vendredi 22 février 2013

L'histoire par l'image : les métiers de rue

Il n'est point de sot métier, il n'y a que de sottes gens, dit le proverbe. Autrefois, les rues des villes étaient véritablement le lieu de travail pour plein de petits métiers dont la plupart ont maintenant disparu. Ceux qu'on appelle les vendeurs à la sauvette remplissent un peu ce vide.
Bien avant le Moyen-Âge et jusqu'au XIXe siècle, voire le XXe siècle, les rues de Paris était le siège de quantité de petits métiers. Si beaucoup d'entre-eux ont disparu, certains autres se sont "vitrinés". 

L'illustration ci-dessous est issue du journal Coeur Vaillants.

L'astronome
L'astronome ambulant, moyennant une petite pièce, offre aux promeneurs d'observer la lune ou les étoiles.

L'aveugle
L'état de cécité n'est pas à proprement parler un métier mais obligeait ceux qui en étaient frappés à mendier pour survivre. Parfois ils vendaient des images ou des petites brochures.

La balayeuse de rue
Les rues sont toujours balayées mais par les services municipaux chargés de la gestion de la voirie. Jadis, il existait des balayeurs itinérants qui travaillaient aussi sur demande, surtout en hiver pour dégager les trottoirs ou les entrées de magasins.

Le bouquiniste
Le bouquiniste demeure heureusement une des principales attractions des bords de Seine auxquels il confère ce côté intemporel tant prisé par les Parisiens et les visiteurs en quête du Paris pittoresque.  
Léon Daudet, dans son Paris vécu, consacre plus de cinquante pages aux seuls quais, à ses bouquinistes et à ses librairies d'occasion. Fargue, Le Piéton de Paris,1939, p. 76
Les chanteurs ambulants
Les chanteurs ambulants ont déserté les rues pour se produire dans les couloirs du métro ou dans le métro lui-même. Autrefois, les passants, auxquels on avait distribué des feuillets sur lesquels étaient imprimés les textes des chansons, s'associaient aux chanteurs, souvent pour reprendre en chœur le refrain.

Le chiffonnier
Rien ne se perdait vraiment. Ce que les citadins déposaient sur le trottoir était récupéré et reconverti. C'est toujours le cas et bien des personnes ont équipé leur logement de cette manière-là. Le chiffonnier a pour vocation de ramasser les chiffons mais aussi de récupérer les vêtements usagers. Il est donc souvent aussi fripier et même ferrailleur.
J'suis marchand de chiffons, tu sais, dit-il, chiffonnier, pour mieux dire, mais tant qu'à moi, je l'suis en gros ; j'achète aux petits chiffonniers d'la rue, et j'ai un magasin − un grenier, quoi ! − qui m'sert de dépôt. J'fais tout l'chiffon, à dater du linge jusqu'à la boîte de conserves, mais principalement le manche de brosse, le sac et la savate ; ... (Barbusse, Le Feu,1916, p. 203.)
Le crieur de journaux
Quand la presse écrite était dominante, les journaux étaient souvent vendus par des ambulants qui criaient les gros titres de la une.

L'écaillère
L'écaillère est une personne qui ouvre et vend des huîtres. Le mot désigne également l'instrument pour les ouvrir. 
À peine voit-on de loin en loin [dans Paris] une écaillère qui reste sur sa chaise, les mains sous ses jupes, à côté de son tas de coquilles (Balzac, Œuvres div.,t. 3, 1836-48, p. 608).
La marchande de poissons
De tous temps, les harengères, ou poissardes, furent célèbres pour leur franc-parler et leurs rudes manières, à tel point que l'on surnomma ainsi toutes les femmes rustiques et fortes en gueules, disant des paroles ou faisant des actions insolentes.
Les poissonnières de Paris ne vendent le poisson que quand il va se gâter. Elles tiennent le marché tant qu'elles veulent. Il n'y a que le Parisien au monde pour manger ce que révolte l'odorat : quand on lui en fait le reproche, il dit qu'on ne sait que manger et qu'il faut qu'il soupe. Il soupe, et avec ce poisson à moitié pourri, il se rend malade.
(Louis-Sébastien-Mercier les tableaux de Paris)
La laitière
Elle déposait quotidiennement la bouteille de lait sur le palier, à côté ou devant les portes d'entrée des logis.

Le marchand de balais, plumeaux et brosses
Le brave homme sera supplanté par les représentants en aspirateurs. Mais ces objets sont loin d'être dépassés, sauf qu'on les achète désormais dans les bazars.

Le marchand d'oiseaux
L'oiseau siffleur ou chanteur était un animal de compagnie très apprécié autrefois, et bien davantage le perroquet bavard à qui on apprenait à répéter plein de bêtises amusantes.

