lundi 17 novembre 2014

Lilith, déesse de l'ombre et de l'obscure nature humaine


Lilith, antique déesse de la nuit et du vent,
descendit de l'arbre qu'Inanna planta 
en son jardin d'Uruk, la perle du Levant,
provoquant la chute d'Ève qu'un jour elle tenta

sous la forme d'un serpent, au Jardin d'Eden.
C'était, disent les anciens récits, pour se venger 
d'une malédiction car la créature chtonienne, 
prétendant fort à l'égale d'Adam se ranger 

et refusant de se tenir à sa juste place, 
fut condamnée à n'enfanter que des fils morts. 
L'antique déesse devint démon femelle dès lors. 

Reine des Succubes et Noire Régente des régions basses 
de l'âme humaine, Lilith entraîne dans la luxure 
quiconque se nourrit de ses propres vomissures.


Dans le sonnet ci-dessus, la luxure désigne l'acte sexuel, non simplement détourné de sa fonction génitrice en laquelle il n'est pas ici question de le réduire, mais surtout commis par prostitution de son âme qui entraîne celle, avilissante, du corps. Les vomissures désignent les mêmes erreurs recommencées sans cesse, du fait de n'avoir pas (et donc de ne pas vouloir) monter à la lumière de la conscience les côtés troubles et obscurs de notre psyché.

Selon l'origine sumérienne du mythe, ki-sikil lil-là, c'est-à-dire « la jeune femme aérienne », vivait dans un arbre.

La seconde origine du mythe est akkadienne, où Nin Lil devient «la Dame du vent», plus particulièrement la déesse du vent du Sud auquel est accolé le mot itud « lune », une association reprise en astrologie traditionnelle où Lilith représente la Lune Noire, c'est-à-dire la part la plus obscure et la plus lourde à dévoiler de l'inconscient humain.

La première mention du personnage de Lilith remonte au mythe Nanne et l'arbre huluppu, relaté dans la tablette XII du mythe Gilgamesh, Enkidur et le Kur. Cette tablette, qui date de 2000 av. J.-C., a été retrouvée à Ur, cité mésopotamienne actuellement en Irak et dont le texte fut publié en 1930 par C. J. Gadd, du British Museum. C'est le premier texte retrouvé faisant état d'une ki-sikil («jeune femme») lil-là («aérienne»), qui vivait dans un arbre (l'huluppu, assimilé au saule) sur les bords de l'Euphrate, arbre que la déesse Inanna sauva des eaux en le plantant dans son jardin sacré à Uruk. C'est l'assimilation de ce mythe par la culture sémitique qui donna lieu ensuite aux exploitations connues sous le nom de Lilith (notamment dans le Talmud de Babylone). Cette tablette n'attribue aucun caractère maléfique à cette ki-sikil lil-là. En effet, comme on a pu l'observer pour d'autres mythes (celui du Déluge notamment), les sémites babyloniens et hébreux ont repris des éléments de la culture sumérienne pour leur faire subir une assimilation au cours de laquelle les noms ont subi des transformations et les personnages ont reçu des attributs nouveaux. C'est ainsi que ki-sikil lil-là devient Lilith (démon femelle) en hébreu, puis Lilītu ou Ardat-lilī en babylonien. C'est au cours de cette appropriation que Lilith devient, dans le récit hébreu, la première femme avant Ève.

Le mythe de Lilith fut, comme on l'a vu, emprunté par les peules sémitiques, aux Sumériens, les Hébreux notamment qui l'enrichiront en particulier dans l’Alphabet de Ben Sira, le commentaire de l’Ecclésiaste écrit entre les VIIIe et Xe siècles après J.-C.

Au commencement (Béréshit), Lilith n’est que l’appellation générique d’une classe de démons femelles ; à ce titre, elle est donc issue des Enfers, de la poussière.

C’est dans l’Alphabet de Ben Sira que se trouve expliqué le destin de Lilith : tirée de la même terre qu’Adam, elle se considère comme son égale et refuse de se tenir sous lui quand ils font l’amour, ce qui provoque une dispute. Elle invoque alors le nom de l’Éternel, des ailes lui poussent, et elle abandonne Adam et l’Éden. Devant les plaintes d’Adam, Dieu envoie trois anges convaincre Lilith, qui s'obstine. Elle est donc celle qui dit non à la fois à la position que lui propose l’homme dans leur couple et à la tentative de réconciliation de Dieu lui ordonnant de se plier au désir de l’homme.

 
Pour la punir, Dieu la condamne à voir tous ses enfants mourir à la naissance. Désespérée, elle décide de se suicider. Les anges lui donnent le pouvoir de tuer les enfants des Hommes (jusqu’à la circoncision, au huitième jour pour les garçons, et jusqu’au vingtième jour pour les filles). Elle rencontre ensuite le démon Samaël, l’épouse et s’installe avec lui dans la vallée de Jehanum, où il prend le nom d’Adam-Bélial. (Ci-contre, Lilith tentant Ève, peinture de Michel Ange, Chapelle Sixtine du Vatican, Rome)
 
Pour se venger, Lilith devient le serpent qui provoque la Chute d’Ève, et incite Caïn à tuer Abel. Comme ses enfants s’entretuent, Adam refuse d'avoir des relations sexuelles avec Ève, ce qui permet à Lilith d’enfanter des nuées de démons (avec le sperme d’Adam qui tombe à terre) pendant cent trente ans.

Ci-contre, Lilith (Notre-Dame de Paris)

2 commentaires:

  1. Un jour je suis allé loin d'ici, chez Lilith
    Qui habitait, auprès d'un lumineux rivage,
    Dans un vaste palais de marbre et de granit
    Et j'étais tout ému d'aller lui rendre hommage.

    La compagne d'Adam, heureuse de dîner
    Avec un être humain, demanda qu'on lui narre
    Le monde que jadis elle avait dominé :
    Comment vont les mortels ? Toujours aussi bizarres ?

    Et moi, je ne savais quel exemple choisir,
    Le génie sarkozyen, les ardeurs villepines ?
    Les fils du père Adam déconnent à loisir,
    Ils sont loin de valoir leurs soeurs ou leurs copines.

    Le serpent a choisi plutôt de tenter Eve
    Que Lilith, pourquoi donc ? Sans doute, il supposait
    Que Lilith n'aurait pas ruiné d'Adam le rêve
    En acceptant le noir péché qu'il proposait.

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  2. Décidément il fallait diaboliser la femme pour la soumettre à la dictature du patriarcat. Et lui mettre un serpent comme compagnon pour en accentuer la peur, peur des hommes devant la puissance de la sexualité féminine. Peur du ventre, de la matrice, de la création.
    Lilith court avec les loups depuis l'aube des temps.

    Luciole

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