lundi 4 mars 2013

Monachisme et héraldique

La France est une vieille terre monastique. D'innombrables ordres y ont fleuri depuis le Haut Moyen-Âge et le territoire est couvert de centaines de monastères dont beaucoup sont encore actifs. Pour s'en faire une idée, on peut visiter Abbayes.net, le portail des monastères qui propose 278 sites et, bien sûr, sur Wikipédia, la Liste des abbayes et monastères de France ainsi que la Liste des ordres religieux catholiques. L'héraldique témoigne largement du monachisme.

À l'origine de la naissance beaucoup de villes, les monastères ont incontestablement contribué au développement économique des régions où ils furent implantés. Outre d'être des lieux de prière et de spiritualité, beaucoup de monastères furent des centres de la connaissance (on pense aux fameux moines copistes du Moyen-Âge).


Les meubles héraldiques évoquant le monachisme figurent généralement des crosses ou des mitres d'abbés, parfois l'abbaye ou une de ses parties, souvent sous la forme d'un élément architectural spécifique à ces constructions. Cependant, il n'est pas rare d'y voir représentés des moines.

La mitre est un ornement pontifical en forme de bonnet élevé, dont le haut finit en pointe, ayant deux pendants derrière. Les évêques et les abbés commendataires portaient la Mitre sur l'écu de leurs armes ; ils y ajoutaient la crosse. La Mitre des évêques se pose de front, à dextre, et la crosse à senestre, tournée en dehors. Les abbés mettaient la Mitre de profil à dextre, et la crosse à senestre, mais tournée en dedans, parce que leur juridiction n'est que dans leur cloître. (d'après le Dictionnaire encyclopédique de la noblesse de Franc Nicolas Viton de Saint-Allais (1773-1842) - Paris, 1816)


 
La crosse est un bâton épiscopal d'or ou d'argent recourbé et fleuronné dans sa partie supérieure. C'est une marque de juridiction ecclésiastique. Les évêques portent (en leurs armes) la crosse tournée en dehors, tandis que les abbés la portent tournée en dedans, afin de montrer que leur juridiction n'est que dans le cloître. Ce ne fut d'abord qu'une houlette pastorale terminée en volute et qui ne s'élevait pas plus haut que le front de celui qui la portait.  (Revue de l'Art chrétien, 7° année, p. 134).












Un Abbé somme son écu d'un chapeau de sable d'où pendent deux cordons ou lacs avec six houppes, trois de chaque côté, disposées une et deux. Un abbé mitré somme aussi son écu d'une mitre, souvent disposée à dextre et de profil. Elle est accompagnée d'une crosse ou d'une croix fleuronnée.


Monastère : mot général désignant un lieu habité par des religieux (moines et moniales)

Abbaye : monastère ayant pour supérieur un abbé ou une abbesse

Cloître : synonyme de monastère mais en désigne surtout la cour intérieure, entourée de murs.

Prieuré : monastère subordonné à une abbaye plus importante.

Couvent : établissement religieux où des clercs et des laïques vivent en communauté. Le couvent n'a pas une vocation monastique au sens strict du terme.

Commanderie : établissement foncier appartenant à un ordre militaire (templiers, chevaliers de Malte...)

Ermitage : lieu où vit un ermite (moine solitaire).

Abbaye d'Aurillac (Cantal, Auvergne)

Couvent des religieux de Fécamp
(Seine-maritime, Haute-Normandie)

D'argent à six branches de laurier de sinople, les tiges passées en sautoir, et trois mitres d'or, doublées de gueules, brochantes sur le tout, deux en chef et une en pointe.

Ci-dessus à gauche, armes de l'Abbaye cistercienne de Sainte-marie-du-Mont (Picardie) et à droite, le blason de l'Abbaye de Melleray (Loire-Atlantique).

Saint-Ulrich
(Haut-Rhin, Alsace)
De gueules à la mitre épiscopale d'argent garnie d'or  
posée en bande brochant sur une crosse d'or posée en bar.

