dimanche 21 décembre 2014

Dies Natalis


     Voici donc l'hiver venu, une fois encore, égrainant les derniers jours de l'an vieux. Déjà le dieu bicéphale esquisse sa silhouette et nous invite à revoir les jours passés autant qu'à songer à leurs fruits incertains : les jours qui s'annoncent. De graines en moissons, nous mangeons le pain de nos œuvres. Ah ! puissent les portes du temple de Janus se fermer enfin et qu'advienne ce monde nouveau qui tarde tant !

     Il me semble que c'était hier à peine ; nous étions assis sur un rocher qui dominait l'océan forestier ; le chatoiement de la saison flattait la vue autant qu'il apaisait le regard. Nous avions l'âme mélancolique et méditative, regrettant la fuite des heures riches de nos présences pleines. Mais nous l'avions contemplative aussi, transportés par ce sentiment ineffable de la beauté des choses que la cupidité humaine n'a pas encore profanée et avilie. La forêt était somptueuse en sa vêture automnale et les arbres si majestueux. Nous-mêmes étions comme transformés, réinvestis d'une humanité à la fois nouvelle et si ancienne pourtant. Tu dis : « La Nature nous dépasse autant qu'elle nous élève ; s'y ressourcer c'est se réajuster à sa propre nature ; retrouver une symbiose ou peut-être simplement se rappeler ses origines. Les oublier c'est aussi se couper de sa vraie destinée et marcher sur les chemins déviés de la perdition. L'orgueil démesuré des hommes n'engendre que malheurs et dévastations. Les nouvelles du monde le confirment chaque jour davantage. Les cités termitières et mécanisées sont la négation de l'homme souverain, où la domination et l'asservissement tournent en boucle, sans cesse. » Tu dis encore : « La forêt est un monde vertical ; la plante s'enracine dans la terre nourricière et monte vers la lumière. Cet axe indique la bonne direction ; hors de lui, il n'y a que bousculades et destructions. »

     Solstice d'hiver, dies natalis, en toi le soleil invaincu remonte dans sa course céleste. Lumière renaissante ! Lumière éclairante ! Chaque homme qui monte fait monter l'humanité entière. L'Ami, nos soleils intérieurs formeront une galaxie d'amour. Je veux m'y consteller avec toi. Et cette étoile qui chemine tout là-haut dans le ciel, je crois bien que c'est celle de Noël.

3 commentaires:

  1. La céleste harmonie va bientôt résonner,
    Les anges vont jouer leur divine musique
    Et le choeur des bergers se mettre à fredonner
    Les émouvants versets d'un très ancien cantique.

    Au moment de Noël, ce qui nous est donné,
    C'est la lumière dans la longue nuit magique
    Où notre créateur cherche à nous étonner
    D'un miracle subtil, joyeux et poétique.

    Il adopte en ce jour la forme d'un enfant,
    Lui qui pourrait paraître en guerrier triomphant,
    Et se blottit au fond d'une petite étable.

    Et ce que nous faisons, pour le commémorer,
    C'est que nous passerons la nuit à dévorer
    Un solide festin disposé sur nos tables.

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  2. Merci pour cette très belle composition ! Je savais que vous poseriez sur la table un vôtre sonnet. Car c'est bien là le vrai festin - n'est-ce pas ? - celui des mots retrouvés et du monde réenchanté.

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    1. Et merci à toi, Marie-Louise, pour tes belles synthèses et la mémoire fidèle de tous ces instants...

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