mercredi 31 décembre 2014

Petit recueil de textes philosophiques sur le temps

Le temps qui passe, le temps qui fuit et qui jamais ne suspend son vol... La réflexion sur le temps a de tous temps été au cœur des interrogations foncières de l'homme, ce passant dans un monde lui-même impermanent. Voici donc quatre textes philosophiques de référence sur la question. Que nous nous la posions ou non, les effets du temps nous rappellent sans cesse à son souvenir. Nul n'y échappe, le miroir faisant foi... dont on sait qu'il est très patient. Il a le temps !
Toile de Tiziano Vecellio (1488-1576), Allégorie du temps

Ce que je vous propose...

Chers tous et toutes,

En cette fin d'année
Je vous souhaite
De passer de bonnes fêtes
En famille avec vos enfants
Ou avec vos ami(e)s.
Que la Paix soit dans votre cœur
Afin que la joie vous inonde.
Comme dans l'immensité, ouvrez grand votre cœur
Afin que s'en échappe tous les tracas occasionnés par la vie,
Certains tracas...laissons-les s'évanouir
Pour laisser la place à ce qui compte, l'amitié !


Que cette fin d'année vous apporte la sérénité, le calme, la santé pour l'an prochain
Qu'Héraldie reste un lieu d'échange positif et profitable.
La vie est une sinusoïde dont il faut savoir accepter les hauts et les bas
Recentrez-vous sur ce qui est beau, en profitant de l'amitié de chacun.
Marc, Marie-Louise, Cochonfucius, Curare, Lisa, Justine,
Finissons l'année
En beauté, en ayant le sentiment
D'avoir agi pour le bonheur de tous.
Bonne fin d'année et à l'année prochaine.


S. Brightman & A. Bocelli - Time to Say Goodbye (1997)

Le maintenant de soi

La vie, c'est un peu comme se retrouver enfermé dans un sablier et se sentir descendre doucement, sûrement, irrémédiablement, fatalement... Nous fêtons l'année nouvelle dans la joie festive, si du moins quelque épreuve ne nous en a pas (ou pas encore) ôté le goût. En somme, nous fêtons le temps qui passe... mais qui, peu à peu, ronge aussi la peau de chagrin de notre courte et passagère existence. C'est là un paradoxe bien singulier. Car courte, elle l'est. Oh ! Pas pour ceux qui s'ennuient et qui s'encombrent eux-mêmes du matin au soir, tuant le temps comme ils peuvent, s'étourdissant dans toutes les formes de divertissements que la société moderne offre à la fuite de soi-même et parmi lesquels on peut compter la recherche de sensations. Non, je parle pour ceux qui vivent avec intensité, c'est-à-dire dans une pleine présence à eux-mêmes et au monde. Alors oui, une heure ne compte plus que soixante misérables minutes et une journée à peine vingt-quatre petites heures, dont une bonne partie à dormir, c'est-à-dire à vivre en état de quasi léthargie. C'est drôle, si nous faisons le bilan, nous ne vivons de manière éveillée que les deux tiers de la vie, le dernier tiers étant passé à nous remettre des deux autres... Alors voilà, pour la nouvelle année, je vous souhaite à tous d'avoir du temps, du vrai temps : le temps de regarder passer les nuages, de contempler le couchant ou la fleur qui s'épanouit au soleil, d'écouter le chant d'un ruisseau, de lire un bon livre, d'observer la façade d'un immeuble, de s'attabler à la terrasse d'un café et de regarder passer les passants, les uns se hâtant, les autres flânant ; le temps d'écouter de la musique, d'en faire peut-être, d'écrire des lettres à ses amis ou un poème, de converser avec une bonne compagnie autour d'un café ou d'un thé, ou encore, le long des allées d'un jardin ou sur le boulevard ; le temps de vivre, de se vivre, d'être, de s'être... Car le temps est un luxe inouï et un instrument de liberté extraordinaire. Chaque instant se propose d'être le matin du monde ; oui, chaque instant, c'est le maintenant de soi et celui de l'autre. Et quand nous aimons une personne et que nous apprécions ce qu'elle est, qu'il est bon d'être avec elle, tout simplement et rien de plus ! Oui, il n'est alors rien au monde qui compte davantage. Ô toi que j'aime, merci d'exister ! D'être au monde avec moi... C'est en faisant que l'homme se fait ; c'est en étant qu'il vit. Être... c'est renaître à soi, tout le temps. 

