vendredi 1 août 2014

Dis moi de quoi tu rêves...

... et je te dirai qui tu es. On rêve toujours de ce qu'on n'a pas. Et puis, a-t-on jamais ce qu'on veut ? Et veut-on encore ce qu'on a. Il manque toujours quelque chose pour faire notre bonheur. Et quand nous pensons le tenir enfin, il nous file entre les doigts. C'est un peu comme les stars : elles font d'abord tout pour être connues et ensuite pour ne pas être reconnues. Toute chose comporte sa rançon. Et son poids est toujours équivalent.

Le bébé -qui est déjà grand- rêve de jouets et de friandises. C'est Noël et l'anniversaire tous les jours ! Deux angelots volettent et s'affairent autour de lui tels de bons génies, lui présentant les gâteaux les plus succulents qui se puissent imaginer.

Qu'un écolier rêve de vacances et de joyeuses gambades n'étonne personne. Encore que celui d'aujourd'hui songerait plutôt à sa console, vautré dans le canapé qui, comme on sait, est toujours entre la télé et le frigo (ou le placard).

Cette jeune fille rêve de ce à quoi rêvent la plupart des jeunes filles. En 1900, c'était la seule perspective possible pour la plupart des femmes. Mais cela a-t-il si changé que cela ? Je ne le crois pas. Même si les jeunes femmes ne sont pas nécessairement ou exclusivement portées sur le mariage et la maternité, la plupart d'entre elles ne s'imaginent pas vivre sans compagnon. C'est dans l'ordre des choses. Se mettre en ménage demeure la ligne la plus courante.

On s'imaginerait plutôt ce matelot rêver d'une fille restée au pays ou de celle qu'il a rencontrée lors d'une escale et qu'il n'est pas certain de retrouver. Non, non, il pense à sa maman dont il vient de lire la lettre et ne rêve plus que de la retrouver. Elle l'accueillera à bras ouverts et lui fera manger ses bonnes crêpes. Car c'est maman qui fait la meilleure cuisine, c'est bien connu. Meilleure, en tous les cas, que la tambouille servie quotidiennement sur le navire.

Et puisque nous parlions de tambouille, ce tambouilleur-là rêve d'une nichée de petits marmitons qui le seconderaient si bien qu'il pourrait passer son temps à se reposer. La cuisine se ferait toute seule. Qui n'a pas déjà rêvé de lutins qui feraient le ménage de la maison pendant le sommeil ? Au matin, on retrouve un intérieur d'une propreté absolue. Finalement, l'homme n'a-t-il pas inventé la machine pour, idéalement, ne plus rien faire ou le moins possible ? Les lutins besogneux, le génie de la lampe... La machine a effectivement permis à beaucoup de gens de ne plus rien faire. Et c'est là le problème.

Quant à l'artiste, il rêve du contrat qui le mettra définitivement à l'abri du besoin et, surtout, de l'intermittence et des chambres miteuses. Un jour, c'est sûr, quelqu'un flashera sur une de ses toiles. Pour l'heure, on les tient encore pour des croûtes. Mais n'est-ce pas le lot des artistes véritables que d'être incompris ?

Et vous, de quoi rêvez-vous ?