lundi 14 avril 2014

Carpe diem : cueille le jour présent...

Ce soir-là, le ciel était rose au-dessus de Paris. Les anges cuisaient des petits fours pour les agapes divines. Certains couchers de soleil sont vraiment magnifiques. Mais cela change vite. Trop vite. L'on dirait que le soleil a subitement hâte d'aller se coucher. Mais se couche-t-il vraiment ? En réalité, il se lève, à l'autre bout du monde. Le soleil ne dort jamais.


Je me dis que c'est un peu comme en soi-même. Il y a toujours un côté dans l'ombre et un autre dans la lumière. Tout dépend du point de vue. Donc de la tournure d'esprit. En soi, sans cesse, un soleil se couche ou se lève. C'est selon. Chaque matin s'offre un jour nouveau. Ce n'est pas un dû. Mais je suis intimement convaincue qu'il n'est nul jour qui n'ait son petit instant de virginité fertile. Où tout est chaque fois possible. Encore possible. Où l'on peut semer une nouvelle graine. Recommencer. Mais recommencer n'est pas refaire. C'est faire mieux. Être meilleur. Mais pas meilleur que les autres : meilleur que soi-même. De soi-qui-aime. Qui s'aime tout d'abord. Assez pour regarder vers la lumière. Pour ensuite la refléter. Passer le relais.

Carpe diem : cueille le jour présent... Non pas au sens d'une insouciance innocente et irresponsable soumise à la mécanique des pulsions et des compulsions mais au sens d'une conscience ouverte comme une coupe qui serait alors comme un Saint-Graal prêt à recueillir l'eau de jouvence, c'est-à-dire le fluide vital du renouveau. Bon, le dire comme cela, c'est poétique. C'est beau à entendre. À lire sur le papier. Facile aussi. Sans doute... Car la vie quotidienne est si triviale et le monde si brutal, si grossier. Si anesthésiant et si plat... Justement, raison de plus ! Si j'attends les autres pour mettre de la poésie dans ma vie, alors je suis perdue ! Dans la nuit. Et l'ennui. Dans le désert où tout s'évanouit. Et là, je viens de commettre un pléonasme car le verbe "s'évanouir" est issu de "vain", un mot qui signifie originellement "vide", au sens de "désert".


Oui, le ciel de Paris était joliment rose ce soir-là. J'ai tenté une photo ou deux. Mais l'appareil n'a aucune sensibilité. Il n'a pas vraiment partagé mon ressenti, encore moins mes pensées. J'ai demandé à Marc de réaliser un blason. Il a d'abord soufflé, prétextant qu'il aurait encore à se contorsionner le mental pour éviter l'enquerre (quel curieux mot) ; que des nuages roses sur un blason, ça ne se faisait pas car c'était par trop fantaisiste ; que ça faisait un peu barbe à papa ; qu'à force, les héraldistes, qui sont des gens sérieux, nous prendraient pour des farfelus et tutti quanti. De plus, je voulais un coupé en silhouette de ville qui serait difficile à blasonner. Finalement, après plusieurs essais infructueux, j'ai dû me rendre à l'évidence. Exit le nuage rose et le coupé en silhouette de ville.

Nous nous étions demandés, pliés de rire, s'il aurait fallu qualifier le coupé de "urbanisé" ou de "citadinisé", comme lorsqu'on dit "coupé ondé", "coupé engrêlé" ou "coupé crénelé"... Il paraît que le blasonnement tient parfois de la contorsion lexico-syntaxique pas possible. J'ai eu l'occasion de le vérifier.

On me dit que lorsque les éléments du visage n'apparaissent pas sur le soleil d'or, on le dit "éclipsé" ou "éteint". Par contre, s'il est d'un autre émail, on dit "ombre de soleil" plus la couleur. On me rapporte encore que le soleil est normalement dit "levant" lorsqu'il est situé dans l'angle dextre du chef et "couchant" lorsqu'il est dans l'angle senestre de la pointe. C'est pire que le code de la route !

Soleil d'or, soleil éclipsé d'or, soleil d'azur, ombre de soleil d'azur


Le modèle ci contre à gauche se blasonne ainsi : coupé d'argent et de sable, le 1er au soleil de gueules mouvant de la partition, le 2e au soleil d'or mouvant de la pointe.










Le blason ci-contre à droite, plus conforme à la tradition, se blasonne : taillé de sable et d'argent, le 1er au soleil levant d'or mouvant du canton de chef dextre, le 2e au soleil couchant de gueules mouvant du canton de pointe senestre.