samedi 9 février 2013

Le blason de la Fédération des Compagnons Boulangers Pâtissiers restés fidèles au Devoir

Dans la suite de notre article sur le pain et le métier de boulanger en héraldique, nous avons le plaisir de publier l'étude de Laurent Bourcier, Picard la Fidélité, compagnon pâtissier resté fidèle au Devoir et membre du CREBESC (Centre de Recherche et d'Étude de la Boulangerie et de ses Compagnonnages) portant sur l'historique du blason de la Fédération des Compagnons Boulangers Pâtissiers restés fidèles au Devoir.

Depuis la création de notre société jusqu’à nos jours, le blason des compagnons boulangers pâtissiers a toujours été composé d’un rouable, d’une pelle et d’une balance.

La Fédération des Compagnons Boulangers Pâtissiers restés fidèles au Devoir, comme l’ensemble des sociétés compagnonniques, possède un blason. Blason imprimé qui vient orner les documents compagnonniques, blason de bois et d’acier qui vient orner la fête patronale de la Saint Honoré, blason apposé au bas d’un courrier par un cachet à l’encre noire…
A l’entrée des boulangers dans le compagnonnage (1808-1811), nous trouvons la pelle à enfourner, le rouable à extraire les braises, et la balance à peser les pâtes, le tout entrelacé avec une équerre et un compas. (première marque secrète).

La présence d’une équerre et d’un compas, peut paraître étrange pour le métier de boulanger, mais elle résulte de la volonté des compagnons boulangers de l’époque de s’affirmer puissamment membre de la famille du Devoir, l’équerre et le compas étant très employés par les différentes corporations, mais il existe aussi un autre critère, tout aussi important, c’est l’influence involontaire qu’exerce la franc- maçonnerie sur les jeunes compagnons de l’époque, cela principalement en ce début de siècle, par l’intermédiaire simplement de la lecture.
Les Compagnons Boulangers souhaitent absolument se faire reconnaître comme membre de la famille du Devoir, mais pour cela, il leur faut courber le dos, et surtout ne pas être provocateur à l’egard des grandes et anciennes corporations comme les tailleurs de pierre et charpentiers, corporations reposant sur la science de la Géométrie… Ce qui est loin d’être le cas de nos boulangers. Il est donc décidé vers 1840 de supprimer l’équerre et le compas afin de n’offusquer personne !

Nous voyons alors apparaître, pour remplacer ces deux outils, une couronne d’épines, rappel des origines chrétienne des rites des boulangers sur le tour de France, mais aussi du compagnonnage dans son ensemble (l’une des nombreuses légendes sur Maître Jacques rapportent que Gaétan, Maître ayant succédé à Maître Jacques après sont assassinat, se coiffait d’une couronne d’épines, pour se rappeler les souffrances de son Maître, chaque épine de cette couronne représentait chaque Maître qui allait lui succéder).

Puis arrive enfin cette période des premières reconnaissances, en 1860. Nous voyons apparaître sur le blason de certains documents compagnonniques un triangle et un oeil rayonnant en son centre (ci-dessous ) dessiné par J-B Entraygues, Limousin Bon Courage, influencé fortement par la symbolique maçonnique, société à laquelle il appartient (loge « l’union des peuples »).


De quel coté doit se trouver la pelle ou le rouable , à droite ou à gauche ? Il n’y a aucune loi à ce sujet, sur les deux siècles d’histoire des CBDD, il se trouve quelques fois à droite, quelques fois à gauche, l’hypothèse propagée par certains, que les boulangers du Devoir de Liberté mettent la pelle à gauche et les Devoirants à droite, est totalement fausse !
Selon le Livre du Pays Papineau Blois l’Ami du Travail (2° édition), un tableau, page 17, illustre la « Société de Bienfaisance ». Ce groupement d’ouvriers aux origines plus anciennes que les Compagnons Boulangers du Devoir, mais dont pour l’instant nous ne savons pratiquement rien, possédaient des us et coutumes tout à fait comparables aux nôtres. Page 17, dans leur blason, la pelle est à droite ; page 56, nous trouvons un dessin aquarellé avec la pelle à gauche, puis à la page 43, nous trouvons un diplôme datant de 1828 d’un Compagnon Boulanger du Devoir ayant la pelle à droite et enfin page 33, une gourde est reproduite (datée de 1841) sur laquelle le blason a la pelle à gauche ! C’est dire qu’à cette époque, rien de précis en la matière n’était appliqué.

