dimanche 13 janvier 2013

La charrue en héraldique

Dans la pensée primitive, la charrue signifie à la fois labourer et féconder. C'est donc un symbole de fertilisation. C'est également un symbole phallique car le soc est comme un membre viril qui pénètre le sillon, symbole de l'organe féminin. Ainsi, passer la charrue sur la terre, c'est unir l'homme et la femme, le ciel et la terre, et la moisson, associée à la naissance, est le fruit de cette union. La charrue est aussi le symbole de la réinitialisation, du recommencement : la terre est retournée, prête pour un nouveau cycle. Chez les Celtes, l'ouverture du sillon symbolise le commencement du monde. La bêche participe du même symbolisme. Comme la plupart des outils tranchants, elle représente l'action du principe mâle sur la matière passive, donc femelle (passive au sens de réceptacle).

Isidore de Séville (560/570-636) compare le stylet de l'écrivain à la charrue, se référant aux Anciens traçant leurs lignes tel le laboureur ses sillons. Ainsi, la page blanche est comparée au champ qui n'a pas encore subi le soc de la charrue.

Héritière de l'araire, apparue en Mésopotamie au cours du IVe millénaire avant J.C. et qui scarifiait simplement le sol, la charrue permet de labourer plus profond et de retourner la terre. Le labour permet ainsi de l'ameublir et de la préparer à recevoir le semis. Il permet également d'enfouir les résidus des cultures précédentes, les mauvaises herbes, le fumier, et accélère la minéralisation de la matière organique. Cet instrument aratoire joue donc un rôle foncier en agriculture.
Charrue Howard (XIXe siècle) et charrue brabant (fin du XIXe siècle-première moitié du XXe siècle). Archives Larousse

Plan d'une charrue médiévale (Document INSHEA-SDADV-2006/2007)

 
Scène de labour dans l'Égypte ancienne

Scène de labour au Moyen-Âge
(Les très riches heures du Duc de Berry, 1415, par les frères de Limbourg)

La charrue en héraldique 

La représentation d'une charrue sur un blason s'explique généralement par le désir de mettre en valeur la place de l'agriculture dans l'économie domaniale ou communale et il n'est pas certain que les considérations symboliques évoquées plus haut aient toujours présidé à sa conception. Les modèles de charrues sont variés et certains meubles ne représentent que le soc ou le coutre (que l'on confond parfois avec une lame de faux).

Ville d'Amos (Québec, Canada)
De sinople à une charrue d'or, au chef de gueules chargé 
d'un pic de mineur et d'une hache d'argent passés en sautoir.

Anoux
(Meurthe-et-Moselle, Lorraine)  
D’or à l’aulne de sinople accompagné à dextre d’une roue de gueules et à senestre d’un tonneau de même cerclé d’argent, au chef de sable chargé d’une charrue contournée d’or au soc d’argent.

Baigneaux
(Gironde, Aquitaine)
Écartelé de gueules et d'or, au premier à la grappe de raisin tigée d'or, au deuxième au rocher de sable d'où jaillit, de front, une source d'argent, au troisième à l'arbre de sinople sur un mont isolé du même, au quatrième à la charrue d'or.

Bathurst
( Nouveau-Brunswick, Canada)
Écartelé en sautoir, au premier d'argent à la burelle de gueules surmontée d'une burelle accolée d'or, aux deux pics de mineur de sable passés en sautoir brochant sur le tout, au deuxième d'or à l'arbre de sinople, au troisième d'azur à la charrue à mancheron double d'or, au quatrième d'argent à la champagne ondée soutenant un poisson surmonté d'une burelle ondée, tous d'azur, la champagne remplie d'or ; à l'écusson d'argent chargé d'une feuille d'érable de gueules brochant en abîme sur la partition ; au chef parti de gueules au léopard d'or et d'azur à trois fleurs de lis d'argent, celle du milieu plus grandes que les deux autres.

Bettwiller
(Bas-Rhin, Alsace)
De gueules au soc de charrue d'argent posé en pal et senestré d'un coutre du même.

Bujaleuf
(Haute-Vienne, Limousin)
D'azur à la charrue d'or posée sur une plaine ondée du même, 
surmontée d'une étoile d'argent.

Bœsenbiesen
(Bas-Rhin, Alsace)
De sinople au coutre d'argent.

Domsure
(Ains, Rhône-Alpes)
D'azur à la filière d'argent et au filet en pairle du même, cantonné en chef d'une charrue aussi d'argent tractée vers senestre sur une terrasse fascée de sept pièces du champ, à dextre d'une poule bressane contournée et à senestre d'une vache mouvante de la filière, le tout d'argent.

Froideville
(canton de Vaud, Suisse)
Coupé d'azur à la croix ancrée d'or, et de gueules à la charrue d'argent.

Gommersdorf
(Haut-Rhin, Alsace)
D'argent à la charrue de sable, au chef de gueules à deux crosses abbatiales d'or 
posées en sautoir, une fleur à pétales multiples d'argent boutonnée d'or brochante. 

Grossœuvre
(Eure, Haute-Normandie) 
De gueules à la croix échiquetée d'argent et de sable, cantonnée au premier et au quatrième d'une roue dentée de huit pièces d'or, au deuxième et au troisième d'une charrue à roues du même.

