environ 30 000 à ce jour) et, idéalement, un portail vers toutes ces spécialités singulières.


La lecture, résurrection de Lazare, soulève la dalle des mots. (Georges Perros 1923-1978)

lundi 22 décembre 2014

Ideo - An Ancient Christmas Carol

En ce blog


À dire vrai, j'aime ce blog. Je le vois comme un château où la Communauté du blason vit en bonne intelligence avec le Cercle des poètes retrouvés. Plusieurs générations et différents genres s'y côtoient et y cohabitent. Les uns logent dans l'aile droite, les autres dans l'aile gauche. L'on s'y rencontre dans les couloirs ou dans certaines pièces où l'on devine des arrière-salles, voire des portes dérobées qui conduisent à des chambres plus confidentielles, voire plus intimes. Il y a des endroits très sérieux et d'autres plus légers ; ici on médite, là-bas on badine. Parfois, l'on perçoit le bourdonnement lointain des élèves qui s'activent dans leur quartier. C'est comme une petite ruche dans la grande ruche. L'ensemble est assez gigogne. Ça s'emboîte ou se chevauche, ça se répond et se complète ; ça vit sa petite vie à part mais parfois tout le monde se retrouve dans le salon commun, le temps d'un échange sur un sujet quelconque. Le soir, Cochonfucius nous invite à la veillée ; il nous conte alors, en belle versification, les hauts faits des héros de jadis ou nous emmène vers des lieux oubliés ou insoupçonnés. Pierrette tient ferme la barre de l'héraldique et apporte régulièrement de nouveaux écus qui enrichissent notre salle d'armes. Quand passe Lisa, notre jeune poétesse, elle dépose toujours un joli texte dans la bibliothèque commune. Justine, nouvellement arrivée, s'installe à demeure et c'est heureux. Certains jours, au détour d'un poème, nous arrive Curare, une poétesse bien singulière. Mais elle ne reste jamais longtemps. Quant à Marc, j'ai parfois l'impression qu'il est partout et nulle part... Certains habitants du château se manifestent peu ou se montrent très discrets mais on sent leur présence. De plus, le château est évolutif car chaque nouveau billet l'agrandit d'une pièce. Il y en aura bientôt 1400 ! Et puis, il y a tous ces visiteurs qui passent, venus des quatre coins de France et du monde. Certains déposent parfois un petit message, d'autres écrivent des lettres plus longues. Oui, j'aime beaucoup Héraldie. Pour sa bonne ambiance. Pour son esprit. Et plein d'autres choses...

Pour voyager dans l'inframonde


La carte de ces lieux sur une grande estampe,
La formule à tunnel, pour traverser les murs,
L’éventail d’Osiris pour rendre l’air plus pur ;
Petit fanal en poupe, en proue la grande lampe.

Ne va pas près du mur où je ne sais quoi rampe ;
Réponds par le silence aux grondements obscurs ;
Invoque, s’il le faut, la licorne d’azur :
Car plus d’un démon fuit les monstres de sa trempe.

N’éprouve nulle peur si l’ombre devient rose,
Car c’est juste un reflet de la beauté des choses
Qu’offre le souterrain aux étranges couleurs.

Profite du navire, élégante princesse,
La fine nef d’argent va tenir ses promesses :
C’est à toi de savoir où veut aller ton cœur.


Illustration d'en-tête : Sidney Harold Meteyard (1868 -1947) I'm Half Sick of Shadows (1913) 

Toutes ces heures brûlées


Toutes ces heures brûlées
d'une vie de cire colorée ;
tout ce temps à jamais perdu
d'une vaine fuite éperdue ;
tous ces instants escamotés
pour n'avoir pas vraiment été.

Toujours à voir la vie devant
sans regard pour le maintenant ;
sans cesse à courir la chimère
et ne boire qu'à la coupe amère ;
à ruminer des pensées flasques
pour ne nourrir que des frasques ;
Les aiguilles fauchent les minutes
qui rasent les existences hirsutes ;
tant courir vers ce que l'on croit
et ne pas retenir le jour qui décroît ;
les montagnes accouchent de souris,
les promesses tiennent leur flouerie ;

Regards fardés et sourires en rictus,
de cela le monde donne son quitus ;
joies feintes pour paradis mesquins ;
rêves en stuc pour esprits faquins.
Tous ces précieux jours dilapidés,
toutes ces belles âmes lapidées.

