lundi 10 mars 2014

Saint Néron ?


Néron... cinquième empereur de Rome, de 54 à 68. Un autre grand personnage controversé de l'Histoire. Il se pourrait bien qu'il ne fut pas ce monstre de cruauté que les historiens se sont curieusement évertués à nous décrire, depuis Suétone en sa Vie des douze Césars et Tacite en ses Annales jusqu'à Max Gallo avec son Néron, le règne de l'antéchrist.


Paru en 1962 chez Robert Laffont, le livre de Jean-Charles Pichon fit l'effet d'un pavé dans la mare du consensus au sujet de cet empereur. L'auteur s'était alors témérairement aventuré à vouloir lever cette part d'ombre dans la vie de Néron, essayant de démêler le vrai du faux, pointant les incohérences des auteurs latins, débusquant leur parti pris. A moins que leurs écrits n'aient été "arrangés", pour des raisons obscures, par les moines copistes du Moyen-Âge. 

Aujourd'hui, il n'est plus beaucoup d'historiens pour croire sérieusement que Néron fut le commanditaire de l'incendie qui ravagea la ville de Rome en l'an 64. On en est donc revenu et le livre de Pichon n'y aura pas été étranger. Sa thèse est claire : Néron n'était pas l'ennemi du genre humain, encore moins du christianisme naissant. Bien au contraire, il en aurait plutôt été le protecteur, voire un zélateur. Il fallait oser !

Tous ceux qui ne détestent pas les approches iconoclastes de l'Histoire trouveront leur bonheur à lire ce livre mené telle une enquête policière, de l'autre côté du temps. Certes, même si on cesse de canonner Néron, il est peu probable qu'il soit un jour canonisé. Il y aurait là de quoi en perdre son latin. Ainsi, le sanctus Nero, ora pro nobis n'est pas pour demain. Quoiqu'il ne faut jamais dire jamais... Gageons que les temps à venir seront riches en révélations de toutes sortes, d'autant plus que - vous l'aurez sans doute déjà senti - la roue de l'Histoire tourne de plus en plus vite et que la mer revient toujours au rivage.

Accès au site de Jean-Charles Pichon 

Couvertures des éditions de 1962 (R. Laffont) et 2000 (E-Dite)

Néron en compagnie de Sénèque, son précepteur (Cordoue)


Le règne de Néron en bande dessinée :
la série Murena


Murena est une série de bande dessinée historique belge dessinée par Philippe Delaby et écrite par Jean Dufaux. Elle est éditée par Dargaud depuis 1997.

L’histoire débute au sein de la Rome antique, sous le règne de l’empereur Claude. Ce dernier est tombé amoureux d’une jeune femme, délaissant ainsi la terrible Agrippine et son fils adoptif, le futur empereur Néron. À la suite de l'assassinat de Claude, Néron monte sur le trône et devient la proie d’une folie, réelle ou supposée, qui le consume.

À travers ces épisodes, nous voyons comment Néron sombre dans la cruauté, par un concours de circonstances, un jeu de manipulation et de vengeance…



La pourpre et l'or

Mai 54, Rome, midi. Il fait une chaleur torride sur l'arène et les quelques gladiateurs survivants qui essaient encore de s'entretuer n'amusent plus personne, sauf l'empereur Claude, affalé dans les gradins déserts, avide d'entendre le dernier râle du dernier combattant. En dehors de l'arène, la vie est aussi féroce. Tout le monde veut le pouvoir, tout le monde est prêt à tuer pour l'obtenir. Agrippine, par exemple, seconde femme de Claude et mère de Néron, est en train de faire fabriquer un poison pour son cher époux : maintenant qu'il a reconnu son fils, il peut disparaître et lui laisser le trône. D'ailleurs, il faut faire vite : Claude parle de la répudier et d'épouser la femme qu'il aime, Lolia Paulina, mère de Lucius Murena. Evidemment, dans le collimateur d'Agrippine, la pauvre Lolia n'a aucune chance. Quant à Claude, il mourra empoisonné et son fils Britannicus sera écarté du pouvoir au profit de Néron. Voilà l'histoire de Rome telle qu'on nous la raconte dans les manuels scolaires, à ceci près qu'elle prend ici un relief surprenant : sanglante et crapuleuse, elle n'est que superstitions, trahisons, terreur et violence.

