lundi 19 mai 2014

Le blason du Veau d'or

Coupé d'argent et de sable, le 1er à deux mains de carnation enserrant un code-barres de sable, le 2e à 11 crânes humains d'argent posés 6, 4 et 1, le comble de pourpre chargé des symboles monétaires du dollar, de l'euro et du yuan d'or.

Le pourpre symbolise la souveraineté. Placé en comble (le chef réduit) et chargé de symboles monétaires, il indique la vraie nature du pouvoir en ce monde et devant lequel s'inclinent autant les gouvernants que les particuliers. Car tout pouvoir est finalement soluble dans le pouvoir d'achat, c'est-à-dire l'argent. La fascination de l'argent... Un pouvoir dominateur, froid, non bienveillant, écrasant, négateur de la raison, du cœur et de l'humanité.

Nicolas Poussin (1594-1665), Adoration du Veau d'or

Le code-barres évoque les barreaux d'une prison dans laquelle, de par son esprit tourné vers le seul profit et sa vénalité, l'homme s'est enfermé. Il symbolise aussi la société de consommation et de marché qui réduit toute chose à un produit estampillé du sceau qui frappe toute marchandise monnayable, matérielle et immatérielle. Et bientôt, l'homme lui-même, déjà largement profilé et instrumentalisé, voire "choséifié", se retrouvera "code-barrisé" à son tour. L'idée de l'implant d'une puce n'appartient déjà plus au domaine de la science fiction.

Les crânes empilés en pointe de l'écu montrent les effets dévastateurs de ce pouvoir sans miséricorde, qui a mis et continue de mettre la planète à feu et à sang. En coupe réglée en tous les cas. Le culte du Veau d'or mène droit à celui de Moloch Baal dont la gueule béante sur une fournaise incandescente et infernale engloutit l'humanité sacrifiée. L'humanité donc l'homme.

Les crânes sont au nombre de 11. Du fait de s'ajouter à la plénitude du dix, le onze est le signe du dépassement de la mesure, donc de l'excès, du débordement dans tous les domaines, de l'incontinence, de l'outrance du jugement, de la violence même. C'est donc un nombre de nature conflictuelle. Mais il comporte une ambivalence : le dépassement qu'il marque peut autant symboliser le début d'un renouvellement qu'une franche rupture et une détérioration du dix. Une faille donc. Saint Augustin tenait le onze pour l'armoirie du péché, rien moins. Dans l'iconographie lamaïste du bouddhisme tibétain, le bodhisattva Avalokistesvara est souvent représenté avec huit bras et onze têtes qui symbolisent les onze désirs qui font obstacle à l'illumination. Cette déité fait penser à l'hydre. Chez les Bambaras d'Afrique de l'Ouest, onze est un symbole de discussion, au sens péjoratif du terme, et donc de conflit. Considéré comme mauvais chez les Hébreux, il n'existerait aucun nom composé de onze lettres dans la langue hébraïque. En tous les cas, par sa répétition de l'énergie du un, le onze est le signe d'une profonde dualité, de la lutte intérieure de l'être aux prises avec ses contradictions. Ce dédoublement hypertrophique et déséquilibrant trouve sa confirmation par le procédé dit de l'addition théosophique, c'est-à-dire qu'en calculant la somme de ses chiffres, on trouve comme résultat deux, le nombre duel de la tension, de la lutte et de l'opposition. En conclusion, le onze symbolise la dissonance car son énergie, associée à l'initiation individuelle, s'exerce sans rapports avec l'harmonie cosmique. Il symbolise donc également la transgression, l'égarement et la rébellion. Un nombre néfaste par excellence. Celui des choses destinées à ne pas durer.

Le Veau d'or, c'est l'esprit de profit et de lucre, la vénalité, la compromission devant la fascination exercée par l'argent, l'avilissement à travers des relations ou des associations malsaines, exclusivement mues par des intérêts bassement matérialistes et égotiques, la prostitution du corps, du coeur et de l'esprit.

Le contraire de l'amour, ce n'est pas la haine, mais le Veau d'or. L'Evangile lui-même pointe cette antinomie en opposant Dieu (le Principe irréductible) à Mammon (le principe réducteur). Toutes les forces négatives de ce monde officient dans les temples du Veau d'or. Le temple peut être un édifice, une institution, une association ou le coeur de l'homme. 

Tous nos problèmes collectifs et individuels, économiques, sociaux, écologiques, politiques... en sont directement ou indirectement issus. Toutes les injustices, toutes les iniquités, toutes les ignominies, les abominations, les trafics de toutes sortes, les criminalités, les corruptions, les tromperies, les trahisons, toute la laideur réunie du monde ont pour source l'adoration du Veau d'or. Et si la conflagration finale frappe à nos portes, il ne faut pas chercher ailleurs la cause de cette sombre perspective. Le culte du Veau d'or, c'est l'assurance d'un monde sordide et funeste, la certitude d'une déchéance annoncée. Bref, le chaos présent et à venir.

L'histoire du Seigneur des Anneaux est une allégorie de notre temps. Les forces noires du Mordor étendent leur ombre sur le monde... On aimerait tant que ces choses-là ne fussent qu'un conte à se faire peur. Sauf que la réalité dépasse la fiction et nous rappelle sans cesse à son mauvais souvenir. L'état de la planète a atteint son point de non retour. Les systèmes financiers sont tels que les experts - ceux qui ne sont pas aux ordres - en ont des sueurs froides. La confusion des politiques - qui n'ont plus qu'un pouvoir d'opérette - ajoutée à la résignation approbative des électeurs qui remettent sans cesse en place les mêmes tartuffes, la déliquescence générale que l'on observe autour de soi, pour peu de se déciller les yeux, tout cela n'annonce rien de bon.

Cette époque festive s'abîme tout entière dans la dérobade et l'évitement, dans l'étourdissement infantile par les loisirs et l'amusement, dans le relativisme flasque de l'insignifiance partagée et, plus que tout, dans l'appétence généralisée. Sauf que cette fois-ci, ce n'est plus une simple gueule de bois qu'il faudra affronter, mais le coma éthylique. Ombre et poussière !



Le Veau d'or, dès que tu le regardes, il t'a !

Maurice Mathis (1907-1982) médecin biologiste


Le Veau d'or (allégorie du scandale de Panama) - Détail de la gravure.
Le Petit Journal, n° 110, samedi 31 décembre 1892. 

Mammon serait un mot d'origine araméenne, signifiant « riche ». Néanmoins son étymologie est obscure. Certains le rapprochent de l'hébreu matmon, signifiant trésor, argent. D'autres le rapprochent du phénicien mommon signifiant bénéfice.

Dans le Talmud, ainsi que dans le Nouveau Testament, le mot Mammon signifie «possession» (matérielle), mais il est parfois personnifié.  

Aucun homme ne peut servir deux maîtres : car toujours il haïra l'un et aimera l'autre. On ne peut servir à la fois Dieu et Mammon. (Matthieu 6:24)
 
Les voyages d'Alix


La pluie d'or


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