dimanche 21 décembre 2014

Boule vagabonde

Petite boule de plumes et de tendresse volante et sautillante, ton poitrail de gueules te distingue de tes frères passereaux dont tu partages l'âme chanteuse. J'aimais ta présence discrète, un peu en retrait, si pleine de cette dignité que seul peut avoir un animal. Oui, tandis que la joyeuse volée affamée dévalisait la mangeoire où je versais quelques graines, quand la rudesse de la saison était sans pitié, tu attendais sagement ton tour, regardant d'un œil indulgent et détaché la curée turbulente et chamailleuse. 
C'était au jardin de mon grand-père, un hiver de mon enfance ; la fée des neiges avait recouvert d'un manteau constellé de myriades d'étoiles scintillantes la bonne terre endormie. Je passais alors de longues heures à t'attendre, assise derrière la fenêtre embuée par mon souffle et sur laquelle mon doigt dessinait, à intervalles réguliers, un petit œilleton. Pour moi, tu étais comme une petite boule de Noël vagabonde qui s'était échappée de sa boîte pour s'en aller décorer les rameaux où tu te perchais délicatement, un court instant. J'aurais tant aimé te prendre dans le creux de mes mains, avant de te poser sur le sapin dont tu aurais été le plus bel ornement. Aujourd'hui encore, je repense à toi car dans mon esprit, nul oiseau ne symbolise tant cette période que toi, ma petite boule de plumes et de tendresse.

2 commentaires:

  1. Je me souviens, Justine ! Tu m'avais raconté ce souvenir d'enfance. Il y a un an. Presque jour pour jour.

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    1. En effet ! C'était lors d'une promenade en forêt de Chinon, l'avant-veille de Noël très exactement.

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