De sable et de sang

Rome, trois jours avant les ides d'Octobre. L'empereur Claude est mort, empoisonné par sa femme Agrippine, alors qu'il voulait la répudier pour épouser Lolia Paulina, mère de Murena. Néron, fils d'Agrippine, devient empereur. Sa mère lui ayant acheté les faveurs de l'armée et du sénat, elle croit pouvoir gouverner. Mais à dix-sept ans, Néron n'est déjà plus un enfant, et elle va l'apprendre à ses dépens. Britannicus, fils de Claude, a été écarté du pouvoir. Mais Pallas, pour se venger de Néron qui lui a enlevé Acté, son esclave préférée, remet à Britannicus un parchemin qui peut changer la face du monde : l'acte de répudiation marqué du sceau de son père, qui élimine Néron de la succession. Pendant ce temps, Murena recherche les assassins de sa mère tandis que Néron s'arrange pour régler le problème Britannicus. Un dessin réaliste très fouillé, un scénario qui restitue trait pour trait l'histoire de Rome (à quelques détails près, puisqu'on n'a jamais retrouvé le testament de Claude) dans toute sa violence, mettant en scène des acteurs qui, dévorés par la cupidité et le goût du pouvoir, accumulent cruautés, crimes et trahisons sans la moindre scrupule.

La meilleures des mères

Britannicus est mort comme son père, l'empereur Claude. Empoisonné. Le testament qui aurait pu mettre fin aux ambitions de Néron n'est plus que cendres. Néron reste seul sur le trône de Rome. Seul ? Enfin presque. Dans l'ombre, sa mère, Agrippine, seconde épouse de l'empereur, a bien l'intention de faire ce qu'il faut pour " mordre à ce fruit pourri qu'est le pouvoir. " Le corps de Britannicus enduit de plâtre finit à peine de brûler sur un bûcher battu par la pluie que la lutte pour le pouvoir reprend de plus belle. Néron apprend de Locuste l'empoisonneuse comment Agrippine a fait assassiner Claude. Il la prend à son service. Agrippine riposte en faisant empoisonner l'empoisonneuse. Néron se sent si seul qu'il appelle auprès de lui sa tante, Domitia Lepida, bête noire de l'impératrice. Agrippine riposte en obligeant son fils à signer lui-même la condamnation à mort de Domitia. Agrippine, la meilleure des mères. Dufaux débarrasse la légende romaine de ses derniers oripeaux romantiques. À travers le dessin réaliste et très fouillé de Delaby, il montre sans fard ce qu'a souvent été l'Histoire à travers les siècles : une succession de sinistres règlements de comptes entre membres d'une même famille peu disposés à partager le gâteau. Et utilisant sans une once de scrupule cruautés, crimes et trahisons. Rome antique, France du Moyen-Age, Italie mafieuse, même combat.

Ceux qui vont mourir

Rome, an 58. L'ombre des crucifiés s'étend sur l'empire tandis que tout Rome bruisse de rumeurs. Néron, le nouvel empereur aurait fait empoisonner son demi-frère, Britannicus. Agrippine, pour rentrer en faveur auprès de son fils serait prête à lui ouvrir sa couche. Néron n'aurait de pensées que pour Acté, la belle prostituée qu'il a arrachée à Pallas l'affranchi. Au palais justement, Néron charge Acté d'annoncer à Murena qu'il est pardonné et que rien ne s'oppose à son retour à Rome. Murena ne demande que ça, mais exige de son souverain la tête de Draxus, l'assassin de sa mère. Draxus qui a commis ce meurtre à la demande d'Agrippine... Néron imagine alors un plan machiavélique qui doit aboutir à la mort d'Agrippine. Il propose à sa mère de faire combattre Draxus contre un gladiateur choisi par Murena. Si Draxus gagne, la garde prétorienne qui veille jour et nuit sur la mère de l'empereur sera doublée. Si Draxus perd, la garde prétorienne sera supprimée. " La meilleure des mères " sent un piège implacable se refermer sur elle. Fidèle aux récits des plus grands historiens (seul le personnage de Murena est fictif), cette saga qui fait revivre l'évolution - moins manichéenne qu'on le croit souvent - du règne de Néron accumule les lauriers. " Une leçon d'histoire à la mesure de la folie humaine." (Le Monde) " Murena est la meilleure fresque historique qu'il m'ait été donné de découvrir. " (Michael Green, professeur d'histoire romaine au King's College d'Oxford, conseiller historique sur le film Gladiator,) " Si j'enseignais dans le secondaire, je présenterais certainement Murena à mes élèves. " (Jean-Paul Thuillier, professeur et directeur du Département des Sciences de l'Antiquité à l'Ecole Normale Supérieure de Paris).


