mercredi 19 novembre 2014

Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859) : L'impossible

Amis de la poésie, s'il est une poétesse qui mérite d'être découverte, c'est bien Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859), la marraine indiscutable des « muses » de la fin du siècle : Anna de Noailles, Gérard d’Houville, Renée Vivien, Cécile Sauvage, Marie Noël ; celle à qui Balzac écrit dans une lettre : « […] car nous sommes du même pays, Madame, du pays des larmes et de la misère. Nous sommes aussi voisins que peuvent l’être, en France, la prose et la poésie, mais je me rapproche de vous par le sentiment avec lequel je vous admire. » ; celle, encore, dont Baudelaire déclare qu'elle «  fut femme, fut toujours femme et ne fut absolument que femme ; mais elle fut à un degré extraordinaire l’expression poétique de toutes les beautés naturelles de la femme. »

La poésie de Marceline Desbordes-Valmore est d'une sensibilité si fine qu'elle en est presque éthérée. Il faut avoir beaucoup souffert pour écrire ainsi. Curieusement, elle a un lien indirect avec l"héraldique puisqu'elle fut la fille d’un peintre en armoiries, devenu cabaretier à Douai après avoir été ruiné par la Révolution. On pourra prendre connaissance de sa biographie et de son œuvre sur l'excellent site Un jour Un poème
Qui me rendra ces jours où la vie a des ailes
Et vole, vole ainsi que l’alouette aux cieux,
Lorsque tant de clarté passe devant ses yeux,
Qu’elle tombe éblouie au fond des fleurs, de celles
Qui parfument son nid, son âme, son sommeil,
Et lustrent son plumage ardé par le soleil !

Ciel ! un de ces fils d’or pour ourdir ma journée,
Un débris de ce prisme aux brillantes couleurs !
Au fond de ces beaux jours et de ces belles fleurs,
Un rêve ! où je sois libre, enfant, à peine née,

Quand l’amour de ma mère était mon avenir,
Quand on ne mourait pas encor dans ma famille,
Quand tout vivait pour moi, vaine petite fille !
Quand vivre était le ciel, ou s’en ressouvenir,

Quand j’aimais sans savoir ce que j’aimais, quand l’âme
Me palpitait heureuse, et de quoi ? Je ne sais ;
Quand toute la nature était parfum et flamme,
Quand mes deux bras s’ouvraient devant ces jours… passés.
Marceline Desbordes-Valmore, Recueil  : Les Pleurs

2 commentaires:

  1. Marceline entendait la langue des feuillages,
    Recevant le salut de tous les arbrisseaux ;
    Elle écoutait pleurer le ramier sous l’ombrage,
    Son verbe était limpide, ainsi qu’un clair ruisseau.

    En rêve, elle effleurait la courbe d’un visage,
    Le jour, elle souffrait de son coeur en morceaux ;
    Au printemps, célébrant l’éclat du paysage,
    En hiver, déplorant le trépas des oiseaux.

    Ah ! Qui donc, désormais, regrette Marceline ?
    À peine un vieux cochon devant elle s’incline
    Et de sa tendre plume emprunte la couleur.

    Après d’autres auteurs, il nous advient de naître ;
    Admiratifs, parfois, du talent d’un vieux maître,
    Plus encore, d’un verbe émanant d’une fleur.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci pour ce bel hommage à une grande poétesse.

      Supprimer