dimanche 27 juillet 2014

Le paon, héraldique et symbolique

Le paon est un très bel oiseau de la famille des gallinacés. Il est originaire de la région indo-malaise. Son plumage est composé de plumes aux couleurs vives et sa queue, très longue, peut se relever au-dessus de sa tête pour former un superbe éventail. Selon les cultures et les époques, il symbolise l'immortalité, la beauté, la fécondation ou l'orgueil. En héraldique, sa symbolique dépend de sa figuration et de son émail.


Quand il est présenté de front, la tête ornée d'une aigrette et la queue étalée en forme de roue, on le dit rouant. Lorsqu'il est posé de profil, sa queue est traînante. Lorsque les yeux de la queue sont d'un émail particulier, on dit le miraillé.  
D'après L. Foulques-Dalanos, en son Manuel héraldique ou Clef de l'art du blason (Limoges,
1816), un paon :

- miraillé d'or symboliserait la prodigalité et l'ostentation ;
- rouant symboliserait l'arrogance ;
- rouant en champ d'or symboliserait des richesses immenses ;
- sur une terrasse de sinople symboliserait l'amour de soi-même ;
- d'or en champ d'azur symboliserait un homme doux et bon.




Saint-Paul
(Savoie, Rhônes-Alpes)

D'azur au paon rouant d'or. 

Losinghem
(Pas-de-Calais, Nord-Pas-de-Calais)

De sable semé de fleurs de lys d’or au paon rouant du même brochant sur le tout.
Collonges
(Alpes-Maritimes, Provence-Alpes-Côte-d'Azur)
 

D’or au paon passant d’azur sur une terrasses de sinople.
Ecquedecques
(Pas-de-Calais, Nord-Pas-de-Calais)

D’or au sautoir de gueules, à la tête de paon contournée de sinople brochant sur le tout.

Pau
(Pyrénées-Atlantiques, Aquitaine)

D'azur à une barrière de trois pals aux pieds fichés d'argent, sommée d'un paon rouant d'or, accompagnée en pointe et intérieurement de deux vaches affrontées et couronnées du même ; au chef aussi d'or chargé d'une écaille de tortue au naturel surmontée d'une couronne royale fermée d'azur rehaussée d'or, accompagnée à dextre de la lettre H capitale et à senestre du nombre IV en chiffres romains aussi d'azur. 


Au Moyen Âge, on tenait sa chair pour imputrescible et c'est pour cette raison, il est devenu symbole d’immortalité. Au Moyen-Orient, le paon figure de chaque côté de l'arbre de vie et symbolise l'incorruptibilité de l'âme et la dualité psychique de l'homme.

En Inde, le paon est vénéré, et étroitement associé à la fertilité. Sa danse symbolise le réveil de la nature et l'approche de la mousson. Dans la symbolique chinoise, le paon est un signe de paix et de prospérité. Il est aussi appelé l'entremetteur car la légende veut que son seul regard suffit à faire concevoir une femme.

Le paon bleu

Le paon est l’oiseau national de l’Inde. Il est connu sous le nom de Mor en hindi et mayura et nilkantha en sanscrit. Le paon a toujours joui d’une dignité et d’un statut particulier en Inde. On l’appelle aussi la créature aux mille yeux en sanscrit, car c’est le plus beau des oiseaux mâles, avec son long cou bleu, sa poitrine en forme d’éventail et son magnifique derrière de plumes. Chaque plume se termine par une demi-lune ou oeil. Quand il fait la roue, sa queue de plumes forme un éventail sur lequel des milliers d’yeux vous regardent.

Le paon dans la mythologie hindoue

Krishna a donné au paon sa dignité et sa gloire en portant ses plumes sur sa couronne. Le paon est aussi la monture de Kartikeya, le Dieu de la guerre. Parfois, Saraswati, la Déesse de l’enseignement, est montrée avec un paon. Dans la mythologie hindoue, le Paon avait originellement un plumage brun et terne. Indra, le Roi des Dieux, fuyait Ravana, un démon contre qui il ne pouvait lutter. Il croisa un paon qui, pour dissimuler le Dieu, fit une roue gigantesque. Ravana passa a côté sans voir Indra. Pour remercier le paon, le Roi des Dieux décora la queue de toutes les couleurs qu'on lui connaît aujourd'hui. Le paon symbolise la grâce, la beauté et la fierté. C’est un signe de joie pour tous ceux qui le croisent.

Skanda, ou Murugan, sur sa monture

Enfin, le paon représente surtout l'immortalité : le paon est un tueur de serpent, en Inde, et est considéré comme étant insensible à leur morsures. Toute une symbolique nait derrière. La lutte du Paon contre le serpent renvoie à celle de la lumière sur l'obscurité. Retenu sous les pattes du paon, le serpent ne peut plus faire de mal et doit se soumettre. Les hindous pensaient donc que la robe des paons provenaient directement du venin des serpents qui, au lieu de les tuer, leur donnait ces couleurs "magiques", symbolisant encore une fois la canalisation du mal pour en faire quelque chose de... flamboyant ! En Inde, le paon bleu a été largement domestiqué. On l’utilise souvent pour monter la garde à cause de son cri bruyant qui ressemble à un fort miaulement.