Illustration d'en-tête : Toile de Juan Medina

Des fleurs s'enfuient des lacets

 
                                    Lentement, deux petits souliers
                                    S'avancent sur les grands pavés
                                    Timides, invisibles dans la foule,
                                    Miroitant les livres qui croulent
                                    Les flammes dévorent avidement
                                    Tous les mots, oiseaux d'antan

                                    Lentement, deux petits souliers
                                    S'arrêtent en bas du large mur
                                    Des affiches, vidant les encriers
                                    Et masquant les fissures, sont collées
                                    Collées comme toutes ces idées
                                    Qui dans l'esprit sont des armures

                                    Lentement, deux petits souliers 
                                    Montent toutes les marches en acier
                                    Tremblants comme les roues qui s'ébrouent
                                    Tournants comme les horloges qui se logent
                                    Dans les esprits étrangers au temps
                                    Voyant passer les secondes et le sang

                                    Rapidement, deux petits souliers
                                    Volent au-delà de la croix gammée
                                    Des fleurs s'enfuient des lacets
                                    Mais le feu va les rattraper
                                    Et dans le fusil, sera perdu le dernier regard
                                    De l'enfant aux mains peinturlurées

                                    Dont la seule erreur était
                                    D'avoir cru qu'il pouvait exister.
 
Toile de Paul Langellé (1908-1993)

Le cours de la vie d'une femme à la Belle Époque

Ces trois séries de chromolithographies anciennes parcourent les différents âges de la vie d'une femme de la bourgeoisie moyenne, à l'époque de nos aïeules, bisaïeules ou trisaïeules, c'est selon. Là encore, les tableaux sont idylliques, dans le genre bien lissé de ce temps. Si ces images tranquilles ne dépeignent pas nécessairement la vie de toutes les femmes, elles n'en montrent pas moins ce que la plupart d'entre-elles pouvaient attendre d'une existence normale.

dimanche 21 décembre 2014

Boule vagabonde

Petite boule de plumes et de tendresse volante et sautillante, ton poitrail de gueules te distingue de tes frères passereaux dont tu partages l'âme chanteuse. J'aimais ta présence discrète, un peu en retrait, si pleine de cette dignité que seul peut avoir un animal. Oui, tandis que la joyeuse volée affamée dévalisait la mangeoire où je versais quelques graines, quand la rudesse de la saison était sans pitié, tu attendais sagement ton tour, regardant d'un œil indulgent et détaché la curée turbulente et chamailleuse. 
C'était au jardin de mon grand-père, un hiver de mon enfance ; la fée des neiges avait recouvert d'un manteau constellé de myriades d'étoiles scintillantes la bonne terre endormie. Je passais alors de longues heures à t'attendre, assise derrière la fenêtre embuée par mon souffle et sur laquelle mon doigt dessinait, à intervalles réguliers, un petit œilleton. Pour moi, tu étais comme une petite boule de Noël vagabonde qui s'était échappée de sa boîte pour s'en aller décorer les rameaux où tu te perchais délicatement, un court instant. J'aurais tant aimé te prendre dans le creux de mes mains, avant de te poser sur le sapin dont tu aurais été le plus bel ornement. Aujourd'hui encore, je repense à toi car dans mon esprit, nul oiseau ne symbolise tant cette période que toi, ma petite boule de plumes et de tendresse.

Dies Natalis


     Voici donc l'hiver venu, une fois encore, égrainant les derniers jours de l'an vieux. Déjà le dieu bicéphale esquisse sa silhouette et nous invite à revoir les jours passés autant qu'à songer à leurs fruits incertains : les jours qui s'annoncent. De graines en moissons, nous mangeons le pain de nos œuvres. Ah ! puissent les portes du temple de Janus se fermer enfin et qu'advienne ce monde nouveau qui tarde tant !

