dimanche 20 juillet 2014

Les costumes français au cours des siècles (2)

Second volet consacré aux modes vestimentaires à travers les siècles, par l'imagerie ancienne. Il s'agit là d'une série de chromolithographies éditées par Hachette au début du XXe siècle.

Bourgeois des XIVe et XVe siècles

    
     Enfants de Paris, bourgeois de la grande ville, ces deux hommes appartiennent à deux siècles différents, mais cependant d'une époque assez rapprochée ainsi que le montre leurs ajustements qui se ressemblent quelque peu, indiquant bien le rang qu'ils occupent dans la société : mêmes chausses, mêmes blouse à crevés ; seules leur coiffures diffèrent. Ici, un long bonnet de coupe peu gracieuse ; là, le rouge chaperon qu'on a si souvent vu dans l'histoire, notamment sur le front hardi d’Étienne Marcel, un des célèbres prévôts des marchands de Paris.
    Ces bourgeois rappellent les événements multiples dont ils ont été les témoins ; ils remettent en mémoire le patriotisme de Duguesclin et de Jeanne d'Arc ; ainsi que les guerres civiles, luttes sanguinaires qui, sous le nom de guerre des Armagnacs et des Bourguignons, ont dévasté la France à cette époque.


Seigneur et noble Dame (XVe siècle)

 

    Qu'ils sont originaux et charmants, ces costumes du XVe siècle ! Ces toilettes, qui nous étonnent un peu, sont pourtant fort élégantes et allaient bien avec ceux qui les avaient choisies. La noble Dame n'a-t-elle pas beaucoup de grâce avec sa longue robe garnie de broderie d'or et relevée sur une jupe semblable au corsage, sa haute coiffe au voile tombant ne lui donne-t-elle pas l'air aussi modeste que distingué ?
    Le Seigneur a aussi grand air avec son surtout bordé d'hermine, son pourpoint de riche étoffe, ses chausses dessinant bien ses jambes nerveuses, ses souliers à la poulaine et son chapel de velours noir. Qui croirait que ces gais et charmants costumes servirent de parure aux deux plus cruels personnages dont l'histoire prononça les noms : Louis XI, dont la tyrannie, les crimes et les cruautés font encore frémir, et Isabeau de Bavière dont le nom est synonyme de lâcheté, de trahison, et qui, profitant de la folie du roi Charles VI, vendit par le traité de Troyes la France à l'Angleterre.


Châtelaine et son page (XIVe siècle)


    La Châtelaine, vêtue selon la coutume du XIVe siècle, d'une élégante robe à traîne s'ouvrant sur une jupe de tissu riche brodé d'or, dont le gracieux ensemble est encore relevé par la guimpe blanche qui accompagne le corsage ; coiffée d'une coquette coiffe ornée de ruban et que nous voyons ici écoutant les doux accents de la théorbe. Épouse soumise du Seigneur, elle habitait avec lui un de ces lourds châteaux féodaux qui couvrirent la France du IXe au XIVe siècle.
    La noble dame ne sort guère du castel, si ce n'est pour présider les tournois, visiter les pauvres ou suivre à la chasse, montée sur la blanche haquenée, son époux dont elle partage les dangers et la fatigue.
    Le page est un garçon de 14 ans ; fils de Seigneur, il va dans un château voisin faire son apprentissage de Chevalier. Il est presque toujours vêtu de la sorte, avec des chausses, un pourpoint de velours aux couleurs claires, ses cheveux recouverts de la galante toque vénitienne, si seyante aux jeunes visages. Ses attributions ne sont point pénibles, si ce n'est l'exercice de la guerre que lui fait faire le chef des archers.


