lundi 22 septembre 2014

15 leçons de morale ou presque

Jadis, les leçons de morale s'inscrivaient dans une pratique quasi quotidienne de la classe. On promouvait les devoirs comme aujourd'hui les droits. On célébrait les qualités et les vertus de l'urbanité dans le cadre d'une société aux valeurs partagées. Des gravures illustrées de scènes typiques servaient de supports.

La bonté
Le frère et la sœur prennent leur goûter, une tranche de pain tartinée de confiture ou parfois de saindoux. Arrive un chien par l'odeur alléché qui – ce n'est pas montré mais on le suppose – s'empare prestement du pain de la fillette, profitant d'un instant de distraction de sa part. La seconde image nous montre un chien qui se hâte d'engloutir son larcin tandis que le grand frère, levé, fait barrage et dissuade le chien de récidiver. Il lui parle durement et l'invite à décamper avec force gestes. Le chien ne demande pas son reste et s'éloigne. La fillette pleure d'être ainsi privée de son goûter. Mais son frère partage le sien et lui en donne la moitié.La scène est touchante et je suis certaine que de telles choses sont arrivées d'innombrables fois. Et arrivent encore.

La bonté est une qualité morale cousue d'attention, de compréhension, d'indulgence, de compassion et de partage. Enfin, elle contient beaucoup de choses. La femme de lettre Sophie Cottin (1770-1807) écrit qu'un simple mouvement de bonté l'emporte sur toutes les grâces de l'esprit (Claire d'Albe, 1798). C'est vrai, encore cela dépend-il dans quel domaine cette bonté se manifeste. Ainsi, la comédienne et romancière Marie-Jeanne Riccoboni (1713-1792) écrit : « En amour, la bonté fait des ingrats, la douceur des tyrans, et la bonne foi des perfides. » (Lettres d'Elizabeth–Sophie de Vallière, 1772) C'est étonnement et incompréhensiblement vrai aussi.

La camaraderie
La mère donne une pièce d'argent à son fils afin qu'il aille lui faire quelque commission chez l'épicier du village. En chemin, le garçon est pris d'une soudaine appréhension. Il vérifie si la pièce est toujours dans sa poche car il se souvient maintenant l'avoir mise dans celle qui est trouée. Il constate, paniqué, qu'elle n'y est plus. Il éclate aussitôt en sanglots. Que dira sa mère ? Ils ne sont déjà pas bien riches. Arrive un autre garçon qui s'inquiète de l'état de son camarade. Celui-ci lui fait alors part de son malheur. Le grand tente de le rassurer et lui propose de revenir en arrière afin d'y chercher la pièce qui doit forcément traîner quelque part sur le chemin. Ils finissent ainsi par la retrouver, au grand soulagement du petit.

La camaraderie : définition du Petit Larousse :
- Amitié : sentiment d'affection, de sympathie qu'une personne éprouve pour une autre ; relation qui en résulte.
- Camarade : Compagnon avec lequel on partage une activité commune - Camaraderie : Bonne entente, solidarité.

L'amitié est une forme d'égalité comparable à la justice : chacun rend à l'autre des bienfaits semblables à ceux qu'il a reçus. Les amis sont ceux qui sèchent vos larmes mais les vrais amis sont ceux qui les empêchent de couler.

Mais quand la camaraderie est instituée par une idéologie et un pouvoir oppressif, elle n'est plus qu'une farce tragique. Du temps de l'Union Soviétique, on plaisantait : L'homme est un camarade loup pour l'homme. Il n'est rien de pire. En amour aussi l'on se donne souvent du « chéri » institué...


Une dispute
Les deux garçons jouent aux billes. Une controverse sur le score éclate en dispute. Deux raisons s'affrontent. Les arguments usés, on en vient aux mains et on finit par se rouler par terre. Les torgnoles pleuvent sur le plus petit. Le plus grand sent qu'il y est allé un peu trop fort. Il le regrette aussitôt et aide son malheureux camarade à se relever. On se trouve bête de s'être ainsi oubliés. La camaraderie prend finalement le dessus. Ainsi en est-il de la plupart des disputes. On se chamaille puis on se réconcilie. Le manège se répète souvent quand les humeurs sont instables. Se réconcilier est une belle chose, à condition de n'être pas habituelle. Dans le couple notamment. Au-delà d'une certaine dose, la chose devient puérile et même vulgaire.