     Il me semble que c'était hier à peine ; nous étions assis sur un rocher qui dominait l'océan forestier ; le chatoiement de la saison flattait la vue autant qu'il apaisait le regard. Nous avions l'âme mélancolique et méditative, regrettant la fuite des heures riches de nos présences pleines. Mais nous l'avions contemplative aussi, transportés par ce sentiment ineffable de la beauté des choses que la cupidité humaine n'a pas encore profanée et avilie. La forêt était somptueuse en sa vêture automnale et les arbres si majestueux. Nous-mêmes étions comme transformés, réinvestis d'une humanité à la fois nouvelle et si ancienne pourtant. Tu dis : « La Nature nous dépasse autant qu'elle nous élève ; s'y ressourcer c'est se réajuster à sa propre nature ; retrouver une symbiose ou peut-être simplement se rappeler ses origines. Les oublier c'est aussi se couper de sa vraie destinée et marcher sur les chemins déviés de la perdition. L'orgueil démesuré des hommes n'engendre que malheurs et dévastations. Les nouvelles du monde le confirment chaque jour davantage. Les cités termitières et mécanisées sont la négation de l'homme souverain, où la domination et l'asservissement tournent en boucle, sans cesse. » Tu dis encore : « La forêt est un monde vertical ; la plante s'enracine dans la terre nourricière et monte vers la lumière. Cet axe indique la bonne direction ; hors de lui, il n'y a que bousculades et destructions. »

     Solstice d'hiver, dies natalis, en toi le soleil invaincu remonte dans sa course céleste. Lumière renaissante ! Lumière éclairante ! Chaque homme qui monte fait monter l'humanité entière. L'Ami, nos soleils intérieurs formeront une galaxie d'amour. Je veux m'y consteller avec toi. Et cette étoile qui chemine tout là-haut dans le ciel, je crois bien que c'est celle de Noël.

Solstice d'hiver

Il contempla l'infini mouvant où le soleil rouge du crépuscule avait posé son feu mourant en vacillantes macules. Les rides du jour que la nuit recouvrait d'un manteau drapé d'ambre jaune étiraient leurs formes évasives en traînées langoureuses. Déjà les nuées vaporeuses brouillaient la coupole du ciel déteint de décembre. Il écouta le silence, son souffle, son espace. On eût dit que l'instant libérait son éternité.

Le sablier du temps le fit basculer de l'envers à l'endroit des choses, tel un miroir renversé où le reflet se regarderait et se verrait. Le réel et l'imaginaire se fondaient en un, multiplié en autant de fois lui-même.

La terre était lourde à ses pieds faits de son argile. L'aubépine du talus mariait sa nudité à celle de l'églantier. Ils passeraient l'hiver à se veiller et le printemps à se fleurir. La dispute des moineaux dans le noisetier s'entendait comme les trilles d'une flûte enchanteresse. Mais les hurlements lointains de la civilisation bitumée, tôlée, mécanisée et informatisée le rappelèrent aux ténèbres extérieures. Il vit une saignée autoroutière dans la plaine où des globules de lumière criaient leur hâte. Il songea à tous ces spectres, fouettés par l'astre horaire, qui rasaient des murs intérieurs. Il entendit chanter un coq dans une ferme improbable. Quelle heure était-il ? Ou plutôt, quelle heure n'était-il pas encore ?

Il marcha encore un peu, juste le temps d'un battement d'âme, qu'aucun cadran ne saurait contenir ni aucune aiguille parcourir. Après, de quoi serait-il fait ? Ici, il était encore ailleurs. Il y laisserait ses empreintes et ses pensées que les arbres se renverraient en écho, avant que le vent les emportât plus loin, au-delà des horizons.

Une étoile pointa au ciel. Son regard la cueillit et ses yeux la burent. Un clair-obscur transforma le pré en galerie champêtre. Mais le râle sinistre d'un tracteur fantomatique le réduisit à nouveau en parc à bétail. Il partit.

