samedi 1 novembre 2014

Trois ondines


   Dans l’eau du port de Saint-Denis
   Ont dansé trois belles ondines ;
   Le soleil en semble terni,
   La Seine en devient cristalline. 


   Une ondine au corps très obscur :
   C’est elle qui mène la danse,
   Ses gestes sont nobles et purs,
   Comme le sont ses yeux immenses.

    La deuxième est comme du feu,
    Elle est brûlante et translucide ;
    Le reflet de son regard bleu
    Met aux cœurs un étrange vide.


    La troisième, un soleil levant
    Imprègne l’eau d’un éclat rose ;
    En arrière, et puis en avant,
    Son corps en dansant se repose.

 
Cochonfucius

Les Ondines

Les Ondines, dont le nom dérive de « onde » sont des créatures vivant dans les eaux douces, généralement les lacs, les rivières ou les chutes d’eau.

Elles sont surtout présentes dans le mythologies germaniques et scandinaves. Leurs compagnons, les Ondins, jouent un rôle plus effacé.

Contrairement aux sirènes, les ondines ont des corps de femmes parfaitement conformés, dont la partie inférieure n’est pas recouverte d’écailles de poissons. Les Ondines attirent à elles les jeunes hommes pour les séduire et les entraîner sous l’onde, dans leurs magnifiques palais de cristal, d’où ils reviennent rarement.


Les Ondines sont toujours jolies, malicieuses, parfois cruelles. Coiffées de plantes aquatiques, elles viennent peigner leurs cheveux à la surface de l’eau ; ces cheveux sont tantôt blonds, tantôt d’un vert de mer. Elles tournent vers le passant leur figure ou brillent deux lèvres de corail et des yeux d’un vert étincelant. Le jeune homme qui les voit est séduit par tant de beauté. Il suit l’ondine dans son palais de cristal pour y vivre avec elle.


Mais là-bas au fond de l’élément liquide, le temps n'a pas la même valeur et les jours passent comme des minutes. L’homme ignore cette particularité, et, quand il revient dans son monde, quelle n’est pas sa stupéfaction de rencontrer les arrière-neveux des personnes qu’il à connues ! Tout le monde se moque de lui : il porte des vêtements ridicules, passés de mode depuis longtemps. 

Une fois mariée à un mortel, l’ondine ne doit jamais retourner sur l’eau, au risque d’en périr, on dit que celui qui a une Ondine pour femme doit éviter de la conduire sur l’eau et surtout de la fâcher quand elle se trouve sur cet élément. Si ces conditions ne sont pas remplies, l’ondine retourne pour toujours dans les flots, sans que le mariage soit dissous. Si le mari abandonné se remarie, l’ondine le tue.

Illustrations ci-dessus : Naïades, de Paul Chabat (1862-1947) 


Henrietta Rae (1859-1928), Hylas et les Nymphes des Eaux, 1909


Dans la mythologie grecque, Hylas est le fils de Théodamas, roi des Dryopes (peuplade pélasgique de la Thessalie) et l'éromène d'Héraclès. Il participe à l'expédition des Argonautes et fait une halte en Bithynie près des côtes de Mysie avec ses compagnons. Étant allé puiser de l'eau à la cascade, il est enlevé par les nymphes du lieu qui, éprises de sa beauté, l'entrainèrent dans les profondeurs à jamais. Héraclès, inquiet de ne voir revenir le beau Hylas, erra dans les bois aidé du lapithe Polyphème à la recherche de son amant disparu, gémissant et l'appelant en vain. Pendant ce temps, les Argonautes, profitant d'une brise favorable, avaient levé l'ancre, sans attendre le retour des quelques héros descendus à terre. Polyphème demeura dans le pays et fonda la ville de Cios, sur laquelle il régna. Héraclès, de son côté, promit aux Mysiens de les laisser en paix s'ils continuaient à rechercher Hylas. La tradition se maintint aux époques historiques où l'on voyait chaque année des prêtres parcourir la campagne en criant à tous les échos le nom d'Hylas.
John William Waterhouse, Hylas et les Nymphes, 1896

