mercredi 30 septembre 2015

En attendant le train

Toile de Steve Hank

J'avais manqué mon train ce jour-là, par mégarde ;
Mon premier élan fut d'en être contrariée,
Pressée de quitter cette cité triste et hagarde ;
Je m'installai dans un café faire mon courrier,

Relire mes dernières compositions poétiques
Et penser à ma si singulière existence,
Partagée entre de rares moments euphoriques
Et de longues périodes de totale inappétence.

La vie s'apparente aux rails d'un chemin de fer :
Le moindre écart peut faire dérailler la machine ;
Faute de justes parallèles, les liens peuvent se défaire.
N'est-ce point à son zénith que le soleil décline ?

Cette pensée jeta le trouble dans mon esprit,
Au point que j'en fus, jusqu'au soir, d'humeur chagrine.
Dans la vie, il n'est qu'une chose vraiment hors de prix ;
Quand j'écris sur elle, jamais ma plume ne badine.

ML, Les nuits de Chelsea

La lune et les champignons

Composition de l'auteur

Que la lune soit blonde ou brune, toujours pour
Elle, les champignons se lèvent. Sa lumière
Blanche leur plaît autant que l'obscurité. Hier
Elle était de sang, alors ils sont partis pour

Ne pas perdre la tête car elle les force
A faire des ronds de sorcières, ce qui
Ne leur plaît guère. Dès qu'elle se radoucit,
Ils ne résistent pas et de toutes leurs forces

Bien campés sur leur jambe ferme, ils accourent,
Encore tout enrobés de rosée. On voit
Les girolles, coulemelles, cèpes des bois

Danser avec les chanterelles des prés. Si
La lune est descendante, ensemble ils rient. On dit
Que personne dans la forêt n'est mal luné.

L'air du temps

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2013/08/11/001-cellulaire-dependance-facile.shtml
Image du site Radio Canada

Les endormis vivent chacun dans leur propre monde,
Sans que cela produise une société très ronde ;
Avec le portable, ces bulles ont juste gonflé ;
Le tout-à-l'ego étale sa face boursouflée

Dans l'espace public devenu l'encombrement
Du vide qui accompagne le démembrement
De la vie sociale où, bien-sûr, tous communiquent,
Mais pour ne dire rien, du moins pas grand-chose d'unique.

L'air du temps c'est de faire beaucoup d'air justement ;
Ce vent n'allant nulle part souffle abondamment
À travers des existences devenues poreuses.

Tout le monde s'est rendu joignable à merci
Pour converser dans un sabir à raccourcis.
Notre belle langue est devenue bien miséreuse.

Le spectre à trois faces
Toile d'Igor Morski

Le blason de Yanis J. de la 4e3


De sable au lion rampant d'or semé du champ.

Le blason de Nicolas M. de la 4e1

Tiercé en pairle, au 1 de sinople à l’œil de Providence d'or allumé de sable et de gueules ; au 2 d'azur à la flamme aussi d'or ; au 3 du même au symbole du chaos de sable chargé d'un pentagramme inversé d'argent.

Le blason de Jules B-G de la 4e1


Parti de sable et d'argent, à la flamme et au symbole du chaos de l'un à l'autre.

Rose éléphantine, rose baleinière et rose volante

Blason de Nicolas Copernic (1473-1543) *

La rose éléphantine en la plaine est en marche,
Sa fleur est gigantesque et s’ouvre comme une arche ;
Jamais elle ne craint la licorne-bélier,
Sa tige monte au ciel, comme un vivant pilier.

La rose baleinière, en l’immensité bleue,
Au long des froids courants traîne sa belle queue ;
Elle garde son cap, comme une nef d’airain,
Complice de l’orage et des monstres marins.

Mais ma fleur préférée, c’est la rose volante
Qui plane dans le ciel des oasis brûlantes ;
Elle rit, peu lui chaut que le sol soit de roc,
Pour elle, une charrue n’usera pas son soc.

Cochonfucius



* Le lien renvoie à un article du blog Herald Dick Magazine qui s'intéresse particulièrement aux blasons dans l'héraldique. Nicolas Copernic est un astronome polonais. Il émet l'hypothèse de la rotation de la Terre et des autres planètes autour du Soleil. Sa théorie ne fut reconnue par les autres scientifiques qu'après l'invention de la lunette (vers 1610).

