jeudi 13 mars 2014

L'alphabet de Grasset : la lettre L




Le Cancer et le Lion
selon Johfra Bosschart (1974)


LE CRABE est un signe négatif, eau en génération.

Le soleil entre dans le cancer autour du 22 juin, juste après avoir atteint le point le plus élevé, au début de l’été, la période de croissance. La lune gouverne le Cancer. Le symbole correct pour ce signe n’est pas comme il est souvent représenté sur les gravures, un crabe relativement gros, mais le petit Bernard-l’Ermite dont le comportement exprime mieux le caractère de ce signe. Le Bernard-l’Ermite protège son fragile arrière train à l’intérieur de coquilles d’escargots abandonnées. Lorsqu’il a trop grandi pour son domicile, il part à la recherche d’une coquille à sa nouvelle dimension et s’y loge prestement. De cette position sûre, notre créature veille, à l’affût de sa proie que, de ses grosses pinces elle saisit promptement et qu’elle tire à l’intérieur de sa demeure pour s’en repaître à loisir. Sa démarche, latérale ou oblique, à reculons, caractéristique du crabe illustre bien ce signe. Ces deux principaux traits témoignent du discernement psychologique des premiers astrologues qui ont choisi le crabe pour symbole des natifs de ce signe.

Les expériences recueillies sous le Gémeaux sont affermies, classées et en progrès sous le Cancer. Le Cancer est un collectionneur à tous les niveaux. Au niveau matériel, le natif du Cancer rassemble de belles choses ; au niveau émotionnel -il est émotionnel par nature- il approfondit ses expériences. Mentalement, il recueille le savoir d’une manière scientifique et, spirituellement, il tente d’affiner sa compréhension de la raison d’être des choses. Son point fixe c’est sa maison, son château dans lequel il se retire toujours à la fin de chaque incursion avec le nouveau trésor qu’il vient d’obtenir. Ici il est entouré de tout ce qu’il a rassemblé au long de son existence. Par nature, il est casanier et bon vivant. La rapide retraite dans une armure protectrice au moindre signe de danger caractérise aussi la tortue. raison pour laquelle cet animal symbolisait le cancer dans l’ancienne Babylone.

La locomotion rétrograde du crabe illustre la propension du Cancer à se perdre lui-même avec joie dans le passé. Il vit dans un état de conscience historique et, rétrospectivement, il peut apprécier la continuité des événements. D'où la représentation du signe dans l’ancienne Amérique sous la forme du «serpent à plumes qui se déplace à reculons». Pour les Chinois c’était la coupe transversale d’un arbre dont les cercles annuels racontent l’histoire. Je les ai tous inclus dans le cadre du tableau.

Le Bernard-l’Ermite en personne repose sur ses trésors, cachés à l’intérieur d’un coffre de fer qu’il a, pour plus de sûreté, enterré dans le sable. Il est tendu vers la lune, la planète qui le gouverne. Des mains émergent du cadre pour saisir les joyaux et les pierres précieuses, surtout, des aigues-marines et des pierres de lune, les joyaux de la lune ; toutes choses précieuses rassemblées à un niveau matériel.

La perle représente les acquisitions dues à des expériences émotionnelles ; c’est le classique symbole de la souffrance qui conduit au discernement. Une perle est, de par son existence même, le symptôme d’une maladie dans l’huître. Si un corps étranger, une pierre ou un fragment de coquille, pénètre dans l’huître, son corps, faible et sensible, une fois irrité, va réagir en recouvrant l’objet étranger de couches successives de nacre, afin d’arrondir celui-ci pour apaiser la douleur. C’est ainsi que, par la souffrance, se forme un magnifique joyau .

A côté de cette huître ouverte, le Kephra, le scarabée sacré de l’Egypte ancienne, roule une perle vers le .haut de la pente. Ici le symbolisme est double. Le scarabée (scarabeus) est un coléoptère qui pond ses oeufs dans le fumier qu’il a d’abord malaxé en une boule. Il roule alors la boule dans un trou déjà creusé dans ce but. En sûreté, sous terre et pourvu d’une abondante nourriture, l’oeuf dans le fumier devient finalement un nouveau coléoptère. Les Egyptiens de l’Antiquité ne savaient pas qu’un oeuf avait déjà été pondu dans le fumier et ils pensaient qu’un coléoptère s’était créé lui-même à partir de la matière en état de putréfaction. C’était la génération spontanée. De nombreux Anciens croyaient que la vie apparaissait spontanément à partir de la matière en décomposition sans que le processus habituel d’implantation ait été réalisé. C’est pourquoi le bousier Kephra a été aussi considéré comme un compagnon de la Divinité qui, sans cesse, se recrée.

