mercredi 16 avril 2014

L'alphabet de Grasset : la lettre M





La Balance et le Scorpion selon Johfra Bosschart (1919-1998)
Peintures de 1974


La Balance est un signe positif, l’air en expansion. Le soleil entre dans cette maison au début de l’automne comme il passe l’équateur pour commencer l’hiver. Vénus est la planète qui gouverne ce signe.

L’équilibre et l’harmonie caractérisent ce signe. C'est la raison pour laquelle la composition du tableau comme celle des Gémeaux est symétrique. Dans la Balance, l’accent est placé sur l’âme. Dans les six signes précédents, on insiste sur l’évolution du moi ; c’est le non-moi qui prédomine dans le mode d’acquisition de l’expérience à travers les six signes suivants.

Vénus, déesse de l’amour, de l’harmonie et de la beauté, gouverne ici. Le trait dominant de la Balance est, avant tout, l’équilibre entre la tête et le coeur, entre l’intelligence et le sentiment. Au symbolisme qui entoure ce signe est ajouté Mercure, qui gouverne le savoir sous sa forme égyptienne de Thot et, symétriquement, la déesse Vénus sous sa forme égyptienne de Hathor, déesse des fêtes et de l’amour avec ses oreilles et ses cornes de vache. Les deux figures maintiennent les plateaux en équilibre. Sur l’un gît un coeur sous sa forme égyptienne symbolique d’urne. La plume de la déesse Maat est dans l’autre. Ici encore nous avons le jugement des âmes bien que clairement tempéré par une sagesse imprégnée d’amour.

Mercure est placé à gauche et Vénus à droite des plateaux, accord avec la Kabbale ou Hod, la séphira qui gouverne l’intellect de l’homme et qui est à la base de l’arbre à gauche du pilier de vie (le pilier de rigueur) avec Netsah, le sentiment, situé en face, au pied du pilier de droite, celui de la miséricorde. De cette manière, l’équilibre parfait est à nouveau obtenu entre la raison et l’émotion. Chacune d’entre elles a un besoin absolu de l’autre : la raison dépourvue d’émotion est stérile et mortelle. L’émotion sans la correction qu’apporte la raison se borne à la sentimentalité et crée le chaos. Chacune est dangereuse sans la présence du pôle opposé.

Netsah est la septième Sephira, c’est pourquoi il y aune étoile à sept pointes entre les cornes de Hathor. Au-dessous se trouve le signe astrologique de Vénus. Hathor tient un sistre, le sonore instrument rituel des prêtresses de Hathor. Les lames horizontales qui serpentent autour du cadre suggèrent les quatre éléments qui résonnent ensemble harmonieusement dans le cosmos. Les fameux serpents du bâton de Mercure (les pouvoirs positifs et négatifs unis dans l’harmonie) s’enroulent autour de Thot à la tête d’Ibis. Il tient dans sa main la croix ansée, symbole d’immortalité dans l’ancienne Egypte. Le signe astrologique de la planète Mercure est au milieu de sa ceinture.

Le dualisme harmonieusement résolu du signe de la Balance est encore illustré par deux sphinx assyriens au bas du tableau. Ceci se réfère à la carte du Tarot associée avec le signe de la Balance, le «chariot de la victoire». Ici, les deux sphinx qui tirent le chariot représentent les pouvoirs cosmiques opposés qui opèrent harmonieusement ensemble dans le même attelage. Dans le tableau, les animaux mystérieux sont aussi les symboles des quatre éléments, à la fois positifs (sphinx mâle) et négatifs (sphinx femelle) : la tête est l’élément de l’eau, les pattes antérieures du lion celui du feu, les ailes celui de l’air, et l’arrière-train du boeuf celui de la terre. L’analogie entre les quatre créatures de la vision d’Ezéchiel, les quatre symboles évangéliques du signe précédent, la Vierge et les deux sphinx est frappante. Le sol en carrelage blanc et noir est une autre référence au travail harmonieux des pouvoirs des pôles dans les fondations du cosmos. C’est aussi le sol du temple franc-maçon. Le lys au premier plan représente la sérénité, le résultat du parfait équilibre entre la tête et le coeur.

Un autre symbole franc-maçon se trouve au milieu du sol carrelé : un autel sous forme d’un cube. Le cube représente la fondation parce qu’il est composé de carrés. Ce cube est la «pierre d’angle», le Christ, c’est la «pierre philosophale» de l’alchimie. Cet «autel sacré dans le temple ou la lumière des Esprits qui brille toujours et ne meurt jamais» est le symbole hindou pour notre signe de la Balance. Le cube devrait, en vérité, être noir et non transparent. Néanmoins, il est peint comme un cristal afin qu’apparaisse la boule, l’embryon doré, contenu à l’intérieur et sur lequel le signe astrologique de la Balance a été dessiné (encore à l’intérieur d’une étoile à sept pointes parce que Vénus reste liée à Netsah, la septième Sephira de l’arbre). Si le cube était ouvert vers l’extérieur, les six surfaces formeraient la croix chrétienne et l’embryon doré reposerait au centre de la croix, référence directe à la foi rosicrucienne qui place la rose au centre de la croix (remarquez la forme de la rose-croix dans la partie supérieure de la balance). Le signe de la rose-croix indique que les Rosicruciens ont recherché l’équilibre entre la tête et le coeur dans la formation de la personne parfaite. La rose rouge est la fleur de Vénus car elle symbolise l’amour s’offrant en sacrifice. Considérons maintenant quelques autres symboles qui se rapportent aussi aux différents aspects de «la conjonction des contraires» le symbole chinois Yang-Yin en connection avec les pôles dans la matière primordiale consacrée. Au dessus, le lemniscate, symbole de l’infini, les deux pouvoirs polaires du soleil et de la lune, esprit et âme, qui influent l’un sur l’autre, éternelle.