Sagesse des astronomes


                            Tu voudrais décrocher les astres de la nuit
                            Pour en illuminer les profondeurs du vide.
                            Mais si tu leur prenais tous leurs rayons limpides,
                            Ils tomberaient en vain aux tréfonds de ce puits.

                            Tu voudrais voir surgir la fin de tes ennuis,
                            Portée par les beaux yeux d’un chevalier candide.
                            Mais il ne peut franchir les espaces arides
                            Que son triste regard discerne autour de lui.

                            Tenons compte, à présent, de la réalité.
                            Puisque cela n’est pas dans nos capacités,
                            Renonçons, pour ce soir, à toucher aux étoiles,

                            Laissons-les scintiller, là-bas, dans le lointain ;
                            Ne leur demandons pas de vivre en nos jardins,
                            Posons-les, si tu veux, sur une simple toile.


Cochonfucius

Astronomy, par James Sant [British Painter, 1820-1916]

Réveillon avec Héraldie

Pour fêter le passage dans la nouvelle année, nous suggérons un menu plutôt sobre, sans viande, avec des produits exclusivement bio... Il ne s'agit pas de sacrifier à une certaine mode, ni à une quelconque tendance. Manger ne doit pas être une posture mais rester un plaisir, ce qui n'empêche certains principes. Quand on songe que plus de la moitié de la nourriture produite sur la planète est finalement jetée, on a peine à le croire ! Et quand on sait les méthodes et les trafics pour produire cette nourriture, on est tout simplement effondré ! Ne dit-on pas que la médecine commence dans l'assiette ? Je suis convaincue que le monde changera réellement en mieux quand nous changerons notre rapport à la nourriture, c'est-à-dire notre façon de manger la Mère... Je me comprends.


Endives grillées farcies au Roquefort lié à du fromage de chèvre frais

Champignons de Paris farcis au fromage à l'ail de Garonne et aux fines herbes reposant sur un lit de mâche arrosée d'huile d'olive et d'un filet de vinaigre balsamique de Reggio d'Émilie (Italie)

Terrine de pâté maison au tofu soyeux en vinaigrette

Navets boule d'or avec mini viennoises de tofu fumées

Boissons : Eau plate dynamisée et Saumur rouge fruité

Corbeille de fruits : pommes Rambourg d'hiver et Ontario du Canada (excellente avec leur arrière-goût de banane), poires Doyenné de Comice (Anjou), clémentine d'Espagne, raisin d'Aquitaine, dattes Medjool (Israël) et Deglet (Tunisie), figues Lérida (Turquie), abricot (Languedoc), noix de coco (Ceylan) et divers fruits secs : noix, noisettes, amandes

Sorbet aux myrtilles des Vosges accompagné de Bredeles d'Alsace

Vin chaud et puis dodo !

Qu'y a-t-il au menu, Madeleine ?

La collection de cartes de menus est désignée par les mots Libellocénophilie ou Missuphilie. À l'occasion du réveillon de ce soir, je m'y suis intéressée de près et ai ainsi fait un choix de quelques modèles, allant de la Belle Époque aux années 50 et dont certains, vierges ou revirginisés par nos soins, pourraient parfaitement resservir, il suffirait simplement de les imprimer. J'aime beaucoup le lieu où officie Madeleine ; c'est une belle cuisine à l'ancienne, avec son fourneau à pieds et ses étagères en bois où pendent, reluisants, les ustensiles en cuivre. Le chapon semble doré à point. Madeleine assure Madame qu'il a mijoté toute la journée, l'ayant régulièrement arrosé de son propre jus pour rendre sa chair fondante à souhait. Les invités se régaleront, pour sûr. Il ne reste plus qu'à rédiger le menu sur des petites cartes prévues à cet effet. Madame n'aura qu'à choisir ci-dessous...

mardi 30 décembre 2014

Le matin du monde

Ma bonne amie, il est l'heure de songer à mes vœux. Je suis restée longtemps devant la feuille blanche, attendant le premier mot, celui qui ouvre le passage aux suivants. Tu connais bien cela, je crois. Il est venu enfin et je me hâte donc de le tremper de cette encre indélébile, tu sais, ce bleu nuit que tu aimes tant car il marie l'azur au sable, comme tu dis, qui sont de fidélité et d'humilité, par lesquelles l'amitié honore ceux qui la partagent. Voici...

