dimanche 11 mai 2014

Les esprits de la nature

L'idée d'un Univers parallèle peuplé d'êtres sensibles n'entre pas vraiment dans le paradigme conceptuel occidental moderne. Le cartésianisme, le rationalisme et le scientisme l'ont reléguée aux antipodes d'une vision purement linéaire, unidimensionnelle et utilitariste de la vie. C'est précisément à partir du XVIIe siècle, avec l'expansion urbaine, l'essor économique et l'évolution des sciences et des techniques que les fées sont peu à peu sorties des croyances populaires pour ne plus appartenir qu'à l'imaginaire et au fantasmagorique. A l'heure donc, où le monde continue de s'occidentaliser - dans le mauvais sens de la chose - certains irréductibles - notamment dans les pays de tradition animiste et chamanique, ceux aussi où les cultures nordique et celtique sont encore vivaces - continuent de croire que le monde naturel est bien davantage qu'une mécanique biologique inconsciente mais est, au contraire, imprégné d'une réelle conscience.


En Irlande, en Islande et dans les pays nordiques, les esprits de la nature sont très respectés. Deux approches distinguent la croyance en eux : d'une part, ils sont l'incarnation des caractéristiques humaines projetées sur la nature, des égrégores en quelque sorte ; d'autre part, ils sont considérés comme des êtres indépendants, dotés d'une conscience et de qualités propres et vivant dans une réalité et un monde qui sont les leurs.

 

 
Le petit peuple 

Parfois appelées "le petit peuple", les fées sont liées aux enfants qui posséderaient davantage la faculté de les voir. On pense notamment à la célèbre affaire des fées de Cottingley, au début du XXe siècle,  et qui avait alors suscité l'émotion du public. L'histoire a inspiré un film, Le Mystère des fées : Une histoire vraie (FairyTale: A True Story), réalisé en 1997 par Charles Sturridge. En 1917 donc, deux fillettes, Frances Griffiths et Elsie Wright, deux jeunes cousines vivant à Cottingley, près de Bradford, en Angleterre, produisent des photographies les mettant en scène avec des fées. L'affaire connaît un retentissement national lorsque Sir Arthur Conan Doyle, alors attiré par le spiritisme après la perte de son fils durant le conflit, s'y intéresse. Le magicien américain Harry Houdini, alors en tournée en Europe, accompagne Conan Doyle dans ses investigations sur l'authenticité de clichés.

L'intérêt du public pour les fées de Cottingley diminue graduellement après 1921. Les deux filles grandissent, se marient et vivent à l'étranger pendant longtemps. Pourtant, les photographies continuent à nourrir l'imagination du public puisqu’en 1966, un journaliste du Daily Express retrouve Elsie, alors de retour au Royaume-Uni. Cette dernière laisse entendre qu'elle croit avoir photographié ses pensées, et les médias s’intéressent à nouveau à l'histoire, organisant des rencontres avec les deux femmes qui nient toujours avoir monté un canular malgré des preuves apportées au fil du temps, entre autres par le scientifique sceptique James Randi. Au début des années 1980, Elsie et Frances, alors âgées d'environ 80 ans, déclarent que les photographies sont des trucages fabriqués à partir de fées en carton découpées dans un livre pour enfants populaire à leur époque. Frances a toutefois toujours affirmé que la cinquième et dernière photo est authentique. L'article complet sur Wikipédia.


Une légende islandaise christianisée rapporte que les fées seraient à l'origine les enfants d'Ève. Celle-ci était en train de les baigner quand Dieu l'appela. Troublée, elle cacha alors ceux des enfants qui étaient encore sales. Suite à cette dissimulation, Dieu rendit les enfants invisibles car ce qui lui était caché le serait désormais aussi aux hommes. Cette légende qui raconte la mise à l'écart du monde des fées est une allégorie du passage d'une société de type matriarcal à une société de type patriarcal, où les femmes, les enfants et la nature sont largement dévalorisés. Cette caractéristique s'accentuera - jusqu'à se radicaliser - au sein des religions monothéistes fondées sur une acception exclusivement masculine de la divinité. La dévastation de la nature, la minoration, la discrimination et la maltraitance qui frappent encore beaucoup de femmes, toutes cultures confondues, est une des conséquences de cette conception. Autre conséquence, le sentiment écologique, dans son acception non idéologique et surtout quand il contrarie la marche des affaires et du profit – ce qui est souvent le cas - est encore perçu et qualifié de retour régressif vers une sorte de néo-paganisme, voire de polythéisme.

John Atkinson Grimshaw, Spirit of the Night

August Malmström, La danse des fées (1866)

Les anges déchus


Quand le christianisme pénétra la culture celtique, il identifia les fées aux anges déchus du paradis, en même temps que Lucifer. C'est ainsi que, rejetés sur terre, ils devinrent les élémentaux, c'est-à-dire les esprits de l'air, du feu, de l'eau, de la terre et de la flore. 


Les esprits des arbres

Dans le monde classique, les esprits féminins des Hamadryades - ou Nymphes des bois - vivaient dans les arbres qu'elles protégeaient. Si l'arbre était abattu, elles mouraient. Les Dryades désignent les fées des arbres des bosquets enchantés et des forêts sacrées. Elles prennent souvent l'aspect de flammes de lumière. Particulièrement actives pendant la pleine lune, elles peuvent aider les hommes mais aussi les taquiner et même les gêner.
Le Bûcheron et l'Hamadryade Aïgeïros, par Émile Bin (1870)
et Dryade d'après Evelyn de Morgan




Au Japon, Kukunochi-no-Kami est le dieu des arbres et Hamori celui des feuilles. 

Ci-contre, à gauche, représentation de Kukunochi-no-Kami dans le style des mangas.










La nymphe suédoise des bois Skogsra veille sur les arbres et les animaux. En Écosse, Ghillie Dhu est la fée des bouleaux.







JohnDuncan, Merlin and the Faerie Queen 













Les Sidhe d'Écosse et d'Irlande, connus pour leur beauté et leurs dons musicaux, vivent dans des palais magiques souterrains. Les Tuatha-Dé-Danann irlandais appartiennent au peuple des fées de la déesse-mère Danu.

John Duncan, The Riders of the Sidhe (1911)

Les Tuatha-Dé-Danann irlandais appartiennent au peuple des fées de la déesse-mère Danu (représentée ci-dessus)


John Duncan, Heptu Bidding Farewell to the City of Obb (1909)

Article en préparation : les Élémentaux

2 commentaires:

  1. très interessant !j'aime beaucoup l'explication des enfants d'Eve... et les photos sont très belles ! merci pour ces explications !

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  2. tout est vrai . tout, en tant que esprit bienveillant d'un autre monde , ce monde est bien un monde parallèle

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