mercredi 19 novembre 2014

Alan Stivell : Kenavo Glenmor (1931-1996)

Retour sur une figure emblématique de Bretagne avec cet hommage d'Allan Stivell à Émile le Scanv, dit Glenmor, barde breton. Il fut notamment un des tous premiers chanteurs d'envergure dont la renommée dépassait les frontières bretonnes à chanter en breton, ouvrant la voie à une nouvelle génération de chanteurs. In memoriam.


Émile le Scanv, dit Glenmor, né le 25 juin 1931 à Maël-Carhaix dans les Côtes d'Armor, au lieu dit Ar Vouilhen, était le fils de petits paysans, Joseph Le Scanv et Germaine Coutellec, qui purent acheter la même année une petite ferme au village de Saint-Tiennec. Parlant breton à la maison, le petit Émile fut persécuté à l'école comme tant d'autres enfants à cause de sa langue maternelle. Il entra en octobre 1941 au petit séminaire de Quintin où il fit ses études secondaires, étudiant le latin et la théologie et obtenant ses deux baccalauréats à 17 ans.Doué pour l'écriture, il se mit à composer des poèmes et des textes de chansons et en octobre 1959, il donna son premier récital public à Paris avec Denise Mégevand à la harpe. Ses récitals se multiplièrent et il tenta dès lors, non sans mal, de vivre de ses chansons, interprétant aussi des textes d'Armand Robin, de René-Guy Cadou et d'autres poètes. Au printemps 1965, il donna pour la première fois un concert public dans la salle de la Mutualité à Paris et il sortit peu après un premier disque 33 tours. Sa grande silhouette de barde devint un symbole et ses chants qui exprimaient la révolte bretonne, comme Viviana, Princes, entendez bien, Kan Bale Nevenoe et bien d'autres ouvrirent la voie de la conscience bretonne à travers la chanson.

Et voici bien ma terre
La vallée de mes amours
Quand bien même se lève
En fleur de bruyère
La graine d'insoumission
Je retrouve ici ma terre
La vallée de mes amours
En ma chaumière
Se refont les vents du nord
Traînant dans leur colère
Le duvet des oiseaux morts
Et la sombre demeure
Qui se rie de la pluie
Se refait d'heure en heure
Beauté sans nuages
Et nuages sans oubli
Et voici bien ma terre
La vallée de mes amours
Ce fut la rosée de mai
Qui fit partir l'enfant
En quête de nouvelles rosées
Tout est gîte au printemps
Ce fut décembre qui ramena l'oiseau
Aux granges du passé
L'hiver il n'est qu'un nid
Un visage sans appel
Cette odeur de fumée
Piquée de gel
Et voici bien ma terre
La vallée de mes amours
Voici venir ailé de nuages
Le sourire d'une mère
Cheveux blancs en bandeau de lumière
C'est bien ici ma terre
La vallée de mes amours