mercredi 14 novembre 2012

A-t-on des nouvelles de Monsieur de La Pérouse ?

...aurait encore demandé Louis XVI avant de monter sur l'échafaud. Historique ou fantasmée, cette question n'en révèle pas moins la préoccupation du roi au sujet de l'expédition de La Pérouse dont on n'avait alors aucune nouvelle. On sait, en effet, que Louis XVI était particulièrement attaché au fait maritime, à l'exploration et au développement des connaissances.
De tous les navigateurs qui ont exploré le globe, Jean François de Galaup, (1741-1788) comte de La Pérouse, est sans aucun doute l'un des plus fameux. Issu d'une famille de la noblesse albigeoise il entre, à l'âge de quinze ans, dans la marine (1756) et se retrouve engagé dès l'âge de 17 ans dans les conflits maritimes de la guerre de Sept Ans avec la Grande-Bretagne au large de l'Amérique du Nord. À 18 ans, il est blessé et fait prisonnier pendant la bataille des Cardinaux, près de Quiberon. Il est ensuite chargé de deux voyages aux Indes comme commandant de la Seine. Il y rencontre sa future femme Eléonore Broudou, une jeune créole d'origine modeste.
Nommé lieutenant de vaisseau en 1777, il participe à la guerre d'indépendance des États-Unis et combat les Britanniques sur les mers, des Antilles jusqu'au Labrador. Il démontre sa valeur maritime et militaire en capturant deux forts britanniques. Il est nommé capitaine de vaisseau à 39 ans. Ses qualités le font choisir par Louis XVI, passionné par les sciences géographiques, pour diriger une expédition autour du monde et dont le but est de compléter les découvertes et les travaux de James Cook, un explorateur britannique, dans l'océan Pacifique.

Des instructions très précises sont données à la Pérouse. En voici un extrait :
« Le sieur La Pérouse s'occupera avec zèle et intérêt de tous les moyens qui peuvent améliorer la condition des peuples qu'il visitera, en procurant à leurs pays les légumes, les fruits et les arbres utiles d'Europe ; en leur enseignant la manière des les semer et de les cultiver ; en leur faisant connaître l'usage qu'ils doivent faire de ces présents, dont l'objet est de multiplier sur leur sol les productions nécessaires à des peuples qui tirent presque toute leur nourriture de la terre.
Si des circonstances, qu'il est de la prudence de prévoir dans une longue expédition, obligeaient jamais le sieur de La Pérouse de faire usage de la supériorité de ses armes sur celles des peuples sauvages, pour se procurer, malgré leur opposition, les objets nécessaires à la vie, tels que des substances, des bois, de l'eau, il n'userait de la force qu'avec la plus grande modération, et punirait très sévèrement ceux de ses gens qui auraient outrepassé ses ordres.
Le roi regarderait comme un des succès les plus heureux de l'expédition, qu'elle pût être terminée sans qu'il en eût coûté la vie à un seul homme. »
Peint en 1817 sur ordre de Louis XVIII pour rendre hommage à son frère Louis XVI, ce tableau de Nicolas-André Monsiau (1754-1837) fait partie, sous la Restauration, de l’oeuvre de réhabilitation du roi guillotiné, passionné de géographie. Intitulé Louis XVI donnant ses instructions au capitaine de vaisseau La Pérouse pour son voyage d’exploration autour du monde, cette huile sur toile figure le roi, assis à droite, avec derrière lui le ministre de la Marine de Castries tenant à la main un Mémoire de l’Académie des sciences qui accompagne celui rédigé par Fleurieu au nom du souverain. © Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon
L'expédition française quitte Brest le 1er août 1785, avec à son bord, outre des officiers de marine choisis, de nombreux scientifiques et des artistes : ingénieurs, astronomes, physiciens, naturalistes, botanistes, médecins, dessinateurs, horlogers...). En tout, 220 hommes se répartissent sur deux navires, la Boussole et l'Astrolabe. 

Deux flutes de cent cinquante tonneaux, devenues frégates, et rebaptisées la Boussole, commandée par La Pérouse, et l'Astrolabe, par le capitaine de Langle. D'après une aquarelle de Frédéric Roux, de l'Album de l'Amiral Willaumez.
L'expédition contourne le cap Horn, fait une enquête sur la colonie espagnole du Chili et passe par l'île de Pâques et l'archipel d'Hawaii, avant d'atteindre l'Alaska. 21 hommes trouveront la mort dans les courants violents de la baie nommée « Port des Français » par La Pérouse (aujourd'hui baie Lituya). Ensuite, il fait escale à Monterey en Californie, où il décrit les missions franciscaines et rédige des notes critiques sur le traitement des Amérindiens.

Il traverse ensuite à nouveau le Pacifique, s'arrête à Macao où il revend les fourrures achetées en Alaska, partageant le profit avec son équipage. L'année suivante, après une escale à Manille, il se dirige vers les côtes nord-est de l'Asie. Il visite la côte est de la péninsule coréenne, puis se rend à Oku-Yeso (Sakhaline).

Toile de Montagne Dawson

Les habitants d'Hokkaido lui montrent une carte, mais il ne trouve pas le détroit et met le cap au nord vers la péninsule du Kamtchatka, qu'il atteint en septembre 1787. Il se repose chez des Russes et reçoit des instructions de Paris par le truchement de Barthélemy de Lesseps, vice-consul de la France à Kronstadt (oncle du futur constructeur du Canal de Suez), pour faire un rapport sur la colonisation en Australie.

