vendredi 19 septembre 2014

Retour à André Citroën (le parc) : épisode 1

L'atmosphère était particulièrement lourde et moite. Les élèves ont macéré toute la journée dans une étuve de quatre murs. Des envies de tartampionner mais un programme implacable qui accable finalement tout le monde. J'aurais pu leur lancer : « Laissons là nos cahiers et nos fiches et courons au parc. Roulons-nous dans l'herbe et chamaillons-nous pour des riens à n'en plus finir. Respirons la vie et humons l'instant. Soyons fous, il y aura toujours assez de temps - trop même - pour être raisonnables. » Mais c'eût été suicidaire. Autant donner de l'alcool à un alcoolique ! Les enfants sont naturellement joyeux, sans autre restriction que la fatigue. Ils ne jouent pas à se détendre, comme le font les adultes. Ce serait plutôt l'inverse : ils jouent à être sérieux. Par obligation. Comme les adultes d'ailleurs, mais sans s'encombrer de principes. Sans affectation donc. L'enfant est toujours vrai. L'adulte rarement. L'enfant, c'est du pur jus d'humanité. Une aube. Du meilleur comme du pire. Mais c'est une aube quand même et c'est cela seul qui compte. Le prendre tel qu'il est et non pas tel que l'on voudrait qu'il fût. C'est la base. Et cette base peut devenir un terrain d'envol. Rien n'est encore joué de manière irréversible. Tout demeure possible. C'est la clef. Quand, par instinct, les enfants sentent cet esprit-là, ils vous suivent. Avec toutes les casseroles de leurs imperfections mais de tout leur être. Les enfants sont toujours entiers. Leur côté partagé leur vient des adultes dont ils sont le reflet. Personne n'est terminé. Nous sommes tous à recommencer. Les enfants nous en apprennent beaucoup là-dessus. Mais il faut savoir appuyer sur le bon bouton. Et quand, enfin, on sait le faire, il est temps de quitter le navire. C'est normal. On risque, sinon, de leur faire brûler des étapes. Le contraste générationnel peut être explosif. Non pas d'un point de vue conflictuel – ce qu'il est de toute façon – mais en terme de transmission. Beaucoup d'enfants pourraient donner des leçons à beaucoup d'adultes. Beaucoup ? C'est peu dire : de plus en plus ! Car le monde d'aujourd'hui, qui file le mauvais coton de l'absurde, est de moins en moins crédible. Les choses tourneraient même à la farce si n'était le côté dramatique des choses. Il y a, d'un côté, ceux qui savent bien parler de l'intérêt des enfants ; de l'autre, ceux qui s'y intéressent vraiment. C'est une question de pratique. Quand on ne l'a pas, il est sage de se taire. Difficile quand le bavardage est devenu un fond de commerce et même une profession...

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