          
          Mille et une saisons
          De l'âme et du corps,
          Mille et une raisons ;
          Pour t'aimer encore.

          Parle-moi de nous,
          J'en ai tant besoin
          Car mon cœur se noue
          Dès que tu es loin.

          J'aime quand tu me contes
          Tes pensées, tes rêves ;
          Je n'ai pas mon compte,
          Je t'écoute sans trêve.

 


Quand je te sais là,
Mon cœur a plus chaud ;
Des mots que voilà,
Entends-tu l'écho ?

Jamais ne me laisse,
Le monde serait vide ;
Tu es ma druidesse
Et ma néréide !

Tu m'as dit un jour,
C'était hier à peine :
« En nous pour toujours,
L'amitié est reine. »

 

Ma bonne amie, c'est sur ces mots que je referme l'année ancienne. Je les dépose ici, un peu comme si je les gravais sur la porte qui s'ouvre déjà sur l'année nouvelle. Je sais que tu passeras par là bientôt. Et quand tu les liras, si vulnérables et maladroits, mais sans détours, tu diras simplement, je le sais, « le matin du monde... ».

Célébration distraite

 

Buvons un coup au passage,
Les bars du Quartier Latin
Ne nous veulent point trop sages ;
Ou bien, juste le matin.

Buvons des vins de la Loire
Ou parfois des verres d’eau ;
Il n’est point question de gloire,
Chacun boit ce qu’il lui faut.

Il ne s’agit pas d’être ivres
(On ne nous aimerait pas !)
Mais bien d’être heureux de vivre
Et d’embellir nos repas.

Oubliez donc cette épître
Aussitôt son air chanté :
Rangez-la dans vos pupitres
Et buvez à ma santé.

Cochonfucius

Toile de Jacques Autreau (1657-1745), Les buveurs de vin, Le poète

Et cette étoile qui brille

 
L'Ami, plus rien jamais ne me détournera 
Des chemins qui montent les degrés de la sapience ; 
L'on me dit : « Tu verras, tu t'en retourneras 
Car le monde d'en bas ne souffre point la déviance ; 

Comment ? Tu prétends penser ? Quelle extravagance ! 
À quoi donc cela sert-il, puisque tout se vaut ! 
Comment ? Tu te piques d'aimer ? Quelle inconséquence ! 
Tais-toi et consomme ! Foin du cœur et du cerveau ! 

Il te veut tout entière dans une case de sa grille ; 
Sois originale, fais comme les autres à ta manière 
Et soumets-toi à l'ordre de la termitière . » 

J'ai vu l'autre côté... et cette étoile qui brille 
Au fond de mon être est pour moi comme un phare 
Qui guide mon vaisseau dans la nuit et le brouillard.

ML, Les nuits de Chelsea

Toile d'Edward Robert Hughes (1851-1914) peintre préraphaélite anglais

La dernière prophétie

Tandis que les hommes font partout bruyants festins 
Où l'on dévore sans faim, boit sans soif et se saoule, 
Emportés par la spirale du temps qui enroule 
Le fil des jours sur les écheveaux du destin, 

Debout, sous la haute frondaison d'une forêt profonde, 
Se tient la Gardienne des Portes du Septentrion, 
Tenant bien droite dans l'axe de la lointaine Orion, 
L'Épée de Vérité qui jugera le monde. 

Son auréole nous prévient des choses à venir : 
Du Sud viendra la fin des nations actuelles ; 
De l'Orient, celle qui dévaste, Kali la Cruelle : 

De l'Occident, celui que tous voudront bénir 
Mais qui soumettra toutes les nations de la terre ; 
Et dans ses yeux brille le soleil noir des enfers...
  