La marchande de bonne aventure
La bonne aventure est une forme de divination. La personne choisit un billet au hasard et les mots qu'il contient sont censés prédire son destin ou, du moins, donner une piste sur la question qu'elle se pose. Cette pratique est vieille comme le monde, vieille comme l'homme, depuis que ce dernier se pose des questions métaphysiques...

Le marchand de ballons
Allez savoir pourquoi les enfants aiment les ballons de baudruche ! Cet attrait ne s'est jamais démenti depuis que le genre existe. La baudruche est, à l'origine, une pellicule préparée à partir de la partie la plus large du gros intestin de la vache ou de mouton, servant à l'emballage des andouilles, des langues écarlates, de divers produits de charcuterie, etc. Aujourd'hui, Le ballon de baudruche est composé d'une membrane en caoutchouc que l'on tend en le gonflant. Inventé par le scientifique Michael Faraday en 1824, sa production de masse ne commencera que dans les années 1930. 

Modèles pour peintres
Quand on est jeune, belle, ingénue et sans le sous, à une époque où la peinture était en pleine apogée, on peut aisément se faire embaucher comme modèle pour peintre et plus... si entente.

La porteuse de pain
Outre d'aller livrer le pain sur commande aux bons gros bourgeois marinant dans leur jus, la porteuse de pains avait également un côté marchande ambulante. Quant à la baguette, la controverse sur son origine demeure : les uns soutiennent que cette forme aurait été inventée par les boulangers de Napoléon (dont on sait qu'il se mêlait de tout) afin de rendre le pain plus facilement transportable par les soldats, dans une poche de leur pantalon, le long de la jambe ; les autres affirment que la baguette fut inventée à Vienne et importée en France pendant le XIXe siècle, plus précisément en 1839, à la boulangerie viennoise, fondée par un dénommé August Zang. Allez savoir !

Le trottin
Le trottin est à l'origine un employé de la couture, puis le nom prit de la largeur et désigna l'apprentie, la cousette, la couturière, la fille, la midinette, la modiste, l'ouvrière, la petite main, etc. L'image nous montre une telle personne en pleine course, lorgnée par un bourgeois honorablement marié mais mourant manifestement d'ennui (comme la plupart de ses consorts), à l'affût donc d'une aubaine salvatrice, ayant flairé un gibier qui n'est lui-même pas trop farouche, d'autant moins que l'on tire le diable par la queue plus souvent qu'il n'est permis... et donc...

Distributeur de prospectus
Toujours d'actualité.

Étameur
L'étameur est celui qui étame (qui met de l'étain). Il ne faut pas le confondre avec le rétameur qui lui remet en état les ustensiles métalliques qui sont endommagés avant de les étamer à nouveau.

Le garçon de café
Il est loin d'avoir disparu de nos terrasses de café. Heureusement !

Le marchand de gaufres
Lui aussi est toujours d'actualité, la crêpe en plus.

Le marchand de mouron
Aujourd'hui, il faut l'acheter chez les oiseleurs.

Le marchand de papier à lettre
Un petit billet doux à écrire à sa maîtresse, tandis que vous êtes assis à quelque terrasse de boulevard ? Vous avez de la chance : le marchand de papier à lettre passe à ce moment-là !

Le marchand de statuettes
Encore un métier de rue qui a fini en boutique...

Marchande de corbeilles
C'était quasi du petit mobilier en osier tressé.

La marchande de légumes
Elle s'est désormais fixée sur les marchés, comme tous ceux qui vendaient des produits alimentaires.

La marchande de plaisirs
« Voilà l’plai…sir, mesdames, voilà…l’plai…sir ! »
Il s'agissait de petits biscuits, appelés aussi oublies, minces comme du papier.

Le portefaix
Portefaix signifie littéralement qui porte des fardeaux. Ce sont des hommes de peine dont on loue les services lors d'un déménagement, pour transporter des bagages ou des objets encombrants que l'on vient d'acheter.

Le savetier
C'est tout bonnement le cordonnier, réparateur de chaussures.

Le vitrier
Un grand classique des métiers de rue.

Joueurs d'orgue de Barbarie

Les hommes sandwich et le marchand d'affiches
La réclame, qui dès les origines brosse les consommateurs dans le sens des poils, ne s'est jamais embarrassé d'une quelconque notion de dignité humaine. C'est donc à son aise qu'elle fait se promener dans les rues, pour quelques sous, des hommes sandwich qui ont quelque ressemblance avec les condamnés au carcan de jadis.
Quant au vendeur d'affiches, depuis que les hommes courent aux spectacles, ce genre a toujours eu des inconditionnels qui voulaient estampiller leur intérieur avec l'image de leur engouement passager ou définitif. 

