jeudi 17 avril 2014

Flânerie dominicale dans la Cité

Je ne connais nulle autre ville que Paris où il fasse si bon flâner. Où l'on peut repasser sans cesse par les mêmes endroits sans se lasser le moins du monde. Car Paris ne se livre jamais tout à fait. Cette ville est inépuisable, je n'arrête pas de le réaliser, surtout ces derniers temps. Tant d'années passées à vivre en elle et avec elle n'ont en rien émoussé ni ma curiosité ni mon étonnement. Il y a toujours un détail insoupçonné que l'on découvre subitement ou que l'on perçoit différemment. Des points de vue aussi. Selon la luminosité. Peut-être aussi selon son état d'âme. 

Les foules non plus ne sont jamais les mêmes. Et pourtant, si, ce sont toujours, quelque part, les mêmes foules, avec une simple variation des visages qui se chassent les uns les autres. Que l'on ne reverra sans doute plus jamais. Dont on ne se souviendra même pas. Tant de gens, autant de personnes, à jamais inconnues. Autant d'histoires, autant de destins. Nous vivons en même temps que des milliards de nos contemporains et nous n'en connaissons que quelques uns. Si peu, eu égard à la quantité. Nous ne voyons de l'humanité qu'une infime partie. Nous vivons à la même époque mais nous ne le savons pas. Nous serions d'un autre temps que ce serait pareil. 


La place Dauphine est comme un îlot dans l'île même de la Cité. Elle fait un peu penser à une place de ville de province, avec ses joueurs de pétanque sous les marronniers du petit square qui fait face à l'arrière du Palais de Justice. On s'y trouve même un peu coupé de la ville toute proche. Paris c'est davantage qu'une ville : une alchimie de villes. Autant que l'on en désire. Il suffit de changer de quartier, voire uniquement de rue. De regard aussi. Surtout de regard. On pense volontiers à mettre sa voiture en révision, à défragmenter ou à reformater le disque dur de son ordinateur. Mais le regard, jamais. Retrouver les yeux de l'enfant... Non pas retourner en enfance - ce serait, en tant qu'adulte, s'infantiliser - mais se ré-enfanter. S'inventer aussi. Redécouvrir le monde. Sans cesse. Écrire sa légende personnelle. Ne pas vivre par procuration.

Façade ouest du Palais de Justice, rue de Harlay


Au bout, la place Saint-Michel... Un quartier emblématique. La porte de la rive gauche. Un des centres névralgiques de la capitale. Plein de mes souvenirs d'étudiante. Des heures à discuter sur les terrasses. À refaire le monde, avec cette générosité un peu exaltée de la jeunesse. Mais les années ont passé. L'eau a coulé sous les ponts de la Seine. Sous les ponts de la vie. L'eau emporte beaucoup de choses. Le système a broyé la plupart. Il a failli m'emporter aussi. Je lui ai échappé de justesse. Il n'aura pas mon âme. Elle n'est plus à vendre. Je n'ai que celle-là. Et puis, il me faudra la rendre. Avec l'état des lieux.



Le Pont-Neuf... Désormais le plus ancien de Paris, commencé en 1578, sous Henri III et achevé en 1604, sous Henri IV qui, sur son cheval, semble veiller sur lui. En-dessous, la Seine, parcourue par une flotte de bateaux-mouches chargés de touristes en provenance des quatre points de la planète. Chaque jour, des milliers des photos sont prises. Certaines se retrouveront sur des sites ou des blogs ; d'autres, plus rares, illustreront peut-être quelque ouvrage ; mais la plupart dormiront dans un album ou dans un fichier numérisé, après une soirée diapos avec des amis poliment intéressés (j'ai toujours détesté les soirées diapos).

La Samaritaine vue du Pont-Neuf. Elle semble comme l'épave d'un vaisseau... Au moment de la photo, un canard passa dans le ciel (en haut à droite). D'autres ont suivi, mais je n'eus pas le réflexe de les photographier. C'est dommage car c'était vraiment beau. Un côté vie sauvage en pleine ville... La vraie vie.


Les quais et ses fameux bouquinistes... Une heureuse perdurance. Presque un miracle ? Peut-être... Le vieux Paris qui s'agrippe en tous les cas. Des scènes intemporelles. Un monsieur qui s'attarde devant une estampe ancienne ou un album illustré des fables de La Fontaine. Le vendeur, assis sur une chaise pliante, bouquine ou somnole. Il semble comme sorti d'une vieille gravure...