Toile de Julius Johann Ferdinand Kronberg (Suède, 1850-1921), New Year's Night, 1911

La prophétesse


Loin des rires contraints et des profanes bacchanales, 
Au-delà des chemins connus, des sentiers battus, 
Est un lieu étrange, en vérité peu banal, 
L'on y peut entendre une voix qui s'est longtemps tue 

Mais qui, en ces temps de tourmente, du fond des âges, 
Remonte dire aux humains, amnésiques de la vie, 
Rebelles au bien, n'écoutant plus les pieux adages, 
Au cœur devenu sec et à l'âme asservie, 

Que la roue a tourné et la moisson approche. 
Je vis apparaître une ombre ; c'était une femme ; 
Elle fixait un feu, écoutait parler les flammes ; 

Elle leva sur moi un regard dur comme la roche 
Et eut ces paroles que je n'oublierai jamais : 
Ce qu'il adviendra vous appartient désormais.

Toiles d'Alphonse Mucha (1860-1939)
En-tête, Un conte d'hiver - Ci-dessus, La prophétesse

lundi 29 décembre 2014

La neige descend avec noblesse

Je suis en train de lire le dernier roman autobiographique de Pascal Bruckner, un de mes auteurs et sociologues de prédilection. C'est une écriture à la fois très sensible et sans complaisance. Beaucoup de passages confinent à la prose poétique. Ainsi, celui où l'auteur parle de la neige...


Et la neige qui tombe a pour moi valeur d'intimité, elle rassemble les êtres, s'adresse en nous à l'amoureux transi, au sédentaire. Au contraire de la pluie qui suit bêtement les lois de la gravité, la neige descend avec noblesse, frôle les corniches, consent à se poser sur un coussin déjà préparé par d'autres flocons. Elle ouate les bruits, cache nos laideurs, donne un sentiment d'immobilité comme si, après avoir consenti à la chute, elle remontait lentement de la terre vers le ciel. Elle n'est pas froide, elle réchauffe les cœurs, se fait l'agent subtil du désir. Chaque fois qu'en montagne, j'ouvre les yeux sur une nuit que bleuissent les flocons larges et doux, je crois voir entre les branches des sapins encapuchonnés, accourant à ma rencontre, le visage de la femme aimée qui se détache, énigmatique et bienveillant.

Pascal Bruckner, Un bon fils, Grasset 2014, p. 29-30

Barde pieux


De la lumière plein les yeux,
Un vieux rhapsode chante et prie ;
Son chant revêt d’orfèvrerie
Les corps de trois modestes dieux.
 

L’un porte une barbe de vieux,
Belle dessus les broderies ;
Le deuxième a mine fleurie
Et le troisième encore mieux.
 

Gardiens des bons anachorètes,
Aucun démon ne les arrête ;
Pas même l’empereur des loups. 

Protecteurs de la noble Jeanne
Et du charpentier sur son âne,
Maîtres des sages et des fous.

Cochonfucius 

Toile de Nils Blommér (Suède, 1816–1853)

Stone Age - Maribrengaël

Stone Age est un groupe breton. Maribrengaël est un chant 
traditionnel inspiré du répertoire des sœurs Goadec.

dimanche 28 décembre 2014

Ma lune

Depuis toujours, la lune m'a beaucoup intriguée et ce que j'en ai appris n'a rien levé du voile qui l'entoure, bien au contraire. Pour moi, son mystère est entier. Certes, elle est l'auxiliaire de notre terre dont elle régit les flux liquides ; mais il me semble qu'au-delà de cette fonction régulatrice, au-delà même de son influence sur notre psychisme, elle est le signe de quelque chose... N'est-elle pas, en dehors du nôtre, le seul et unique monde céleste qui s'offre directement à notre regard humain, sans que celui-ci doive recourir aux artifices des instruments ? N'est-elle pas alors une sorte de messagère qui nous dirait : « Voyez, je suis la preuve que vous n'êtes pas le seul monde dans cet univers sans bornes ; ma présence dans votre ciel vous invite à lever le regard et à le porter au-delà ; à vous faire à l'idée qu'il existe d'autres mondes que le vôtre. L'azur du jour est comme un manteau protecteur et sécurisant mais la vision s'en trouve limitée, fermée même, tandis que la nuit qui m'enveloppe est grande ouverte vers l'infini. Et cet infini est habitée. Bien plus que les lointaines étoiles dont vous ne percevez que la brillance floue, ma proximité vous fait toucher ma matérialité et donc la réalité de ce dont je ne suis que les prémices. »

Aujourd'hui encore, chaque fois que je regarde la lune, je repense à ces songeries de mon enfance. Parfois aussi, je l'imaginais comme un monde que l'on aurait posté près du nôtre pour établir et garder le lien avec le reste de l'univers ; d'autre fois, je la voyais comme une sorte d’œilleton géant par lequel « ceux de l'autre côté » pouvaient observer ce qui se passait sur terre ; ou encore, comme une parabole sphérique qui renvoyait ailleurs les images qu'elle enregistrait...

