vendredi 28 février 2014

Quand trois poules...

A mi-chemin entre le poème psalmodié et la chanson récitée, la comptine appartient au monde propre de la petite enfance, et plus précisément de l'école et de la cour de récréation. Comme l'indique le mot, la comptine sert à compter, généralement dans le cadre d'un jeu, soit pour désigner ou éliminer un participant, soit pour mesurer le temps. Dans ce dernier cas, la comptine fait office de sablier. Ce qui pourrait n'être qu'un simple tirage au sort gagne en réel suspense par le seul fait que la désignation est chargée d'une décision quasi oraculaire. Car il y a dans la comptine quelque chose qui appartient à l'incantation, en ce, justement, qu'elle s'apparente à une formulette magico-ludique dans le rituel du jeu.

Concernant la comptine « Quand trois poules vont aux champs », nous savons maintenant que l'air est de Mozart et fut composé à Paris en 1778. Quant aux paroles, elles se substituent au fameux « Ah vous dirai-je maman... ».
Tout comme le même thème musical se décline en plusieurs variations, il existe différentes versions parolières :
 
Version la plus courante :

Quand trois poules vont aux champs
La première va devant
La deuxième suit la première
La troisième vient la dernière
Quand trois poules vont aux champs
La première va devant

Autre version :

Quand trois poules vont aux champs
La première va par-devant
La deuxième suit la première
En chantant coquelonlaire
La troisième ferme les rangs
Quand trois poules vont aux champs

Autre version :

Quand trois poules vont aux champs,
La première va devant
La deuxième suit la première
La troisième vient derrière.
Et tout en se promenant
Elles vont chercher du froment.


Quand trois poules vont aux champs... Mais où est donc passée la troisième ? Imagine... 

Par une belle matinée de printemps, trois poules allèrent aux champs pour s'y régaler de vers de terre et autres friandises. En chemin...

Illustration de Roger Bussemey

Le conte des trois poulettes
Conte d'Aubrac (traduit de l'Occitan)

Conté par Mme Maria Girbal à Repons, commune de Saint-Urcize, Cantal, le 1er juillet 1965 et retranscrit dans sa forme orale.
A la fin des années 1960, le Centre national de la recherche scientifique a mené une grande étude ethnographique sur l'Aubrac. L'un des exercices a consisté à rencontrer de vieilles gens du plateau, et à leur faire raconter les contes et légendes qu'ils avaient en mémoire.

Ici, la ferme de Repons, la ferme de Girbal de Repons, là... Ah ! ou de Ventajoux : ça ira mieux (1), à la ferme de Ventajoux là, chez Girbal, là, chez la Rougite, ils avaient des poules, et ils en avaient trois poules, qui étaient impossibles : toujours elles voulaient partir, et toujours elles s'en allaient. Elle, elle leur donnait du grain le matin; et toujours ces trois poules, une fois qu'elles avaient mangé, allez ! elle ne les trouvait plus.

- Qui sait où elles sont passées ? Où sont-elles passées, qui sait où ? Mais ces polissonnes allaient rôder.

Et un jour elles se dirent :

- Il nous faut descendre jusqu'au Bès (2). Il y a du sable, là-bas, et nous nous amuserons. Nous trouverons des vers de sable, et tout ça, nous pouvons bien aller un peu nous promener.

Alors, elles descendent au Bès. Mais c'est que, vous savez, le Bès est près, maintenant; mais il n'était pas près de Ventajoux dans le temps, parce qu'il y avait des murs, tout ça, et pour descendre le long de... les gens n'y pensaient pas, mais les poules avec leurs ailes, s'imaginaient être lestes et remonter aussi vite qu'elles étaient descendues; mais c'est que... attends un peu ! Et, enfin, elles allaient là-bas sur ce sable et elles se mirent à manger des vers. Et voilà que tout à coup, le soleil commençait à se coucher, et le loup passe. Il voit ces trois poules, mais comme il avait un autre coin à visiter où c'était des dindons - c'est plus gros que des poules il dit :

- Il me faut aller voir si je peux en attraper quelqu'un avant que la fermière ne les rentre.

Et il s'en va, et il dit aux poules :

- Si, quand je repasserai, vous n'avez pas fait votre maisonnette, je vous mangerai toutes les trois.

