jeudi 28 août 2014

La fête des fleurs - Floralia, Rosalias et Veneralia

Dans toutes les cultures et à toutes les époques, les fleurs ont toujours fait l'objet de célébrations particulières. Ces manifestations publiques perdurent un peu partout et nombreuses sont les villes qui honorent la déesse Flora.

La venue de printemps était, chez les Germains, l'occasion de manifester leur amour inné des fleurs, amour qui se retrouve chez la plupart des peuples primitifs. A ce point de vue, les germains faisaient preuve de moins de barbare que Tacite veut bien leur attribuer. Les vaillants guerriers, en compagnie de gracieuses Germaines, célébraient la fête du printemps sur de grandes pelouses entourées de buissons d'églantiers.

La déesse Flora

Flore en français ou Flora en latin est une divinité agraire italique parmi les plus antiques et les plus puissantes. Déesse des fleurs, adorée en Grèce sous le nom de Chloris, Flore avait, dans la Rome naissante, des autels élevés dès l'époque de Romulus. Elle était l'épouse de Zéphyr (le vent) qui l'aima et la fit jouir d'un printemps éternel. Elle était toujours représentée la tête et les mains chargées de fleurs. Les Phocéens lui consacrèrent un temple à Massilia (Marseille). Son culte, établi chez les Sabins, fut introduit à Rome par le roi sabin Titus Tatius. Elle avait déjà du temps de Numa Pompilius ses prêtres et ses sacrifices, mais les Romains ne commencèrent à célébrer les Jeux floraux (floralia) en son honneur, qu'en l'an de Rome 513, sous deux édiles de la famille des Publiciens. Son importance est telle qu'à Rome, un flamine particulier (Flamen Floralis) lui était consacré et son temple se dressait sur le vieux Quirinal, près du temple de Quirinus. 

Chaque année en avril, elle était célébrée dans les fêtes agraires destinées à favoriser les récoltes. Sans sa faveur en effet, ni croissance des céréales, ni des arbres fruitiers. Par la suite, elle fut dédiée aux fleurs auxquelles elle donna son vieux nom sabin.

La déesse Flore joue ainsi dans le monde végétal le même rôle essentiel que Vénus dans le monde des êtres animés, hommes et animaux. Elle était souvent associée à Pomone.

Selon Lactance, le culte de la déesse Flore aurait pour origine un legs qu'une courtisane, nommée Flora, aurait fait au peuple romain, à la condition qu'on célébrerait tous les ans une fête en son honneur. Ovide, dans ses Fastes (l. V. v. 326 et suiv.) a assimilé Flora à la nymphe grecque Chloris. Il explique également que la nymphe aurait donné une fleur à Junon, dont le simple contact l’aurait mise enceinte de Mars, d’où le fait, selon le poète, que les Romains aient choisi de donner ce nom à un mois du printemps. Cicéron met Flore au nombre des mères déesses.



Selon Jean le Lydien (IV, 50-51), Flora était un nosacré de Rome. Constantin donna d'ailleurs à la Nouvelle Rome, Constantinople, le nom d'Ἄνθουσα, transposition grecque de Flora.

Les Jeux floraux (en latin ludi florales), également appelés Floralies ou Floralia, étaient des fêtes célébrées dans la Rome antique en l'honneur de la déesse Flore, déesse, d’origine sabine, des fleurs, des jardins et du printemps, dont le culte fut établi à Rome par Titus Tatius, roi légendaire de Cures (ou Quirium), chez les Sabins, roi de Rome, dont il partagea le trône avec Romulus. 

Lawrence Alma-Tadema, Spring, 1894

Les Jeux floraux étaient parmi les plus anciens célébrés à Rome même du 27 avril au 2 mai, instituées en 173, par les édiles curules en l'honneur de la déesse Flore. Ils furent ensuite introduits dans tout l'Empire, au fur et à mesure des conquêtes, et fort appréciés des peuples conquis en raison de leur caractère licencieux.

 

Les Jeux floraux étaient célébrés à l'époque de la floraison, c'est-à-dire à la fin du mois d'avril et au début de celui de mai. Ces fêtes, qui se déroulaient sur cinq nuits consécutives, consistaient en chasses, danses et en représentations mimiques et dramatiques. Les chasses avaient lieu dans un cirque spécial, appelé cirque de Flore, situé hors de la ville, dans une petite vallée formée par le mont Viminal et la colline des jardins. 