Un tournoi sous Louis XII (fin du XVe siècle)


    Le Seigneur est prêt pour le tournoi ; vêtu de la solide armure qui protège son corps vigoureux ; la tête couverte d'un casque dont la visière baissée parera les coups meurtriers ; monté sur un cheval bardé de fer, il donne ses derniers ordres au jeune page qui l'écoute avec attention et dont le costume à la forme gracieuse et au riche tissus contraste avec la lourde armure de son Seigneur.
    Cette fête militaire entraînera encore le brave chevalier au dur métier de la guerre, ayant sans doute déjà défendu les intérêts du jeune Charles VIII, vainqueur à Saint-Aubin du Cormier du turbulent Duc d'Orléans, victoire qui donna à la régence d'Anne de Beaujeu, le calme nécessaire aux bons gouvernements.
    Il suivra bientôt ce même duc, devenu Louis XII, à la conquête du Royaume de Naples, contre les Vénitiens, qui vaincra à Agnadel, puis à Ravenne, aux côtés du jeune Gaston de Foix, contre les ennemis de la France.


Epoque François 1er (première moitié du XVIe siècle)


     De tous les rois de France dont le renom de gloire et de conquêtes est venu jusqu'à nous, François 1er est un des plus sympathiques et des plus éminemment français. Ce roi chevalier, armé par le brave Bayard, surnommé le chevalier-sans-peur-et-sans reproche, qui, en lui donnant l'accolade, lui communiqua sans doute les vertus de courage et d'honneur.
    On retrouve bien dans ce beau Seigneur, au brillant costume, à l'élégante monture, le bon roi François, que la jolie bourgeoise, penchée à sa fenêtre, regarde avec tant de plaisir.
    On reconnaît en effet le vainqueur de Marignan, dormant sans crainte sur l'affût d'un canon, à quelques pas de l'ennemi. C'est bien aussi le vaincu de Pavie qui, après avoir accompli de merveilleux exploits, tombe sous l'effort des ennemis, et ayant rendu son épée, écrivit à sa mère : Madame, tout est perdu, fors l'honneur.


Garde du Corps et Capitaine Suisse sous François 1er


     Ces deux soldats appartiennent au règne de François 1er ; l'un, archer de la petite Garde du Corps, a bel air sous son riche uniforme, armé de la lance et de l'épée. Cette Garde du Corps fut créée par Philippe Auguste sous le nom de Sergents d'Armes. Sous Charles VII apparut la première compagnie dite des Gardes du Corps du roi. Louis XI ajouta une deuxième compagnie et François 1er une troisième. Fidèles et dévoués, ces soldats accompagnaient le roi et devaient défendre sa personne.
    Le second soldat est un capitaine Suisse, chef de ces compagnies d'aventures qui, tant de fois, à la solde de la France, combattirent à ses côtés et l'aidèrent à remporter des victoires. Leur courage est légendaire comme leur intrépidité.


Henri II, roi de France 1547 à 1559


    C'est dans le beau parc du château d'Anet, dû au célèbre architecte Philibert Delorme, que le roi Henri II et la belle Duchesse de Valentinois sont ici réunis. Elle, vêtue d'une robe de soie garnie de perles s'ouvrant, selon la mode d'alors, sur une riche jupe de satin ; point d'autre ornement si ce n'est un collier de perles entourant le cou de Diane de Poitiers. Lui, paré de velours, chausses, pourpoint et manteau avec la toque ornée de plumes. Mais ce roi élégant portait encore mieux l'armure et son ardeur aux tournois devait même lui être fatale. En effet, ayant ordonné d$au comte de Montgommery, son capitaine aux gardes, de courir contre lui, celui se précipita vers Henri II, la lance en avant et frappa si malheureusement son adversaire que le souverain mourut quelques jours plus tard.


La pavane sous Henri III, roi de France de 1574 à 1589


Vêtu de chausses gris d'argent, d'un pourpoint de velours aux éclatants crevés, avec sa collerette plissée et son coquet chapeau, ce seigneur est bien le type de la jeunesse mondaine du règne de Henri III. sa compagne est comme lui l'expression des plus élégantes modes du temps. Corsage à crevés, vertu-gadin, coiffure relevée. Ils pensent tous deux à se divertir, s'exercent à quelque danse : la pavane, par exemple, qui les fera briller dans un des bals de la Cour, sans entrevoir dans leur inconscience les sombres événements que doit amener le règne de Henri III, ni les sanglantes luttes de la Ligue, ni l'assassinat du Duc de Guise à Blois, ni en fin la sinistre mort de ce monarque qui n'avait de roi que le nom et qui devait tomber sous le fer vengeur du moine Clément.



