mardi 11 novembre 2014

La poésie met de l'or sur le fumier

« La poésie, comme le soleil, met de l’or sur le fumier. Tant pis pour ceux qui ne la voient pas. » écrit Gustave Flaubert dans une lettre adressée à Guy de Maupassant. Dans son Spleen de Paris (1864), Baudelaire en donne la pleine mesure, débordante : « Ce que les hommes nomment amour est bien petit, bien restreint et bien faible, comparé à cette ineffable orgie, à cette sainte prostitution de l'âme qui se donne tout entière, poésie et charité, à l'imprévu qui se montre, à l'inconnu qui passe. » Pour Andrée Chedid, « la poésie n'est pas refus ou survol de la vie ; mais plutôt une manière de la multiplier, de rendre compte de sa largesse. Elle témoigne aussi d'une soif qui nous hante, d'un sens impénétrable qui nous tient en haleine, d'une densité que le quotidien dilapide trop souvent. » 
Oui, la poésie est la sublimation de l'éphémère, avant que celui-ci ne sombre dans l'oubli. Le poète est le mémorialiste des instants fugaces, à peine vécus. Il n'arrête pas le temps, il le verticalise. Il vit tous les temps au présent et se souvient même de l'avenir (Jean Cocteau). « Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant. » s'écrie Arthur Rimbaud. « Le sublime ne peut se trouver que dans les grands sujets, écrit Buffon. La poésie, l'histoire et la philosophie ont toutes le même objet, et un très grand objet, l'homme et la nature. La philosophie décrit et dépeint la nature ; la poésie la peint et l'embellit : elle peint aussi les hommes, elle les agrandit, les exagère, elle crée les héros et les dieux. » (Discours sur le style, prononcé à l'Académie française par M. de Buffon le jour de sa réception, 25 août 1753)


« On lit ou on écrit de la poésie non pas parce que c'est joli. On lit et on écrit de la poésie parce que l'on fait partie de l'humanité, et que l'humanité est faite de passions. La médecine, le droit, le commerce et l'industrie sont de nobles poursuites, et elles sont nécessaires pour assurer la vie. Mais la poésie, la beauté, l'amour, l'aventure, c'est en fait pour cela qu'on vit. Pour citer Whitman : Ô moi ! Ô la vie ! Tant de questions qui m'assaillent sans cesse, ces interminables cortèges d'incroyants, ces cités peuplées de sots. Qu'y a-t-il de beau en cela ? Ô moi ! Ô la vie ! Réponse : que tu es ici, que la vie existe, et l'identité. Que le prodigieux spectacle continue et que tu peux y apporter ta rime. Que le prodigieux spectacle continue et que tu peux y apporter ta rime. .. Quelle sera votre rime ? » (Robin Williams, Le Cercle des poètes disparus,1989, écrit par Tom Schulman)

Oui, ami lecteur qui passes par ici et, peut-être, t'y arrêtes un peu, quel sera ta rime ajoutée au prodige de la vie que ce monde de brutes s'évertue à changer en cauchemar ?


La poésie est quelque chose de plus philosophique et de plus grande importance que l'histoire. 

Aristote (384-322 av. J.C.), La Poétique








La poésie est cette musique que tout homme porte en soi. 

William Shakespeare (1564-1616)


Temps dévorant, émousse les pattes du lion, et fais dévorer par la terre 
ses propres couvées ; arrache la dent aiguë de la mâchoire du tigre féroce, 
et brûle dans son sang le phénix séculaire.

Fais les saisons gaies et tristes dans ton vol rapide, et dispose à ta guise, 
Temps au pied léger, du monde immense et de toutes ses délices éphémères. 
Mais il est un crime que je te défends, le plus odieux de tous :

Oh ! ne creuse pas avec tes heures le front pur de mon amour, 
et n’y trace pas de lignes avec ton antique plume : 
laisse-le passer immaculé dans ton cours, 
comme un type de beauté pour les générations futures.

Mais non ! acharne-toi, vieux Temps : en dépit de tes injures, 
mon amour vivra dans mes vers à jamais jeune !