Le Scorpion est un signe négatif, l’eau en expansion. Le soleil entre dans Scorpion à Ia fin du mois d’octobre, le mois du vin et des fruits par excellence, le moment où les feuilles tombent et où le règne végétal se replie sur lui-même, au cours d’une lente préparation à l’hiver. Mars est le Maître traditionnel de ce signe auquel on a préféré Pluton, après Ia découverte de cette planète.

Le Scorpion est un champ de bataille, le théâtre d’intenses collisions psychiques et de profondes expériences. C’est immédiatement évident si l’on considère le symbolisme rattaché à ce signe dans les anciennes cultures Dans les Ecritures indiennes, le scorpion est aussi appelé “Ie serpent ténébreux» C’est aussi le dragon à sept têtes qu’Hercule a tué ; Apep, le serpent des ténèbres tué par Horus, fils d’Osiris dans Ia mythologie égyptienne ; le dragon tué par Saint Georges et le serpent du paradis qui a apporté la mort et pourtant, avec elle, la connaissance du bien et du mal C’est aussi l’aigle qui illustre parfois ce signe dans le zodiaque anglais moderne. 

Si on voulait résumer Ia nature de ce signe en quelques mots, on pourrait dire que c’est Ia conscience des facettes fondamentales de Ia vie et Ia transformation des forces primitives.Le Scorpion est concerné par Ia libido, le pouvoir de création, aussi bien que par l’amour, par la naissance, par la mort et par la résurrection. Un natif de Scorpion plonge profondément dans les problèmes associés à tout cela et il en est constamment préoccupé ; il lutte continuellement contre ces principes en lui. Dans l’inaction, il est pervers et destructeur. S’il domine son aiguillon venimeux, il devient un mystique ou un médecin faisant du bien à ses semblables. Cependant, il se lance dans toute entreprise avec une intensité due à Mars qui le gouverne. Est particulièrement exprimé dans ce tableau l’essence du pouvoir créateur qui est libéré par la mort de la nature inférieure en vue de transmuer l’humain en un être ressuscité.

Le symbole astrologique de Mars est placé dans un dodécaèdre. Cette surface régulière de douze côtés est l’une des structures pythagoriciennes.  Le pentagone, surface à cinq côtés, est associé à la planète Mars parce que Mars est assigné à Geburah, la cinquième Sephira sur le pilier à gauche de l’Arbre de Vie de la Kabbale, le pilier de la rigueur. Le pentagone symbolise d’autre part l’être humain avec ses cinq sens. C’est lui qui occupe un pentagramme de ses bras et de ses jambes tendus. Le dodécaèdre est composé de douze pentagrammes et c’est la raison pour laquelle il symbolise ici le voyage de l’homme sur le chemin qui mène à la conscience à travers les douze phases du zodiaque. Dans ce cas précis, l’homme qui est dans la phase du Scorpion s’efforce de découvrir l’état qu’il a atteint. Or, il ne peut en voir que le reflet à la surface de la mer de sa conscience : cette surface qui change sans cesse au rythme de ses émotions lui donne une image totalement déformée. Ses émotions bloquent sa perspicacité et l’empêchent donc de s’élever à un niveau plus élevé. Son aiguillon venimeux, ce sont ses instincts, le dragon de sa nature inférieure qu’il doit combattre, comme Saint Georges qui représente sa nature supérieure. Il faut qu’il devienne un yogi, un mystique pour transformer les pouvoirs inférieurs qu’il a en lui, dans un interminable processus d’auto-discipline. II s’élèvera alors à partir de cette sublimation comme un aigle, l’oiseau royal de l’âme qui vole vers le soleil. L’ancien moi meurt et une nouvelle personne naît, semblable à un enfant. La coupe de la vie ancienne est épuisée et renversée. lnutile, elle est remplacée par une nouvelle coupe (car personne ne met de vin nouveau dans de vieilles bouteilles) ou brûlera désormais la lumière de l’esprit. C’est de cette manière que, après avoir porté la mort à la naïveté et à l’innocence dans le paradis, le serpent ténébreux apporte avec lui la connaissance du «bien» et du «mal», contribuant ainsi à la réalisation d’une nouvelle personne.

Le caractère du Scorpion inférieur est exprimé par les pointes et les crocs enchevêtrés du cadre : les couleurs sont naturellement des nuances d’un rouge vénéneux à cause de Mars. Les signes magiques sont (en haut à gauche) : le sceau planétaire de Phaleg, appartenant à Mars, et (à droite) la signature de l’intelligence, Graphiel (l'ange de Mars). 

Notes
Le livre de la Genèse, en ces chapitre X et XI, nous apprend que Phaleg était un descendant de Sem, l’un des trois fils de Noé qui sut se préserver de l’influence perverse de Cham.

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