Lune des astronomes et des astrologues, lune des marins et des météorologues, lune des poètes et lune des lunatiques... Lune des songes. Ma lune aussi !

Toile de Johann Peter Hasenclever (1810-1853), Die Sentimentale

Le temps qui passe... au fil des mois

Nouvelle série de chromos anciennes suivant le rythme des mois et des saisons...
Voir à l'intérieur pour un format plus grand.

Le temps qui passe : le calendrier de la nature

Cette série de chromolithographies anglaises parcourt, au fil des mois et des saisons, l'année des plantes et des animaux, avec un choix des espèces les plus emblématiques. Malheureusement, il nous manque le mois de juin.

Les sports d'hiver à la Belle Époque

Chromos éditées par le chocolatier Hartwig & Vogel et la Compagnie Liebig.

samedi 27 décembre 2014

L'imagination de l'eau


L’eau presque transparente a des fantasmes bleus ;
Sirènes, cachalots, mots gelés, îles-lettres,
Monstres qu’elle imagine et fait surgir à l’être,
Y compris, certains jours, des vaisseaux fabuleux.

L’eau presque insignifiante a des vues d’avenir ;
Elle projette en elle une muse nageuse,
Elle s’envole au ciel et redescend, neigeuse,
Et va sur l’Everest pour n’en plus revenir.

Nous aimons contempler ce monde issu de l’eau.
La vague, le reflux, le calme, la banquise,
Nous y voyons autant de figures exquises
Que fait venir à nous la fantaisie des flots.
 

Toile de Charles Murray Padday (British, 1868–1954), A Mermaid

Douze mots

     Dis-moi un mot doux 
     Plume 
     Dis-moi un mot sucré 
     Miel 
     Dis-moi un mot apaisant 
     Ange 
     Dis-moi un mot gentil 
     Viens 
     Dis-moi un mot gigogne 
     Toi 
     Dis-moi un mot rond 
     Regard
     Dis-moi un mot fleuri 
     Prairie 
     Dis-moi un mot caressant 
     Sourire 
     Dis-moi un mot d'espoir 
     Toujours
     Dis-moi un mot vrai 
     Maintenant 
     Dis-moi un mot secret 
     Amour 
     Dis-moi un mot définitif 
     Nous

Irréductible

L'Ami, je sais lire dans un regard diaphane 
Ce que les lèvres tirées taisent si obstinément ; 
Vois-tu, je serai une Artémis ou une Diane 
Et je banderai mon arc vers le firmament; 

Je veux ainsi porter très haut ce qui nous lie, 
Le monter au-delà de toutes les pesanteurs 
D'un monde trivial et absurde dont l'acéphalie 
Fait un bateau ivre livré aux prédateurs 

Qui sont marchands de voluptés de pacotille, 
Terrassiers ès platitudes, camelots du néant ;
Imprimé sur papier glacé, le vide béant ! 

Dans mon âme est gravée une si belle estampille; 
Je la veux mettre à l'abri de toute corruption, 
Là où elle ne subira nulle profanation.

ML, Les nuits de Chelsea

Les joies de l'hiver

Certes, les joies de l'hiver se font plutôt rares, surtout si l'on n'habite pas la montagne. Et si, de surcroît, nous ne désirons pas nous bousculer dans une station de neige (ayant notre compte de foule), il nous reste tout de même les images. L'idée des choses, dans certains cas, est parfois bien pratique (sourire). Cette série de chromos anciennes nous conte la mésaventure de deux garçons pris dans la tourmente...