Le yézidisme ou l'Ange Paon
 de Jean-Paul Coudeyrette


Les Yézidi ou Yazidi (ils se nomment Dasni), de langue kurde (le kurmanji), qui vivent au nord de Mossoul en Irak, à Alep en Syrie, en Turquie, en Iran, en Arménie, en Géorgie et au sud de la Russie, ont conservé une religion syncrétiste, appelée yézidisme, qui intègre des éléments du paganisme chamanique, du mazdéisme, du zoroastrisme, du manichéisme, du judaïsme, du nestorianisme et de l'islam.
Selon certains, leur nom renverrait au calife Yazid I (Abû Khalid Yazid ben Muawiya, mort le 11 novembre 683) qui réprima la révolte des partisans d'Ali et tua Husayn, le petit-fils du Prophète Mahomet, à Kerbela, le 10 octobre 680 ; pour d'autres, le mot yazidi proviendrait du proto-iranien yazatah qui signifie ange ou être suprême (1).

Ce groupe religieux s'aggloméra autour de réfugiés Umayyades, et l'un d'eux, Cheikh Adî ibn Mustafa, maître soufi mort en 1162 à Lâlish (les Yezidi se rendent chaque année en pèlerinage sur sa tombe), fonda un ordre religieux, les Adawiya, qui vénèrent entre autres saints, Husayn ibn Mansur al-Hallâj, un mystique particulièrement haï par les Chiites qui le firent supplicier en 922 à Bagdad.

Al-Hallâj, condamné à l'unanimité des docteurs pour sa doctrine de la déification par l'amour divin, avait été considéré par les premiers scolastiques ascharites (Bâquillânî, Isfarânî et Juvaïni) comme un suppôt damné d'Iblis (Satan) lequel, selon les musulmans, se damna par amour jaloux, exclusif, de l'idée pure de la Déité. Par contre, d'autres théologiens ascharites, Gorgâni et Qushayrî, maintinrent que l'amour sanctifie et canonisèrent al-Hallâj et Satan, damnés tous deux par pur amour.

Les Yezidi font d'al-Hallâj le septième et dernier des saints apotropéens, le Héraut du Jugement Dernier. Ils ont donné son nom à l’une de leurs grandes idoles de bronze à l’effigie du paon (sanjak) (4).

Selon la mythologie yézidite, Dieu serait né dans la Perle. De son essence émanèrent ses sept compagnons, les sept anges, qui l'aidèrent à créer le monde. A intervalles irréguliers, ces anges apparaissent sous une forme humaine pour enseigner aux hommes la véritable religion. L'histoire sacrée des Yézidi est celle des incarnations de ces anges (6).

Les Sept Anges, les heft sirr ou Sept Secrets, dont le chef est Malak (ou Melek) Tâwûs (l'Ange Paon) à cause des colorations spirituelles qu'il a récupérées, gouvernent le monde ; parmi eux, Ezi Melek, dans lequel on reconnaît le calife Yazid.

Pour les Yézidis, l'Ange-Paon refusa d'adorer Adam, mais loin d'être puni, il en fut loué par Dieu qui lui donna en charge le monde physique pour l'y représenter. La connexion Iblis ou Shaytân-Taus est donc réelle, mais il est faux de faire du Malak Taus des Yézidis une figure démoniaque. C'est au contraire une figure gnostique. C'est le monde physique qui est mauvais ou enténébré, pas son Ange. Et comme pour le reste des gnostiques, le bien et le mal existent en chaque âme et c'est à l'homme de se débarrasser de la ténèbre pour choisir la lumière. 10

La doctrine yézidite recommande de considérer Iblis comme un Archange tombé, puis pardonné (repentant, il a éteint l’enfer avec ses larmes), auquel Dieu a abandonné le gouvernement du monde et la transmigration des âmes qu'il dirige.

Malak Tâwûs (l'Ange Paon) 1990 anonyme

Dans l'iconographie chrétienne, le paon représente l'immortalité (ou plutôt la résurrection, ndlr). Dans l'art persan, deux paons, placés de part et d'autre de l'Arbre de Vie, symbolisaient la dualité psychique de l'homme, tandis que dans la tradition bouddhiste, il illustre la compassion. (4)

En Inde, le paon est vénéré, et étroitement associé à la fertilité. Sa danse symbolise le réveil de la nature et l'approche de la mousson. (7)

Le paon est l'emblème de la dynastie solaire birmane.

Le fils de Agni (le dieu du feu), Kumâra (Skanda) dont la monture est un paon, s'identifie à l'énergie solaire (il en existe une représentation à Angkor-Vat) ; le paon de Skanda est le destructeur des serpents (c'est-à-dire des attachements corporels et du temps) : la beauté de son plumage est supposée produite par la transmutation spontanée des venins qu'il absorbe en détruisant les serpents ; en Inde, Skanda lui-même transforme les poisons en breuvage d'immortalité.