Astronome aux cheveux d’argent

Blason de William Herschel (1738 -1822) *
William HERSCHEL (1738 -1822)

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L’astronome rêveur est allé dans la plaine,
Il a franchi le bois, la dune et le ruisseau,
Il a dit quelques mots sous l’ombrage d’un frêne,
Puis il a contemplé la danse des roseaux.

Il est vêtu, ce jour, d’un vieux gilet de laine ;
Il partage son pain avec quelques moineaux,
Il songe tout le jour aux étoiles lointaines,
Sa planète, pour lui, ce n’est qu’un grand berceau.

Il arpente le ciel pour le mesurer mieux,
Il caresse la voûte avec ses nobles yeux,
Guettant avec patience un astre qui se lève ;

Il reste, au long des nuits, couché sur le gazon,
Il fixe son regard plus loin que l’horizon,
Ce poète obstiné, l’astronome qui rêve !

Cochonfucius


* Le lien renvoie à un article du blog Herald Dick Magazine qui s'intéresse particulièrement aux blasons dans l'héraldique. William Herschel est un organiste et astronome britannique, d'origine allemande. Il réalise de nombreux instruments dont certains colossaux, il découvre Uranus et des satellites. Il est le premier à étudier systématiquement les étoiles doubles.

A (Heraldically-Related) Tempest in Hong Kong


There is apparently a crisis of academic freedom at Hong Kong University. In a recent (September 25, 2015) article about this crisis on the website of Hong Kong Free Press, writer Alvin Y.H. Cheung talks about what the University should stand for, and alludes to HKU's coat of arms to help make his point. 

Carry on the reading on Heraldry

Olive trees

Blason d'Ollioules (Var, Provence) : d'argent, à un olivier arraché de sinople.

The olive trees dance
The memories of four lives,
Of a family.

They will dance forever since
They are rooted in our love.

mardi 29 septembre 2015

Dès que je te vois, ô Lesbie

Toile de Kemal Kamil Akca

L'Amie, est-ce la poésie de ce cher Catulle
Ou le nectar perfide du divin Bacchus
Qui firent à ma pauvre tête l'effet d'une grosse bulle ?
J'ai tenu le verre et la lecture mordicus,

En vain, bientôt Morphée m'emporta sous ses ailes
Et me déposa sur un nuage de coton ;
Mais Marc poursuivit sa lecture avec un zèle
Exemplaire, tout en baissant de moitié le ton.

J'entendis encore : « Dès que je te vois, ô Lesbie,
J'oublie tout... » Il murmurait presque ; son débit
Se fit plus lent : « … ma langue s'embarrasse,

Un feu subtil circule dans mes veines... » Puis plus rien...
Il m'avait rejointe dans mon voyage aérien !
Au bout de ce vers s'en effaceront les traces.

Le spectre à trois faces
dans la nuit épaisse
Dès que je te vois, ô Lesbie, j'oublie tout, ma langue s'embarrasse, un feu subtil circule dans mes veines, un tintement confus bourdonne à mon oreille, mes yeux se couvrent d'une nuit épaisse
Catulle (84-54 av. J.C.), Poèmes, 51 (traduit par Héguin de Guerle, 1928)

Lilith

Painting by Roberto Ferri

You used to name me :
Lilith, the mermaid who
Haunted your dreams.

Now Lilith wanders alone
In the shades of loneliness.

Esther Ling

Fantasme

Toile d'Igor Morski

L'histoire d’Éden c'est un peu celle d'une pauvre poire
Ayant mangé une pomme d'où sortirent des pépins
En si grand nombre que c'en fut la mer à boire ;
Depuis, c'est en suant qu'elle doit manger son pain.

C'est l'éternelle histoire de la boîte de Pandore ;
L'interdit suscite d'abord la curiosité ;
Puis la tentation s'éveille, la raison s'endort ;
En cela, l'homme a montré son assiduité.

À trop presser le fruit, le jus coule et fermente ;
Plus d'une ivresse joyeuse vire à la crise démente ;
Le matin un sourire et le soir un soupir.

