jeudi 3 janvier 2013

Le fléau, le van, la fourche et le râteau en héraldique

Une fois le blé moissonné, il est est lié en gerbes posées les unes contre les autres, voire formées en meules, en attendant d'être hissées sur des charettes à l'aide de fourches spéciales. Quand le blé est bien sec, on procède au battage des gerbes pour séparer le grain de l'épi. Autrefois, ce travail harassant se faisant à l'aide d'un fléau.

Van Gogh, Gerbes de blé (1885) et Monet, Meules de blé le matin (1891)

Sur la manière de former les meules, on pourra consulter en ligne l'ouvrage de Charles François Bailly de Merlieux, Alexandre Bixio & François Malepeyre : Maison rustique du XIXe siècle : encyclopédie d'agriculture pratique ... Cours élémentaire, complet et méthodique d'économie rurale, Volume 1, p. 298 à 302 (Librairie Agricole 1835)


Le fléau est composé de deux bâtons rattachés l’un à l’autre à leur bout par un lien flexible, généralement en cuir, et qui sert à battre le grain pour le séparer de la tige et de l'épi, à la manière d'un fouet rigide. L'un des deux bâtons est le manche de l'outil, l'autre en est la lame.


Carte postale ancienne (Massif Central)

Battage du blé à Pioussay (Poitou-Charentes) lors d'une fête de la moisson

Oberdorf
(Haut-Rhin, Alsace)
De sinople à deux fléaux d'argent liés de sable et passés en sautoir.

Frotey-lès-Lure
(Haute-Saône-Franche-Comté)
 
De gueules aux deux fléaux d’or passés en sautoir, au bras dextre d’argent paré de 
sable, tenant un chardon arraché aussi d’or, le tout mis en pal et brochant sur les fléaux.

Granges-le-Bourg
(Haute-Saône-Franche-Comté) 

De gueules à deux fléaux d'or passés en sautoir,
accompagnés en pointe de deux bars adossés du même.

Montenois
(Doubs, Franche-Comté)  
Écartelé en sautoir au 1) et au 4) de gueules aux deux bars adossés d’or, au 2) et au 3) de sinople aux deux fléaux à céréales d’or passés en sautoir, le tout couché ceux du second contournés ; sur le tout d’azur semé de billettes d’argent au lion d’or brochant.

Le Brethon
(Allier, Auvergne)  
Écartelé: au 1er d'azur à la croix de calvaire perronnée de huit pièces d'argent, au 2e d'or à la feuille de chêne de sinople posée en barre, au 3e d'or au fléau et à la scie de sable passés en sautoir, au 4e d'azur à l'épée haute d'or.

Massongy
(Haute-Savoie, Rhône-Alpes)
Écartelé, au premier d'azur à une faux et à un fléau au naturel passées en sautoir, à une gerbe de blé d'or brochant sur le tout, au deuxième fascé d'argent et d'azur, chaque fasce d'azur chargée d'une étoile d'or, au troisième d'argent au chevron d'azur accompagné, en chef, de deux tourteaux du même et en pointe d'une coquille de gueules, au quatrième d'or à une hotte au naturel remplie de grappes de raisin du même, le tout sommé d'un chef de gueules chargé d'une croix d'argent.


Au cours du XIXe siècle, la mécanique se développe et trouve dans l'agriculture un champ d'application très large. Depuis 1840, l'usage de la machine à vapeur pour le battage du blé, commencée dans le Nord et en Beauce, se répand un peu partout. L'illustration ci-dessus montre une batteuse à manège direct encore actionnée par la force animale (1881). 

Feuillet publicitaire pour une batteuse locomobile Guichard-Dozier 
(début du XXe siècle)

Feuille publicitaire de Nassivet & Cie (début XXe siècle)

Feuille publicitaire de Merlin & Cie (début XXe siècle)

Les batteuses étaient actionnées par une locomotive à vapeur ou à pétrole à l'aide d'une système de courroies. Par la suite, on utilisera les tracteurs pour les batteuses mobiles puis l'électricité pour les batteuses fixes, généralement installées dans des hangars.

Une batteuse mobile des années 1930

Fort heureusement, beaucoup de batteuses sont conservées et rénovées. Elles reprennent même du service à l'occasion des fêtes de la moisson qui se sont multipliées un peu partout en France ces dernières années.


Manuel Leçon de choses (1946)

Mais revenons au battage plus ancien. Une fois le blé battu, il faut enlever la paille à l'aide de fourches puis procéder au vannage, opération qui consiste à séparer le blé et la balle (l'enveloppe des grains et autres impuretés). Ce travail se pratique avec des vans, paniers plats en osier ou en bois qui permettent de lancer en l'air vivement le mélange grain-balles, le grain, plus lourd, retombant sur place tandis que la balles, plus légère, est emportée par le vent.

Vans en osier et en bois

Le vanneur (1848) par Jean-François Millet (1814-1875)

Carte postale ancienne montrant un vannage à la main en Bretagne

Vannage du blé à la pelle en Afghanistan (photo FAO 1994)

Littéralement, le vannier est "celui qui fabrique des vans". Mais le métier est associé à tous les objets en osier tressé, tels les corbeilles, les paniers, les claies... Jadis, à l'instar d'autres métiers, les vanniers étaient regroupés en corporations.

