samedi 17 novembre 2012

Charybde et Scylla

Charybde et Scylla sont deux monstres de la mythologie grecque, dont la légende est à l'origine de l'expression "tomber de Charybde en Scylla", qui signifie "éviter un péril pour tomber sur un autre". On trouve son équivalent dans l'expression "choisir entre la peste et le choléra".

D'après la mythologie grecque, Charybde était la fille de Poséidon et de Gaïa. Elle était perpétuellement affamée. Lorsqu'elle dévora le bétail d'Héraclès, Zeus la punit en l'envoyant au fond d'un détroit. Elle se mit à avaler la mer et les bateaux trois fois par jour.

Or, non loin de là vivait Scylla. À l'origine, Scylla était une nymphe dont Glaucos était follement amoureux. Celui-ci alla demander à la magicienne Circé un philtre d'amour, mais celle ci était amoureuse de Glaucos et jalouse de Scylla, et profita de l'occasion pour la changer en un monstre terrifiant, ayant douze moignons pour pieds et six têtes emmanchées de longs cous.

Ainsi, un marin qui réussissait à échapper à l'un des monstres risquait fort de tomber dans la gueule de l'autre. Charybde et Scylla symbolisent respectivement les marées et les récifs du détroit. La légende, exprimée à l'origine dans l'Odyssée d'Homère, ne permet pas de définir avec précision de quel détroit il s'agit. Dans l'Odyssée, Ulysse est appelé à franchir un détroit que certains ont identifié aujourd'hui comme celui de Messine, d'autres comme étant le Bosphore au moment de sa formation, il y a douze mille ans, telle que relaté dans les récits de "Jason et les Argonautes", "L'épopée de Gilgamesh" ainsi que dans le Mahabharata.

Deux terribles dangers menaçaient les marins : un tourbillon et un récif, qui ont été personnifiés sous les traits des deux monstres.

Sources : Wikipédia - Dessin d'en-tête : Scylla, d'après un groupe sculpté originaire de la Villa Hadriana (IIe siècle après JC) Naples, Musée archéologique national

Alessandro Allori - Charybde et Scylla (1575)

Charybde et Scylla dans le texte de l'Odyssée (extrait du chant XII)
Tels sont ces deux écueils. L'un, de son faîte aigu, atteint le haut Ouranos, et une nuée bleue l'environne sans cesse, et jamais la sérénité ne baigne son sommet, ni en été, ni en automne ; et jamais aucun homme mortel ne pourrait y monter ou en descendre, quand il aurait vingt bras et vingt pieds, tant la roche est haute et semblable à une pierre polie. Au milieu de l'écueil il y a une caverne noire dont l'entrée est tournée vers l'Érébos et c'est de cette caverne, illustre Ulysse, qu'il faut approcher ta nef creuse. Un homme dans la force de la jeunesse ne pourrait, de sa nef, lancer une flèche jusque dans cette caverne profonde. Et c'est là qu'habite Scylla qui pousse des rugissements et dont la voix est aussi forte que celle d'un jeune lion. C'est un monstre prodigieux, et nul n'est joyeux de l'avoir vu, pas même un Dieu. Elle a douze pieds difformes, et six cous sortent longuement de son corps, et à chaque cou est attachée une tête horrible, et dans chaque gueule pleine de la noire mort il y a une triple rangée de dents épaisses et nombreuses. Et elle est plongée dans la caverne creuse jusqu'aux reins ; mais elle étend au dehors ses têtes, et, regardant autour de l'écueil, elle saisit les dauphins, les chiens de mer et les autres monstres innombrables qu'elle veut prendre et que nourrit la gémissante Amphitritè. Jamais les marins ne pourront se glorifier d'avoir passé auprès d'elle sains et saufs sur leur nef, car chaque tête enlève un homme hors de la nef à proue bleue. L'autre écueil voisin que tu verras, Ulysse, est moins élevé, et tu en atteindrais le sommet d'un trait. Il y croît un grand figuier sauvage chargé de feuilles, et, sous ce figuier, la divine Charybde engloutit l'eau noire. Et elle la revomit trois fois par jour et elle l'engloutit trois fois horriblement. Et si tu arrivais quand elle l'engloutit, celui qui ébranle la terre, lui-même, voudrait te sauver, qu'il ne le pourrait pas. Pousse donc rapidement ta nef le long de Scylla, car il vaut mieux perdre six hommes de tes compagnons, que de les perdre tous.