dimanche 28 octobre 2012

Clément Marot et le participe passé


C'est à Clément Marot (1496-1544), poète et valet de chambre de François Ier, que l'on doit la règle d'accord du participe passé, en imitation de l'italien qui lui paraissait la langue modèle.
A l’écrit, l’école républicaine a fini par l’imposer à tous, trois siècles après que cet espiègle et génial poète l’eut exposée dans une strophe de ses Epigrammes, la proposant par jeu savant aux lettrés de son temps dans l’entourage (…) de Marguerite d’Angoulême*...
  Pierre Encrevé, Nouvelle Revue française, juin 2006

* Marguerite d'Angoulème (1492-1549) fut la sœur aînée de François Ier, poétesse et reine de Navarre.

Compte tenu du fait que Marot (1496-1544) et Leonard de Vinci (1452-1519) étaient contemporains, on pourrait d’ailleurs appeler cet accord des participes à l’italienne… le “Da Vinci COD”.

Les règles du participe passé en 11 étapes

Voltaire écrivait : "Clément Marot a ramené deux choses d'Italie : la vérole et l'accord du participe passé... Je pense que c'est le deuxième qui a fait le plus de ravages !"
C'est effectivement Clément Marot qui a édicté cette règle du participe passé au 16e siècle, notamment du participe passé s'accordant avec l'auxiliaire avoir quand l'objet est placé devant le verbe. En ancien français, le verbe avoir possédait d'ailleurs un sens fort et plein. On disait alors : J'ai une lettre écrite.

I - Accord du participe passé (Règles générales)

1- Le participe passé sans auxiliaire (à valeur d'adjectif) s'accorde en genre et en nombre avec le nom ou le pronom auquel il se rapporte :
Des fleurs séchées.
Un livre abîmé.
Des fenêtres ouvertes.


2 - Le participe passé conjugué avec l'auxiliaire "être" s'accorde en genre et en nombre avec le sujet du verbe :
Mes copains sont venus.
Mes amies sont venues.


3 - Le participe passé conjugué avec l'auxiliaire "avoir" s'accorde en genre et en nombre avec le complément d'objet direct (COD), si celui-ci est placé avant :
Ces fleurs, je les ai coupées.
Cette lettre, il l'a écrite.


4 - Si le complément d'objet direct est placé après ou s'il n'existe pas, le participe passé conjugué avec "avoir" reste invariable :
J'ai coupé ces fleurs.
Il a écrit cette lettre.
Nous avons été au spectacle.


II - Accord du participe passé conjugué sans auxiliaire

Règle : Le participe passé conjugué sans auxiliaire s'accorde, comme un adjectif qualificatif, en genre et en nombre avec le mot auquel il se rapporte.

Tombée dans la cour, Lise s'est écorché le genou.

Dans la phrase précédente, le participe passé "tombée" est conjugué sans auxiliaire. On l'accorde donc au mot auquel il se rapporte, à savoir "Lise", féminin singulier. On peut dire que l'auxiliaire être est implicite ou sous-entendu : C'est Lise qui est tombée dans la cour. Par contre, "écorché" ne s'accorde pas avec "Lise" car c'est le genou, et non pas elle, qui est écorché.

Autres exemples :
- Restée seule, Joséphine s'ennuyait. (C'est Joséphine qui est restée seule.)
- Arrivés en classe, les élèves se mirent aussitôt au travail. (Ce sont les élèves qui sont arrivés en classe.)


III - Accord du participe passé conjugué avec l'auxiliaire être
 
Le participe passé conjugué avec l'auxiliaire être s'accorde toujours avec le sujet.
(Attention : cette règle ne s'applique pas aux verbes pronominaux qui, pourtant, sont conjugués avec l'auxiliaire être) 


Exemples :
a) Les filles sont descendues dans la cour.
Question : Qui est-ce qui est descendu ? (*)
Réponse : Les filles (donc accord au féminin pluriel)

b) Alexandre et Antoine sont sortis de la classe.
Question : Qui est-ce qui est sorti de la classe ? (*)
Réponse : Alexandre et Antoine (donc accord au masculin pluriel).


* Remarque : il faut toujours poser la question au singulier, même si le sujet est au pluriel !

IV - Accord du participe passé conjugué avec l'auxiliaire avoir

Le participe passé conjugué avec l'auxiliaire avoir s'accorde (en genre et en nombre) avec le COD s'il est placé avant le participe.

Exemples :
1) Ces fautes, je les ai vues
Question : J'ai vu quoi ?
Réponse : les (les est le COD placé avant le participe ; il remplace "fautes", féminin pluriel).