Alors les poules, embêtées - elles voyaient que le soleil était parti. et qu'il commençait à faire nuit. C'était une poulette noire, une poulette blanche et une poulette rouge (3). Alors la poulette blanche, c'était la plus jolie, celle-là, c'était la plus mignonne (4). Mais la poulette noire, c'était une coquine. Et elle dit aux autres :

- Eh bien, nous allons faire une maisonnette : nous allons nous aider l'une l'autre. Et puis il sera bien attrapé parce que nous serons dedans avant qu'il arrive.

Alors elles se mirent toutes les trois à faire la maison de la noire. Mais c'est que quand la maison de la noire fut finie, la noire dit :

- Oh ! attendez, je veux l'essayer, je veux voir comment elle me va.

Et - tric et trac - elle ferme la porte. Et elle dit :

- Maintenant vous êtes dehors, restez-y.

Et alors ! Les autres se mettent à pleurer ! Et la poulette rouge, plus fine encore que la blanche, se met à dire :

- Allez, va, soeurette blanche, ne te fais pas de mauvais sang, moi je vais t'aider... Aide-moi à faire la mienne et je t'aiderai à faire la tienne. Je ne ferai pas comme notre soeur - notre soeur nous a trompées, c'est une coquine.

Enfin, bon. Alors la pauvre poulette blanche se laissa encore amadouer et elles font la maison de la poulette rouge. Quand la maison de la poulette rouge fut faite, la poulette rouge dit comme ça :

- Il me faut l'essayer. Et alors... Mais je ne ferai pas comme ma soeur, moi, je vais venir t'aider, n'aie pas peur, je vais l'essayer, mais je vais venir tout de suite.

Mais c'est que quand elle fut dedans, elle fit comme l'autre :

- Tu es dehors, restes-y.

Et tric et trac, elle ferme la porte. Ah ! La poulette blanche se pleurait, se pleurait ! (5)

Et Augustin du Rouy qui allait poser une fenêtre là-bas, enfin, chez Germaine de Castaraste, il portait une planche, des marteaux, des pointes et il trouve cette poulette en train de pleurer, de pleurer.

- Hé, mais qu'est-ce que tu as ? Pourquoi pleures-tu ?

Alors elle lui raconte l'histoire : que le loup était passé, et qu'il était allé à Castaraste manger un dindon, qu'il leur avait dit que quand il repasserait, il les mangerait toutes les trois, qu'elle avait aidé à faire la maison de ses soeurs, et que maintenant ses soeurs l'avaient laissée ici et lui avaient dit :

- Eh bien, tu es dehors, restes-y.

Eh bien, Augustin lui dit :

- Tu ne seras pas dehors, moi je vais te faire une maison avec ma planche.

Et il se met à faire un carré, il lui fait une maison, une fenêtre, tout ce qu'il fallait, et une porte et des pointes plantées à travers la porte. Et il dit :

- Ne te fais pas de bile, quand le loup viendra, même s'il frappe, n'aie pas peur, il s'arrangera les fesses si jamais il veut démolir ta maisonnette.

Bon.

- Et tu regarderas par le trou, quand tu le verras venir. Et tu sais, si tes soeurs veulent venir te demander l'hospitalité, ne les laisse pas entrer.

- Oui ! c'est ce que je ferai.

En effet la poulette, contente, ferme sa porte, et par la petite fenêtre qu'il lui avait fait - elle n'était pas grande la petite fenêtre : pour passer une tête de poulette, vous savez, il n'y a pas un gros trou - et alors, eh bien elle entra et elle surveilla le loup. Et tout à coup, elle le voit venir, là-bas, quand même il était un peu loin, mais encore on voyait un peu son ombre.

- Tiens, voici le loup !

Alors bon ! Il va frapper à la porte de la noire, pardi. Tan ! Tan ! Tan !

- Qu'est-ce que c'est ?

- C'est moi.

- Oh ! nous n'ouvrons pas. Non, nous ne vous ouvrons pas.

- Eh bien, je péterai tant et je vesserai tant que je démolirai la maison.

Et il tomba et il gratta et il démolit la maison (6). La poulette noire s'en va bien vite chez la poulette rouge : Tan ! Tan ! Tan !

- Qu'est-ce que c'est ?

- C'est moi.

- Non nous ne voulons pas t'ouvrir, non, nous ne t'ouvrirons pas, coquin, tu nous mangerais !

- Je péterai tant, je vesserai tant, je gratterai tant, que je démolirai la maison.