Amitié Fidèle
(Nicolas Boileau, sur la mort d’Iris en 1654)

Parmi les doux transports d’une amitié fidèle,
Je voyais près d’Iris couler mes heureux jours :
Iris que j’aime encore, et que j’aimerai toujours,
Brûlait des mêmes feux dont je brûlais pour elle :

Quand, par l’ordre du ciel, une fièvre cruelle
M’enleva cet objet de mes tendres amours
Et, de tous mes plaisirs interrompant le cours,
Me laissa de regrets une suite éternelle.

Ah! qu’un si rude coup étonna mes esprits !
Que je versais de pleurs ! que je poussais de cris !
De combien de douleurs ma douleur fut suivie !

Iris, tu fus alors moins à plaindre que moi :
Et, bien qu’un triste sort t’ait fait perdre la vie,
Hélas ! en te perdant j’ai perdu plus que toi.

Nicolas Boileau (1636-1711), Poésies


On devrait souhaiter à tout homme sensé une certaine dose de poésie.

Qu'est-ce que la poésie ? Une pensée dans une image.

Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832)

Dans toute poésie, il y a une lutte secrète entre l'infini du sentiment et le fini de la langue dans laquelle cet infini se renferme sans se limiter.

Jules Barbey d'Aurevilly (1808-1889), Les Poètes







Tout homme bien portant peut se passer de manger pendant deux jours, de poésie, jamais.

Charles Baudelaire (1821-1867)







 
La poésie, c'est tout ce qu'il y a d'intime dans tout
(Odes et Ballades

Tout est sujet ; tout relève de l'art ; tout a droit de cité en poésie (...) le poète est libre.
(Les Orientales)

Victor Hugo (1802-1885)




La poésie immortalise tout ce qu'il y a de meilleur et de plus beau dans le monde.

Percy Bysshe Shelley (1792-1822), Défense de la poésie








 
La poésie est le miroir brouillé de notre société. Et chaque poète souffle sur ce miroir : son haleine différemment l'embue. (Chronique du bel canto)

Louis Aragon (1897-1982)







Voilà le rôle de la poésie. Elle dévoile, dans toute la force du terme. Elle montre nues, sous une lumière qui secoue la torpeur, les choses surprenantes qui nous environnent et que nos sens enregistraient machinalement. (Le Secret professionnel

La poésie est un exhibitionnisme qui s'exerce chez les aveugles. (Lettres à Milorad

Le poète se souvient de l’avenir. (Journal d’un inconnu)

Jean Cocteau (1889-1963)




Vivre en poésie, ce n'est pas renoncer ; c'est se garder à la lisière de l'apparent et du réel, sachant qu'on ne pourra jamais réconcilier, ni circonscrire. (Terre et poésie)

Si la poésie n'a pas bouleversé notre vie, c'est qu'elle ne nous est rien. Apaisante ou traumatisante, elle doit marquer de son signe ; autrement, nous n'en avons connu que l'imposture.

Andrée Chedid (1920-2011)
La poésie, c'est un des plus vrais, un des plus utiles surnoms de la vie.


Jacques Prévert (1900-1977)










Rien ne vaut d'être dit en poésie que l'indicible, c'est pourquoi l'on compte beaucoup sur ce qui se passe entre les lignes. (Le livre de mon bord) 

Pierre Reverdy (1889-1960)







Pour adoucir notre sort de brutes, nous avons découvert et fabriqué de tout, à commencer par des maisons, puis des nourritures exquises, des sauces, des bonbons, des pâtisseries, des boissons, des liqueurs, des étoffes, des vêtements, des parures, des lits, des sommiers, des voitures, des chemins de fer, des machines innombrables ; nous avons, de plus, trouvé les sciences et les arts, l'écriture et les vers. Oui, nous avons créé les arts, la poésie, la musique, la peinture. Tout l'idéal vient de nous, et aussi toute la coquetterie de la vie, la toilette des femmes et le talent des hommes qui ont fini par un peu parer à nos yeux, par rendre moins nue, moins monotone et moins dure l'existence de simples reproducteurs pour laquelle la divine Providence nous avait uniquement animés. 
(Guy de Maupassant (1850-1893), L'inutile beauté)

 In Memoriam
Robin Williams (1951-2014)