Dans le Bardo-thödol (le Livre des morts tibétain), le paon est le trône du Bouddha Amitâbha auquel correspondent la couleur rouge et l'élément feu. (8)

Une légende soufie, probablement d'origine persane, dit que Dieu créa l'Esprit sous forme d'un paon et lui montra sa propre image dans le miroir de l'Essence divine. Le paon fut saisi d'une crainte respectueuse et laissa tomber des gouttes de sueur dont tous les autres êtres furent créés. Le déploiement de la queue du paon symbolise le déploiement cosmique de l'Esprit. (9)

Les Yézides, que les musulmans considèrent comme des adorateurs du diable (2), ont deux livres sacrés, le Livre noir (Mechef Rech) et le Livre de la révélation (Kitab el-Jelwa) :
- Le Livre Noir, attribué au Cheikh Adi, décrit la cosmogonie yezidite, l'origine de l'humanité, l'histoire de la secte et les interdits. Il est tabou d’uriner debout et de cracher afin de ne pas offenser l’air, de jeter des objets impurs dans le feu, de boire bruyamment ou de siffler, de couper des arbres, de se laver et d’avoir des rapports sexuels le mercredi et le vendredi (les deux jours saints), de se marier avec des étrangers (les représentants du clergé avancent un dogme catégorique selon lequel l'on ne devient pas Yézidis mais on le naît, etc.) (5)
- Le Livre de la Révélation, attribué à Cheikh Hassan (petit-neveu du précité), proclame la souveraineté et l'omnipotence de Malek Tâwûs, l'Ange-Paon dans lequel s'unissent les contraires. Dieu, appelé de son nom kurde Khuda, est omniprésent et omnipotent ; il est le maître de la transmigration des âmes, qu'il décide en fonction des activités passées des hommes ; les Yezidi croient en effet à la réincarnation, plus exactement à la métempsycose (3).

Au XIXe siècle, tuer un Yézidi était considéré dans l'empire ottoman comme un acte menant droit au paradis (5).

En septembre 2003, cette communauté religieuse comptait près de 800.000 personnes dans le monde dont près de 40.000 en Allemagne (nous constatons un grand nombre de demandes d'asile politique dans les pays occidentaux, la France ne faisant pas exception) (5).

Le 14 août 2007, dans la province de Ninive, la communauté yézidite a été la cible de quatre attentats suicides faisant plus de 400 morts (3).

Citations

Les traits des Yézides sont très accentués ; l'œil est noir comme la chevelure, le nez proéminent ou légèrement arqué. Leurs cheveux, qu'ils portent longs, s'échappent du turban en mèches bouclées. Leur langue maternelle est un dialecte du kurde. Ils ne s'expliquent pas volontiers sur les dogmes de leur religion ni sur les pratiques de leur culte. Ils adorent un Etre suprême. Ils ont, dit-on, un profond respect pour l'Ancien Testament et en ont adopté la cosmogonie ; ils ne rejettent pas le Nouveau Testament, non plus que le Coran, mais sans leur accorder la même vénération qu'au canon juif. Le trait le plus remarquable de la religion de ce peuple est le culte qu'ils rendent à Satan ; du moins, le respect qu'ils professent pour l'esprit du mal ne diffère guère d'un véritable culte. (Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle. Pierre Larousse. 1863-1890)

Il y a encore environ 60.000 Yezidi qui tendent à disparaître à cause des persécutions. (Louis Massignon, islamologue, + 1962)


Notes

1 - Michel Malherbe, Les religions de l'humanité.
2 - Atlas des peuples d'Orient, Moyen-Orient, Caucase, Asie centrale de J. et A. Sellier p. 127
3 - http://fr.wikipedia.org/wiki/Y%C3%A9zidisme
4 - Le langage secret des symboles. David Fontana. Duncan Baird Publishers. 1993
5 - http://eurominority.org/www/gdm/71-2003-09-gdm1.asp
6 - http://www.institutkurde.org/activites_culturelles/expositions/les_yezidis_du_kurdistan/
7 - http://fr.wikipedia.org/wiki/Paon
8 - Dictionnaire des symboles. Jean Chevalier- Alain Gheerbrant. Ed. R. Laffont. 1995.
9 - Introduction aux doctrines ésotériques de l'Islam, Titus Burckhardt, Lyon, 1955.
10 - http://kurdistannameh.pagesperso-orange.fr/culture/yezidicadre.htm



Drapeau de La Ligue Nationale pour la Démocratie (LND), un parti politique birman fondé le 27 septembre 1988 par Aung San Suu Kyi et les anciens généraux Aung Gyi et Tin Oo, après l'écrasement du soulèvement prodémocratique par le State Law and Order Restoration Council (SLORC) le 18 septembre de la même année.



Le paon est le symbole de la Birmanie.








Dans la mythologie, le paon était l'animal préféré de la déesse grecque Héra (Junon chez les Romains).

Monnaie romaine à l'effigie de Junon avec son paon (rouant sur le revers)


Complément iconographique
Chromolithographies, cartes postales... 

Un pâté de paon, servi dans son plumage. Jan Brueghel l'Ancien,
Allégorie des sens : Le goût, l'ouïe et le toucher (détail), 1618.
















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