mardi 23 décembre 2014

La réponse est dans le vent

     Mon cher Père Noël, 

     Il y a si longtemps que je ne t'ai plus écrit... Mais je me souviens très bien de ma dernière lettre. Je voulais que tu m'apportes la poupée Mélusine, de Gilles de Gégé, tu sais. J'en avais un tel désir que j'en rêvais la nuit ! Finalement, j'ai trouvé une Dolly sous le sapin de Noël. Sa grande taille m'avait alors beaucoup surprise et impressionnée (52 cm, tu t'imagines !). Je n'étais pas déçue car j'aimais d'emblée son air un peu farouche dans lequel je me reconnaissais, son front haut et l'élégance qui se dégageait de son visage dont le regard était aussi intense que le sourire était discret, juste un léger plissement de lèvres. Aujourd'hui, ma Dolly repose quelque part dans une boîte, au fond d'un grenier, un peu comme une Belle au bois dormant attendant qu'un prince charmant veuille bien la réveiller. 

     Cher Père Noël, pardonne-moi cette digression. Voilà, aujourd'hui, je ne te demanderai pas une poupée, ni même un autre jouet. Je ne te demanderai d'ailleurs rien. Non pas que mes désirs soient tous éteints ou que je me retrouve sans besoins. Simplement, je ne désire rien pour ma petite personne. En vérité, je voudrais que mes amis soient heureux. Oh ! je ne te parle pas de ces amis que l'on peut avoir à la pelle et qui ne sont jamais que des connaissances ou, comme l'on dit, des fréquentations sociales ou professionnelles, le plus souvent des relations d'intérêts. Non, je te parle d'amis qui le sont vraiment et auxquels je suis très attachée ; d'amis avec qui je partage une véritable consanguinité d'esprit et une fraternité de cœurs et d'âmes ; d'amis qui m'aiment inconditionnellement et que j'aime de même. Tu comprends cela, n'est-ce pas, Père Noël, toi qui appartient un peu au monde céleste. Car, vois-tu, il n'est nulle richesse supérieure à celle-là. Une richesse que l'on ne peut pas toucher car c'est elle, au contraire, qui vous touche ! Oui, être touchée d'amitié vraie ! Me comprends-tu, Père Noël ? Il est vrai que tu dois parfois te sentir bien seul là-haut, dans le grand froid...

     Voilà. C'est tout ce que j'avais à te demander pour ce Noël. Ah si, autre chose, juste une dernière question : quand les hommes de ce monde sortiront-ils enfin de la cour de récré, qui n'est qu'une foire d'empoigne, désirant toujours les jouets dernier cri, courant sans savoir où, s'agitant sans savoir pourquoi ? Oh ! ne dis rien, Père Noël, je sais : la réponse est dans le vent...