Le temps qui passe : le calendrier des animaux

Éditées par la Maison Huntley & Palmers évoquée dans le billet consacré à la Biscuiterie Lefèvre-Utile de Nantes, cette douzaine de chromolithographies met en scène divers animaux au fil des mois. Veuillez nous excuser si le chargement des images est parfois long, rapport à leur format parfois plus lourd, ici en PNG (Portable Network Graphics) choisi pour des raisons de qualité optimale.

vendredi 26 décembre 2014

Temps de lecture


                           J’apprécie les auteurs dont les oeuvres sont mûres ;
                           Au hasard de la Toile, on en trouve à foison,
                           J’aime les savourer en la grise saison
                           Où la mourante feuille en son arbre murmure.

                           Le novembral corbeau danse dans la ramure,
                           Avec Commère Pie échangeant des raisons ;
                           Le bélier pour l’hiver renforce sa toison,
                           La route sous nos pieds se fait un peu plus dure ;

                           Les livres, cependant, nous offrent leur parfum
                           Et le sage discours des grands auteurs défunts,
                           L’encre sur les feuillets n’étant point trop pâlie.

                           Les textes d’aujourd’hui ont aussi leur beauté,
                           Je ne suis pas de ceux qui vont la rejeter ;
                           Mais, dans ceux d’autrefois, cette mélancolie…


La coupe d'amertume

 

J'ai bu jusqu'à la lie à la coupe d'amertume
Que me tendait Kali sous les traits de Lilith,
Celle dont l’œil de nuit liquide verse son voile de brume
Sur la raison des jours qui bientôt se délite.

J'ai toujours vu au lieu d'une sorcière la bonne fée
Et dans tout sourire de femme celui de la Mère ;
Mon cœur n'est plus que cendres d'autodafés
Froides sur les marchés des amours intérimaires.

Dans les vallées que baignent les eaux saumâtres,
L'âme guerrière s'émousse et ne récolte que la rouille
Des heures vides qui ne laissent de soi que la dépouille.

L'Amie, en cette demeure tu m'es comme un âtre
Où mon âme qui remonte peut déposer les armes ;
Puisse la chaleur des mots vrais y rompre le charme !

Blasonnement de l'amour vénal

        De gueules estompé 
        au chef d'or pailleté 
        Sourire en morsures 
        Caresses en griffures
 

        Ombre et poussière 
        Fuite et œillères
        Noces en trahison 
        Chair de venaison

        Promesses d'un soir 
        Réveil en déboires 
                                                                Pavanes sur le boulevard 
                                                                Retour sans un liard

Le temps qui passe : le calendrier des champs

Jusqu'au milieu du 20e siècle, la vie de la plupart des Français était rythmée par les travaux des champs qui suivaient le fil des saisons. Aujourd'hui, il est fréquent d'entendre les gens se plaindre de ce qu'il n'y ait plus saisons... tandis qu'eux-mêmes mènent désormais des existences totalement décalées du rythme naturel des choses... Des saisons, qui ne sont déjà plus respectées dans l'assiette, on ne considère plus, au mieux, que les vacances d'hiver, celles d'été et la période des fêtes de fin d'année, le reste se confondant plus ou moins dans une suite de jours que l'on voudrait à son gré. Ainsi est notre époque, désirant une nature immuable que l'on malmène par ailleurs.
Cette série de douze chromolithographies, éditée par Eau de Carmes Boyer et imprimée par Hérold, est complétée par les dictons paysans qui appartiennent à la tradition orale. 

Divinités farceuses

   Aphrodite, en plaisanterie,
   Envoie de beaux rêves, parfois ;
   Quelques bacchantes en furie
   Qui mettent un cœur aux abois.

   Artémis, dans sa pruderie,
   Montre les animaux des bois ;
   Amusante ménagerie,
   Je suis content quand je les vois.

   Dans ces oniriques exploits,
   Ce qui compte, c’est la poursuite ;
   On ne demande pas, je crois,
   En quoi peut consister la suite.




Image : La déesse Artémis par Oxan

Ornithologie approximative

 
Oiseaux de sable sont corbeaux ;
D’argent, ce sont pluvians d’Asie.
D’hermine, aigle de Malaisie,
De sinople, un piaf pas très beau.

D’azur, mouette de poésie ;
De gueules, comme un vif flambeau,
L’hirondelle auprès d’un tombeau :
D’or, saffre de Papouasie.