Les Nixes

Nixe, nix (en allemand), neck ou necker (en néerlandais et en anglais) désignent plusieurs génies et nymphes des eaux dans les mythologies germanique et nordique. Ils sont apparentés aux ondines et connus en France, notamment en Alsace et en Moselle. Ils peuvent posséder plusieurs apparences bien qu’ils apparaissent le plus généralement sous forme humaine. Cet esprit est connu dans les mythes et légendes de tous les peuples germaniques en Europe1. Bien que la plupart de ces créatures aient forme humaine quoique possédant le don de métamorphose, le knucker anglais est généralement décrit comme un wyrm, ou dragon, et le bäckahästen se manifeste plus volontiers sous la forme d’un cheval. Le sexe et les transformations des nixes varient en fonction de l’origine géographique de la légende, ainsi, le nix allemand et ses homologues scandinaves sont des hommes, tandis la nixe est un esprit féminin des eaux apparenté à la sirène.


 Les nixes du folklore germanique sont décrites comme des esprits aquatiques qui essaient d'attirer les gens dans l’eau. Les mâles peuvent prendre de nombreuses formes différentes, y compris celles d’un poisson, d’un humain, et d’un serpent. Les femelles sont de belles femmes avec une queue de poisson. Quand ils sont dans des formes humaines, ils peuvent être reconnus par l’ourlet de leurs vêtements qui demeure mouillé.








        Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx,
        L’Angoisse, ce minuit, soutient, lampadophore,
        Maint rêve vespéral brûlé par le Phénix
        Que ne recueille pas de cinéraire amphore

        Sur les crédences, au salon vide : nul ptyx
        Aboli bibelot d’inanité sonore,
        (Car le Maître est allé puiser des pleurs au Styx
        Avec ce seul objet dont le Néant s’honore.)

        Mais proche la croisée au nord vacante, un or
        Agonise selon peut-être le décor
        Des licornes ruant du feu contre une nixe,

        Elle, défunte nue en le miroir, encor
        Que, dans l’oubli fermé par le cadre, se fixe
        De scintillations sitôt le septuor.
Mallarmé, sonnet en X


Les Néréides

Filles de Nérée et de Doris, les néréides, au nombre de cinquante, étaient les nymphes de la mer. Elles personnifiaient le mouvement rapide de la mer et ses aspects riants et bienveillants. C’était des divinités bienfaisantes sauf une fois...

Cassiopée, ayant proclamé que sa fille ou, selon d'autres versions, elle-même était d'une beauté égale à celle des Néréides, les nymphes marines qui servent d'escorte à Poséidon, s'est attiré la colère de ce dernier. Pour se venger, le dieu de la mer provoque une inondation et envoie un monstre marin (la baleine Cetus) qui se mit à détruire hommes et bétail. Désespéré, le roi consulte l'oracle d'Ammon qui révèle qu'aucun répit n'aura lieu tant que le roi n'aura pas livré sa fille au monstre. Andromède est donc enchaînée nue à un rocher près du rivage. Persée, de retour après sa victoire sur la Gorgone Méduse, l'aperçoit du ciel et s'informe de ce qui lui est arrivé. Il en tombe immédiatement amoureux et promet à Céphée de tuer le monstre à condition de pouvoir épouser Andromède. Il attaque alors le monstre avec son glaive et le massacre après une lutte acharnée au corps à corps, sans recourir au pouvoir pétrifiant de la tête de Méduse. Selon Ovide, après sa victoire, Persée dépose cette tête sur un lit d'algues, qui rougissent et durcissent à son contact, devenant ainsi la source du corail.

Le tableau ci-dessus à droite est de Gustave Doré (1869).

Émile Jean-Baptiste Philippe Bin (1825-1897), Andromède, 1865


Tableau de Boris Vallejo (né à Lima, au Pérou, en 1944). La Princesse Andromède s'apparente ici à une amazone plutôt passive, dans une posture qui évoque celle d'un modèle qui pose sur une chaise d'atelier... Elle admire le Monstre marin (qui n'est d'ailleurs censé arriver qu'après l'arrivée de Persée...) sans exprimer de crainte...