Louis XIII (roi de France de 1610 à 1643)
et une Dame de sa Cour


    Les costumes du règne de Louis XIII, d'une élégance distinguée, diffèrent beaucoup de ceux du règne précédent (Henri IV). Les dames sont plus simplement vêtues, quoique les étoffes précieuses ne soient pas bannies de leurs toilettes, mais les modes sont moins exagérées et aux vertu-gadins, on préfère le grand col garni de haute dentelle, qui va si bien à la dame que voici, dont on aime aussi les crevés de ses manches et le grand chapeau s'inclinant gracieusement sur l'oreille.
    C'est le roi Louis XIII qui accompagne cette jeune dame, et son costume légendaire est trop connu pour qu'on ne le reconnaisse pas ici : pourpoint de velours de couleur claire, manchettes et grand col garnis de dentelle, chapeau à larges bords orné de plumes et reposant sur ses longs cheveux bruns naturellement frisés. tel était le costume habituel de ce roi au caractère froid, qui se livrait rarement, et qui fut dominé par un ministre aux vues hardies et puissantes, le Cardinal de Richelieu.


Un Seigneur et son page sous Louis XIII 


    Ce gentil page, si gracieusement vêtu de ce justaucorps de velours rouge, de ces chausses de soie bleu de roy, de ces hautes bottes de daim, est enfin parvenu au terme de sa course ; il vient apporter les ordres de son souverain au fier seigneur devant lequel il s'incline respectueusement. celui-ci les écoute froidement mais il est prêt à obéir.
    Rien ne manque à son riche accoutrement, ni les nœuds de ses chausses, ni les crevés aux ressortis de satin de son justaucorps, ni les plumes de son chapeau si fièrement campé. la main finement gantée reposant sur sa longue épée, il va rejoindre son prince qui l'appelle, pour sans doute se mêler à une de ces chasses, plaisir favori de Louis XIII, où le jeune seigneur, entraîné par le désir de faire quelque action d'éclat, brillera dans toute la fougue de son courage et de sa fierté.


Un duel de Mousquetaires sous Louis XIII


    Le costume des Mousquetaires était des plus élégants. Pourpoint, chausses aux belles couleurs, manteau orné d'une croix brillante et large chapeau crânement posé sur l'oreille. tel était l'uniforme qui allait si bien à ces braves soldats parfois fanfarons. Les ennemis les redoutaient à cause de leur intrépide courage, car hardis et braves, ils cherchaient le danger pour le vaincre. On dirait, aujourd'hui, qu'il étaient un peu têtes brûlées.
    Ces militaires étaient d'ailleurs fort indépendants et lorsque les Mousquetaires de sa majesté avaient quelque querelle à vider avec ceux du Cardinal, ils ne craignaient pas d'aller sur le terrain pour venger leur honneur outragé et cela malgré les sévères Édits de son Emminence qui punissait de mort les duellistes indociles.
    Les Mousquetaires prirent part à presque tous les combats qui furent livrés sous les règnes de Louis XIII et Louis XIV. Ils se firent surtout remarquer au siège de La Rochelle.


Le Comte de Chalais et sa mère


    Les costumes de ces deux personnages que voici donnent bien l'idée de l'élégance sobre et distinguée qui présida aux modes du règne de Louis XIII. La toilette de la noble Dame est d'une coupe exquise et bien terminée par les hautes dentelles qui en font l'ornement ; le costume du comte a brillant aspect et donne l'air vaillant et brave à celui qui le porte.
    Que n'a-t-il suivi, le pauvre Comte de Chalais, les conseils prudents et éclairés de sa mère ! Il ne se serait pas laissé entraîné, par la Duchesse de Chevreuse, contre Richelieu dans une conspiration dont le dénouement fut sombre et terrible, et cette malheureuse mère ne se serait pas vue excitant le courage d'un fils de 26 ans, lorsque sur l'échafaud, le bourreau troublé manquait dix-sept fois sa victime avant d'accomplir son œuvre de mort...