Couverture de l'intégrale du premier cycle

La déesse noire

Printemps 62. L'ambitieuse Poppée a pris la place de la belle Acté dans le coeur de Néron. Celui-ci se prépare à gagner la grande course de chars qui se disputera à Rome au Circus Maximus. La compétition se déroule, haletante, dangereuse. Contre toute attente, la victoire ne revient pas à l'empereur, mais à un mystérieux champion qui se révèle être une femme...

Le sang des bêtes

Massam, l'esclave chargé des basses oeuvres de l'impératrice Poppée, a reçu l'ordre d'exterminer le gladiateur Balba, l'ami de Lucius Murena, et sa compagne Evix qui osa vaincre Néron à la course de chars. Déterminés à venger l'assassinat de Britannicus, ils sont considérés comme de dangereux ennemis de l'empereur. Les deux colosses finissent par s'affronter et Balba l'emporte sur Massam. Au palais impérial, tandis que Néron projette de construire une Rome nouvelle, Poppée se prélasse en compagnie de ses suivantes. L'une de ses plus intimes, Arsilia, est invitée à rejoindre secrètement le poète Pétrone dans un quartier populaire de la ville. Elle s'y retrouve en présence de Murena dont elle s'était éprise au temps où celui-ci était l'un des proches de l'empereur. Murena est persuadé qu'Arsilia est complice de l'enlèvement de la seule femme qu'il aime et qu'elle sait où elle a été emmenée. Toujours aussi éperdument épris et résolu à retrouver son aimée, Murena décide ainsi de partir en Gaule à sa recherche. Balba et Evix acceptent de le suivre à la condition qu'au retour, il les aide à éliminer Néron, le tyran et l'assassin de Britannicus. L'aboutissement de ce projet semble maintenant facilité par la disparition de Massam. Laissé pour mort, celui-ci se remet pourtant de ses blessures et Poppée veille personnellement à ce qu'il redevienne l'implacable tueur qu'il était...


Vie des feux

Le Cycle de l'Epouse se poursuit avec le septième tome des aventures de Murena. Au mois de juin 63 après J.-C., Néron vient de perdre sa petite Claudia Augusta. Le bébé n'avait que quatre mois et la détresse de son père est profonde. Aux marches de l'Empire, des juifs défient Rome et l'empereur s'interroge : quel est donc ce maître que sert le dénommé Pierre ? Et Murena ? Il a perdu sa bien-aimée Acté et décide de quitter la Gaule pour rentrer à rome. Mais quelle sera la réaction de l'imprévisible Néron lorsqu'il apprendra que le proscrit a regagné la cité aux sept collines ?


Revanche des cendres

Néron en a rêvé. Lucius Murena l'a fait: incendier Rome. Pourtant, en expiation de sa faute, le jeune patricien tentera de sauver un maximum de vies humaines. Chacun, nantis et plébéiens, cherche une issue. Tandis que certains se jettent dans le Tibre, d'autres atteindront non sans mal le Champ de Mars. Le quartier du Transtibérin est épargné par les flammes. C'est là que vivent Pierre et les chrétiens. Plus homme que dieu, l'empereur est en proie au doute. Mais si Rome dévastée attise la cupidité des uns, elle révèle aussi quelques belles âmes.
Couverture de l'intégrale du second cycle


Les épines

Dans ce neuvième tome de Murena, Jean Dufaux et Philippe Delaby reconstruisent Rome et exposent les racines de la culture judéo-chrétienne. Néron craint de voir le peuple romain, horrifié par le grand incendie de Rome, se retourner contre lui s'il ne trouve pas de coupables à lui donner en pâture. Les chrétiens seraient des boucs émissaires parfaits ! La relation qu'entame Lucius Murena avec la belle Claudia l'empêchera-t-elle de se battre contre cette injustice ?

Pour aller plus loin, sur le site Peplum