Lawrence Alma-Tadema, Spring, 1894 (détail)

La danse romaine la plus remarquable fut peut-être celle que l'on institua en l'honneur de Flore. C'était à l'origine une danse simple et naïve, exprimant la joie que causait à la jeunesse le retour du printemps. Mais, le peuple ne put conserver longtemps dans ses plaisirs la modération qui en marque la sagesse. Bientôt la fête de Flore dégénéra en une licence effrénée ; des femmes parurent nues sur la scène du théâtre, et l'obscénité de leurs danses rendit ce spectacle révoltant. L'austère Caton, qui assista une fois aux jeux floraux que l'édile Metius faisait célébrer, ne crut pas qu'il convînt à la dignité de son caractère, et à la sévérité de ses mœurs, d'en soutenir le spectacle jusqu'à la fin.


Les Rosalias
Ob Rosalias signorum supplicatio


Ob Rosalias signorum supplicatio est la fête des roses et des enseignes militaires, elle coïncidait probablement avec l’octroi du deuxième stipendium (la solde du soldat romain). Les légionnaires recevaient leur solde en trois versements :
- Le 7 janvier, une cérémonie marquait le versement du premier stipendium et la libération des soldats ayant terminé leur militia.
- Le 10 et le 31 mai, la fête des roses et des enseignes, Ob Rosalias signorum supplicatio, coïncidait probablement avec l’octroi du deuxième stipendium.
- Le 1 ou le 7 septembre, une dernière réjouissance marquait l’arrivée du troisième stipendium.


Veneralia 

Au temple de Venus Verticordia, les femmes dénouent les rubans attachés au cou de la statue, les lavent, les renouent séchés et lui offrent des roses. Le même jour, elles vont aux bains publics des hommes, s'y baignent nues, couronnées de myrte (sub myrto), offrent de l'encens à une déesse protectrice de la virilité, la Fortune Virile. Les romaines boivent une potion de lait, de mile et de graines de pavot. On imagine la suite...

Sir Lawrence Alma-Tadema (1836-1912), Le Tepidarium, 1881

Pline l'Ancien et les roses


Pline l'Ancien, écrit dans le livre XXI de son Histoire Naturelle, que les espèces les plus célèbres en son temps sont la rose de Préneste (Est de Rome), et la rose de Campanie (Paestum - Sud de l'Italie). Viennent ensuite les roses de Milet, de Trachine, et la rose du Mont-Pangée (Grèce), la rose d'Alabanda (Turquie). La rose de Cyrène (en actuelle Lybie) quant à elle est la plus odorante.


[1] Les Romains n'avaient dans leurs jardins qu'un très petit nombre d'espèces de fleurs à couronnes, et presque uniquement les violettes et les roses. Le végétal qui porte la rose est, à vrai dire, plutôt une épine qu'un arbuste; cette fleur vient aussi sur une espèce de ronce (rosa canina) (XVI, 71), et là même elle est d'une odeur agréable, quoique peu pénétrante. Toutes les roses sont d'abord enfermées dans un bouton dont l'enveloppe est grenue; ce bouton ne tarde pas à se gonfler, et à former une sorte de cône vert. Peu à peu la fleur prend une teinte rouge, s'entrouvre et s'épanouit, embrassant des filaments jaunes placés au centre. L'emploi qu'on en fait dans les couronnes est, pour ainsi dire, le moindre parti qu'on en tire : on la fait macérer dans l'huile, et cela dès la guerre de Troie, d'après le témoignage d'Homère (Il, XXIII, 186); de plus, on l'incorpore dans des parfums, comme nous l'avons dit (XIII, 2) ; on remploie aussi seule en médecine; on la fait entrer dans des emplâtres et des collyres, à cause de ses qualités pénétrantes ; on s'en sert encore à parfumer les tables dans les festins, et jamais elle ne cause de mal.

[2] Les espèces les plus célèbres parmi nous sont la rose de Préneste et celle de Campanie; d'autres ont ajouté celle de Milet, qui est d'un rouge très vif, et qui n'a pas plus de douze feuilles; vient ensuite celle de Trachinie (IV, 14), qui est moins rouge, puis celle d'Alabanda, dont les feuilles sont blanchâtres : la moins estimée est la rose épineuse, qui a beaucoup de feuilles, mais très petites. Les roses différent, en effet, par le nombre des feuilles, par la rudesse, le poli, la couleur, l'odeur.