217 bouquinistes sur 3 kilomètres, avec leurs 900 «boîtes» et leurs 300 000 livres anciens ou contemporains, qui ont résisté aux modes et traversé le temps, des éditions épuisées que l’on ne retrouve nulle part ailleurs, mais aussi des estampes, des gravures,des revues, des  timbres et des cartes postales de collection. Aussi parfois du bazar de pacotille pour touristes.


Ci-dessus à gauche, Bouquinistes du quai des Grands Augustins, de Jules Trayer (1824-1908)

Dès le XVIe siècle, les colporteurs bouquinistes, appelés "libraires forains", parcourent les bords de la Seine, pour finalement y fixer leurs « boîtes » quelques siècles plus tard. Avec la création du Pont-Neuf et l’affluence de bouquinistes de plus en plus nombreux, naissent les premières lectures publiques, accompagnées de divertissements musicaux et spectacles de plein air. Lors de l’exposition universelle de 1900, on dénombre déjà 200 bouquinistes sur les quais de la Seine. Ci-dessus à droite, toile de Louis Flahaut, membre du Groupe Jules et Emile Breton de Courrières (Pas-de-Calais)

 
Les bouquinistes de Notre-Dame, de Édouard Léon Cortès (1882-1969)

Le Palais de la Cité vu du quai de la Mégisserie

Vue plus en amont, depuis le pont Notre-Dame

Le pont au Change vu depuis le quai de l'Horloge

Des "cadenas d'amour", quai de l'Horloge... accrochés par des couples pour symboliser leur amour. Ils comportent parfois les noms de ceux qui les accrochent, ou une autre inscription comme, par exemple, la date de leur rencontre, de leur mariage ou de la pose du cadenas. Il est d'usage de jeter ensuite la clé dans la rivière. On s'enchaîne comme on peut...

Boulevard du Palais, dans l'île de la Cité

Un petit tour par le marché aux fleurs et aux oiseaux, place Louis Lépine. 
Y admirer l'agencement "pêle-mêle" des plantes. S'enivrer de parfums...


J'ai failli craquer en voyant cette poule naine avec ses deux poussins...  
Tous ces oiseaux dans leur cage m'ont fait pitié.

Sur le chemin vers Notre-Dame, de vilains nains, derrière leur vitrine, 
nous ont fait des doigts d'honneur !

Notre-Dame vue depuis la statue équestre de Charlemagne,
l'œuvre de Louis Rochet (1813-1878). 

Fleurissement du lilas dans le square Jean XXIII... (Je me remémore cette chanson de Raymond Fau : Le lilas est fleuri / Allons vite au bois ma mie / Le lilas est fleuri / Allons vite au bois joli.)

... où les moineaux, absolument pas farouches, picorent dans la main tendue !

Échappe-t-on jamais à l'héraldique !? 
Tout dépend avec qui vous vous promenez... 

À l'intérieur de la cathédrale, la statue de Jeanne d'Arc semble d'or et de lumière. Le flou est involontaire mais donne finalement un effet un peu vaporeux, évanescent même... Elle est très photographiée par les touristes qui la découvrent, étonnée, au tournant du transept. On fait brûler beaucoup de veilleuses devant sa statue. Une photographie faite au moment où une personne allait poser la sienne donna un curieux effet. Là encore, tout à fait involontaire.


Le pont Saint-Michel vu depuis le quai du Marché Neuf

La tour Saint-Jacques (1509-1523) et le Théâtre de la Ville (1862)

La nuit tombe doucement. Le Sarah Bernhardt s'illumine...


La fontaine du Palmier ou de la Victoire située au centre de la Place du Châtelet, construite à l'initiative de Napoléon 1er, entre 1806 et 1808, est l'œuvre de François Jean Bralle (1750 -1832), ingénieur en chef du Service des eaux de la Ville de Paris, à la place du Grand Châtelet rasé en 1802. La fontaine du Palmier a été déplacée et agrandie en 1855 avec l'adjonction d'un bassin inférieur avec quatre sphinx accroupis dessinés par Gabriel Davioud et sculptés par Henri-Alfred Jacquemart.



Photographies : © Marie-Louise de Beaulieu & Marc Sinniger - Héraldie
Dimanche des Rameaux 13 avril 2014

4 commentaires:

  1. Thank you for this nice article. Paris is really a beautiful city. Stevens (Minneapolis)

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  2. C'est vraie, Paris notre bonne vielle cité!

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  3. super photo .....philippevdc chauny

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