La grande sœur
Ah ! les grandes sœurs ! De vraies petites mamans ! Il n'est rien de plus émouvant au monde que cette tendresse-là. On parle souvent de fraternité, jamais de sororité. Si peu, en tous les cas, que le mot lui-même est inconnu de la plupart. Elles furent nombreuses à devoir seconder leur mère, voire à s'y substituer, à l'époque où, justement, les familles étaient couramment nombreuses, avec une palette des âges très large. La femme enfantait tant qu'elle était en mesure de le faire. Il a fallu de temps pour la sortir de cette déclinaison exclusive de sa fonction reproductrice. En Occident du moins.

La couvée
Des poussins, des canetons et des oisons... Ces petites boules de duvet sont si craquantes qu'on a envie de les toucher, de les caresser. C'est d'une telle envie irrépressible que le garçon de la ferme est pris en voyant les oisons. Mais c'est compter sans les adultes qui défendent farouchement leur progéniture. Les oies sont déjà redoutables en temps normal. Leur bec a la force d'une pince. Gare aux fesses du petit garçon qui décampe sagement !

Le grand frère
Après la grande sœur, voici le grand frère. Presque aussi fort que Papa. Rassurant donc. Celui-là s'occupe bien de sa petite sœur qu'il porte en passant le gué d'un ruisseau, pour éviter qu'elle trempe ses petits sabots et ses chaussettes. J'imagine les enfants d'aujourd'hui en sabots...Cela devait faire un de ces raffuts, autrefois, quand toute la marmaille du village cheminait ainsi chaussée vers l'école communale. Dans le monde rural, on ne portait ses premiers souliers qu'à la Communion. C'est aussi à partir de là que les garçons pouvaient quitter leurs culottes courtes et porter un pantalon. Jadis, l'adolescence n'avait pas l'importance qu'on lui donne aujourd'hui. On passait de l'enfance à l'âge adulte presque sans transition. Dès que les filles étaient nubiles, elles étaient proches du mariage. L'espérance de vie bien plus réduite qu'aujourd'hui hâtait les choses. Nécessité fait loi.

Un bon cœur
Ce vilain garnement est en train de maltraiter un pauvre chien errant. Il arrive parfois que les enfants, qui aiment tant les animaux, se montrent cruels à leur encontre. C'est heureusement rare. Le chien de l'illustration a beaucoup de chance. Il est secouru par un garçon qui le recueille et l'adopte. C'est un bon maître et le chien lui sera fidèle inconditionnellement. Combien de chiens ainsi abandonnés ? 100 000 chaque été ! C'est-à-dire 100 000 crétins irresponsables qui prennent les animaux pour des jouets... jetables.

La jalousie
La jalousie entre élèves est un grand classique. Il paraît que dans certains collèges, les bons éléments se font traiter de bouffons. On m'a aussi rapporté le cas d'élèves travaillant délibérément sous leur niveau pour n'être pas rejetés, voire insultés par leurs « camarades ». Cela se rencontre couramment dans le monde adulte. Si vous travaillez au milieu de tire au flanc ou de ronds de cuir et que vous y mettez trop d'entrain ou de conscience, vous faites de l'ombre aux autres et vous êtes mal vus. D'un autre côté, se dévouer est souvent mal ou non reconnu. L'ingratitude commence par le fait de prendre les bontés que l'on nous fait ou les services que l'on nous rend comme un dû.

Jeune ménagère
Nous retrouvons ici la grande sœur, le lieutenant attitré de la maîtresse de maison. Parfois aussi la Cendrillon du logis... Cela dépend. Celle de la gravure, en tous les cas, est commise à toutes les tâches régaliennes d'un intérieur : la vaisselle, le ménage, la lessive, le raccommodage... La mère doit sans doute travailler à l'extérieur. À moins d'être affalée quelque part, sous l'emprise de l'alcool... La chose n'était pas si rare que cela. N'était ? J'ai peut-être tort d'employer le passé...

