jeudi 1 janvier 2015

Colin-Maillard

Oui, Curare, les mots plus que les images... Mais en moi, les mots parfois tarissent, parfois me submergent. Tant de choses à dire, tant de choses à taire. Briser le silence... Mais à quoi bon écrire, me dis-je en moi-même, pour le retrouver quand même ! J'écris puis range ma plume ; je sors mais me hâte de rentrer ; je reprends la plume encore, comme je ressors toujours... Non, c'est elle qui me veut ! L'écriture est une marâtre qui me commet au ménage ; mais parfois, elle est une marraine prévenante qui m'aide à réaménager ma petite chambre intérieure. Ce sont les bons jours. Ceux des mots que l'on égraine, du silence que l'on écosse... Ce que j'aime dans l'écriture, ce sont ces instants de suspension, où l'on attend le mot, un peu comme la figure dans les nuages, les jours où le ciel est de traîne et de langueur. Quand il arrive enfin, il est souvent froissé. Alors je le repasse. Trop peut-être. Toujours cette tentation de lisser la vie, d'en ôter les moindres plis...

Oui, Curare, les mots plus que les images... Mais les mots s'en retournent à l'image, toujours. Les écrire, les lire, les dire, c'est les retenir un peu, dans la stricte calligraphie de leurs petites courbes, de leurs hampes élancées et leurs jambages allongés... Mais rien n'y fait, ils veulent se draper d'amplitude, se vêtir de formes et de couleurs à palette ouverte, s'égayer dans la luxuriance des graphismes. L'image, c'est un peu la luxure du mot. Un jardin, aussi, où il joue à colin-maillard... Image, que veux-tu dire ? Mot, que veux-tu montrer ? Qui es-tu ? Laisse-moi te toucher.

Oui, Curare, les mots plus que les images... Je suis parfois comme ces femmes qui, devant l'armoire pleine, ne trouvent rien à se mettre... Alors je remets les mêmes chiffons. Un peu comme les mots. Qui sont les mêmes souvent. Ils ne font que changer d'habits, parfois seulement de dessous (sourire).

Certains soirs, quand la pesanteur du jour, d'où je me suis arrachée enfin, s'obstine à vouloir me suivre chez moi, la plume agit comme un balai pour chasser l'importun. Mais cette plume-là m'est parfois pesante. Je me dis alors : « Qu'as-tu donc à dire, toi qui ne désires qu'être ! »

Écrire, c'est aussi entrer dans la nudité de l'instant et dans le dépouillement de soi. Et ces mots que je livre, que je délivre, ne sont que les hardes des instants éteints. Et je demeure entière, sans avoir dit, sans m'être dite...

Oui, Curare, les mots toujours car aucun jamais ne nous dira.

3 commentaires:

  1. Pour vous, Ma Dame,

    Elle décèle le temps le fixe d'un coup d’œil
    Lui dont elle fait fi soupire sans confiance
    Toujours cette folie à croire que le deuil
    Est un masque de fer piégé d'invraisemblance.

    Lui se trouve au comptoir quelque part à Montreuil
    Son regard est figé pétrifié d'incroyance
    L'heure montreuilloise réduit en trompe-l’œil
    L'isolement captif tant ils manquent de chance

    Et lui qui se tient là ! tout près de sa splendeur,
    Et elle ? Et son pas court à l'odeur de froideur
    Personne ne l'attend dans sa niche d'ivoire

    Personne pour dompter cet amour si cruel
    Elle ne veut plus rien voir lui et son rituel
    Dans les murs du donjon, elle noie tout déboire __


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  2. Je comprends ces mots... Merci pour cette composition. Cela me touche.

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