mercredi 16 mai 2012

Le bon roi Henri

"Ralliez-vous à mon panache blanc." Qui n'a jamais entendu ou lu ces paroles attribuées à Henri IV ? Et qui ne connait la fameuse histoire de la poule au pot ? De tous les rois qui ont régné sur la France, Henri IV, aimé de son peuple, est probablement celui qui inspire le plus de sympathie. Revisitons cette page d'histoire à travers le charme des anciens manuels dont les images marquèrent des générations d'écoliers.

R. OZOUF et L. LETERRIER - Belles Histoires de France - Cours Élémentaire - Illustrations de René Giffey - Librairie Classique Eugène Belin 1949

Élevé avec les petits paysans du Béarn, Henri IV resta toujours très simple : il aimait à jouer avec ses enfants. - 1. À que jeu s'amuse le groupe de la gravure ? - 2. Que tient le fils aîné dans sa main droite ? - 3. Comment sa soeur conduit-elle le roi ? - 4. Que fait le petit Gaston sur le dos de son père ? - 5. Que portent autour du cou le père et les quatre enfants ? - 6. Décrivez le costume du roi. - 7. Que pouvez-vous dire de son visage ? - 8. Qu'y a-t-il derrière les personnages ? - 9. Que brûle-t-on dans la grande cheminée ? - 10. Comment est l'encadrement de la cheminée ? - 11. L'ambassadeur d'Espagne entra un jour alors que le roi jouait ainsi avec ses enfants : « Vous êtes père, Monsieur l'ambassadeur ? demanda Henri IV. - Oui, Sire. - En ce cas, je puis continuer. »

Le bon roi Henri

Quand Henri IV naquit, au château de Pau, son grand-père lui frotta les lèvres d'une gousse d'ail et lui fit boire quelques gouttes de vin de Jurançon afin, disait-il, de le rendre fort et vigoureux « comme un vrai Béarnais ».
Henri IV devint, en effet, un roi très brave, plein d'esprit, toujours de bonne humeur. Le matin d'une bataille, il disait à ses soldats : «Ralliez-vous à mon panache blanc, vous le trouverez toujours sur le chemin de l'honneur et de la victoire.»
A. AUDRIN & M. et L. DECHAPPE - Notre France son histoire - Cours élémentaire des écoles primaires - Classes de 9e et 10e des lycées et collèges - Illustrations de G. Jacquement - Charles-Lavauzelle & Cie 1951
Cours Gauthier-Deschamps - HISTOIRE DE FRANCE - Premier livre Cours Élémentaire 1ère année par A. AYMARD - Illustrations de J. et L. BEUZON - Librairie Hachette 1954

Henri IV pense que ces guerres entre Français sont « un mal bien douloureux ». Il les arrête. Il était temps ; en France, il n'y avait plus de routes ni de champs cultivés ; partout des ruines, des villages déserts, à moitié brûlés. Henri IV gouverne bien : « J'ai soin des Français, dit-il, comme s'ils étaient mes enfants. » En quelques années, la France redevient tranquille. La paix permet aux campagnards de mieux cultiver leurs terres, aux artisans de travailler sans crainte. Il y avait moins de misère, si bien que Henri IV disait : « Je veux que les paysans mettent la poule au pot tous les dimanches. »

Ce bon roi n'est pas fier. Après avoir travaillé avec ses ministres, il fait jouer ses jeunes enfants (figure 51). À quatre pattes, Henri IV s'amuse de bon coeur, au milieu des rires et des cris. Il ne se dérange pas si quelqu'un entre.

Les Français aimaient Henri IV comme un père. Tous pleuraient quand le « bon roi Henri » fut assassiné en 1610.
FIG. 51 – Henri IV était bonhomme. Lorsque sa journée de roi était finie, il jouait gaiement avec ses jeunes enfants.

H. GERON ET A. ROSSIGNOL - BELLES IMAGES D HISTOIRE pour le cours élémentaire - Éditions Rossignol ( MONTMORILLON ) 1957
- Regarde le carrosse du roi. Combien a-t-il de roues ?
- Combien faut-il de chevaux pour tirer le carrosse ?
- Est-il lourd ?
- Combien peut-il monter de personnes dedans ?
- La rue de Paris où il est arrêté est-elle large ?
- La rue est-elle plus large qu'au Moyen-Âge ?
- Pourquoi le carrosse d'Henri Quatre est-il arrêté ?
- Que fait l'homme en noir ?
- Pourquoi Ravaillac est-il monté sur la borne ?
- Pourquoi a-t-il voulu tuer le roi ?
- Pourquoi les gens se précipitent-ils ? Arrivent-ils à temps ?