Dans le même livre, nous trouvons page 1, un « Souvenir dédié aux Compagnons » sur lequel sont inscrits les noms des 24 Cayennes composant le Tour de France de l’époque et 13 savoureux principes du Compagnonnage, ce tableau fut aussi édité par Limousin Bon Courage, illustre Compagnon Boulanger et notablement connu de ces Frères en Devoir.

Cette pièce est ornée du blason et la pelle se trouve à gauche. Si l’on feuillette encore le livre, on s’arrête à la page 247, l’on y voit le pommeau de sa canne reproduit, et le blason a la pelle à droite !!

(Comme le montre l’image ci-dessous, pelle à gauche et l’image précédente, pelle à droite)


En conclusion, il n’y a jamais rien eu de rigoureux et d’affirmatif dans ce domaine. Si l’on observe les cachets, les diplômes, les médailles, les photographies des enseignes des Cayennes où des bureaux de placements, les gourdes, les couleurs de nos Mères ou toutes sortes de documents relatifs à notre corporation, toutes ces pièces nous démontrent qu’au fil des 200 ans de notre histoire, il n’y a jamais rien eu d’absolu en ce domaine.

On peut remarquer une erreur sur le blason ci-dessus de JB Entraygues Limousin Bon Courage, on s’aperçoit qu'il y a deux mains gauches mais cette erreur vient du graveur de pierre lithographique qui a mal reproduit cette poignée de main.

Ces mains gauches ne sont pas les seules dans le compagnonnage, il existe de telle erreur sur des blasons d’autres corporations à la fin du 19ème siècle.
Voici quelques exemples des différents blasons utilisés dans notre corporation dans les années 1970, 1980 et 1990 :

  
En 1996, le Pays Laurent Bonneau, Normand la Fidélité, a redessiné avec un logiciel informatique le blason d’aujourd’hui, un signe de modernité, en prenant exemple sur ce dessin ci-dessous, sans auteur connu, et sur le blason dessiné sur la gourde fabriquée pour le congrès de Bordeaux de 1983 (ci-dessus).

Ce blason ainsi numérisé a été rectifié en juin 2009, pour être plus conforme à nos coutumes, un épi a été retiré pour n’en avoir plus que treize :


En 2011, enfin, voici ci-dessous, le blason de ce qui restera la seule société des compagnons boulangers pâtissiers, la Fédération des compagnons boulangers pâtissiers restés fidèles au Devoir. Ce blason est constitué du blason traditionnel des Compagnons Boulangers utilisé depuis deux siècles : pelle à enfourner, rouable, balance, épis de blés et feuilles de laurier.


Et dans un esprit de « modernité », l’on remarque l’ajout d’une représentation du métier de Pâtissier qui fait partie de ce Compagnonnage depuis plus de 70 ans, la ruche. Un ancien symbole compagnonnique que l’on peut trouver par exemple sur la tombe d’Agricol Perdiguier, Avigonnais la Vertu, Compagnon menuisier du Devoir de Liberté, au cimetière du Père Lachaise. Quel plus beau symbole que cette ruche qui procura a l’homme l’une des premières matières sucrantes, symbole du travail collectif, de l’harmonie. De la ruche dépend le destin de l’abeille, de l’abeille dépend le destin de la ruche.

Ce dernier blason est déposé à l’INPI (Institut National de la Propriété Industrielle).

Laurent Bourcier, Picard la fidélité, Compagnon pâtissier resté fidèle au Devoir

Le site très documenté du Centre de Recherche et d'Étude de la Boulangerie et de ses Compagnonnages (cliquez sur l'image).

Documents complémentaires
(remerciements particuliers à Laurent Bourcier)

Bannières de Saint Lazare et de Saint Honoré

Bannières anciennes des boulangers de Paris et d'Arras.

 
Bannière de Compagnons boulangers de la fin du XIXe siècle (lieu inconnu)

Gauche : bannière des Compagnons & Boulangers du Devoir de la Cayenne de Paris, de 1911 à nos jours. (Propriété des Compagnons Boulangers Pâtissiers du Devoir AOCDD - cliché L. Bourcier)
Droite : bannière des Compagnons Boulangers & Pâtissiers du Devoir de la ville de Tours, de 1999 à nos jours, (Propriété des Compagnons Boulangers & Pâtissiers du Devoir AOCDD - cliché L. Bourcier)
 
Drapeau des Compagnons Boulangers du Devoir de la Cayenne de Tours, de 1896 à 1958 (déposé au Musée du Compagnonnage de Tours par les Compagnons Boulangers & Pâtissiers du Devoir de cette ville. (cliche L. Bourcier)

Bannière des Compagnons Boulangers & Pâtissiers restes fidèles au Devoir de 2012 à nos jours. (Cliché N.Rollet)