Louis XIV, roi de France de 1643 à 1715 


    C'est le roi Louis XIV que représente cette gravure. Quoiqu'en tenue de campagne, il est richement vêtu. Ses chausses de velours, son habit garni de broderies et son chapeau orné de plumes crânement posé sur sa longue chevelure rehaussent encore la mâle beauté du grand souverain.
    Il a arrêté son cheval et donne des ordres à un officier de livrée de sa maison, qui l'écoute chapeau bas et qui sans être si magnifiquement vêtu, fait belle figure sous le costume où l'on retrouve encore le luxe qui présida à la grande époque du XVIIe siècle.
Le roi donne des ordres pour son prochain départ. Il va les armes à la main à la conquêtes des Flandres, province qui faisait partie de la dot de sa royale épouse, Marie-Thérèse d'Autriche, fille de Philippe IV, roi d'Espagne, et qui lui fut refusée à la mort de celui-ci. Toutes les villes de la Flandre tomberont successivement sous son joug.


Louis XIV et Philippe d'Orléans


     Les splendides costumes dont ces princes sont revêtus nous donnent une idée des richesses déployées à la Cour du roi soleil : le velours et le satin ; les dentelles précieuses et les rubans ; l'or et les pierreries, rien n'était trop éclatant pour rehausser les brillants costumes des seigneurs de cette époque.
    Avec son magnifique costume brodé, le roi Louis XIV, vieilli par les longues années d'un règne glorieux, porte l'auréole des triomphes obtenus : vainqueur des puissances étrangères et protecteur des Arts et des Lettres.
    Philippe d'Orléans, qui l'accompagne, non moins richement vêtu que lui, écoute sans doute les conseils du vieux souverain et apprend, de son royal parent, le secret de savoir gouverner. Sans doute se rappellera-t-il ces conseils lorsque Régent de France, il prendra les rênes de l’État au nom de Louis XV enfant.


Louis de France, Dauphin (1661-1711)


    Le château de Meudon, où se retira le fils de Louis XIV, élève de Bossuet, après la campagne des Flandres où il remporta de grands succès et où il se signala par sa bravoure, était une somptueuse demeure, avec un parc et un bois magnifiques, et ou le grand dauphin retrouvait l'existence de la Cour et ses habitudes, mais sans y rencontrer le bruit, les intrigues et le tumulte.
    Les costumes étaient, dans la demeure du prince, aussi riches et aussi brillants que dans le palais du roi. Quoi de plus élégant que la parure de cette dame ? La jupe, richement décorée, est gracieusement recouverte d'une longue traîne, la coiffure originale et harmonieuse...


Courtisans sous Louis XIV


    Un des seigneurs de la Cour du roi Louis XIV, revêtu d'un élégant habit aux sombres couleurs, fait admirer à une des dames d'honneur, nouvellement installée auprès de Marie-Thérèse d'Autriche, le merveilleux palais de Versailles dont l'inoubliable Lenôtre dessina le parc et les jardins. Il lui montre ces vastes allées, ces ombrages délicieux, ce palais enrichi de peintures et de statues magnifiques, et ces fontaines éblouissantes de lumières, quand l'eau qu'elles enferment s'élance en mille cascatelles pour retomber en gerbes harmonieuses.
    Ce domaine royal ne brilla pas seulement sous le grand roi, de son éclat particulier, mais il servit de demeure à mille beautés dont il semblait être le cadre naturel.
    Cette charmante dame ne complète-t-elle pas, en effet, le beau tableau qu'elle a sous les yeux ? Avec sa robe aux tendres couleurs, aux frais rubans, aux fières dentelles, avec sa chevelure blonde bouclée ombrageant son front blanc, ne dirait-on pas une nymphe née en ce séjour enchanté ?


Garde Française sous Louis XV ( roi de France de 1715 à 1774) 


     Le règne de Louis XV, jalonné de nombreuses guerres, a bien souvent mis à l'épreuve les braves soldats. Aussi ne manquait-on pas une bonne occasion pour se donner du bon temps. De se reposer, aussi, dans la maison de son père et de boire à la santé du roiet de la France. C'est ce que fait justement ce Garde-Française auquel l'habit bleu à revers, les bas et la culotte rouge, le tricorne crânement posé, donnent belle tournure. Il ne semble pas se souvenir des mauvais jours en se reposant au foyer de famille... Assis sous les ombrages frais en cette chaude journée d'été, en face d'une bonne table, il raconte ses campagnes, ses voyages, ses hauts faits et les victoires de la France. Les victoires ? Il y eut pas mal de défaites aussi. La perte des comptoirs en Inde, du Québec...
     La jeune femme qui l'écoute, si coquettement vêtue de sa jolie robe à panier, si gracieusement poudrée, prend plaisir au récit de tant d'aventures, elle qui n'est jamais allée plus loin que la ville la plus proche.



Le Duc de Richelieu


    Le Duc de Richelieu, célèbre par ses conquêtes et ses succès à la Cour, sut jusqu'à plus de quatre-vint dix ans plaire et charmer. Il aimait à raconter les nombreuses aventures de sa vie, et la jeune dame qu'il rencontre ici l'écoute certainement avec grand intérêt.
    Avoir l'avoir complimentée de sa jolie robe de soie pompadour à paniers, relevée sur cette jupe de soie brochée, après avoir fait valoir le pourpoint de velours rouge dont il est revêtu, le vieux duc lui raconte ses exploits à la bataille de Fontenoy, à Port-Mahon, et pendant tout ce récit, la noble dame ne pourra s'empêcher de remarquer la verte allure et l'élégante tournure que le vieux Maréchal n'abandonna jamais pendant sa longue vieillesse, et dont il gardait quelque coquetterie bien justifiée par son éternelle jeunesse.


Noble dame et Seigneur sous Louis XV


    Les beaux atours de la noble dame, qui se rend à Versailles pour quelque réception de gala, ne seront pas froissés, grâce à l'élégante chaise à porteurs qui l'a amenée. Cette sorte de voiture était bien commode et préférée par les dames de qualité qui s'en servaient depuis 1617, époque à laquelle Monsieur de Montbrun l'introduisit en France.
    Pendant qu'elle se dispose à gagner les salons, admirons l'élégante toilette à paniers relevée sur une jupe de brocart bleu pâle portée par cette grande dame ; admirons les perles de son cou, les fleurs de sa coiffure poudrée.
    Donnons aussi un compliment à son compagnon qui ne lui cède en rien pour la splendeur de son costume brodé d'argent et disons nous que l'époque Louis XV est une des premières dans les fastes de la mode.


Seigneur et jeune dame sous Louis XV


    C'est l'été et sous la brise matinale, la promenade a des charmes exquis. Aussi, cette jeune dame et son compagnon vont-ils faire une délicieuse excursion sur le lac d'un des plus aimables châteaux de l'époque, Louveciennes, par exemple, célèbre par ses chasses, ses réceptions et les plaisirs de toutes sortes que l'on y goûtait chaque fois que le roi Louis XV l'honorait de sa présence.
    La barque est bien aménagée et la toilette des promeneurs n'a rien à redouter ; le soleil ne ternira ni les tendres couleurs de la jolie robe à paniers que la coquette dame a fait orner de volants, ni l'élégant pourpoint du jeune homme. La pluie ne troublera pas davantage l'harmonie de leurs coiffures poudrées.
    Ils pourront donc se livrer au plaisir d'une promenade pendant laquelle la nature leur réserve les plus agréables surprises.


Une servante et un courrier sous Louis XV 


    La correcte livrée dont ce garçon est revêtu annonce qu'il appartient à quelque maison d'importance, et sa monture à belle encolure indique suffisamment qu'il doit fournir souvent e d'une traite de longues distances. En effet, le métier de courrier était dur à cette époque, et les missions dont ils étaient chargés ne souffraient jamais de retard : ils devaient marcher par le bon comme par le mauvais temps ; le soleil ou la neige. Aussi ces braves gens étaient-ils heureux quand, passant comme celui-ci, devant quelque rustique auberge, ils trouvaient une accorde fille leur servant un bon cordial qui les réchauffait et leur donnait des forces.




    Tous les costumes du règne de Louis XV sont vraiment gracieux et même cette servante d'auberge, dont les vêtements sont pourtant faits de tissus grossiers, a une allure charmante et coquette. 


Un hussard et une dame de la Cour sous le Premier Empire


    Ce beau soldat à l'éclatant uniforme est un hussard au service de l'Empereur et sa compagne, mise selon la mode d'alors, avec une robe à taille courte, une écharpe, de petits souliers et de longs gants, sont de la suite de Joséphine de Beauharnais, et attendent dans ce beau parc de la Malmaison, les ordres de leur maîtresse, en admirant les beautés de la nature.
Qu'il fut en effet ravissant, le séjour de la Malmaison dont Joséphine fut la reine ; demeure enchantée dont le parc et les grottes, les temples, les pavillons, la capricieuse rivière courant en méandres le long des pentes rapides, égayaient l'impériale solitude de la douce compagne que l'Empereur répudia en un jour d'ambition.
    Elle dut bien souvent, en ce calme domaine, revoir en son souvenir sa jeunesse passée à la Martinique, aux prédictions d'une vieille femme, ses triomphes à la Cour, sa gloire, et ramenant sa pensée sur le présent, préférant son tranquille repos aux agitations disparues.


La Maréchale Lefebvre


     C'est l'époque des conquêtes du Premier Empire : Fontainebleau, Versailles, tous les palais résonnent du bruit des victoires remportées. C'est l'époque où de simples soldats élevés par leur courage aux grades les plus hauts ont entraîné avec eux leurs modestes compagnons dans leur nouvelle carrière.
    Cette dame que voici est richement vêtue, une sorte de diadème dans les cheveux, un éventail à la main, et que ce jeune homme semble écouter avec tant d'intérêt, n'est autre que la Maréchale Lefebvre, Duchesse de Dantzig, plus célèbre encore par son manque d'étiquette et d'éducation, que par les victoires de son époux. Mariée à François-Joseph Lefebvre en 1783, Catherine Hübscher, blanchisseuse de son état, est passée à la postérité sous le nom de Madame Sans-Gêne.
    Napoléon se plaisait à tirer de l'obscurité les humbles soldats dont la vaillance l'avait si souvent secondé. Peu lui importait leur ignorance mondaine et leurs fautes de tact dont lui-même ne s'embarrassait guère.


Un tambour et un grenadier de la Grande Armée


    Brave tambour, intrépide grenadier, obscurs et dévoués auxiliaires d'un chef invisible ; ils furent les fidèles témoins d'un des plus grands règnes de notre histoire, et mêlés aux héroïques exploits de Napoléon 1er. Les couleurs éclatantes de leurs uniformes furent plus d'une fois souillées par la poudre des combats, et plus d'une fois, le vaillant tambour battit la charge aux oreilles des soldats entraînés.
    1806 ! 1807 ! dates victorieuses qui rappellent les célèbres victoires d'Austerlitz, d'Iéna, d'Eylau et de Friedland, autant de stations brillantes dans la carrière éphémère du 1er Empire. Qui aurait pu penser, en voyant ces heures de gloire, qu'elles devaient aboutir à la folle et malheureuse campagne de Russie d'abord, puis au calvaire qui s'appelle Sainte-Hélène ?

Une promenade sous le 1er Empire

 

    Quelle différences entre ces costumes et les précédents ! Plus de velours ou de satin, plus de poudre et de talons rouges ; de longs habits aux sombres couleurs, à la coupe peu gracieuse, des culottes enfermées dans des bottes à glands ayant une certaine tournure militaire, une coiffure sans grâce, telle est la mode de cette époque, mode qui n'ira d'ailleurs qu'en s'accentuant. 
    Nous sommes vers la  fin de l'empire, les événements politiques se précipitent et les deux hommes que voici, absorbés par les tristes nouvelles qui leur disent les défaites de l'Empereur, son abdication, entrevoyant les sombres destinées de la France, ne  pensent guère à admirer la belle promenade qu'ils parcourent. Ils ne voient ni les jeunes mères présidant aux ébats de leurs enfants, ni les cavaliers retenant hardiment leur fringante monture.