mardi 23 décembre 2014

Dis-moi, Sphinx


L'Archange Michel est le grand pourfendeur du Dragon satanique, la représentation du Mal. Ce tableau le montre très fatigué, voire découragé de mener sans cesse le combat contre les forces maléfiques de l'ombre et de la poussière. On le comprend ! L'état du monde est tel que ce combat semble effectivement vain et donc définitivement voué à l'échec. C'est proprement désespérant : la bêtise fait des progrès tous les jours, le fer et le feu ravagent des contrées entières de la planète, les trafics les plus sordides continuent de se répandre, les requins de la finance sont à l'oeuvre plus que jamais, la nature fait toujours les frais de l'insatiable appétence humaine... En principe, c'est le Sphinx qui pose les énigmes. Là, il semblerait plutôt que ce soit l'Archange qui lui confie son désarroi : « Sphinx, dis-moi, pourquoi le Mal ? Comment le vaincre ? Vois-tu, je suis las de me battre. Les hommes préfèrent l'ombre à la lumière. Le monde qu'ils édifient est sans amour ni miséricorde ; leurs actes font diadème au Veau d'or et alimentent les fournaises du Moloch Baal, le dévorateur d'âmes. Dis-moi, Sphinx, pourquoi le Mal ? » Mais le Sphinx semble tout aussi désemparé que l'Archange...

L'énigme du Sphinx

Le Sphinx est envoyé par Zeus à Thèbes pour punir la ville du viol que Laios a effectué sur Chrysippe, fils d'un dieu. Le Sphinx y attend la personne qui résoudra son énigme : « Quel est l'animal qui marche le matin sur quatre pattes, à midi sur deux pattes et le soir sur trois pattes ? » Tous ceux qui échouent meurent. Mais un jour, après avoir tué un voyageur, Œdipe arrive à Thèbes. Il donne comme réponse au Sphinx « l'Homme », et celui-ci se suicide. Œdipe est accueilli en héros à Thèbes et se marie avec la veuve Jocaste, épouse de Laios et donc sa propre mère, dont il laura quatre enfants !
 
Ci-contre, Oedipe et le Sphinx (1864) d'après G. Moreau





La seconde énigme du sphinx  

Nous sommes deux sœurs : « La première engendre la seconde et la seconde engendre la première. Qui sommes-nous ? »  

Oedipe et la Sphinx par François-Xavier Fabre (1766-1837)

Oedipe et la Sphinx par Michel Giliberti (détail)

 Oedipe et le Sphinx par Boris Vallejo

Oedipe et le Sphinx (1992) par Sergei Panasenko  

Gustave Doré, L'énigme, 1871

Le Sphinx selon John Duncan (Royaume-Uni,1866-1945)

2 commentaires:

  1. Le Sphinx et le Charpentier
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    Le fils du charpentier se retire au désert.
    En quelques jours de marche, il en atteint le centre
    Sans s’accorder de pause et sans charger son ventre.
    Un vautour trace haut son cercle dans les airs.

    Au bas d’une falaise, un passage entrouvert :
    De vieux textes ont dit qu’il débouche sur l’antre
    Du sphinx, en précisant : « Surtout, que nul n’y entre
    Car l’occupant des lieux est franchement pervers. »

    Le fils du charpentier, à cet être farouche,
    S’est permis d’apporter des provisions de bouche :
    Il a rompu le pain face au monstre écumant.

    « Crois-tu qu’un tel présent t’épargne le supplice ?
    As-tu, pour te défendre, un quelconque instrument ? »
    « Ne t’en fais pas pour moi, cousin, j’ai mon calice. »

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