Et il tomba la maison. Et elles s'en allaient chez la poulette blanche. Mais c'est que la poulette blanche :

- Vous êtes dehors, restez-y !

Et le loup mangea ces deux-là. Et c'est que, quand même - parce qu'il avait manqué le dindon : il ne l'eut pas le dindon à Castaraste - il avait faim, et il dit :

- Il me faut la troisième, il n'y a pas ! Je m'arrangerai bien; celle-ci a une cabane bien fichue, peut-être que j'aurai du mai à la démolir, mais j'y arriverai bien.

Et il se met à gratter et à taper et ici, et -je t'aurai et... La poulette blanche toujours :

- Restez à la porte, vous êtes dehors, restez-y.

Eh bien lui il frappa, il fit, il gratta, rien ! Alors il se met à donner des coups de cul contre la porte, il se planta tous les clous dans le derrière, et il saignait tellement, il saignait tellement, qu'il alla se mettre au «gourg» (7) des Gouteilles pour se rafraîchir et le tourbillon de l'eau le précipita dans le trou et il y est resté, et il y est toujours, et il est noyé...

Comme le conte, qui est passé par là et s'est noyé. Voilà ! (8)

1. La conteuse dit ces mots en français; elle cherche à localiser son conte, et pense d'abord à la propre ferme de son fils et de sa belle-fille à Repons, auprès desquels elle habite; puis elle opte pour Ventajoux, autre hameau de Saint-Urcize, à peu de distance de Repons.
2. lmp. DERIBIER DU CHATELET, 1852-1857, 1, p. 262 Cette petite rivière prend sa source près de Saint-Urcize. Elle coule vers le nord et sépare. dans presque toute la longueur de son cours, les deux départements du Cantal et de la Lozère... .
3. Imp. LAMBERT, 1899, n' 15, p. 84 sq., les poules sont aussi une blanche, une noire, une rouge.
4. La conteuse dit : bravo, puis renchérit par le diminutif braveto.
5. Nous conservons ici cette tournure réfléchie coutumière de l'occitan, parce qu'elle rend sensible, dans notre traduction en français, l'esseulement de la poulette.
6. Ces verbes ont, en occitan, une même désinence en -et, d'où un effet d'assonance.
7. Imp. ALIBERT, 1966, p. 434 : gorge, gouffre, abîme d'eau dans une rivière. 
8. En français.

Sources : aurelle-verlac.com


 

La jeune Poule et le vieux Renard 

Une poulette jeune et sans expérience,
en trottant, cloquetant, grattant,
se trouva, je ne sais comment,
fort loin du poulailler, berceau de son enfance.
Elle s' en aperçut qu'il était déjà tard.
Comme elle y retournait, voici qu'un vieux renard
à ses yeux troublés se présente.
La pauvre poulette tremblante
recommanda son âme à Dieu.
Mais le renard, s' approchant d' elle,
lui dit : hélas ! Mademoiselle,
votre frayeur m' étonne peu ;
c' est la faute de mes confrères,
gens de sac et de corde, infâmes ravisseurs,
dont les appétits sanguinaires
ont rempli la terre d' horreurs.
Je ne puis les changer, mais du moins je travaille
à préserver par mes conseils
l' innocente et faible volaille
des attentats de mes pareils.
Je ne me trouve heureux qu'en me rendant utile ;
et j' allais de ce pas jusque dans votre asile
pour avertir vos soeurs qu'il court un mauvais bruit,
c' est qu'un certain renard méchant autant qu'habile
doit vous attaquer cette nuit.
Je viens veiller pour vous. La crédule innocente
vers le poulailler le conduit :
à peine est-il dans ce réduit,
qu'il tue, étrangle, égorge, et sa griffe sanglante
entasse les mourants sur la terre étendus,
comme fit Diomède au quartier de Rhésus.
Il croqua tout, grandes, petites,
coqs, poulets et chapons ; tout périt sous ses dents.
La pire espèce de méchants
est celle des vieux hypocrites.

Jean-Pierre Claris de Florian, Fables, livre 2ème


Illustrations de Benjamin Rabier

Les mésaventures de Poulette
Extrait d'un album de Sylvain et Sylvette de Maurice Cuvillier

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Ce n'est pas toujours rose d'être les poules d'un powète. Il écrit sur nous des sornettes. Mais oublie de changer l'eau ou jette le grain sans nous voir. Il nous met en mots il nous met au four et prétend nous aimer.