samedi 3 janvier 2015

Vraie vie

 

J'aime ces dialogues qui se tissent sur la Toile où vogue la nef Héraldie. Certains jours, ce voyage me semble si surréaliste que je me trouve folle de m'y être embarquée. C'est si à côté de la vraie vie ! La vraie vie ? … Laquelle ? Celle de ce temps de hâte et de précipitation ? Du regard atrophié et des mots expédiés ? Où tout nous pousse à être à l'extérieur de nous-mêmes, sollicités sans cesse par l'esprit de bazar qui partout attise nos puériles convoitises et nos rêves plats d'un ailleurs à prix sacrifiés ; à consommer notre temps en harassantes poursuites de vaines gloires qui n'attirent à soi que les amitiés mesquines... La vraie vie... ou la triviale réalité d'un monde sans destination ni boussole ?

Alors, je reviens en Héraldie où m'attend ma cabine. Le petit hublot m'invite à arrondir le regard et à galber les mots. Parfois, je monte sur le pont pour humer l'air du large ; j'aperçois alors d'autres nefs qui voguent de conserve ou en sens inverse ; certaines sont à nos couleurs, en provenance de toutes les contrées de ce monde étrange. Les capitaines se saluent de temps à autre, échangent quelques mots et promettent de se retrouver à la prochaine escale. Parfois aussi je prends la barre et je peux ainsi gouverner le bateau à mon gré.

Oui, j'aime ces dialogues où se disent tant de choses qui ne peuvent se dire ailleurs ; l'on y peut habiller les mots à sa guise sans se soucier de la mode ; l'on y peut être en phase avec son temps ou pleinement décalé de l'époque. Le griffon y côtoie la tourterelle et le dragon se glisse entre les porcelaines anglaises ; un sonnet sur le pluvian donne la réplique à un blason taillé d'or et de sable... La chaussure perdue de Gandhi se cache entre deux images de la Belle Époque, tandis que le peintre Ducreux met son doigt sur la bouche, comme pour nous rappeler à la tranquillité vertueuse du lieu.

Oui, j'aime ces dialogues où les mots se font les signes de l'indicible en soi. Alors, pour échapper à cette fabrique de non-dits de la « vraie vie », je retourne au navire que j'ai beau vouloir quitter, je remonte à bord toujours ! Déposer dans ses cales mes malles craquantes d'images qui peignent la richesse du monde et dans la sainte-Barbe tous ces mots ardents qui brûlent mes lèvres ; me laisser bercer par l'onde tranquille qu'épouse le vol de la mouette ; célébrer avec ceux que j'aime les beautés du cœur dont la coupe jamais ne désemplit. 

Poésie, tu es de l'âme le nectar et ta parole hospitalière invite à la table des agapes tous ceux qu'un peu de tendresse nourrit. Je remercie les poètes qui sont fol équipage mais aussi les plus sûrs compagnons de cette grande aventure qu'est le voyage intérieur.

4 commentaires:

  1. Conversation décousue (Pays de Poésie, 24-9-13)
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    -- Nos vies seraient un jeu de piste.
    Le soir au long des boulevards
    Nous attendraient les bouquinistes
    Et les habitués du bar.

    -- Merci, mais dis-moi si ton coeur
    Est libre ou non, cela m’importe :
    Car si tu étais un tricheur,
    Je devrais refermer ma porte.

    -- Dame tu es de mes pensées,
    Je pourrais être ton mentor.
    Je dis cette chose insensée,
    De s’aimer on n’a jamais tort.

    -- Tu dis cette chose subtile,
    Alors, mon étrange amoureux,
    Réponds à ma question facile :
    Ton savoir te rend-il heureux ?

    -- J’ai la jouissance du savoir,
    Même un peu auto-érotique.
    Je n’ai point regret de l’avoir,
    Ma délectation sémantique.

    -- Je m’en vais, j’ai peur de la neige
    Qui rend trop glissants les chemins,
    Et j’ai peur de notre manège
    De caresses sans lendemain.

    -- Je ne sais ce qui nous arrive.
    C’est difficile, c’est trop fort,
    Et ça s’en va à la dérive,
    Et je tremble de tout mon corps.

    -- Alors, reprenons nos distances,
    Nous avons déliré assez.
    Nous partagions cette souffrance.
    Mieux vaut en parler au passé.

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    1. Quel dialogue ! Et qui n'est pas, ce me semble, si fantaisiste que cela. Bien au contraire... Un vécu se dégage de ces mots qui sonnent vrais... Mon intuition me trompe-t-elle ?

      "Ton savoir te rend-il heureux ?"... Cette question fut déjà posée ici même...

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  2. Cochonfucius m'a devancé Dame Marie-L -
    Mon premier sonnet de l'année pour vous en hommage,
    Pour lui - à jamais -

    Soulève-toi et perds dans le sable ta peine
    Éparpille au hasard ton repli obstiné
    Remplis-toi de visions de hasard satiné
    Et ne renonce pas - Tu es femme aussi Reine

    D'aimer et d'oublier ta passion qui s'égrène
    Au fil de tes soupirs de ton mal confiné
    Faudrait jamais s'aimer car l'amour est inné
    Je le lis dans les mots de ton air de sirène

    Chacun ne sait comment dompter l'amour
    Non pas de liberté non plus à la Zemmour !
    Attiser 1 blason en liaison sur la Toile ?

    De quel côté ça penche en mêlant l'amitié
    Alors dis-moi ma Dame cherche-t-on sa moitié ?
    En a-t-on la constance quand apparaît l'étoile ?


    _______________03/01/2015______________(Donnez lui 1 titre)

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    1. Curare ! Vous entrez dans les pièces sans frapper ! (sourire) Vous apparaissez, déposez un mot, une phrase, un sonnet plus rarement... puis repartez aussitôt, évanescente - fuyante ? - mais sans vous éloigner vraiment. Comment dire ? Je sens votre présence, même quand vous êtes de silence. Je ne suis plus surprise par vos visites mais étonnée, toujours ! Cette intensité... Et cet hommage taillé sur mesure qui me... dévêt presque ! Presque, Curare, car vous êtes généreuse. Allez, j'ose vous le dire : vous pratiquez la poésie un peu comme un art martial : maîtrise des mots – maîtrise des gestes – juste ce qu'il faut... et c'est bien assez !

      Ces mots que vous venez de déposer vont me parler, Curare.

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