mercredi 24 juin 2015

Le roman de Rose ou la dernière Héloïse

Toile de Lipking

Paris est le théâtre de milliers de destins croisés. Un redoutable miroir aux alouettes. Une immense gare de triage. Une fabrique de solitudes surtout. Une centrifugeuse en tous les cas...
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Ils savaient leurs faiblesses mais ils ne les laisseraient pas mettre leur amitié en péril. Rien ne devait l'altérer. Pour cela, il fallait que chacun fût en accord avec lui-même, sans rien projeter sur l'autre, sans rien promettre, sans rien attendre non plus. Ne compter que sur soi, se cramponner à soi-même, comme dit la chanson. Leur attirance réciproque était une force qu'ils devaient convertir. Pour s'élever, dépasser leur petite mesure. Ils vivaient dans le quartier des grands joaillers parisiens. Ils étaient entourés de boutiques de luxe. Mais aucune ne proposait le joyau des joyaux, la pierre philosophale de toutes les gemmes, hors de prix : une amitié pure, quasi absolue. Ils pallieraient à cette absence. Ils défieraient leurs limites pour cela. Ce joyau, ils le tailleraient et le poliraient, jour après jour, instant après instant, sans rien précipiter. Avec une extrême délicatesse. Avec des gestes comme des caresses à peine esquissées. Ils se donneraient pour outils la sincérité, la loyauté, la ténacité et la fidélité. Ils y mettraient toute la patience, toute la persévérance et toute la détermination dont ils seraient capables.

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