dimanche 21 décembre 2014

Solstice d'hiver

Il contempla l'infini mouvant où le soleil rouge du crépuscule avait posé son feu mourant en vacillantes macules. Les rides du jour que la nuit recouvrait d'un manteau drapé d'ambre jaune étiraient leurs formes évasives en traînées langoureuses. Déjà les nuées vaporeuses brouillaient la coupole du ciel déteint de décembre. Il écouta le silence, son souffle, son espace. On eût dit que l'instant libérait son éternité.

Le sablier du temps le fit basculer de l'envers à l'endroit des choses, tel un miroir renversé où le reflet se regarderait et se verrait. Le réel et l'imaginaire se fondaient en un, multiplié en autant de fois lui-même.

La terre était lourde à ses pieds faits de son argile. L'aubépine du talus mariait sa nudité à celle de l'églantier. Ils passeraient l'hiver à se veiller et le printemps à se fleurir. La dispute des moineaux dans le noisetier s'entendait comme les trilles d'une flûte enchanteresse. Mais les hurlements lointains de la civilisation bitumée, tôlée, mécanisée et informatisée le rappelèrent aux ténèbres extérieures. Il vit une saignée autoroutière dans la plaine où des globules de lumière criaient leur hâte. Il songea à tous ces spectres, fouettés par l'astre horaire, qui rasaient des murs intérieurs. Il entendit chanter un coq dans une ferme improbable. Quelle heure était-il ? Ou plutôt, quelle heure n'était-il pas encore ?

Il marcha encore un peu, juste le temps d'un battement d'âme, qu'aucun cadran ne saurait contenir ni aucune aiguille parcourir. Après, de quoi serait-il fait ? Ici, il était encore ailleurs. Il y laisserait ses empreintes et ses pensées que les arbres se renverraient en écho, avant que le vent les emportât plus loin, au-delà des horizons.

Une étoile pointa au ciel. Son regard la cueillit et ses yeux la burent. Un clair-obscur transforma le pré en galerie champêtre. Mais le râle sinistre d'un tracteur fantomatique le réduisit à nouveau en parc à bétail. Il partit.

L'hiver succédait à l'automne. Le solstice du fond de l'an était proche. Ô nuit la plus noire ! C'est en toi que le soleil remonte dans sa course céleste. Soleil de Noël. Ô Noël de nous par qui s'enfante Celui dont on ne peut rien dire ! C'est Dieu qui nous fait l'amour.

Ce soir-là, il vit enfin une étincelle de vie dans la fugacité d'un regard. Qui ouvrait un chemin vers l'ailleurs ultime.

© Marc Sinniger, Le roman de Rose ou la dernière Héloïse, extrait

4 commentaires:

  1. Froid soleil d'hiver
    (Aujourd'hui presque invisible)
    Sur le vieux village.

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  2. L'émoi de ces mots
    Écrits pour des vies variées
    Et pourtant semblables __

    Pour Vous Marc, en hommage au Maître sablier -

    La part de l'ange-

    Sous un soleil fuyant, il boit ses mots d'esprit
    Sa vie est symphonie et sur la pierre il grave
    D'un regard suranné ou d'un écho suave
    Son passé si chargé de désir incompris

    Au bord de l'océan dans les senteurs, épris
    D'embruns qui l'apaisent d'ivresse qui l'aggrave
    Il écrit ça et là - Il sait briser l'entrave
    La défonce du temps sans pudeur ni mépris

    Au maître sablier, Il lève son angoisse
    Á sa vindicte loi ancrée dans sa carcasse
    Á son pauvre cortex au présent qui dit _ Vois !

    Il rattrape son verre, une rasade, encore une !
    Un glissement des sens pour ce monde d'infortune
    Oui ce monde est malade et toi pourquoi tu bois ?

    04/05/2014 -

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