dimanche 21 septembre 2014

Retour à André Citroën (le parc) : épisode 4

En 1913, l’entrepreneur André Citroën crée une entreprise d’engrenage dont la denture en forme de chevrons deviendra le logo de la marque. En 1915, celui-ci achète un terrain de 22 hectares bordant le Quai de Javel, alors peu urbanisé, pour y monter une usine de munitions et d'obus dont a grand besoin l'armée française empêtrée dans la guerre de position. En 1919, l'usine sera reconvertie en fabrique d'automobiles.

Les bords de Seine à Javel au XIXe siècle, avant l'industrialisation du site.

Durant la 1ère guerre mondiale, l'armée française manque cruellement d'obus. En janvier 1915, l'ingénieur André Citroën, alors capitaine d'artillerie, propose aux Général Bacquet, directeur de l'artillerie, de construire une usine sur les terres agricoles du quartier de Javel afin produire des obus en grand nombre, dans l'idée de mettre en application ce qu'il a appris lors de ses voyages aux États-Unis sur les méthodes de production (Taylorisme et Fordisme). Malgré le scepticisme du général, il décroche un marché d'un million d'obus à balles de 75mm modèle 1897 mais doit faire appel aux banques afin de financer son projet.


En à peine trois mois,  l'usine est prête à la production qui démarre le 15 juin 1915.  Dès le mois d'août de la même année, la production est de 2000 obus par jour. En Décembre 1917, les usines Citroën de Javel produisent non seulement 51 000 obus par jour, mais aussi des corps d'obus et des machines pour en fabriquer, destinées à d'autres usines. Les treize mille ouvriers produiront vingt-six millions de munitions durant les quatre années du conflit, pour une valeur de 430 millions de francs de l'époque.

Vue intérieure des usines Citroën à Javel durant la première guerre mondiale

Les hommes valides étant tous à la guerre, ce sont essentiellement des femmes qui travaillent dans les usines. Les conséquences sociologiques ne seront pas anodines...

Pour voir plus d'images, Gallica propose un très bel album de photos prises dans les usines André Citroën, au quai de Javel à Paris :



En 1919 Citroën rachètera le constructeur Mors et se reconvertira dans la fabrication automobile. De cette alliance naîtra le premier modèle : la Citroën type A. La décennie qui s’ouvre marque une période de prospérité pour la marque dont les méthodes de productions inspirées du Fordisme, permettront de passer d’une cadence de trente voitures par jour en 1919 à un millier dix ans plus tard. 

Chaîne de montage

La Citroën Type A, est la première voiture a être produite en série.


En 1928, l’usine du Quai de Javel compte 30000 personnes dont 6000 femmes. Très vigilant quant aux conditions de travail des salariés, le constructeur crée des crèches, une infirmerie et offre de  nombreuses opportunités de loisirs. De nombreuses douches et toilettes permettent un accès irréprochable à l’hygiène.

Vue frontale sur les bâtiments administratifs et bureaux d'études des usines Citroën.

Vue d'ensemble des usines Citroën. On distingue, dans la partie supérieure gauche, l'église Saint-Christophe de Javel et l'Imprimerie Nationale. 


Malgré ses technologies d’avant-garde et ses innovations révolutionnaires, Citroën voit ses bénéfices chuter considérablement dans les années 30, tant et si bien que, pour mettre fin au sur-endettement de la marque, les banques demandent au groupe Michelin de prendre la direction de Citroën. C’est ainsi que la marque aux chevrons est mise en liquidation judiciaire le 21 décembre 1934, avant d’être reprise par Michelin.

Malheureusement, Michelin ne parvient pas à sauver Citroën de la faillite et tente de revendre la marque à Fiat. Le gouvernement français s’y oppose et en 1975, il demande à Peugeot d’acquérir la marque. C’est ainsi qu’est créé le groupe PSA Peugeot-Citroën.




André Citroën (1878-1935). Bien que sa vie soit plutôt aisée, elle demeure sans excès (excepté pour le jeu). Il n'est pas intéressé par l'accumulation de biens, ne possède pas, contrairement à nombre d'industriels, de collections de tableaux, de yachts ou de grandes demeures. Ses possessions terriennes se limitent à ses usines, et sa résidence est louée. Outre les jeux, André Citroën a une réelle passion pour la musique. Il aime se rendre à l'opéra ou encore organiser des concerts particuliers pour sa famille.

C'est au cours d'une soirée dans un casino du Touquet, à l'automne 1913, qu'André Citroën rencontre Georgina Bingen (1892-1955), une jeune fille qui passe quelques jours de vacances avec ses parents. Le 26 mai 1914, deux mois avant la déclaration de la Première Guerre mondiale, il l'épouse dans la tradition et le couple aura une famille de quatre enfants.