Toile de Henri Pierre Picou (1824-1895)

Joachim Wtewael (1556-1638), Persée secourant Andromède, 1611
 

Sir Edward John Poynter (1836-1919), Cave of the Storm Nymphs, 1903


Les Néréides
Théophile Gautier


                                   J'ai dans ma chambre une aquarelle  
                                   Bizarre, et d'un peintre avec qui  
                                   Mètre et rime sont en querelle,  
                                   - Théophile Kniatowski.  
                                   Sur l'écume blanche qui frange  
                                   Le manteau glauque de la mer  
                                   Se groupent en bouquet étrange  
                                   Trois nymphes, fleurs du gouffre amer.  
                                   Comme des lis noyés, la houle  
                                   Fait dans sa volute d'argent  
                                   Danser leurs beaux corps qu'elle roule,  
                                   Les élevant, les submergeant.  
                                   Sur leurs têtes blondes, coiffées  
                                   De pétoncles et de roseaux,  
                                   Elles mêlent, coquettes fées,  
                                   L'écrin et la flore des eaux.  
                                   Vidant sa nacre, l'huître à perle  
                                   Constelle de son blanc trésor  
                                   Leur gorge, où le flot qui déferle  
                                   Suspend d'autres perles encor.  
                                   Et, jusqu'aux hanches soulevées  
                                   Par le bras des Tritons nerveux,  
                                   Elles luisent, d'azur lavées,  
                                   Sous l'or vert de leurs longs cheveux.  
                                   Plus bas, leur blancheur sous l'eau bleue  
                                   Se glace d'un visqueux frisson,  
                                   Et le torse finit en queue,  
                                   Moitié femme, moitié poisson.  
                                   Mais qui regarde la nageoire  
                                   Et les reins aux squameux replis,  
                                   En voyant les bustes d'ivoire  
                                   Par le baiser des mers polis ?  
                                   A l'horizon, - piquant mélange  
                                   De fable et de réalité, -  
                                   Paraît un vaisseau qui dérange  
                                   Le chœur marin épouvanté.  
                                   Son pavillon est tricolore ;  
                                   Son tuyau vomit la vapeur ;  
                                   Ses aubes fouettent l'eau sonore,  
                                   Et les nymphes plongent de peur.  
                                   Sans crainte elles suivaient par troupes  
                                   Les trirèmes de l'Archipel,  
                                   Et les dauphins, arquant leurs croupes,  
                                   D'Arion attendaient l'appel.  
                                   Mais le steam-boat avec ses roues,  
                                   Comme Vulcain battant Vénus,  
                                   Souffletterait leurs belles joues  
                                   Et meurtrirait leurs membres nus.  
                                   Adieu, fraîche mythologie !  
                                   Le paquebot passe et, de loin,  
                                   Croit voir sur la vague élargie  
                                   Une culbute de marsouin.

Théophile Gautier (1811-1872)