Dans ce cas, la boule de bouse était le soleil doré que Kephra roulait chaque jour sur le chemin des cieux, de l’est à l’ouest. C’était le symbole fondamental de la renaissance, la vie qui, d’elle-même, se renouvelle sans cesse grâce au pouvoir de Râ, le soleil.

Parce que la conscience se développe et se ranime par la douleur, la perle se substitue à la boule de bouse transformant ainsi le symbole du soleil en symbole de la lune parce que la mer et tout ce qui en elle vit, tout comme l’âme, se trouvent liés pour une grande part à la lune. Ceci non seulement en raison de l’influence considérable exercée par la lune sur le flux et le reflux des marées mais aussi en raison de la subordination de nombreuses créatures de la mer au cycle lunaire dans leur comportement sexuel.

II existe une interaction complexe entre la lune, la procréation et la mer. C’est la lune qui donne la forme et qui gouverne l’implantation ainsi que la croissance. Elle est directement concernée par la matière primordiale, l’océan primordial d’où tout a été formé et plus substantiellement par la mer d'où toute vie a évolué. L’océan est notre mère à tous. On l’appelle Mara, «qui est amer». ll est Mater Materia et il est aussi Marie, Mère de Dieu, tout comme il est Maya, la mère du Bouddha. Ce sont des aspects différents du même principe dont l’origine est Binah, la Mere Primordiale sur le pilier de la forme, à gauche dans l’ Arbre de Vie de la Kabbale. A côté de la lune j’ai dessiné sa révélation matérielle sous la forme de Diane ou Artémis, la chaste déesse de la chasse et du règne animal, l’éternelle vierge. Elle représente l’aspect le plus spirituel de la planète.


LE LION est un signe positif, le feu en expansion, car c’est le second signe de feu, Aries -le Bélier- étant le premier. Le soleil se trouve dans le Lion du 23 juillet au 22 août et c’est lui aussi qui gouverne ce signe.
Après la prise de conscience du dualisme (sous le Gémeaux), la mise en ordre des expériences grâce au développement de la conscience (Cancer), sous le Lion l’accent est placé sur la relation entre le moi et le non-moi. Ou plutôt, on pourrait dire que l’accent retombe totalement sur le moi qui occupe le milieu de la scène sous le Lion ; l’entourage du moi devenant le théâtre ou le natif du Lion joue son rôle avec distinction, de là, la place attribuée au lion dans le centre de la composition, centre qu’il partage avec le soleil qui gouverne ce signe. Le Lion tout comme le soleil brille à la fois sur le bien et sur le mal. C'est le Coeur Royal parce que le Lion et le soleil gouvernent le coeur humain. Il apporte une touche de joie et d’exubérance à son entourage. Il baigne toutes choses dans une lumière dorée, l’or étant le métal du soleil, de là la bordure dorée et richement décorée.

Ce signe toutefois n’est pas exempt d’infirmités : l’égocentrisme du Lion peut en faire la proie de la vanité et de l’ambition, le pousser à tyranniser son entourage. Alors, comme tous les héros solaires de la mythologie, il doit combattre à la fois le lion en lui-même ainsi que d’autres animaux (comme le fit Hercule), placés sur son passage comme des obstacles destinés à être franchis. Ce combat classique figure sur le côté droit au premier plan du paysage. Là, Hercule ou Samson est engagé dans un corps-à-corps mortel avec son propre pouvoir : le Lion négatif. S’il en sort vainqueur, il deviendra le dieu soleil Apollon qui tient le monde entier sous le charme des sons harmonieux de sa lyre (gauche).