Reprenant la mer, il fait escale aux Samoa. Mais juste avant son appareillage, les Samoans attaquent ses hommes et en tuent douze, dont le second de l'expédition, Fleuriot de Langle, commandant de l'Astrolabe. Il navigue ensuite vers l'Australie, qu'il atteint le 26 janvier 1788.

Il donne ses journaux et lettres afin qu'ils soient transmis en Europe et obtient du bois et de l'eau fraîche. Il appareille pour la Nouvelle-Calédonie, les îles Santa Cruz, les îles Salomon, les Louisiades et les côtes de l'ouest et du sud de l'Australie. Puis il disparaît avec ses hommes...

Le périple de La Pérouse autour du monde de 1785 à 1788

La Pérouse, portrait de Jean-Baptiste Creuze
(Musée Toulouse-Lautrec, Albi)

Blason de la Maison Galaup de la Pérouse

De gueules, à l'épervier essorant d'argent, 

tenant entre ses serres un rameau d'olivier d'or.


La mort de Robert de Lamanon
Maouna, 11 décembre 1787

Robert de Lamanon fit partie de la fameuse expédition maritime de La Pérouse.


Jean Honoré Robert de Paul de Lamanon, dit Robert de Lamanon (1752-1787) appartenait à la famille des seigneurs de Lamanon, anoblie en 1572. Né à Salon le 6 décembre 1752 de Jean François de Paul de Lamanon et d’Anne de Baldony (Aixoise de naissance), il connut la renommée en tant que botaniste, physicien et météorologiste. Sa passion l’amena à participer à plusieurs expéditions, dont la dernière lui fut fatale.

En 1785, La Pérouse fut chargé par le roi Louis XVI d'un voyage de découverte autour du monde. Il partit de Brest le 1er août avec les frégates La Boussole et L'Astrolabe. A son bord, Robert de Lamanon avait pris place. Après avoir longé les côtes du Brésil, les frégates passèrent le cap Horn au mois de janvier 1786. Ce fut ensuite un périple de deux années passées à écumer l’océan Pacifique. A bord, la vie s’organisait tant bien que mal et des observateurs rapportèrent que des frictions virent le jour parmi les passagers. En janvier 1787, un certain nombre d’entre eux, menés par Robert de Lamanon, entrèrent en conflit avec La Pérouse au sujet des honneurs que l’explorateur recevait et refusait de rendre à ses collègues, au cours des escales, à Macao notamment. La susceptibilité scientifique de certains était froissée. La Pérouse n’étant pas homme à accepter la révolte, les insurgés furent mis aux arrêts pendant une journée entière. Tant bien que mal, et en dépit de l’ambiance morose, l’expédition se poursuivit. A partir de la mi-décembre 1787, l’expédition se concentra sur les archipels des îles Samoa et Tonga.

9 décembre 1787

Comme une île avait été repérée dans l’archipel Tonga, l’île de Maouna, les explorateurs tentèrent de s’en approcher, afin d’en faire le repérage. Un port indigène avait été repéré et Paul-Antoine-Marie Fleuriot de Langle, capitaine de l’Astrolabe, y débarqua dans l’après-midi du 9 décembre. Il y reçut bon accueil. De nombreux habitants de l’île avaient embarqué sur des canots et observaient les puissantes frégates françaises qui mouillaient dans leurs eaux. De Langle, une fois revenu à bord, décida que l’endroit n’était pas suffisamment sûr pour y laisser les bateaux.

10 décembre 1787

Le lendemain matin, La Pérouse effectua une randonnée de découverte dans l’île. Plusieurs villageois le suivirent et l’accueillirent avec enthousiasme, allant jusqu’à l’inviter chez eux. Par la suite, l’explorateur loua les beautés naturelles qu’il observa lors de cette marche. Il retourna ensuite sur l’Astrolabe et remarqua qu’un chef indigène et sept de ses hommes se trouvaient à bord. Il leur offrit plusieurs présents.
Dans le même temps, deux officiers, de Langle, capitaine breton, et Thomas Sutton de Clonard, un lieutenant irlandais, informèrent La Pérouse de leur intention d’aller chercher de l’eau le lendemain dans la baie d’Aasu, en raison du risque de scorbut à bord. La Pérouse s’y opposa formellement et une dispute éclata. Finalement, il fut convenu que de Langle irait bien sur l’île le lendemain. Dans la nuit, un orage éclata.

11 décembre 1787

Le lendemain matin, à onze heures, de Langle prit avec lui soixante-et-un hommes regroupés dans quatre chaloupes. Parmi eux figurait Robert de Lamanon. L’approche de l’île fut assez difficile en raison des intempéries de la nuit passée. Finalement, on posa le pied sur la plage et l’on entreprit de recueillir de l’eau dans des tonneaux. Tout à coup, des pierres furent jetées par les indigènes. "M. de Langle n'eut le temps que de tirer ses deux coups de fusil ; il fut renversé , et tomba malheureusement du côté bâbord de la chaloupe, où plus de deux cents Indiens le massacraient sur le champ à coups de massue et de pierres. Lorsqu'il fut mort, ils l'attachèrent par un de ses bras à un tolet, afin sans doute de profiter plus sûrement de ses dépouilles." Les Français ripostèrent, tuant , semble-t-il trente-neuf indigènes. Douze Français étaient morts. Robert de Lamanon trouva la mort dans ce tragique événement. Informés du drame, La Pérouse préféra cesser ses relations commerciales avec les habitants de l’île et fit voile vers les Tonga.

Un mémorial fut érigé sur les lieux en 1883. Il porte les mots : « Morts pour la Science et la Patrie ».

Merci à Jean-Marie Desbois du site GeneProvence.com pour son aimable permission.

Philatélie