 Guewenheim 
(Haut-Rhin, Alsace)
Écartelé, au 1er d'argent au lion de sable lampassé de gueules, au 2nd de gueules au soc de charrue d'or en pal au coutre de même en bande les deux pointes se touchant en chef, au 3ème de gueules aux deux bars adossés d'or, au 4ème d'argent à la balance potencée de gueules, le balancier posé en barre.

Hagenthal-le-Haut 
(Haut-Rhin, Alsace)  
D'argent à la croix pattée alézée de sable 
soutenue d'un soc de charrue couché de même.

Melrand
(Morbihan, Bretagne)  
Parti d'hermine plain et d'or au calvaire du lieu d'argent ; au chef de sinople chargé d'un laboureur conduisant une charrue tractée par un bœuf, le tout cousu de sable.

Montville
(Seine-maritime, haute-Normandie)
Coupé : au 1) d’azur à la roue dentée d’argent accostée de deux navettes de tisserand du même posées en pal, au 2) de gueules à la charrue d’argent ; à la divise ondée d’argent brochant sur la partition. 

Méligny-le-Petit
(Meuse, Lorraine)
Tranché de sinople à la tête de chevreau arrachée d'argent, allumée et accornée d'or et d'or au soc de charrue de pourpre ; sur le tout une bande de gueules chargée d'une croix pommetée au pied fiché d'argent accompagnée de deux billettes d'or.

Obermorschwiller
(Haut-Rhin, Alsace) 
D'or à deux flèches en sautoir soutenant un soc de charrue, 
le tout de gueules, les pointes hautes.

Ostheim
(Haut-Rhin, Alsace)  
D'or à la ramure de cerf de gueules en pal, sur un mont de trois coupeaux de sinople duquel sont mouvants un soc de charrue de sable à dextre et un coutre de même à senestre, et deux lettres majuscules O et S, aussi de sable, posées en chef, l'une à dextre et l'autre à senestre.


Saint-Félix-de-Villadeix
(Dordogne, Aquitaine)
Écartelé au 1) de gueules aux trois lionceaux d’or, au 2) d’or aux trois arbres arrachés au naturel, au 3) d’or à la charrue de sable, au 4) de gueules au crosseron contourné d’or.

Saint-Molf
(Loire-Atlantique, Pays de la Loire)  
Écartelé : au premier à cinq points d'azur chargés chacun d'un besant d'or abaissé, équipolés à quatre points d'argent, au deuxième et troisième de sinople plain, au quatrième de sable à la charrue d'or, à la barre d'hermine brochant sur le tout.

Toussus-le-Noble
(Yvelines, Ile-de-France) 
D'azur à la bande d'or chargée de trois socs de charrue de sable, accompagnée en chef d'une croix fleurdelisée, couronnée et parsemée de fleurs de lis d'or et en pointe d'un demi vol d'argent.

Vicq-sur-Gartempe
(Vienne, Poitou-Charentes)
Tiercé en chevron renversé : au premier de gueules à la charrue d'argent, 
au deuxième d'or plain, au troisième d'azur aux deux gerbes de blé d'or.

Viry-Noureuil
(Aisne, Picardie)  
D'argent à la bande de sable chargée de cinq coquilles d'or,
accompagnée en chef d'une charrue et en pointe d'un coquillage, le tout de sable.

Fredericton
(Nouveau-Brunswick, Canada)
Tranché d'or sur azur à une cotice tranchée de l'un en l'autre, en chef une représentation d'un Charles Fawcett Manufacturing Company Charm Oak stove, en pointe une charrue à chevaux tempore 1775, le tout de l'un à l'autre à l'exception du soc de la charrue d'argent.
 
Cimier : Un livre ouvert d'argent relié d'or mouvant d'une couronne de roses d'argent boutonnées d'or.

Supports : À dextre, un étalon d'or ailé de gueules, ceint d'une couronne érablée du même, criné, caudé et ancorné d'azur, à senestre une jument d'or ailée de gueules, ceinte d'une couronne de violettes mauves (Viola cuculata) au naturel, encornée d'azur, les supports debout sur une portion de rive de la rivière Tantramar au naturel chargée de deux gerbes de blé d'or liées du même, le tout soutenu d'un burelé-ondé d'argent, d'azur et d'argent.


Documents complémentaires
Planches de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert 


PLANCHE I
Figure 1ère. Laboureur qui ouvre un sillon.
Fig. 2. Charrue ordinaire.
3. Charrue de M. Tull.
4. Semeuse qui conduit le semoir de l'abbé Soumille dans le sillon où la semence est aussi - tôt recouverte par la terre, que le versoir ou oreille de la charrue (fig. 1.) y jette en formant le sillon suivant indiqué par la ligne ponctuée.
5. Semeur qui répand la semence à la main, sur une piece de terre préparée par différens labours.
6. Charretier qui conduit la herse pour couvrir la semence.
7. Charretier qui conduit le rouleau ou brisemotte, pour rabattre & égaler la terre.