Si tu avais été un Français du temps d'Henri Quatre, aurais-tu eu du chagrin en apprenant la mort du roi ? Pourquoi ?
S. et M. CHAULANGES - Premières images d'histoire de France - Delagrave 1958
P. BERNARD et F. REDON - Notre premier livre d'histoire - Cours élémentaire - 120 gravures en couleurs - Fernand Nathan (édition 1951 impression 1963)
 
Récit
C'est le bon roi Henri IV qui va mettre fin aux guerres de religion et rendre la France heureuse et prospère. Il est aidé par son ministre et ami Sully.
Les guerres de religion avaient fait de la France un pays désert : la terre se cultivait à peine, les villages étaient abandonnés.
Par une loi appelée l'Edit de Nantes (1598), Henri IV permet aux protestants de pratiquer leur religion. Il est l'ami des paysans : « Je veux, dit-il, que chacun d'eux puisse mettre la poule au pot tous les dimanches. »
Et Sully ajoute : « Labourage et pâturage, sont les deux mamelles de la France », c'est-à-dire : c'est le blé et le bétail qui nourrissent et enrichissent le pays.
Henri IV défend qu'on vende la charrue et la vache des pauvres gens qui ne peuvent payer leurs impôts. Il construit des routes et des ponts. Il ouvre des fabriques de drap, de soie, de verre.
Mais il est assassiné en 1610. Toute la France pleure : « Quel malheur ! Il est mort, notre bon roi Henri ! »
Observons la gravure : Voici Henri IV et son ministre et ami Sully. Voyez le visage ouvert et souriant du roi. Henri IV parle à la paysanne et à l'enfant. Il est l'ami des paysans : « Il n'y a rien de plus beau, disait-il, qu'un champ de blé au temps de la moisson. » Vous connaissez aussi l'histoire de la poule au pot.
T.AGEORGES et J. ANSCOMBRE - Images et récits d'histoire - Cours élémentaire et classes de 10e et 9e - Éditions M.D.I 1977
 J'observe la gravure :  
- Lequel des deux cavaliers est Henri IV ? Qui est l'autre ?
- En quoi leurs costumes se ressemblent-ils ? En quoi sont-ils différents ?
- À quoi vois-tu que la voiture qui suit est le carrosse royal ? Quelles personnes y ont pris place ?
- Les paysans sont-ils contents de voir le roi ? À quoi le vois-tu ?
- Comment sont habillés les paysans ? Ont-ils l'air malheureux ?
- À quelle saison sommes-nous ? À quoi le vois-tu ?
- À quels travaux sont occupés les paysans ?
- Que voit-on sur la rivière, au loin ?
- Comment les ouvriers qui creusent le canal remontent-ils la terre ?
- Quels grands fleuves réunira ce canal ?
 
Emile PRADEL & Marc VINCENT - Histoire de France cours élémentaire - SUDEL 1962 - Illustrations de M. BRUNEL et de J. GALAN

 Henri IV jouant avec ses enfants - Tableau d'Ingres peint en 1817

Réputé bon vivant, on n'a pas manqué de représenter Henri IV sur des boîtes de fromage dont voici quatre exemples.

En 1592, les premiers troubles religieux éclatent. Ronsard (1524-1585) adresse à la régente Catherine de Médicis, un tableau de la France, déchirée par un "monstre".

Ô toi historien, qui d'encre non menteuse

Ecrit de notre temps l'histoire monstrueuse,
Raconte à nos enfants tout ce malheur fatal,
Afin qu'en te lisant ils pleurent notre mal,
Et qu'ils prennent exemple aux péchés de leurs pères,
De peur de tomber en pareilles misères.
De quel front, de quel oeil, ô siècles inconstants!
Pourront-ils regarder l'histoire de ce temps!
En lisant que l'honneur, et le sceptre de France
Qui depuis si long âge avait pris accroissance,
Par une opinion nourrice des combats,
Comme une grande roche, est bronché contre bas (...).
Ce monstre arme le fils contre son propre père,
Et le frère, ô malheur, arme contre son frère,
La soeur contre la soeur, et les cousins germains
Au sang de leurs cousins veulent tremper leurs mains,
L'oncle fuit son neveu, le serviteur son maître,
La femme ne veut plus son mari reconnaître.
Les enfants sans raison dispute la foi,
Et tout à l'abandon va sans ordre et sans loi.
L'artisan par ce monstre a laissé sa boutique,
La pasteur ses brebis, l'avocat sa pratique,
Sa nef le marinier, sa foire le marchand,
Et par lui le prud'homme est devenu méchant.
L'écolier se débauche, et de sa faux tortue
Le laboureur façonne une dague pointue,
Une pique guerrière il fait de son râteau
Et l'acier de son coutre il change en un couteau.
Morte est l'autorité: chacun vit à sa guise,
Au vice déréglé la licence est permise,
Le désir, l'avarice, et l'erreur insensé
Ont sans dessus dessous le monde renversé.
On a fait des lieux saints une horrible voirie,
Un assassinement et une pillerie:
Si bien que Dieu n'est sûr en sa propre maison.
Au ciel est revolée et Justice et Raison,
Et en leur place hélas! règnent le brigandage,
La force, les couteaux, le sang et le carnage.
Tout va de pis en pis: les cités qui vivaient
Tranquilles ont brisé la foi qu'elles devaient;
Mars enflé de faux zèle et de vaine apparence
Ainsi qu'une furie agite notre France,
Qui farouche à son prince, opiniâtre suit
L'erreur d'un étranger, qui folle la conduit.
Tel voit-on le poulain dont la bouche trop forte
Par bois et par rochers son écuyer emporte.
Et malgré l'éperon, la houssine, et la main,
Se gourme de sa bride, et n'obéit au frein;
Ainsi la France court en armes divisée,
Depuis que la raison n'est plus autorisée.

Ronsard, Discours des misères de ce temps, 1562.

C'est dire de quel calvaire est sortie la France à la fin des guerres de religion (1562-1598) ! Elle se remettait à peine de la guerre de Cent Ans (qui, en réalité, a duré 116 ans, de 1337 à 1453). On comprend donc mieux l'attachement des Français au roi Henri IV, qui personnifiait ce retour à une vie calme et prospère.