Entre le fantasme trouble et la pure idylle,
L'on s'embrouille fort ; mais à Cumes, plus aucune Sibylle
N'éclaire l'esprit enclin au meilleur comme au pire.

Comtesse de Paris

Toile de Kyle-Polzin

Il est en mon verger un poirier dit Comtesse
De Paris dont le fruit rustique flatte autant le nez
Qu'il enchante le palais ; sa grande délicatesse
Et son parfum, malgré une peau un peu tannée,

Font de cette très noble poire un sujet de choix.
Après sa cueillette, il est d'usage qu'elle repose
Dans le cellier ou en bonne cave au moins un mois,
Jusqu'à ce que son goût atteigne l'apothéose.

Dans une corbeille, elle tient compagnie au raisin
De table et à la pomme Rambourg ou Reinette ;
L'ensemble est de l'automne un joli dessin ;

Feu mon oncle se réjouissait de cette saison
Généreuse où l'âme légère vide la chopinette
Sans trop se soucier de mesure ni de raison.

Calice d'or

Armoiries de Érasme de Limbourg, évêque de Strasbourg de 1541 à 1568 
(Vitrail de Notre-Dame de la Nativité de Saverne, Alsace)

Le calice, songeant au charpentier qu’il aime,
En un recueillement nostalgique est tombé ;
Par le vitrail, on voit un peu de ciel plombé,
Un grillon, dans un coin, bredouille un vieux blasphème.

Calice ni grillon n’ont le don des poèmes,
Le silence par eux n’est guère perturbé ;
Ce silence d’église est de grâce enrobé,
L’esprit va savourant son absence de thème.

Le calice est tombé dans un sommeil limpide,
Si l’on n’y prend bien garde, on croirait qu’il est vide ;
Trois gouttes, cependant, en tapissent le fond.

Le vin en sang muté, que nul fruit ne surpasse,
Se fige dans la coupe et semble un vin de glace,
Reflétant de furtifs et malicieux démons.

Évêque de sable

Armoiries de Jean de Manderscheid, évêque Strasbourg de 1568 à 1592 
(Vitrail de Notre-Dame de la Nativité de Saverne, Alsace)

Avez-vous vu le prélat noir ?
Il trône auprès du vieux comptoir,
Buvant autant qu’un entonnoir,
Puis il retourne à son dortoir.

L’avez-vous vu dans les miroirs ?
Quand il revient des urinoirs,
Quand il surgit du long couloir,
Son œil est comme un ostensoir.

Voyez-le, dans la paix du soir,
Lisant un livre en son boudoir
(Où c’est même un peu le foutoir) :
Pour moi, j’ai plaisir à le voir.

Cochonfucius

lundi 28 septembre 2015

Aphorism

Painting by An-He

Loneliness is the way of serenity. 

L'aigle

Toile de Julie Bell (Texas, États-Unis, née en 1948)

Dans le bestiaire héraldique, l'aigle tient un place
Royale car il est l'emblème de la majesté
Et de la force célestes ; en cela, il fait face
Au serpent chthonien qui ne peut lui résister.

L'aigle accompagne souvent le dieu suprême
Dont il est le complice, parfois l'annonciateur ;
Même Yahweh – et nous citons là un cas extrême -
Est comparé à lui ; c'est marquer la hauteur

Du symbole qu'il représente à travers l'histoire ;
Il précédait les légions avant la victoire ;
Au Moyen-Âge, bien des écus l'ont arboré.

Figure héraldique naturelle et féminine,
Devenue bicéphale à l'époque byzantine,
Cet oiseau peut s'honorer d'un destin doré.

Le spectre à trois faces

Blason d'Obernai (Basse Alsace)
Parti de gueules et de sable à l'aigle d'or brochant sur le tout.

Lune au bois dormant

Blason de Budis (Slovaquie) *

La lune forestière, une joyeuse dame,
Se laisse aller, parfois, à d’étranges langueurs ;
Puis, son plaisir revient, avec plus de vigueur,
Mille choses sont là pour enchanter son âme.

Son teint immaculé devient couleur de flamme,
Elle va se fermant, la plus timide fleur,
Oubliant des humains le regard de douleur,
Un dragon la mordille et, grignotant, l’entame.

Puis, nous la revoyons qui grandit à nos yeux,
Elle reprend sa place en son naturel lieu,
Et nos humains regards bientôt se rassérènent.