La curiosité
Ce marmiton de quelque grand restaurant a été envoyé chez le poissonnier prendre livraison d'un panier de crustacés. En cours de chemin, il s'octroie une petite pause. Survient un garnement du quartier, genre 400 coups, dont l'oeil exercé vise immédiatement le panier posé à côté de l'apprenti cuisinier. D'une curiosité sans retenue doublée d'un culot éprouvé, il ouvre le panier dans l'idée d'y saisir quelque chose de son goût. Mal lui en a pris : il se retrouve les doigts pris entre les pinces d'un homard. La chose amuse le marmiton qui lance au garçon tout penaud : « La curiosité est un vilain défaut ! »

Certes, elle est un défaut quand elle se mêle des oignons d'autrui. Mais il est une saine curiosité, celle qui exprime le désir d'apprendre, de comprendre, de savoir. Il n'est rien de si mortellement ennuyant que la compagnie d'une personne curieuse de rien, ou plutôt de ce qui n'est pas en orbite autour de son petit moi. La vraie, la bonne, la saine curiosité est, ce me semble, celle qui dépasse l'égocentrisme.

Serviabilité
Cette pauvre veuve, d'âge avancé, vient de récolter les quelques pommes de terre de son petit champ et dont elle se nourrira chichement l'hiver prochain. Elle peine à tirer la charrette à bras si lourdement chargée pour son corps affaibli par le poids des ans. Un écolier sur le chemin de la maison la croise et lui propose spontanément son aide... qui n'est pas de refus, d'autant moins qu'il faut franchir une rude montée dont la vieille femme ne serait jamais venue à bout toute seule. Arrivés à la chaumière, il faut encore décharger les sacs et les descendre à la cave, à l'abri du gel. Pour sûr que la vieillarde récompensera le garçon avec un bon goûter et des paroles de louanges qui donnent du baume au cœur. Un service rendu n'est jamais perdu. Mais le mieux c'est de faire les choses sans calcul, sans autre récompense que le plaisir de les faire. Pour l'honneur. Là est la vraie grandeur et la vraie noblesse.

Un sauvetage
Devoir la vie à quelqu'un n'est pas banal. Mais la devoir à un animal est extraordinaire. Biens-sûr, les chiens sont des animaux qui ont des dispositions particulières pour ce genre d'intervention. L'histoire de cette gravure illustre fort bien la moralité d'une fable de La Fontaine : « On a souvent besoin d'un plus petit que soi. »

Les maraudeurs
Autrefois, il y avait un garde-champêtre dans chaque village. S'il lui arrivait de traquer le braconnier, il était particulièrement sur le qui-vive à l'époque où les fruits arrivent à mûrissement et des vendanges, dans les régions viticoles. Mais ce que les gamins des villages aimaient chaparder par-dessus tout, ce sont les cerises, dont la maturité coïncidait avec le début des grandes vacances. Le temps des maraudeurs est loin d'être dépasse. Bien des vergers sont encore délestés de leurs fruits et bien des potagers se découvrent dévastés, un beau matin. Tout à leur affaire, les deux petits maraudeurs de la gravure ne voient pas arriver le garde-champêtre, derrière le mur de clôture. L'un d'eux parvient pourtant à s'échapper, mais celui qui est dans l'arbre se fait cueillir à son tour comme un fruit mûr.

Une malice
Quelle mouche a donc piqué la fillette pour vouloir piquer à son tour, à l'aide d'une branchette arrachée du balai, le chat qui dort paisiblement sur un tabouret. Le sommeil d'un chat est sacré et l'en sortir brutalement peut s'avérer dangereux. Les chats ont la griffe aussi foudroyante qu'un coup d'épée donné par une fine lame. La fillette s'en souviendra. Nous ne savons pas toujours comment nos innocentes taquineries sont finalement perçues. Les animaux peuvent être joueurs mais ils n'ont pas le sens de l'humour. Certains humains non plus.

Fin de journée
Le papa rentre au logis après une rude journée de labeur. Il est joyeusement accueilli au seuil de la porte par ses deux enfants si contents de le retrouver. Ils sont à ses petits soins, l'aidant à se débarrasser de ses affaires, à changer de tenue, lui apportant même ses pantoufles. Et quand il est bien détendu, on lui montre les cahiers d'école et on lui récite les leçons apprises.

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