[3] Le nombre des feuilles, qui n'est jamais de moins de cinq, va toujours croissant, au point qu'Il est une espèce à cent feuilles : elle vient en Italie, dans la Campanie, et en Grèce, dans les environs de Philippes; mais dans ce dernier lieu elle ne croît pu naturellement: elle vient du mont Pangée, qui est dans le voisinage, et qui produit des ruses à feuilles nombreuses et petites; les habitants les transplantent, et les améliorent par cela même. Cette espèce n'est pas très odorante, non plus que celle dont la feuille est très large et très grande. On peut dire, en peu de mots, que le parfum de la fleur est en rapport avec la rudesse du calice. Caepion, qui vivait sous le règne de l'empereur Tibère, a prétendu que la rose à cent feuilles ne s'employait pas dans les couronnes, ou bien qu'on la reléguait à la jonction des deux branches, n'étant remarquable ni par le parfum ni par la forme.

[4] Celle que les Latins nomment grecque, et les Grecs lychnis (agrostema coronaria, L.) ne vient que dans les lieux humides, n'a jamais plus de cinq feuilles, n'est pu plus grosse qu'au violette, et n'a aucune odeur. Une autre, nommée graecula, a les feuilles réunies en peloton; elle ne s'épanouit que lorsqu'on la presse avec la main, et semble toujours être en bouton; les feuilles en sont très larges. Une autre est portée sur une tige semblable à celle de la mauve, et dont les feuilles sont celles de l'olivier; on la nomme mosceuton. La rose d'automne, appelée coroecola, tient le milieu pour la grosseur entre les précédentes. Toutes ces roses sont sans odeur, excepté la coroneola et celle qui vient sur une ronce; tant il y a de fausses roses !

[5] Au reste, la vraie rose doit elle-même beaucoup au terroir : c'est à Cyrène qu'elle est le plus odorante; aussi le parfum qu'on y fait est-il excellait ; à Carthagène en Espagne [grâce au terroir], il y a des roses précoces pendant tout l'hiver. La température n'est pas non plus sans influence : en certaines années, les roses sont moins odorantes. En outre, elles sont toutes plus parfumées dans les lieux secs que dans les lieux humides. Le rosier ne veut être planté ni dans les terrains gras, ni dans les terrains argileux, ni dans les terrains arrosés; il se contente d'une terre légère, et aime particulièrement un sol couvert de gravois. La rose de Campanie est précoce, celle de Milet est tardive; cependant c'est celle de Préneste qui finit la dernière. Pour le rosier on travaille la terre plus profondément que pour le blé, plus superficiellement que pour la vigne.

[6] Il vient très lentement de graine (la graine est dans le calice, sous la fleur même, et recouverte d'un duvet) ; aussi préfère-t-on le planter de bouture. Une seule espèce se plante, comme le roseau (XVI, 67), par des yeux de racine: c'est le rosier à roses pâles, épineuses, à cinq pétales, à branches très longues; cette rose est la seconde des roses grecques. Tous les rosiers gagnent à être taillés et passés au feu. La transplantation les fait, comme la vigne, pousser très bien et très vite : on a des boutures de quatre doigts de long ou plus, on les plante après le coucher des Pléiades; puis, lorsque le Favonius [vent d'occident] souffle, on les replante à des intervalles d'un pied, et l'on remue fréquemment la terre alentour. Ceux qui veulent rendre les rosiers hâtifs font une fosse d'un pied autour de la racine, et y versent de l'eau chaude au moment ou les boutons commencent à pousser.

Pline l'Ancien, Histoire naturelle, livre XXI, X

Jean-François de Troy (1645-1730) - Zephyr et Flora 


Situé au carrefour de plusieurs bosquets, dont celui de la Reine, le bassin de Flore, déesse romaine des fleurs, des jardins et du printemps, symbolise la première saison de l’année. Elle est entourée de trois angelots et est allongée sur un tapis de fleurs.La statue de la déesse a été réalisée en plomb doré par Jean-Baptiste Tuby (1635-1700) entre 1672 et 1679, elle est représentée avec une couronne de fleurs, au centre du bassin.

Détail de la Fontaine de Flora à Bombay (Inde)
et statue ornementale de jardin datant du XIXe siècle.

Chromolithographies diverses
mettant en scène la fête des fleurs








Sources principales : Wikipédia et Encyclopédie Larousse 
Illustrations : (mis à part les chromolithographies et celles déjà référencées)
- Flora, (1894) par Evelyn De Morgan (1855-1919)
- Flora et Zéphir, par William Bouguereau (1825-1905) ;
- Flore, par Roslin Alexander (1718-1793)
- les autres sont de Sir Lawrence Alma-Tadema (1836-1912)

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