Oiseaux sont pour faire semblant,
Surgis tout droit d’un papier blanc
Où sans contrôle une plume erre ;

Oiseaux pour chasser le cafard,
Pour oublier le temps blafard,
Et pour nourrir l’imaginaire.

Angelus

Je voudrais être sûr que tu ne me crains plus, que tu m'estimes autant que je te vénère ; appuyé sur ton cœur, je voudrais vivre une heure de la vie des anges
(George Sand, Indiana)

    
    Ange du matin 
    Brosse mon jour 
    Ange de midi 
    Viens à ma table 
    Ange du soir 
    Ouvre-moi la porte 
    Ange de minuit 
    Couvre-moi de tes ailes



Il était une fois : une leçon de vie

A l'époque où un sundae de crème glacée coûtait beaucoup moins, un petit garçon de 10 ans entre dans le café d'un hôtel et s'assoit à une table. Une serveuse dépose un verre d'eau devant lui.
- Madame, c'est combien pour un sundae de crème glacée ? demande-t-il.
- 50 cents, répond la serveuse.
Le petit garçon sort la main de sa poche et se met à examiner la monnaie qu'elle contient.
- Bien, combien pour un simple plat de crème glacée ? demande-t-il.
 
 
A ce moment il y a des gens qui attendent pour une table et la serveuse commence à perdre patience.
- 35 cents, répond-elle sèchement.
- Je vais prendre le plat de crème glacée, dit-il.
La serveuse lui apporte sa crème glacée, dépose l'addition sur la table et s'en retourne. Le garçon finit sa crème glacée, paie à la caisse et s'en va.

Quand la serveuse revient, elle a la larme à l’œil en nettoyant la table : bien placé au côté du plat vide, il y a 15 cents. Le petit garçon ne pouvait pas prendre le sundae parce qu'il devait lui rester suffisamment de monnaie pour laisser un pourboire...

À celle qui sait

Repose-toi, guerrière, car voici que s'ouvre la saison intérieure, celle de la gestation dans le ventre de la Mère qui annonce le renouveau. Épouse le creux de la lumière en sa plongée immobile telle la vague qui reconstitue sa puissance avant de déferler. C'est dans l'ombre que l'espoir renaît ; c'est au fond de la nuit que l'aube survient. Puise dans ton repos des forces nouvelles pour les combats à venir. Remplis tes mots de lumière afin qu'ils éclairent et réchauffent ceux qui sont trempés de cœur mais incendient ceux dont l'oreille de bois n'écoutent rien du dedans ; ceux aussi dont la langue de bois contournent les mots pour taire leurs noirs desseins. Fourbis ton épée afin qu'à nouveau elle sorte de son fourreau telle une langue de feu qui jettera la confusion sur la superbe des âmes grises. Voici, tu n'es plus seule car ces temps sont de convergence. Partout, les croisées de l'Histoire dessinent des rassemblements dont personne ne soupçonne ni ne mesure l'étendue. Vois, les forces de l'ombre sont à l’œuvre dans beaucoup de contrées du monde ; là, elles répandent les cris et les pleurs par le fer et le sang ; ailleurs, elles désespèrent les nations par la servitude et la spoliation ; partout, elles mangent le manteau de la Mère pour l'ensuite revêtir d'ordures. En ces temps où ceux qui parlent ne disent plus, où ceux qui écoutent n'entendent plus, où ceux qui s'interrogent ne comprennent plus, les mots seront tiens, invincibles car irréductibles.

Oui, repose-toi, guerrière, en ce solstice où la lumière recentrée forge dans le plus grand secret tout son tranchant à venir. Rien n'est vain qui renverse les trônes de la déraison ; rien n'est vaincu qui marche avec la vie. Le néant n'appartient qu'à ceux qui s'emplissent d'eux-mêmes. Le vide appelle le vide, le semblable le semblable. Un jour, guerrière fatiguée, l'on se souviendra que tu fus femme d'abord, pleine d'un amour irradiant qui ne demandait qu'à poser ses mille et mille rayons dans un cœur qui n'aurait jamais cessé de s'ouvrir.

Ne dis rien, guerrière, pas encore, tu briserais le silence et mangerais le blé en herbe, à l'instar de ce monde qui dévore le temps, dans sa hâte de disparaître. Envoie juste un signe car une petite étoile dans le firmament est reine de ses mondes.