Blason de la corporation des vanniers.

Blason de la corporation des grainiers

Le grainier vend des grains destinés aux semailles tandis que le grainetier vend des grains destinés à la consommation par l'homme ou les animaux.


Au XVIIIe siècle, on voit apparaître une vanneuse mécanique appelée tarare ou traquinet, une machine qui permit de remplacer avantageusement le vannage manuel devant se faire à l'extérieur par jour de grand vent. Constitué d'un ventilateur et de grilles, il est actionné à l'aide d'une manivelle. Le blé nettoyé tombe au sol ou dans un contenant par une petite glissière, tandis que la balle est évacuée par le haut.

Un tarare à Donneville (Haute-Garonne, Midi-Pyrénées) 

Terminons ce sujet en évoquant deux autres instruments agraires que sont la fourche et le râteau. La première, autrefois en bois puis en métal, sert essentiellement à charger et à décharger les gerbes et la paille après battage. Elle est rarement présente sur les blasons.

Fourche en bois


Fourches en métal : anciennes à deux et trois dents et actuelle à deux dents.

Fourques
(Pyrénées-Orientales, Midi-Pyrénées)

De sinople à trois fourches d'or.

Il ne s'agit pas d'armes parlantes au sens que l'origine du mot Fourques n'a qu'un rapport symbolique avec l'instrument représenté. Le mot fait en effet référence à un embranchement de chemins.

Saint-Léger-Vauban
(Yonne, Bourgogne)

D’azur au chevron d’or accompagné en chef à dextre de trois croissants ordonnés en orle, en chef à senestre, de trois trèfles ordonnés en orle, et en pointe d’une fourche de bois de trois dents le tout d’argent. 

La fourche rappelle que l'ancien nom du village était Saint-Léger-de-Fourcheret (Moyen-Âge). Le terme "Foucheret" ou "Fourcheret" fait référence aux fourches patibulaires que les seigneurs érigeaient autrefois comme symbole de la haute justice. Enfin, précisons que c'est le lieu de naissance de Sébastien le Prestre, futur marquis de Vauban puis maréchal de France (1633-1707). Le village fut rebaptisé par ordonnance impériale du 7 décembre 1867.

Quincampoix
(Seine-Maritime, Haute-Normandie)
Coupé au 1) d’or au châtaignier de sinople mouvant de la pointe, au 2) d’azur au chevron accompagné,en chef à dextre d’une étoile à senestre d’une roue dentée et en pointe, d’une fourche et d’une hache passées en sautoir, le tout d’or.
 
Blason créé et adopté en 1977. "Le châtaignier symbolise l'origine forestière de la commune, le chevron évoque l'activité des artisans et commerçants, la roue dentelée des industries mécaniques" symbolise les petites industries non polluantes en cours de création et sources d'emploi pour les résidants, l'étoile rappelle l'importance que la ville attache à la protection de la nature et à la pureté de son air ; enfin, la fourche évoque les activités agricoles et la hache celle du bûcheron." (Mairie de Quincampoix)

Le râteau, enfin, sert à rassembler l'herbe, fraîche ou sèche, et la paille. Encore est-il davantage un instrument de fenaison que de moisson. En héraldique, il peut signifier l'importance des prairies à fauche ou d'anciens droits seigneuriaux rattachés à ce type de terres.




Blason de la famille de Rethel
De gueules à deux têtes de râteaux d'or posés l'un sur l'autre.
Blason dessiné par O. de Chavagnac pour l’Armorial des As

Mézières
(Ardennes, Champagne-Ardenne)
De gueules, à deux râteaux d'or en chef, et à la lettre capitale M du même en pointe.

Omont
(Ardennes, Champagne-Ardenne)
De gueules à la lettre O capitale d’or surmontée de
deux râteaux démanchés de six dents du même.

Comme on le constate, les blasonnements désignent le râteau de manière diverse : "tête de râteau", "râteau démanché" ou "râteau" tout court.

Champigneulles
(Meurthe-et-Moselle, Lorraine)  
De gueules à la fasce ondée d'argent abaissée, accompagnée en chef d'une tête de sanglier arrachée d'or défendue d'argent chargée d'une épée renversée d'argent pommetée d'or posée en sautoir avec un râteau du même ; au chef d'azur à l'aigle d'argent, ses serres empiétant sur un phylactère du même chargé de ces mots de sable : "CARITAS PIETAS" tenant dans son bec l'anneau d'or de Saint Arnould. Une fleur de lys d'or broche à la fois sur le chef et sur le champ. 

Élan
(Ardennes, Champagne-Ardenne)
D’azur à l’écusson ovale de gueules chargé de deux râteaux démanchés de six dents d’or l’un sur l’autre et d’une bordure du même au pourtour cannelé, surmonté d’une mitre posée en bande et d’une tête de crosse posée en barre, le tout aussi d’or. 

Saint-Bazile
(Haute-Vienne, Limousin)
De gueules à l'écusson d'argent au lion de sable, 
accompagné de trois râteaux démanchés d'or.

Viâpres-le-Petit
(Aube, Champagne-Ardenne)
 
D’azur au chevron d’or accompagné, en chef à dextre d’un râteau levé d’argent, en chef à senestre, d’une vanette du même et, en pointe d’une gerbe de blé aussi d’or, au chef ondé aussi d’argent.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire