jeudi 24 juillet 2014

Lord Alfred Tennyson (1809-1892)

J'ai cru, comme celui dont la harpe sonore `
Accompagne des chants aux modes variés,
Que les deuils de nos cœurs sont les mortels degrés
Par lesquels nous montons plus haut, plus haut encore.
Mais quel œil assez sûr pour scruter l'avenir,
Et voir sous chaque perte un gain qui la répare ?
Quel bras saura saisir, où le Temps le prépare,
Le lointain intérêt des pleurs du souvenir ?


In Memoriam, 1850



Lord Alfred Tennyson, 1er Baron Tennyson, est un poète britannique de l'ère victorienne qui s'illustra dans de nombreux styles poétiques et fut notamment l'auteur de beaux poèmes consacrés aux légendes arthuriennes. Son œuvre la plus marquante est In Memoriam, un de ses chefs-d'œuvre, publié en 1850. Il s'agit d'un long poème écrit à la suite de la perte subite de son ami Arthur Henry Hallam. La nouvelle dévasta Alfred mais lui inspira une myriade de poèmes, comptant les vers les plus purs du monde. In Memoriam est ainsi devenu, après la Bible et après Shakespeare, l’œuvre la plus généralement lue ou consultée, et la plus souvent citée dans tous les pays de langue anglaise.

Que, pour ne point périr, l'Amour et la Douleur `.
S'unissent; que la nuit garde sa beauté sombre.
Mieux vaut avec la Mort danser, étreignant l'ombre
Follement, et mieux vaut s'enivrer de malheur,
Que de subir du Temps vainqueur la pitié `

Pour un fragile amour digne de moquerie
Cet homme un jour perdit ce qui faisait sa; vie,
Et voilà son long deuil à jamais oublié.
In Memoriam, 1850

Léon Morel, le traducteur de l'édition en français de In Memoriam, écrit : " La valeur poétique de l'oeuvre, d'abord contestée par quelques critiques, est depuis longtemps hors de discussion. Sous une forme qui semble volontairement braver le reproche de monotonie, l'auteur a su introduire une extraordmaire diversité devons et d'effets'. La langue, le. rythme, l'harmonie et la résonnance de ces strophes, en apparence uniformes, varient à l'infini, selon que le poète exprime ses plaintes douloureuses» ou qu'il rappelle les souvenirs de, l'ami perdu qu'il expose et discute les problèmes philosophiques de notre destinée, ou qu'il associe la nature à son deuil, à ses accès passagers de doute et de désespérance, à son hymne final de confiance et de foi. Il y a dans ces trois mille vers consacrés à la mémoire d'un ami, l'union d'une émotion à la fois intense et contenue, d'une pensée grave et hardie d'une poésie tout ensemble puissante et sobre, dont nous serions heureux que notre traduction laissât entrevoir l'austère splendeur."


L'ensemble de l'œuvre nous présente l'histoire des sentiments et des pensées provoquées chez le poète par la mort d'Arthur Hallam, pendant une période de deux ans et demi. Ce tableau de l'évolution d'une âme commence avec le mois de septembre 1833, lorsque parvient la tragique, nouvelle. Cette période de deux années et demie est celle d'un douloureux pèlerinage pendant lequel le cœur et la raison de Tennyson subissent une profonde métamorphose. Les premières pièces sont surtout des cris de souffrance, l'évocation de souvenirs poignants, les balbutiements d'une âme ; qui chancelle sous un coup brutal, et pour qui toute lumière et toute vérité se sont voilées. Un deuxième groupe de pièces nous montre la raison du, poète aux prises avec les problèmes que soulève pour chacun de nous la mort des êtres chers. Toutes les phases par lesquelles peut passer une intelligence, qui demande à la mort son secret, se déroulent successivement devant nous. Ce sont d'abord l'incertitude et la révolte d'une négation désespérée,- puis l'acceptation d'un calme encore précaire puis le retour à un espoir souvent combattu parle doute; jusqu'à ce que, dans le groupe des pièces finales, nous voyons le poète revenir à la santé morale, et donner enfin une adhésion chaleureuse au dogme chrétien qui promet à son affection l'éternelle durée d'une autre vie. (Léon More, introduction à l'édition de 1898 parue chez Hachette)

Le texte bilingue en ligne sur la Bibliothèque Gallica de la B.N.F. - In Memoriam

Statues de Tennyson, à gauche à Lincoln et à droite, dans la chapelle du Trinity College de Cambridge (Photograph : Patrick Comerford)

1 commentaire:

  1. Voir aussi

    http://lutecium.org/stp/cochonfucius/lady-of-shalott.html

    A Rosetta stone in Cochonfucius' garden.

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