L'hiver succédait à l'automne. Le solstice du fond de l'an était proche. Ô nuit la plus noire ! C'est en toi que le soleil remonte dans sa course céleste. Soleil de Noël. Ô Noël de nous par qui s'enfante Celui dont on ne peut rien dire ! C'est Dieu qui nous fait l'amour.

Ce soir-là, il vit enfin une étincelle de vie dans la fugacité d'un regard. Qui ouvrait un chemin vers l'ailleurs ultime.

© Marc Sinniger, Le roman de Rose ou la dernière Héloïse, extrait

samedi 20 décembre 2014

Les joies de l'été et les plaisirs de l'hiver

Cette série de six chromolithographies allemandes du XIXe siècle met en scène les joies des saisons (Sommerfreud und Winterlust, littéralement «les joies de l'été et les plaisirs - ou agréments - de l'hiver»). Des images idylliques ou d’Épinal dans le plus pur style de la Belle Époque.

Beau silence


     Silence protecteur,
     parti ondé d'or adouci 
     et d'azur cotonné d'argent, 
     une caresse d'hermine 
     brochant sur la partition.

     Silence profond,
     c'est là que je demeure,
     en mes secrètes arcanes ;
     il y a là assez d'amour
     pour toute l'éternité.

     Haut silence, 
     loin du tumulte et du fracas 
     de ce monde hurlant et fuyant, 
     ne me quitte plus
     jamais !

             Beau silence,
             garde-moi du bavardage
             et de la faconde,
             de l'incontinence verbale 
             et du tout-à-l'égo ; 

             Doux silence, 
             mon oreiller de plumes, 
             murmure d'ange, 
             je pose mon âme 
             dans le creux de ton épaule. 
        
             Silence léger, 
             brise du soir,
             j'aime monter sur ta barque 
             de tranquillité ondoyante ; 
             la paix est ta sœur.

Ces mots en moi

L'Ami, tu dis qu'aucun mot jamais ne se perd, ni celui que l'on prononce dans la clarté du jour, ni celui que l'on murmure au creux de l'ombre, ni même celui que l'on retient et qui s'habille de regard ; qu'un mot libéré chevauche les ondes de l'océan mental et fait le tour du monde, avant de s'en revenir, chargé d'espaces et d'escales ; qu'il n'est rien qui ne fût dit déjà, ni rien qu'il ne reste à dire ; que les mots ont un sens figuré qui appartient à tous et un sens propre qui n'appartient qu'à soi ; qu'ainsi, un mot prend autant de sens que le nombre de pensées qui le pensent et d'autant de bouches qui le prononcent ; enfin, que tout ce qui émane d'un point retourne à ce point car l'infinitude procède de l'infime et l'éternité de l'instant.

L'Ami, il est des mots que j'aimerais n'avoir jamais libérés car j'ai lâché parfois dans le monde des sons difformes nés de mes pulsions ; mais il en est d'autres, nés de mes élans, que je répète encore et encore, pour les nourrir de toute la force de mon être ou, plus simplement, parce que je ne me lasse pas de m'entendre les dire, tel un mantra que l'on récite mille et une fois. Car il est en soi des pensées qui ont besoin de s'incarner en eux, de se faire chair et organes, de revêtir toutes les fonctions d'un organisme, celle-là même de la reproduction ; car de la rencontre des mots naissent d'autres mots ; c'est ainsi qu'ils se perpétuent et portent la pensée qui évolue par eux et en eux.

L'Ami, certaines nuits, quand Séléné est souveraine dans le ciel endormi, montent en moi des mots irrépressibles qui me débordent comme une coulée de lait ; je les envoie alors à l'univers tels des flèches tirées par un arc. Les entends-tu ? Ils ont le goût de mon âme. Les aimes-tu ?

Illustration : Jules Louis Machard (1839-1900), Séléné, 1874 

vendredi 19 décembre 2014

Au portraitiste de la reine


Peintre, fais une image en forme d’élégie :
Soigne donc le tracé du sourire carmin,
Sois recueilli comme est un évêque romain,
Ajoute, si tu veux, ta touche de magie.

