lundi 23 février 2015

Sagesse d'Homère

Toile de John William-Waterhouse, Circé

C'est d'avoir défié les dieux que le roi d'Ithaque
Fut condamné par Poséidon à l'odyssée ;
Il ne verra pas grandir son fils Andromaque
Ni ne retrouvera sa Pénélope délaissée.

L'errance du guerrier que chanta le sage Homère
Conte en vrai le périple que doit affronter
Tout homme se prenant à poursuivre la chimère ;
Mais Ulysse ne se laissa jamais démonter ;

Le filtre que lui fit boire la perfide Circé
Pour le transformer en bête docile et soumise
N'eut sur lui aucun effet grâce au caducée,
Une défaite que la déesse n'a jamais admise.

La belle Calypso n'eut pas davantage d'effet
Sur sa décision de retrouver son royaume ;
Une vie d'immortel lui sembla un pâle reflet
De ce qu'est le véritable destin d'un homme.

L'amour d'une divine ne flatte que la vanité ;
Le plaisir dépourvu de la moindre tendresse
Retient le corps et les sens en captivité,
Mais l'âme se meurt en cette terre de sécheresse.

Le parfum de telle fleur attire le butineur ;
Las ! le voilà gobé par la plante carnivore,
Perdant ainsi sa vie autant que son honneur ;
Il a cru se nourrir et c'est lui qu'on dévore !

Bien des mortelles se tiennent de semblable façon,
Dont la beauté n'est souvent que l'étui du vide,
N'ayant appris de la vie que deux trois leçons
Futiles qu'elles répéteront jusqu'aux premières rides.

Nous autres ne sommes ni des héros ni des dieux ;
Se comporter rien qu'en hommes est déjà énorme ;
Compagnons, venez, embarquons et disons adieu
À ces statues creuses qui n'ont du réel que la forme.

Toile de Wright Barker (British, 1863-1941) – Circé,1889