Sorde-l'Abbaye
(Landes, Aquitaine) 
Écartelé : au premier de gueules à l'épi feuillé de maïs d'or, au second d'azur à l'abbaye du lieu d'or, couverte, ouverte et ajourée au naturel, au troisième d'azur au saumon sautant d'argent soutenu de trois ondes alésées du même, au quatrième de gueules à la grappe de raisin pamprée d'or ; sur le tout, à l'écusson en amande de pourpre chargé d'un abbé tenant de sa dextre une crosse contournée et de sa senestre un livre, le tout d'or, ledit écusson bordé du même et chargé de l'inscription en lettres capitales aussi de pourpre S.A.R DEI GRACIA ABBATIS SORDUE. 

Falicon
(Alpes-Maritimes, Provence-Alpes-Côte-d'Azur)
Parti de gueules et d’or à la crosse de l’un en l’autre mouvant de la pointe.

Abbaye de Moyenmoutier
(Vosges, Lorraine)
D'azur au dextrochère de carnation vêtu d'argent tenant
une crosse abbatiale d'or en pal, avec son sudariu.

Valmanya
(Pyrénées-Orientales, Languedoc-Roussillon)
Ecu carré en pointe : de gueules à une crosse abbatiale d'argent accompagnée à dextre, à senestre et en chef d'une fleur de lys d'or.

Fougueusemare
(Seine-Maritime, Haute-Normandie)
D’azur aux deux crosse d’abbé d’argent passées en sautoir, cantonnées en chef d’une gerbe liée de trois épis de blé, aux flancs et en pointe de trois pignons de granges dîmières, le tout d’or.

Abbaye Saint-Sauveur-de-Villeloin
(Indre-et-Loire, Centre)
D'azur à une Notre-Dame d'or.

Prieuré de Cessy-les Bois
(Nivernais, Bourgogne)
D'azur à une sainte Vierge d'or.

Jouy-le-Moutier
(Val-d'Oise, Ile-de-France)
Parti, au 1er, d'azur à l'église d'or et de sable sur la terrasse isolée de sinople ; au 2e, de gueules au beffroi d'argent et de sable sur la terrasse isolée de sinople ; en chef, une grappe d'or, brochante ; à la champagne, les ondes d'argent, mouvantes sur la plaine d'azur. Et brochant sur le tout, un tilleul de sinople au tronc d'or.

Marmoutier
(Bas-Rhin, Alsace)
D'azur au portail d'église romane de trois portes d'argent, 
ouvert, ajouré et maçonné de sable, posé sur une terrasse de sinople.

Solignac
(Haute-Vienne, Limousin)
Taillé de gueules et de sinople, à la crosse d'abbé d'argent brochante, 
à l'abbaye du lieu du même, essorée d'or, ajourée de sable, surbrochant le tout.

Saint-André
(Nord, Nord-pas-de-Calais)
Coupé, en chef : de gueules à la porte de l’abbaye de Marquette d’or, et en pointe : d’azur aux trois manteaux d’hermine soutenus chacun par une épée en pal rangées en fasce.

Court-Saint-Étienne
(Brabant, Belgique wallonne)  
Écartelé au premier d'argent à un mont de sinople, au deuxième d'or à un saint-Étienne de carnation vêtu d'azur et auréolé d'or, au troisième aussi d'argent à un arbre de sinople terrassé du même, au quatrième de sable à une roue dentée d'or.

Île Herm
(îles anglo-normandes, bailliage de Guernesey, Royaume-Uni)  
D'azur à la bande d'or chargée de trois moines d'argent encapuchonnés 
de sable posés à plomb, accompagnée de deux dauphins d'argent.