PLANCHE II. La charrue à versoir.
Fig. 1. La charrue entière vue en perspective. A, B, les rouelles. 9, V, le têtard. a, a, les jumelles. 5, 8, l'épart ou balance. 5, 1: 7, 2, traits du cheval sous la main gauche. 6, 3: 8, 4, traits de l'autre cheval, V, P, N, le collier ou chignon. O, les rondelles ou entrempoirs. C D, la haye. c D, le sep. L, G, étançon. L H, L K, mancherons. E F, versoir ou écu, ou oreillon. T, selette. R, S, chevalet ou hausse. c d b, soc. d e, e f, aiguille. M, Q c, coutre. g, clef.

2. L'avant & l'arriere - trains séparés & représentés à vûe d'oiseau. 5, 8, l'épart ou balance. 9, V, le tê - tard, V N, le collier ou chignon. a a, les jumelles. 6, 7, chevilles où l'on attache les traits du dedans. 10, autre cheville où l'on attache le trait du palon - nier d'un troisième cheval, quand on s'en sert. T, selette. R S, chevalet ou hausse. a S, a R, épées. L'essieu A B des rouelles fait avec le têtard un angle d'environ 85 ou 86 degrés, du côté du versoir, afin que la pointe du soc reste engagée dans la terre à main gauche, & que l'arrière train ne retombe pas dans le sillon précédemment tracé.

L'arrière - train. C L, la haye. b c d, le soc. c b D, le sep. L G, étançon. L H, L K, les mancherons.

Fig. 3. L'arrière - train en perspective, vu du côté du versoir. M Q c, le coutre. D d c, le sep recouvert du soc. d c, tranchant du soc. e f, l'aiguille. E F, versoir ou oreillon. G, étançon, K H, mancherons.

Fig. 4. Le profil de la charrue en entier, la roue antérieure A supprimée. Les mêmes lettres désignent les mêmes parties qu'aux figures précédentes. 5. Le soc & l'aiguille séparés.

PLANCHE III. La charrue à tourne - oreille.
Fig 1. La charrue entiere vûe en perspective. A B, les rouelles ou roues, fig. 1. 3. 
9, V, le têtard, 3. 5. 
 a, a, jumelles ou mammelles, 1. 3. 5. 
5, 8, traversrer, 1. 3. 
u P N, le collier, 4. 5. 
O, rondelles ou dehourdoirs, 1. 5. 
C D, la haie, 1. 5. 
c, d, le scep, 1. 5. 
L G, étançon, 1. 3. 5. 
L H, L K, mancherons, 1. 3. 5. 6. 
E F, oreille, 2. 3. 
T, selette, 1. 5. 
R, S, joucquoi, ou joucquoir, 1. 5. 
Z AE, l'embranloir, 1. 
Z OE, la hardière, ou hardiau. 1. 
AE OE, la commande, 1. 
X Y, le soc, 1. 3. 5. 6. 
12, la lumière, 3. 
6, 7, les briolers, 1. 3. 
G, mortoise en gueule de loup, fur le haut de l'étançon, 3. 6. 
10, 11, le petit têtard, 1. 3. 5. 
13, le pretre, 1. 3. 5. 
14, 15, le pleyon, 1. 5. 
TR, T S, essais ou épées, 1. 5.

2. e f, la face intérieure de l'oreille. h, l'arbalétrier qui s'implante dans le trou L de l'étançon. g, poignée de l'oreille. e, crochet qui entre dans un piton fixé en b à chaque côté du scep, fig. 1. 3. & 5. E F, face extérieure de l'oreille.

3. Plan à vûe d'oiseau de l'avant & de l'arrière - train de la charrue. X Y, les fourchettes ou fourceau.

4. Le collier ou chignon. P, la clef du chignon qui embrasse le têtard en - dessous. Le chignon s'applique sur la cheville 11 (fig. 3.) qui traverse le petit têtard.

5. Profil de la charrue, où la roue antérieure A est supprimée. 6. Vue de face des fourchettes X Y.

Étiquettes de camembert


Sous-bocks de bière


Chromos et cartes postales

L'empereur Joseph II (1741-1790) poussant la charrue


Illustrations de la fable de La Fontaine

Chromo de la collection Kolarsine et de la solution Pautauberge


Le laboureur et ses enfants
Aux Magasins Réunis Emile Gauvenet à Nuits-Saint-Georges


Duverger (Musée du Luxembourg)

Couverture de cahier

Tableaux

 
Labour en Nivernais (1849) de Rosa Bonheur (1822-1899)

Détail
 
Cette toile est sans doute l'un des tableaux les plus célèbres mettant en scène le labour. Les impressionnants attelages à six bœufs suggèrent une terre argileuse, lourde à travailler.

Le labourage (1844) de Rosa Bonheur également

Labour en Nivernais, d'Auguste Bonheur (1824-1884)
Auguste Bonheur est le frère de Rosa Bonheur.

Le laboureur (auteur inconnu)

La leçon de labourage (1798) de François-André Vincent (1746-1816)

Labourage (1938) de Paul Junghanns (1876-1958)

Philatélie

 


Coloriages


Labour en Alsace (Steinbourg) dans les années 1950-60