2) J'ai vu ces fautes.
Question : J'ai vu quoi ?
Réponses : fautes (fautes est le COD). Il est placé après le participe passé, donc il n'y a pas d'accord.


V - Les participes passés fait, dû, pu et voulu suivis d'un infinitif

Les participes passés fait, dû, pu et voulu suivis d'un infinitif ne s'accordent jamais, même si le COD est placé avant.

Exemples :
Ces robes, je les ai fait teindre.
Toutes les démarches que j'ai dû entreprendre sont restées vaines.
Les oeuvres que nous avons pu admirer étaient belles.
Il n'a pas fini les lettres qu'il avait voulu écrire.


VI - Le participe passé conjugué avec l'auxiliaire AVOIR et suivi d'un infinitif. Nous entrons dans la subtilité... 

Le participe passé conjugué avec l'auxiliaire AVOIR et suivi d'un infinitif :

a) s'accorde si le COD placé avant peut faire l'action du verbe à l'infinitif.
Exemple : Ces fruits, je les ai vuS mûrir.
Dans cet exemple, le COD "les" = fruits.
(Les fruits peuvent mûrir, donc il y a accord.)


b) ne s'accorde pas si le COD ne peut pas faire l'action de l'infinitif.
Exemple : Ces fruits, je les ai vu cueillir.
Dans cet exemple, le COD "les" = fruits.
Mais les fruits ne peuvent pas cueillir, donc il n'y a pas d'accord. D'accord ?


Une remarque: en italien (à tout le moins contemporain), l’accord du participe passé avec le COD placé avant le verbe ne vaut que si ce COD est un pronom personnel. On dira ainsi: “l’ho vista” (”je l’aie vue”) mais “la ragazza che ho visto” (littéralement: “la fille que j’ai vu”, sans accord avec “ragazza”).
 
VII - Accord du participe passé ayant EN pour complément d'objet direct

EN (même s'il est COD) ne fait jamais l'accord du participe passé.

Exemples : Des élèves, j'en ai vu. Des images, j'en ai collectionné.
Question : J'ai vu quoi ? J'ai collectionné quoi ?
Réponse : en (bien que COD placé avant, EN ne fait pas l'accord du participe passé)

VIII - accord des participes passés suivants : y compris, non compris, excepté, ôté, passé, supposé, vu, mis à part, étant donné

Le participes passés suivants : y compris, non compris, excepté, ôté, passé, supposé, vu, ci-annexé, ci-inclus, ci-joint, mis à part, étant donné

1) s'accordent s'ils sont placés après le nom ;
Exemples : 
- La photographie ci-jointe montre une vue de la rue Lacordaire. (dans ce cas, ci-joint est placé après le nom)
- Les bêtises exceptées, tout ou presque est permis.


2) ne s'accordent pas s'ils sont placés avant le nom.
Exemple :
- Ci-joint la photographie montrant une vue de la rue Lacordaire. (dans ce cas, ci-joint est placé avant le nom)
- Excepté les bêtises, tout ou presque est permis.


IX - Le participe passé précédé de "le peu"

Le participe passé précédé de "le peu" s'accorde avec le COD placé avant le participe si le peu marque une suffisance positive.

Exemples :
Le peu de connaisances que j'ai obtenues m'ont permis de réussir.
(le peu marque une suffisance pour réussir)

Le peu de connaissances que j'ai obtenu ne m'ont pas permis de réussir.
(le peu est insuffisant pour réussir)


X - Le participe passé d'un verbe passif

Le participe passé d'un verbe passif s'accorde toujours.

Exemples :
- Les châteaux sont restaurés par les artisans.
- Les lettres ont été lues par les élèves.

XI - Le participe passé placé entre deux "que"

A : Le participe passé placé entre deux "que" est invariable s'il a pour complément d'objet direct la proposition qui suit.

Exemple :
Nous allons corriger les fautes que j'avais prévu que vous feriez.
Question : J'avais prévu quoi ?
Réponse : que vous feriez des fautes.

Dans ce cas, le 1er que est un pronom relatif et le 2e que est une conjonction de subordination.

B : Le participe passé placé entre deux que est variable si le 1er que (pronom relatif) est complément d'objet direct.

Exemple :
Ce sont les bonbons que l'élève a apportés que nous allons déguster.
Question : il a apporté quoi ?
Réponse : que (= les bonbons), donc accord.


Remarques :
1 - Les phrases dans lesquelles entre un participe passé placé entre deux que sont lourdes et fort peu harmonieuses. Il vaut mieux les éviter !
2 – Le règlement de l'école interdit la consommation de confiseries !

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