Peintre, n’hésite pas, brosse avec énergie
La toile qui vaut mieux que plus d’un parchemin ;
Et que soit cependant pacifique ta main,
Comme un roi reste calme au milieu d’une orgie.

Quand d’innombrables ans auront fui et passé,
Les foules croiront voir ton pinceau caresser
Ce portrait dans lequel on ne voit rien d’austère ;

Ce visage qui fut de larmes arrosé
Après de longues nuits, dans les matins rosés,
Peintre, tu as capté son émouvant mystère.


Les sept navires


C’est une nef de sable avançant au hasard,
Conduite, étrangement, par quatre vieux lézards.

C’est une nef d’argent qui traverse un orage ;
Les morts de l’an passé forment son équipage.

Une autre la poursuit, c’est une nef d’azur
Toutes voiles au vent, qui claquent dans l’air pur.

Ceux de la nef en or boivent plus qu’en auberge,
Sauf un prêtre qui tient de sa main gauche un cierge.

De gueules court la nef à chasser le narval,
Sinistres sont les cris de ce gros animal.

Vers la nef de sinople, où se tient une ondine,
Vogue la nef du troll, à la voile d’hermine.


Ville de Rezé (Loire-Atlantique) : D'azur à la nef d'or équipée du même, habillée d'hermine, voguant sur des ondes de sinople, au chef losangé de gueules et d'argent, chaque losange d'argent chargé de quatre burelles d'azur.

Les sept cailloux


De ce caillou d’argent, ferai-je une statue ?
Ou du caillou d’azur, plus facile à sculpter ?
De gueules, qui paraît une lèvre imiter ?
De sable, auquel la vue aisément s’habitue ?

La pierre de sinople est de grâce vêtue ;
Et l’or, peut-être, est seul à rendre la beauté
Dont se pare la muse ou la divinité ;
Mon esprit à choisir vainement s’évertue.

Seras-tu polychrome, image de la Femme,
Comme un feu d’artifice aux incroyables flammes ?
Je réfléchis encore, et j’invoque les dieux.

Ainsi, j’approfondis, j’hésite, je rumine :
C’est alors que surgit un grand monstre d’hermine
Qui dit : — Foin d’une fille ! Un fauve, c’est bien mieux.

Cochonfucius

Combien de temps encore ?

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L'Ami, combien de temps encore, avant que ne s'ouvre la porte des étoiles et que ne reviennent les dieux des anciens jours ?
Combien de temps encore les hommes vains affligeront-ils la Mère nourricière par leurs agissements cupides ?
Combien de temps encore les idoles de larmes et de sang de ce monde tourmenté continueront-elles à répandre l'horreur ?
Combien de temps encore avant que les sicaires du beau et du vrai ne soient précipités dans le néant de leurs actes ?
Et combien de temps, avant que ne se referme la porte des enfers et que ne périssent les marchands d'âmes qui ourdissent l'abomination ?
Quand les hommes de cette terre sortiront-ils enfin de l'enfance pour entrer dans la vie ?
Me le diras-tu ?
Car vois-tu, je n'en peux plus de voir les abîmes se répandre.
Je ne soutiens plus le regard vides des gens consumant leur être dans l'avoir.

jeudi 18 décembre 2014

La femme au manteau écarlate


                             L'hiver survint, ce vendredi de décembre, 
                             Vêtu de solitude par les chemins dissous.
                             Ô roide nudité du temps qui tout démembre  !
                             Ô noir vent d'exil qu'aucun horizon n'absout !

                             D'un toit s'élevait un filet de fumée intime 
                             Qui, avant de s'évanouir par transparence, 
                             Dessinait sa blanche spirale en un geste ultime 
                             Que le fuyant emporta dans sa fulgurance.

                             Sur le boulevard, une femme en manteau écarlate, 
                             L'allure altière, le pied ferme, l'esprit impavide, 
                             Taillait sa route, fendant la morne foule disparate ;
                             - Rien qu'une présence désertée brisant le vide -

                             Silhouette éthérée qui semblait vagabonde, 
                             Quoique jouant bien de son déhanché tentateur.
                             Autour d'elle, les flocons de neige dansaient la ronde,
                             Transmuant l'enchantement en voile protecteur.

