jeudi 11 septembre 2014

L'Union Jack en question

Le référendum sur l'indépendance de l’Écosse aura lieu le 18 septembre prochain, une date sous très haute tension. Le Royaume-Uni se trouve une fois encore à un tournant capital de son histoire, après plus de trois siècles d'existence. Le « Yes » écossais fait trembler Londres – on parle même de « vent de panique » - et les dirigeants britanniques tentent à tout prix de convaincre les Écossais de demeurer au sein du Royaume de sa très gracieuse Majesté qui, selon le Daily Mirror, aurait confié son inquiétude à David Cameron, lors d'une entrevue exceptionnelle avec le Premier ministre. Le quotidien titrait : « Ne me laissez pas être la dernière reine d’Écosse » avec une photo de la monarque. Rien n'est encore joué, mais les sondages placent le « oui » en tête des intentions de vote. Un électrochoc en perspective... Qu'arriverait-il à l'Union Jack si la vague indépendantiste devait l'emporter ? La question est sérieusement débattue par une association de vexillologues...

Repères historiques
 
Le 24 juin 1314, l’Écosse obtient son indépendance grâce à la victoire du roi Bruce lors de la bataille de Bannockburn. Le premier Parlement écossais se réunit en 1326. 


Drapeau du Royaume de Grand-Bretagne de 1606


En protestation au dessin de l'Union Flag en 1606, dans lequel la croix de saint Georges passe devant celle de saint André, certains Écossais s'adressent à John Erskine, qui les encourage à se plaindre auprès de Jacques V.


Le 1er mai 1707, l'Acte d'Union réunit l'Angleterre et l’Écosse au sein d'un Royaume-Uni de Grande-Bretagne. 

L'Union Flag de 1801
(On notera l'asymétrie des bras de la croix de St Patrick.)

L'Union Jack est composé des drapeaux d'Angleterre (croix de St Georges), d’Écosse (croix de St André) et d'Irlande (croix de St Patrick).

Le 20 avril 1934, fondation du Scottish National Party qui milite pour l'indépendance de l’Écosse. C'est ce parti qui dirige l'actuel gouvernement local écossais. 


Le 11 septembre 1998, les Écossais approuvent la création d'un Parlement régional semi-autonome.
 
Le 18 septembre 2014, les Écossais sont appelés à se prononcer sur l'indépendance de leur pays dans le cadre d'un referendum.


Déjà à l'époque de la première union, quand il s'était agi de créer le nouveau drapeau, le débat avait fait rage sur la façon dont le champ bleu et le sautoir blanc de Saint-André pouvaient être combinés avec la croix rouge de Saint-Georges. Les Écossais exigeaient que leur drapeau fût placé au-dessus du drapeau anglais ; de leur côté, les Anglais pensaient que ça devait être l'inverse. Il a fallu une proclamation royale pour établir la préséance du drapeau anglais.

Aujourd'hui, la perspective d'une Écosse quittant le Royaume-Uni ouvre grand la question. Charles Ashburner, directeur général de l'Institut Flag - un organisme qui a pour vocation d'apporter des conseils sur les emblèmes et leur utilisation – appellent les membres à réfléchir sérieusement à la question et à soumettre leurs idées, même si la plupart d'entre-eux s'opposeraient à un changement de l'Union Jack.

Le Pays de Galles n'est pas représenté actuellement sur l'Union Jack car il faisait partie du royaume anglais lorsque le drapeau fut conçu. Ashburner y voit un argument à la nécessité de repenser le drapeau : « Si l’Écosse quitte le Royaume-Uni, alors il devient évident de représenter le Pays de Galles sur le drapeau. »

Le premier projet (ci-dessous) supprime le champ bleu du drapeau écossais, le remplaçant par du noir ; les bandes blanches deviennent jaunes, pour honorer le drapeau du saint patron du Pays de Galles : St David (une croix jaune sur un fond noir). 


Le second projet vise à répondre à la même question, mais avec des éléments figurant sur le drapeau du Pays de Galles : le champ coupé de vert et de blanc sur lequel broche le dragon rouge.


Sur le même principe, le quatrième projet est d'inspiration proprement héraldique. Un écartelé aux armes d'Angleterre (au 1 et au 4), d’Écosse (au 2) et d'Irlande (au 3) avec une couronne royale brochante, le tout sur un champ bleu comportant la croix de St Georges et le sautoir de St Patrick. Précisons que la harpe symbolise autant l'Irlande que le Pays de Galles.


La cinquième conception supprime les éléments écossais du drapeau et ajoute les armes royales, entourées d'une guirlande d'éléments symboliques des nations du Commonwealth. 


Toutes les suggestions de modification du drapeau se heurtent à la difficile question de la légalité car, explique Malcolm Farrow, le président du Flag Institut, il existe, au Royaume-Uni, une zone grise entre la loi et la prérogative royale.

Buckingham Palace affirme que la compétence échoit au ministère de la Culture, des Médias et du Sport, qui à son tour dit que c'est en fait le Bureau du Cabinet qui est chargé de toutes les questions constitutionnelles concernant le drapeau. Le Cabinet Office explique que, la question n'ayant pas été soulevée depuis des centaines d'années, aucune orientation n'est réellement prévue. En quelque sorte, tout le monde se renvoie le « bébé »...


Mais le College of Arms tranche : le drapeau est déterminée par la couronne, prérogative qui fut confirmée par une ordonnance du Privy Council en 1800.

Andrew Rosindell, qui préside le All Party Parliamentary Group on Flags and Heraldry, reconnaît que la question n'est pas claire. "Il n'existe aucun protocole juridique officielle sur les drapeaux, dans la mesure où vous ne pouvez même pas dire que l'Union Jack est le drapeau du Royaume-Uni." 

Idées et projets divers



Ashburner pense que l'establishment sera susceptible de s'opposer à tout changement, mais l'opinion publique demandera au moins un débat sérieux sur la question.

Chromo du XIXe siècle