mercredi 13 août 2014

Cléo de Mérode (1875-1966) : l'icône de la Belle Époque


Non, il ne s'agit pas, comme on pourrait le penser, d'une hippie des sixties mais d'une des figures les plus emblématiques de la Belle Époque : Cléo de Mérode, une danseuse de l'Opéra, sans doute la femme la plus photographiée de son temps, l'icône d'une époque mythique qui incarna l'idéal de la beauté féminine. 


Cléopâtre Diane de Mérode, dite Cléo, naît le 27septembre 1875 à Paris, de Vincentia de Mérode, issue d'une branche autrichienne de la Maison des Mérode qui fait partie de la haute aristocratie de Belgique. Ayant été séduite par un homme de la haute société viennoise, Vincentia s'exile en France où elle réussit à s'intégrer à la bonne société parisienne, grâce surtout à la beauté virginale de sa fille qui charme et séduit tout le monde. À l'âge de sept ans, Cléo entre à l'école de danse de l'Opéra où son nom la distingue de la masse des petits rats et lui permet de danser dans les salons mondains.
À partir de 1898, la jeune noble entreprend une carrière indépendante et internationale, jusqu'à la première guerre mondiale. Elle se distinguera notamment dans les « danses cambodgiennes » durant l'exposition universelle de Paris, en 1900. Sa beauté frappe et devient vite légendaire, d'autant plus qu'elle se démarque nettement des canons de l'époque. Ses soupirants se bousculent, dont le roi Léopold II de Belgique en personne. Nous sommes en en 1896. Le roi, alors âgé de 61 ans, assiste à un ballet où se produit Cléo. Quand il découvre la jeune étoile à la beauté irrésistible, il est emporté et en tombe amoureux. La chose alimente bien évidemment la rumeurs et les potins, faisant de Cléo la dernière maîtresse de Léopold. La réputation de la danseuse en souffre durablement, d'autant plus que le roi Léopold avait lui-même une réputation sulfureuse pour avoir, auparavant, eu deux enfants avec une prostituée.

Par ailleurs, la beauté et la pudeur de Cléo, ajoutées à son double statut d’aristocrate et d’artiste, ne sont pas sans attiser la curiosité et la médisance des contemporains. La jalousie des femmes fait le reste. On soupçonne la danseuse d’hypocrisie. Et le Salon des artistes français de 1896 n'arrange pas les choses : le sculpteur Falguières y produit une statue qui la représente nue. C'est le désarroi. Élevée par sa mère dans le respect des bonnes mœurs et de ses nobles origines, Cléo de Mérode n’a en effet jamais consenti à se faire représenter nue. Elle accuse Falguière d’avoir fabriqué une œuvre à scandale en moulant le corps de la statue sur un autre modèle féminin, alors qu’elle n’aurait posé que pour la tête. Mais le mal est fait et la presse satyrique en fait ses choux gras.


Néanmoins, Cléo de Mérode accède à une carrière internationale et se produit dans les grandes villes d'Europe et aux États-Unis. Au sommet de sa popularité, elle choisit curieusement de danser aux Folies Bergère, prenant ainsi le risque de faire quelque chose qu'aucune autre élite du ballet n'avait jamais osé ou daigné faire auparavant.


Très populaire en Autriche, son pays d'origine, ainsi qu'en Allemagne, son personnage est incarné dans le film allemand Frauen der Leidenschaft (1926) par l'actrice Fern Andra. A Vienne, sa beauté attire l'attention du peintre Gustav Klimt, dont le travail porte essentiellement sur ​​la sexualité féminine. Leur histoire est d'aillleurs à la base du film Klimt (2006), dans lequel le personnage "Lea de Castro" s'inspire de Cléo de Mérode.

Cléo de Mérode continuera la danse et son enseignement jusqu'à la cinquantaine. Elle se retire alors à Biarritz, dans le département des Pyrénées-Atlantiques et publie, en 1955, Le Ballet de ma vie, son autobiographie (rééditée en 1992). Elle meurt le 17 octobre 1966 à son domicile parisien, âgée de 91 ans. Elle est enterrée dans le cimetière du Père Lachaise, à Paris, dans la division 90. Une statue d'elle la figurant dans le deuil de sa mère, enterrée dans la même parcelle, décore la pierre tombale.
Le développement de la technique photographique contribue à faire de Cléo de Mérode une célébrité internationale : son portrait est reproduit sous forme de cartes postales, tirées et diffusées à des milliers d’exemplaires. Les poses sont souvent inspirées des images pieuses, renforçant ainsi la réputation vertueuse de Cléo, dont la beauté et la fraîcheur évoquent une sorte d’Ève d’avant le péché originel. Naturellement belle et très photogénique, Cléo a des taches de rousseur qui sont systématiquement éliminées dans les clichés destinés à la reproduction, afin de garder une image la moins terrienne possible. Gabriella ASARO 


Élue, parmi 131 célébrités, reine de beauté sur photographies par les lecteurs de L’Illustration en 1896, Cléo de Mérode devient vite une icône des symbolistes, tout en gardant une aura romantique, surtout dès les années 1900, lorsque Cléo opte définitivement pour la coiffure à bandeaux.

