mercredi 7 mai 2014

Le parfum en héraldique

Rien n'étant manifestement étranger à l'héraldique, je me suis demandée, tout de même un peu dubitative, si le parfum y avait sa place... Eh bien, oui ! Ce n'est pas que les blasons se bousculent, loin de là, mais il y en a bien quelques uns. Disons que je n'en ai trouvé que trois. Le parfum est alors symbolisé par un "vase à parfum" ou un "brûle-parfum".

Levallois-Perret
(Hauts-de-Seine, Ile-de-France)

De gueules à la bande d'argent chargée de trois abeilles du champ, accompagnée en chef d'un brûle-parfum d'or et en pointe d'une roue d'engrenage du même. 






Les trois abeilles qui y figurent symbolisent le travail et la tradition de labeur attachée à Levallois. L'ancien blason était de gueules à trois abeilles d'or posées 2 et 1. Le blason actuel évoque, par la roue d'engrenage, l'industrie de l'automobile et par le brûle-parfum, celle de la parfumerie. Le blason est normalement agrémenté d'une couronne murale dotée de trois tours qui indique le statut de chef-lieu de canton. 

Saint-Clair
(Tarn-et-Garonne, Midi-Pyrénées)

Écartelé au 1) de gueules à la crosse d’or, au 2) d’azur à la fasce ondée d’argent, au 3) de sinople aux trois épis posés en pal et en sautoir liés d’or, au quatrième de gueules au vase à parfum d’or.






Blason et drapeau de Cabreira (Portugal)

 
D'azur à deux chèvres affrontées d'argent, 
surmontées d'un vase de parfum d'or, sur deux ondées abaissées d'argent.


Ci-dessous, ancien buvard

Ci-dessous, illustrations d'un almanach de 1925 
La cosmétique à travers les siècles 


Logos
 
Littérature et poésie

Le parfum de Charles Baudelaire (1821-1867)

Lecteur, as-tu quelquefois respiré
Avec ivresse et lente gourmandise
Ce grain d'encens qui remplit une église,
Ou d'un sachet le musc invétéré ?

Charme profond, magique, dont nous grise
Dans le présent le passé restauré !
Ainsi l'amant sur un corps adoré
Du souvenir cueille la fleur exquise.



De ses cheveux élastiques et lourds,
Vivant sachet, encensoir de l'alcôve,
Une senteur montait, sauvage et fauve,

Et des habits, mousseline ou velours,
Tout imprégnés de sa jeunesse pure,
Se dégageait un parfum de fourrure.
Baudelaire, Les fleurs du mal


À Madame Dardoize
de Marie Krysinska (1857-1908)


Je veux m’endormir dans le parfum des roses fanées, des sachets vieillis, des encens lointains et oubliés. -
Dans tous les chers et charmeurs parfums d’autrefois. -
Mes souvenirs chanteront sur des rythmes doux, et me berceront sans réveiller les regrets.
Tandis que le morne et spléenétique hiver pleure sur la terre inconsolée,
Et que le vent hurle comme un fou,
Tordant brutalement les membres grêles des ormes et des peupliers,
Je veux m’endormir dans le parfum des roses fanées,
Des sachets vieillis, des encens lointains et oubliés.
Et les rythmes et les parfums se confondront en une subtile et unique symphonie;
Les roses fanées se lèveront superbes et éclatantes,
Chantant avec leurs lèvres rouges les vieilles chansons aimées;
Elles s’enlaceront aux pâles jasmins et aux nénuphars couleur de lune;
Et je verrai passer leurs ombres miroitantes, comme en une ronde des robes de jeunes filles.
Les clochettes des liserons chanteront avec leurs parfums amers - les mortelles voluptés;
La violette à la robe de veuve dira les tendresses mystiques et les chères douleurs à jamais ignorées;
L’héliotrope avec son parfum vieillot et sa couleur défraîchie, fredonnera des gavottes, ressuscitant les belles dames poudrées qui danseront avec des mouvements lents et gracieux.
Musc minuscule et compliqué comme une arabesque,
Scabieuse, - reine des tristesses,
Opoponax dépravé comme une phrase de Chopin,
Muguet, - hymne à la gloire des séraphiques fraîcheurs,
La myrrhe solennelle, le mystérieux santal,
L’odeur du foin coupé, - sereine et splendide comme un soleil couchant,
Iris où pleurs l’âme des eaux dormantes,
Lilas aux subtils opiums,
L’amoureuse vanille et le chaud ambre gris
S’uniront en des accords grondants et berceurs - comme les orgues et comme les violons
Évoquant les visions cruelles et douces
Les extases évanouies, - les valses mortes, - les cassolettes éteintes et les lunes disparues.
Tandis que le morne et spléenétique hiver pleure sur la terre inconsolée;
Et que le vent hurle comme un fou, tordant brutalement les membres grêles des ormes et des peupliers,
Je veux m’endormir dans le parfum des roses fanées, des sachets vieillis, des encens lointains et oubliés.

Marie Krysinska, Rythmes pittoresques

Parfums anciens de
René-François Sully Prudhomme (1839-1907)

À François Coppée.

Ô senteur suave et modeste
Qu'épanchait le front maternel,
Et dont le souvenir nous reste
Comme un lointain parfum d'autel,

Pure émanation divine
Qui mêlait en moi ta douceur
À la petite senteur fine
Des longues tresses d'une sœur,

 

Chère odeur, tu t'en es allée
Où sont les parfums de jadis,
Où remonte l'âme exhalée
Des violettes et des lis.

Ô fraîche senteur de la vie
Qu'au temps des premières amours
Un baiser candide a ravie
Au plus délicat des velours,

Loin des lèvres décolorées
Tu t'es enfuie aussi là-bas,
Jusqu'où planent, évaporées,
Les jeunesses des vieux lilas,

Et le cœur, cloué dans l'abîme,
Ne peut suivre, à ta trace uni,
Le voyage épars et sublime
Que tu poursuis dans l'infini.

Mais ô toi, l'homicide arôme
Dont en pleurant nous nous grisons,
Où notre cœur cherchait un baume
Et n'aspira que des poisons,

Ah ! Toi seule, odeur trop aimée
Des cheveux trop noirs et trop lourds,
Tu nous laisses, courte fumée,
Des vestiges brûlant toujours.

Dans les replis où tu te glisses
Tu déposes un marc fatal,
Comme l'âcre odeur des épices
S'incruste aux coins d'un vieux cristal.

En tel, dans une eau fraîche et claire,
Le flacon, vainement plongé,
Garde l'âcreté séculaire
De l'essence qui l'a rongé,

Tel, dans la tendresse embaumante
Que verse au cœur, pour l'assainir,
Une fidèle et chaste amante,
Sévit encor ton souvenir.

Ô parfum modeste et suave,
Épanché du front maternel,
Qui lave ce que rien ne lave,
Où donc es-tu, parfum d'autel ?

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