                             Vers quel ailleurs était-elle déjà en chemin, 
                             Cette femme au regard trouble et au sourire nacré ? 
                             Las ! pour quels lourds et obscurs lendemains 
                             Fuira-t-elle ce qu'elle eut au monde de plus sacré ? 

                             Aujourd'hui, son ombre plane toujours en ces lieux, 
                             Certains soirs, quand se déchire l'épais voile du temps ; 
                             Je suis le seul à la voir encore, au milieu 
                             Du boulevard, d'où elle me sourit, un court instant. 

                             Lors, plus personne ne se souvient de son passage 
                             En notre bonne et vieille cité de Paris ; 
                             Las ! Elle disparut, ne laissant dans son sillage 
                             Que le souvenir amer des beaux jours flétris.

                            Passant, qui ne fait que frôler cette ville étrange 
                            Où naquirent et moururent tant d'histoires éphémères, 
                            Quand tu passeras devant la place du saint Archange, 
                            Sache que le Dragon n'est pas qu'une simple chimère.

Image d'en-tête : Adeline & Cécile Créations, Jeune femme en rouge (détail)

Cette ville

Toile de Nina de Namangan

Ils marchaient parmi ces rues étroites qui volent le souffle et étouffent les pensées. Les regards ne pointaient que vers le bas, sur l'eau ou une quelconque gondole. Cette ville cabossée de ponts, entrave à la gravité, n'était que labyrinthe antique rongé par les pas.

Tous ces petits riens

 
           Il n'y a pas de souci.
           Ce n'est rien.
          Je vous en prie.
          C'est avec plaisir... 

          tous ces petits mots
          ces petits riens
          qui disent
          juste ce qu'il faut

          ces petits mots polis
          qui peignent l'échevelure
          de la cité pullulante

          ces mots frôlés
          qui donnent une patine
          à la rampe des jours
 
    ces sourires esquissés
    les jours de hâte
    les jours de rage

    ce regard
    accordé à l'autre
    juste un clignement
    
    ce frémissement d'âme
    une luciole dans la nuit

    tous ces petits riens
    une souffle, une goutte
    une miette de pain
    une odeur qui passe
    un instant qui s'offre
    au maintenant de moi

mercredi 17 décembre 2014

Le petit arbre du bonheur


Elle faisait pousser le bonheur sur un petit arbre de son jardin.
Elle disait que les feuilles avaient un goût de citron.
Alors, elle les cueillait et les apportait chez elle.
Elle les faisait sécher et les posait délicatement dans son "livre aux feuilles".
Et quand les autres venaient chez elle et qu'elle leur parlait des feuilles au goût de citron et de son livre, ils souriaient.
Elle avait compris que le bonheur avait un goût de citron.
Mais elle n'a jamais parlé des branches au goût de réglisse.

Le blason de Myriam R. de la 4e2


Taillé d'or à la main de Fatima d'argent contournée de gueules et décorée du même et d'orangé, mouvant de la partition, et de gueules au croissant accompagné d'une étoile, le tout d'or et mouvant aussi de la partition.

Le blason d'Ombeline H. de la 4e2

D'or à la pomme Apple de gueules accostée de Néron au naturel.

Ce blason est une arme parlante puisque le hérisson, nommé Néron, est en rapport avec le patronyme d'Ombeline.

mardi 16 décembre 2014

Les sept vagabondes


Une vierge d’argent éclaire le soir pâle ;
Une ondine d’azur le rend un peu plus froid.
De gueules va dansant la dame en ces grands bois,
Toutes trois se disant des phrases amicales.

Une vierge de sable effeuille les pétales
D’une rose cueillie aux abords d’une croix ;
Une fée de sinople appelle de sa voix
Les démons familiers de sa contrée natale.

Une dame d’hermine a vu, vêtu de fer,
Parsifal que jadis faillit chanter Stéphane
Mallarmé, vieillissant, en des couplets amers.