 
Dans L'Illustration de 1897, le naturaliste Henri Coupin écrit : "Mais tout cela n'est que de la "gnognotte" à côté des actrices qui s'enlèvent (à tous les points de vue) avec une facilité étonnante. On ne vend pas moins de 10000 photographies de Mlle Cléo de Mérode par an. Ce que c'est que de mettre des bandeaux plats ! Après elle, viennent Mme Sarah Bernhardt, Otero, Duvernoy, Réjane et Mme Rigo, dont les poses plastiques et suggestives ont fait pousser des cris à la pudique Albion. Les Allemands, et après eux les Russes et les Américains, en achètent beaucoup. Parmi les actrices, c'est presque le comble de la gloire que d'avoir son portrait en vente. Aussi ne reculent-elles devant aucune compromission pour y arriver. Heureux photographes ! En général, c'est l'actrice qui paye pour poser et, d'un air détaché, elle permet au photographe de mettre les épreuves dans le commerce. Plus tard, quand l'artiste devient célèbre, le photographe réalise avec celles-ci un petit pécule. Quant aux artistes "arrivées", elles se laissent photographier difficilement, et parfois exigent une participation dans le produit des bénéfices. Mais, bien que légitime, c'est là un cas rare."


Cléo de Mérode vers la fin de sa vie (à droite)

La tombe de Cléo de Mérode (Père Lachaise, Paris)


Bibliographie

Christian Corvisier - Cléo de Mérode et la photographie


Cléo de Mérode (1875-1966) fut la première danseuse célèbre à orchestrer la mise en scène de sa propre image à travers la photographie. Démontre comment et pourquoi cette construction s'est élaborée à travers le support moderne de la photographie et surtout celui de la carte postale illustrée (à travers des portraits de P. Nadar, C. Ogereau, L. Reutlinger, A. Dupont, etc.)

Christian Corvisier
Éditions du Patrimoine, Paris
Collection Photographie (octobre 2007)


Cléo de Mérode - Le Ballet de ma vie

Pas d'amants, ou presque, et moins que lui en donne la rumeur publique, parce qu'on a tendance à la confondre avec les cocottes : Cléo de Mérode serait-elle la plus sage de ces femmes qui ont marqué la Belle Epoque de leurs fracas, de leurs bijoux, de leurs alcôves ? Il ne faudrait pas la confondre avec Liane de Pougy, la Belle Otéro et autres hétaïres qui ruinaient les princes, affolaient les jeunes bourgeois que l'on poussait vers le pouvoir : ils y perdaient leur réputation et leur patrimoine. Cléo de Mérode fut surtout connue pour sa beauté. Une race, un charme, une élégance que même le suffrage public éleva au premier rang. Elle traînait les coeurs, mais sans jamais choir dans les moeurs faciles qu'on attribuait à toutes femmes qui sortaient des fonctions domestiques auxquelles elles étaient condamnées à l'époque, et aux mondanités, quand elles étaient bien nées. Cléo de Mérode s'imposa par son talent. On le disait grand, il lui valut succès, prestige et une vie de tournées, de galas, de brillantes représentations devant les puissants de ce monde. Une vie dévouée à la danse. Et dont elle nous parle, dans ses mémoires, avec une passion convaincante. Cléo de Mérode s'est affirmée par sa seule énergie. Dans les ambiguïtés de son temps, de sa classe, de son milieu, moderne par sa volonté. Françoise Ducout s'est attachée à une relecture de ce texte qui est une véritable radioscopie de son temps. On y croise tous ceux qui, depuis, sont entrés dans l'histoire : de Gounod à Proust, Léopold II, Sarah Bernhardt, Gustave Charpentier, ou Yvette Guilbert. Ce ne sont pas que les mémoires d'une carrière, mais celles d'une époque.
 
Broché: 354 pages
Éditeur : Pierre Horay (8 janvier 1992)
Collection : Les Singuliers
ISBN-10: 2705801626 


Cerise sur le gâteau, vu que nous sommes tout de même sur un blog d'héraldique,
le blason de la Maison des Mérode...


D'or à quatre pals de gueule, à la bordure engrelée d'azur.

Devise : Plus d'honneur que d'honneurs

1 commentaire:

  1. Un bien bel hommage...
    Les deux livres que vous citez furent parmi mes lectures préférées sur cette époque.
    PS : mais que fait la chanteuse Lola Artot de Padilla au milieu des photos de Cléo ?

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