La royauté de ce signe est mise en valeur par le luxuriant paysage avec ses majestueux palmiers, la verticalité de ses cyprès, ses tournesols et ses buissons d’agrumes. Toutes ces plantes sont sous l’empire du soleil de même que le chêne au premier plan à droite. Le chêne creux offre une autre signification car il présente l’un des plus profonds et des plus importants mystères de toutes les religions : la naissance du dieu soleil qui s’offre en sacrifice. C’est un mythe largement répandu qui, bien que différent par sa forme et sa présentation, paraît exprimer cette même idée. Tous ces récits concernent un être ressuscité, né d’un être humain (souvent une vierge) et absorbé en une divinité. Cet être double abrite l’humain aussi bien que le divin. Pendant cette période, il doit accomplir plusieurs tâches et, ce faisant, il triomphe de sa nature inférieure. A la fin il meurt après s’être acquitté de son travail. C’est alors qu’il est réveillé de la mort et qu’il monte au ciel entièrement déifié. Au cours de ce processus le héros est trahi, souvent emprisonné, enfermé ou enseveli. La partie divine qui semble mourir continue toutefois de vivre secrètement grâce à sa nature éternelle. Cette immortalité est plus tard révélée dans la résurrection manifestée à différents niveaux : au cours de l’année la faculté de croitre semble mourir dans la plante cependant que, en secret, elle continue à vivre sous terre pour jaillir à nouveau dans toute sa splendeur au printemps suivant. Alors, à nouveau mais à un niveau spirituel élevé, on nous dit que le Créateur s’emprisonne lui-même dans sa Création et descend sur terre pour transformer cette révélation matérielle, opérant de l’intérieur puis, la restituant à partir de son nadir à son état originel.

Dans l’un de ces récits, Osiris (la lumière) est trahi par son frère jumeau Seth (les ténèbres) et enfermé par ruse dans un coffre soudé avec du plomb et déposé dans le Nil. Quant à Jésus, il est trahi par Judas, tué sur la croix (la quadruple substance) et enterré dans une caverne. Moïse est confié au Nil dans un panier de jonc. Adonis a été soumis à une croissance mystique semblable à celle du mort Osiris dont le cercueil fut recouvert par un tamarinier .

Tous ces personnages eurent une histoire semblable : par leur naissance singulière, leurs travaux, la trahison dont ils furent l’objet, leur mort et leur résurrection (déification), ils ont constitué une médiation, un pont entre deux mondes fondamentalement différents qui, grâce à leur intervention, ont été réunis ou «réconciliés». Leur origine mixte les désignait pour remplir ce rôle d'intermédiaire. En s'acquittant de cette mission, leur nature divine était sacrifiée dès la naissance par un emprisonnement dans une nature inférieure, une personnalité humaine. Dans leur existence à venir, cette personnalité est sacrifiée au service de leur vocation. Or, la mort qui brise le vaisseau libère l'esprit prisonnier qui peut ainsi rayonner sans entraver.

Le soleil occupe aussi une place centrale sur le pilier du milieu de l´Arbre de Vie de la Kabbale. C’est Tiphereth, la sixième Sephira, également connue comme le «Feu du Soleil» ou bien le «Fils du père de toutes Choses» (Kether, la première Sephira située directement au-dessus de Tiphereth).

La fonction spirituelle de l’intermédiaire est exprimée d'une manière à la fois claire et sublime ici («Nul ne peut aller vers le père si ce n'est par moi»). Ce principe est comme le col d’un sablier qui relie les cinq Sephiroth du macrocosme, en-haut, aux quatre Sephirot du microcosme, en-bas (la personnalité inférieure).

Tiphereth représente le moi le plus élevé dans l´homme, le Christ intérieur par lequel la personnalité peut consciemment atteindre le père. Ce principe est parfois figuré sous la forme d'un enfant : l'enfant royal dans le berceau ou dans l´arbre creux. Ceci montre à quel point le coeur est sacré pour la personnalité.

En alchimie, le chêne creux était l'image de l´Athanor, le four alchimique qui devait garder une température rigoureusement constante pour la Pierre Philosophale, l'enfant divin à naître. Grâce à la «poudre» préparée à partir de cette pierre, l’alchimiste serait capable de transmuer les métaux vils en or, sans limitations; le symbolisme est ici très clair .

Un mot d'explication au sujet des signatures magiques. Le signe du Lion est peint sur un bouclier aux pieds d´Apollon. Le cartouche sur l'angle supérieur gauche porte le sceau des esprits olympiens qui régissent le domaine du soleil (en haut), le signe de l’esprit gnostique Sorath et (en bas), le signe de l’intelligence planétaire Nakhiel. Les plus petits cartouches contiennent des signes divers que les alchimistes utilisaient pour illustrer l’or, le métal soleil ou le «soleil spirituel».

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