Herbert James Draper (1863-1920), The Water Nymph

Les trois ondines




Dans l'ancien temps, lorsque les hommes n'étaient pas encore aussi corrompus qu'aujourd'hui, ils avaient quelquefois des relations amicales avec des esprits bienfaisants qui leur étaient utiles dans diverses occasions. Pendant que des nains et des Kobolds travaillaient pour leur éviter les fatigues, des anges jouaient avec les enfants au berceau et l'enfant Jésus lui-même sautait des bras de sa mère au milieu des plus grands et leur vantait lu magnificence qui règne derrière cette porte d'azur à clous dorés et à serrure d'argent. Puis il cherchait avec eux les petites paillettes que l'arc-en-ciel, ce pont céleste, laisse échapper de ses deux extrémités en disparaissant aux yeux des mortels. Chaque soir après les travaux champêtres, les paisibles habitants de Jupille (petit village situé près de Liège aux environs de la Meuse) dansaient innocemment sur la pelouse, et ces danses se prolongeaient souvent jusqu'au milieu de la nuit. Un soir qu'ils dansaient comme d'habitude en chantant de joyeuses chansons, ils virent s'approcher trois jeunes filles vêtues de blanc et portant des guirlandes de lys d'eau entremêlées dans leurs cheveux noirs et flottants. Des boutons de la même fleur ornaient leur sein virginal. Leur front luttait de blancheur avec le lys et la neige et une tendre rougeur couvrait leurs joues; en un mot, elles étaient si belles qu'on n'aurait pu trouver leurs égales dans toute la contrée. Elles s'avancèrent gracieusement vers les danseurs et donnèrent volontiers la main aux plus beaux jeunes gens qui vinrent les inviter; bientôt elles s'élancèrent avec légèreté dans le tourbillon. Après la danse elles se joignirent aux jeunes filles et chantèrent des chansons si belles que jamais on n'en avait entendu de semblables, et si tendres qu'elles allaient au cœur de ceux qui les écoutaient. Cela dura jusque près de minuit; mais lorsque l'horloge eut sonné onze heures trois quarts, les jeunes inconnues se levèrent, saluèrent poliment les villageois et se retirèrent au plus vite. Le soir suivant des louanges sur les grâces des trois aimables tilles volèrent de bouche en bouche et aucun villageois ne manqua à la danse, car tous ambitionnaient le honneur de danser avec les trois dames. Enfin on les vit venir des bords lointains de la Meuse ; elles turent saluées par les acclamations de tous les danseurs et aussitôt les danses commencèrent. Parmi les villageois, l'un surtout avait jeté les yeux sur une des jeunes filles et il lui offrait le plus souvent qu'il pouvait la main pour la danse, et lorsqu'elle était engagée par d'antres, il lui donnait quelques fleurs champêtres qu'il avait rassemblées en bouquet, en un mot il avait pour elle des attentions particulières. Lorsque forcée par la chaleur, la jeune fille ôta ses gants et les déposa sur son siège, le jeune homme s'y glissa doucement s'empara de ces gants et les pressant sur son cœur, il jura de ne plus les rendre à l'inconnue et de les garder comme gage d'amour. On dansa avec tant d'ardeur qu'on ne s'aperçut pas de la fuite du temps; minuit sonna à l'horloge du clocher. Les trois jeunes filles coururent aussitôt, en poussant un cri de terreur, au banc sur lequel elles avaient déposé leurs gants. Une d'elles ne retrouvant plus les siens s'écria : „Où donc sont mes gants ?" Personne ne put lui dire ce qu'ils étaient devenus, et les jeunes filles se retirèrent tout éplorées. Le villageois les suivit jusqu'aux bords de la Meuse. Là, elles s'élancèrent au milieu des ondes et disparurent à ses yeux. Malgré la satisfaction qu'il éprouva à cette découverte, un triste pressentiment s'empara de lui, et le lendemain matin il courut comme poussé par une force invisible à l'endroit où les jeunes filles avaient disparu ; les lys de la couronne de l'une d'elles surnageaient seulement et les boutons qui avaient orné son sein, flottaient entourés de sang à la surface de l'eau. A cette vue le jeune villageois éprouva une douleur inexprimable. Vivre sans son ondine lui parut impossible. Il se précipita dans le fleuve et on ne le revit plus. Son cadavre ne fut pas même retrouvé.

Annick Couppez Véronèse d'Olrac

Herbert James Draper (1863-1920), The Kelpie, 1913

Les Naïades
 
Nymphes des sources, des fontaines et des lacs, les Naïades étaient filles de Zeus selon Homère mais d'autres les rattachent à Océan ou au dieu-fleuve du lieu. Elles n'étaient pas immortelles, mais elles pouvaient vivre pendant des milliers d'années (selon Plutarque, leur durée de vie moyenne était de 9620 ans), tout en restant toujours jeunes et belles. Elles passaient pour avoir des talents de guérisseuses et les malades venaient boire l'eau de leur source mais en général, se baigner dans leur point d'eau était considéré comme un sacrilège et le baigneur s'exposait à des malaises divers.

 


Tacite, en ses Annales (14, 22, 8) raconte ce qu'il arriva à l'empereur Néron pour avoir commis ce sacrilège : A la même époque, un excès de fantaisie valut à Néron infamie et péril : il avait traversé à la nage la source d’où l’eau Marcia est amenée à Rome, et on pensait qu’en s’y baignant, il avait souillé des eaux consacrées et violé la sainteté du lieu. D’ailleurs l’indisposition qui suivit confirma la colère des dieux.

La simple vision d'une Naïade était aussi chose risquée car elle pouvait entrainer une folie passagère. Toutefois, il convient de remarquer que de nombreuses Naïades furent les amantes ou les mères de héros . 

Principales sources : Wikipédia & Encyclopédie du Merveilleux, Le Pré aux Clercs 2012

Une naïade ou Hylas avec une nymphe, par John William Waterhouse (1893)

Nymphes dans la forêt, par Paul-François Quinsac (1858-1929)