Le marchand de coco et le marchand de marrons
Le coco, comme son nom ne le dit pas, est une boisson rafraîchissante issue de la macération de bâtons de réglisse dans de l'eau citronnée. Elle commença à se vendre dans les rues de Paris à la fin du XVIIIe siècle. Gagne-petit, le marchand de coco portait sur son dos une fontaine en tôle peinte et quelques gobelets à la ceinture. Il s'annonçait au son d'une clochette et criait : « Coco, coco, coco frais ! Qui veut du coco ? » ou : « A la fraîche ! à la fraîche ! Qui veut boire ? » ou bien encore : « A la fraiche, qui veut boire ? deux coups pour un liard ! » Le liard est une monnaie de cuivre en usage en France jusqu’en 1856. Il valait le quart d’un sous donc trois deniers, autrement dit trois fois rien !
Le marchand de marrons est toujours d'actualité et il n'est rien de tel, un soir d'hiver, tout en flânant boulevard Saint-Michel à Paris, que de manger quelques marrons qui vous brûlent les doigts lorsque vous voulez les décortiquer. 

Le repasseur de couteaux et le marchand de lacets
A l'heure du jetable, le repasseur de couteaux semble définitivement appartenir à un passé lointain. Erreur ! Non seulement, en 2013, il arrive de le croiser dans quelque rue perdue de Paris, s'annonçant toujours par une cloche, mais l'aiguisage et l'affûtage sont loin d'être tombés en désuétude. Nous avons connu un artisan qui s'en était fait une spécialité et dont le carnet de rendez-vous était en permanence au bord de l'implosion!

Le marchand de lacets, à l'instar du marchand de balais, était spécialisé dans un article de bazar. Sans doute à une époque les lacets craquaient-ils facilement et il était donc bien pratique de pouvoir rebondir en hélant un marchand de la chose nouée.

Duettistes comiques et ouvreur de portières
Les duettistes comiques sont en quelque sorte des clowns de rue qui amusent le passant blasé ou avachi. Sans doute que l'humour d'une époque ferait bâiller d'ennui les ennuyés d'aujourd'hui, tout comme ce qui fait rire nos contemporains étonnera les gens du futur.

La blanchisseuse et la marchande de fromages
Ah ! la blanchisseuse ! Les femmes qui travaillaient dans le tissu, quelle qu'en fût la nature, ont toujours eu la prédilection des coureurs de jupons, contrairement aux vendeuses de fromages, moins cotées, rapport, sans doute, à une physionomie et une taille moins inspirantes...

La bouquetière et le porteur au marché aux fleurs
Lors d'un rendez-vous galant, il est de bon ton d'offrir à celle dont on espère les faveurs un petit bouquet de fleurs. Les femmes adorent ces futilités, dans l'attente de choses plus substantielles... non pas ce que l'on croit... Allez savoir ! Les trames féminines sont obscures et insondables ou alors tellement évidentes qu'elles en sont voilées !
Du porteur au marché aux fleurs, nous ne dirons rien sinon qu'il porte sur son dos le romantisme des autres.

Le marchand de gui et le rempailleur de chaises
Le marchand de gui n'apparaissait qu'au nouvel an, la période traditionnelle de cette plante, un peu comme les marchands de jonquilles au printemps ou de lilas et de muguet en mai. Par contre, le rempailleur de chaises est toujours d'actualité, sauf qu'au lieu de déambuler avec sa carriole, il s'installe dans les marchés hebdomadaires des villes, s'adressant à une clientèle vissée sur ses chaises classiques dont on sait qu'elles ont l'usure facile. 

Le ramasseur de crottes de chien et le ramasseur de bouts de cigares
Le ramasseur de crottes de chiens récupérait un engrais pour les horticulteurs ou les maraîchers et le ramasseur de bout de cigares une époque, on fumait beaucoup le cigare) contribuait à une autre forme de recyclage, les restes servant à refabriquer des cigares bon marché. Aujourd'hui, à défaut de cigares, il serait bien avisé de faire les arrêts de bus ou les sorties de lycée. Le tonnage de tabac qui finit sur les trottoirs est proprement hallucinant, à croire que personne ne fume vraiment !

Le marchand d'olives et le cocher de fiacre
Envie de croquer quelques olives pour accompagner votre bière ? Elles vous servies dans un cornet en papier.
Le fiacre est en quelque sorte l'ancêtre du taxi. C'était réellement un métier de rue, par tous les temps et à toutes les heures dues et indues.

Diverses collections sur le même thème










Chromos Au Bon Marché illustrés par Maurice Leloir (1853-1940)


Au début du XVIIIe siècle, François et Nicolas Guérard, éditent, rue Saint-Jacques à Paris, plusieurs estampes ayant pour thème les Cris de Paris. (cliquez sur l'image pour l'agrandir)


Les cris de Paris en partition



La série Chocolat Lombard met en parallèle les mêmes métiers et leurs cris à deux époques différents : 1740 et 1910.

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