lundi 27 octobre 2014

Les Sept Lunes

  Au ciel tu nais, lune d’argent.
Tu viens éclairer les collines
Comme un éclat d’hiver neigeant ;
Il avait une humeur câline,
Héphaïstos, en te forgeant.


Lune de gueules, corps féroce,
Ton reflet parfois est joyeux ;
Tu aimes éclairer la noce
Où l’on boit beaucoup de vin vieux,
Où sourit même Carabosse.
 
 

Lune d’azur, cœur féminin,
Digne compagne de Priape,
Clair sonne ton rire bénin
Quand sont les verres sur la nappe,
Pour les géants et pour les nains.
 






Lune de sinople, sereine
Amante du soleil doré,
D’Aphrodite la riveraine
Et de ses rayons adorés,
Lune-comète à longue traîne.
  

Lune d’or, bonheur des corbeaux,
Un fil précieux pour les quenouilles
Descend de toi quand il fait beau ;
De leur humble voix, les grenouilles
Te nomment de Dieu le flambeau.
 
 
 
Nul ne te voit, lune de sable :
Nul ne te touche de sa main,
Ta lueur est inconnaissable
Et tu n’éclaires nul chemin,
Lune-démon, lune intraçable.
 

Sur l’océan, lune d’hermine,
Tu poursuis les navires morts,
Et ton disque aveuglant culmine
Près de l’Occidentale porte ;
Vers quoi maint trépassé chemine.
 

1 commentaire:

  1. Apollinaire,

    Les Sept Épées :
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    La première est toute d’argent
    Et son nom tremblant c’est Pâline
    Sa lame un ciel d’hiver neigeant
    Son destin sanglant gibeline
    Vulcain mourut en la forgeant

    La seconde nommée Noubosse
    Est un bel arc-en-ciel joyeux
    Les dieux s’en servent à leurs noces
    Elle a tué trente Bé-Rieux
    Et fut douée par Carabosse

    La troisième bleu féminin
    N’en est pas moins un chibriape
    Appelé Lul de Faltenin
    Et que porte sur une nappe
    L’Hermès Ernest devenu nain

    La quatrième Malourène
    Est un fleuve vert et doré
    C’est le soir quand les riveraines
    Y baignent leurs corps adorés
    Et des chants de rameurs s’y trainent

    La cinquième Sainte-Fabeau
    C’est la plus belle des quenouilles
    C’est un cyprès sur un tombeau
    Où les quatre vents s’agenouillent
    Et chaque nuit c’est un flambeau

    La Sixième métal de gloire
    C’est l’ami aux si douces mains
    Dont chaque matin nous sépare
    Adieu voilà votre chemin
    Les coqs s’épuisaient en fanfares

    Et la septième s’exténue
    Une femme une rose morte
    Merci que le dernier venu
    Sur mon amour ferme la porte
    Je ne vous ai jamais connue

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