Les Hermites
(Indre-et-Loire, Centre)
Écartelés aux 1 et 4, de gueules à l'ermite d'argent, chevelu, barbu, vêtu d'un manteau d'or, à la main senestre bénissante et tenant dans sa main dextre un bâton aussi d'or; au 2, d'azur aux trois gerbes d'or liées de gueule ; au 3, d'azur aux deux massacres de cerf de sable ramés d'or, accompagné en pointe d'un poisson d'argent.

Moustoir-Remungol
(Morbihan, Bretagne)
Blason à décrire...

Pont-Saint-Martin
(Loire-Atlantique, Pays de la Loire)
Coupé d'azur et d'argent, au pont d'or brochant, souligné et maçonné de sable, au moine issant tenant une truelle en sa dextre, accompagné en chef à dextre d'une macre (châtaigne d'eau) et à senestre d'une fleur de lys, le tout d'or.

Savigneux
(Loire, Rhône-Alpes)

Parti ondé: au 1er de gueules au moine bénédictin, contourné, lisant un livre, d’argent, au 2e d’argent au bouquet de deux joncs tigés et feuillés de sinople fruités de sable surmonté de deux fasces crénelées de gueules et maçonnées de sable.

Cipières
(Alpes-Maritimes, Provence-Alpes-Côte-d'Azur)
Blason non officiel

Munster
(Haut-Rhin, Alsace)
Munster signifie moutier en français, synonyme de monastère.

Münster (Suisse)

Abbaye de Werden (Allemagne, Ruhr)
De gueules au pallium d'argent chargé de quatre besants du champ.

Gerbstedt (Sachsen-Anhalt, Allemagne)  Stadt Gotha (Thuringe, Allemagne)


Muencheberg (Brandebourg, Allemagne)
Le blason jusqu'en 2004 et le blason actuel.

à gauche Mönchhagen (Mecklenburg-Vorpommern, Allemagne)  
à droite Münchenwiller (Canton de Bern, Suisse)

Blason de Münich (Bavière, Allemagne)







Armes de l'Abbaye bénédictine de Saint-Allyre-de-Clermont (Auvergne). 


La forme ovale de l'écu indique qu'il s'agit d'un monastère de femmes.











Compléments iconographiques


Moines franciscains dans la sacristie, par Bergamini Francesco (1849-1889)

Portrait du frère Fiacre, quêteur des Pénitents de Nazareth, 
par Quentin de La Tour (1704-1788) Salon de 1739 
(musée Antoine Lécuyer, Saint-Quentin)

La main chanceuse, par Bellei Gaetano (1857-1922)



Charpentier, ordres religieux du XVIIe siècle : trois Hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Saint-Jean-Baptiste de Beauvais, une religieuse du Saint-Sépulcre en France, en habit de coeur, une religieuse hospitalière de Loches, une religieuse Hospitalière de Saint-Gervais, une soeur de la communauté des filles Trinitaires à Paris, etc... (Lithographie de 1888)

 
Octave Charpentier, costumes des ordres religieux de la France du XVIIe siècle, 
lithographie de 1888


Octave Charpentier, costumes des ordres religieux de l'Italie du XVIIe siècle, 
lithographie de 1888

L'abbaye de Cluny, illustration de René Bresson pour un manuel scolaire

Le moine copiste (illustrations de manuels scolaires)


Moines au travail dans les vignes 
(beaucoup d'ordres contemplatifs étaient aussi des ordres laborieux).

Réception de la dîme.


La journée monastique est rythmée par sept moments de prière :
- 4 heures 15 du matin : prière liturgique de la nuit (les Vigiles) ;  
- 7 heures : prière liturgique du matin (les Laudes), suivies de la Messe ;
- 9 heures 30 : prière de la matinée (Tierce) ;
- 2 heures 15 : prière du milieu du jour (Sexte) ;
- 14 heures 15 : prière de l’après-midi (None) ;
- 18 heures 15 : prière liturgique du soir (Vêpres) ;
- 20 heures 15 : prière de l’entrée dans la nuit (Complies).


Logos monastiques