dimanche 4 janvier 2015

Muse du soir


     Combien j'aime le moment du réveil, le matin, quand rien ne m'appelle au-dehors et que je peux décider de ma journée. Ces derniers temps, je ne décide plutôt rien, sinon de demeurer chez moi, dans l'intention, tout de même, d'écrire un peu. J'attends alors que la Muse du matin veuille bien me souffler des choses à l'oreille. Quand elle tarde trop (et elle tarde souvent), je prends parfois ma flûte et j'improvise un air qui traduit mon état intérieur. (Je n'aime pas trop qu'il soit neutre ou quelconque.) Parfois la musique a cette vertu de faire venir la Muse et bientôt les mots prennent la suite des notes. Écrire un peu, me dis-je, juste un peu, pour finalement me rendre compte que la nuit est déjà tombée ! Sauf que je n'ai généralement pas écrit grand-chose... Ce n'est pas possible ! J'ai parfois le sentiment qu'on me dérobe du temps, que quelque malin génie substitue des heures aux minutes... Il est vrai que le temps consacré à écrire est ponctué par des phases où je suis très pensive, songeuse même... Cependant, je n'arrive pas vraiment à en mesurer l'importance. Tous ceux qui écrivent connaissent-ils cela ? Sans doute... Il est vrai que n'ayant pas d'obligations particulières, je peux disposer de tout mon temps et donc facilement l'oublier. Je réalise que c'est un luxe. Mais même quand on l'a en profusion, il passe vite, trop vite !

     J'aime aussi le crépuscule, surtout ce moment croisé, où le jour n'est plus jour et la nuit pas encore nuit. La vie a l'air de se dérouler au ralenti, semblant même rester en suspension, quelques courts instants. C'est surtout dans la nature, et plus spécialement en forêt, que j'ai pu observer ce phénomène. Oui, c'est comme si l'on se trouvait entre deux mondes, sans trop savoir si on demeurera dans le sien ou si l'on se retrouvera dans l'autre... Oui, combien j'aime ces instants-là, où l'âme est vagabonde, mais sans pourtant qu'elle se sente perdue, bien au contraire. C'est un peu comme si elle était chez elle, ou dans quelque chose qui lui rappelle son vrai monde... C'est là qu'apparaît la Muse du soir, la plus généreuse, toujours souriante d'un sourire plein de volupté. C'est d'elle que je tiens la plupart de mes compositions et je la remercie. Mystères de la pensée... Je ne manque jamais de lui faire la révérence quand Morphée m'appelle au loin. Ma bonne Muse, n'oublie pas de revenir demain ni les autres soirs. Je t'attendrai. Vois, ta place est toujours réservée car ma demeure est la tienne. Avant, quand je n'écrivais pas encore, j'ignorais jusqu'à ton existence. Aujourd'hui, il me semble que tu fais partie de moi...

Illustration d'en-tête : toile d'Edward Robert Hughes (1851-1914), Twilight fantasies