Toutes sont déjà loin, fuyant le rude hiver ;
Sur la lourde trirème, elles ont pris la mer,
Au rivage laissant leurs pantoufles diaphanes.


Blason de Corfou (Grèce)
De gueules à la trière d'or et à la bordure cousue d'azur.

Destin de Clytie


Clytie, belle et douce nymphe qu'aima le dieu soleil
Qui t'abandonna dès qu'il vit Leucothoé ;
Ainsi sont les dieux, ainsi les hommes, tous pareils !
Prenant, se lassant, toujours à affrioler !

Qu'avait-elle donc de plus, l'autre, que tu n'eusses pas ?
Le sein plus ferme, plus joli et la fesse plus ronde ?
Mal lui en prit : son père la mena au trépas ;
Enterrée vive, elle fut effacée de ce monde.

Hélios, pourtant, ne revint jamais dans tes bras ;
Désespérée, tu te mis nue et demeuras
Assise sur un rocher durant huit jours de temps,

Sans eau, ni nourriture – Ô destin funeste ! -
Tu suivis le char d'Hélios dans sa course céleste ;
Changée en tournesol à jamais végétant.

Illustration d'en-tête : Clytie, par Louise Welden Hawkins (1849-1910)

Le vide


Plaisir ou souffrance, Vide est le frère du 
Tout. Le Vide ouvre à Tout, il est tentant. « Amour ! 
Est-ce toi le remède au vide ? Où es-tu ? 
- Là, mais il faut quelqu'un pour que j'aime toujours 

Or, tu es vide. - Vide ! Pourquoi m'endommages- 
tu ? Qui suis-je ? - Je suis le Vide alors je 
ne réponds jamais. - Vide ! Je veux te quitter 
Comment dois-je faire ? Quelqu'un peut-il m'aider ? 

- Moi, lança l'autre, mais qui es-tu ? - Je suis 
le désir, le désir d'être moi, mais je suis 
Vide. J'ai mal. - Vois cette fleur, Décris-la moi. 

- A la rose or et sinople ... je balbutie ! 
- Je garde ta fleur, toi seul l'as décrite ainsi. 
Là, regarde ! le vide te quitte déjà ! »

D'argent à la rose de gueules, boutonnée d'or 
pointée tigée et feuillée de sinople, chaussé du même.

Arcadie


À Marie-Louise

Me suis longtemps égarée dans les landes fumeuses 
Des stériles extases dont ne demeurent que les râles ; 
Las ! j'ai tant succombé aux augures allumeuses 
Des soirs criards qui n'enfantèrent que matin pâles. 

J'entrai dans les promesses du rire comme dans une ronde, 
Offerte en plénitude de moi si débordante ; 
Las ! Mon âme fut démise par les revers du monde, 
Ses chemins torves et sa voracité mordante. 

Voici : les temps mûrs m'ont mandée en Héraldie ; 
J'y poserai parfois mon pied, tout en douceur ; 
Aussi pour toi, ma bonne amie qui m'est une sœur, 

Avec qui je marche dans les jardins d'Arcadie 
Où fleurissent les mots gigognes en belle prose ; 
J'ajouterai à mon écu d'azur une rose.

lundi 15 décembre 2014

Dans ma bibliothèque


                            Le livre le plus lourd disait : –J’ai la splendeur
                            De ce vieux Créateur dont nul ne voit la face ;
                            Toute mythologie auprès de moi s’efface,
                            Zeus brandissant la foudre, Aphrodite en rondeurs.

                            Le livre le plus vert disait : — Moi, je détiens l’odeur
                            Du jardin suspendu aux magiques terrasses ;
                            Précarité du sage en ce sublime espace,
                            Lui, l’auguste semeur et bientôt moissonneur.

                            Le Larousse disait : — Moi, j’ai des pages roses
                            Où la sagesse grecque et latine est déclose ;
                            Sur le plan lexical, je tranche, sans pitié.

                            Le recueil de sonnets, dans sa folle jeunesse,
                            Ne pouvait s’exprimer avec tant de finesse ;
                            Il ne connaissait rien, que trois mots d’amitié.



Illustration d'en-tête : toile de Juan Medina