En rêvant à la lune, on oublie les tourments,
On se transporte un peu dans le grand firmament,
Avec l’astre nocturne, avec la blanche reine.

Cochonfucius

* Le lien renvoie sur un article du blog Herald Dick Magazine consacré à la Déclinaison des phases de la Lune et autres planètes du ciel... en rimes et en blasons.

Mange-lune

Blason de Nykobing Rorvig ( Danemark) *

Dans une humeur dévoreuse,
Le noir dragon de la nuit
Aux mâchoires vaporeuses
Mord cette lune qui luit ;

Or, la lune dévorée
Nous apparaît de nouveau ;
Sur sa planète ignorée,
Le dragon rentre au caveau.

Nul des deux n’a de tristesse,
Nous révèlent les oiseaux ;
Baiser rare est allégresse,
De la naissance au tombeau.

Cochonfucius

* Le lien renvoie sur un article du blog Herald Dick Magazine consacré à la Déclinaison des phases de la Lune et autres planètes du ciel... en rimes et en blasons.

Déclinaison des phases de la Lune et autres planètes du ciel... en rimes et en blasons

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Nightmare


Words that are not said
Are a poison that smoothly
Kills the soul.

They are the nightmares that wake
You up, that chill all the night.

Esther Ling

Emblazoned introduction to Heraldry


A fun introduction to Heraldry and its origins.

Quand j'étais petite fille


Quand j'étais petite fille, je voulais être grande ;
Et maintenant que je suis grande, j'aimerais être
Encore petite. Quelle idée, je me le demande !
Je ne pense pas avoir envie de remettre

Cela ; la seule idée de me réincarner
Dans un monde de demeurés ne me séduit guère ;
D'y vivre bien, je me suis comme tous acharnée,
Mais j'ai perdu toutes mes illusions de naguère.

Est-ce la faute des dieux ou plutôt celle des mortels
Si ce monde devrait être placé sous tutelle ?
L'humanité n'est pas sortie de son enfance ;

Chaque génération croit faire mieux que celle d'avant ;
Arrive la suivante qui lui dit d'aller au vent.
À chacune son tour d'essuyer du temps l'offense.

Le spectre à trois faces
Personne ne perd rien pour attendre

dimanche 27 septembre 2015

Le faucon


Le faucon est un rapace de réputation
Ancienne, associé à Indra dans l'Inde antique,
Les Incas se placèrent sous sa haute filiation ;
Il fut du dieu Râ l'animal hiératique

Et à ce titre protecteur de Pharaon.
Au Moyen-Âge, les trouvères en firent le symbole
De l'amoureux, les chasseurs de le soumission ;
En héraldique, associé à l'aigle, son rôle

Est mineur ; encapuchonné, il symbolise
L'espérance en la lumière que nourrit celui
Qui vit dans les ténèbres, c'est-à-dire la nuit

De l'esprit ; ainsi inspira-t-il la devise
Post tenebras spero lucem des imprimeurs
De la Renaissance et ce lui est un honneur.

JW & MS, Le spectre à trois faces

Blason de la commune de Faucon (Vaucluse)
D'azur au faucon chaperonné d'or, posé sur une muraille crénelée de trois pièces du même, maçonnée de sable, surmontée de cinq besants aussi d'or ordonnés en orle, trois en chef et un à chaque flanc, au chef cousu de gueules chargé d'une clef d'or et d'une clef d'argent passées en sautoir.

Vision spectrale

Toile de Konstantin Razumov

Être belle sans charme c'est comme être instruite
Sans intelligence ; l'on prend pour pensée profonde
Une platitude épaissie, juste un peu enduite
D'une culture de surface qui s'étale en faconde.

Ce déhanché annonce le déambulatoire ;
Tu penses savoir marcher dans des talons aiguilles
Sur le boulevard qui n'est plus qu'un champ de foire ?
Un dos ondulé est ta future estampille.

Tu tiens pour ouverture d'esprit ta béance flasque ?
Demain, un pot de chambre sera ton seul vasque.
Et quand tu auras trouvé ton gentil nounours

Pour lequel tu déploies tout le kit de tes charmes,
Tu boudineras sans que ça te fasse alarme.
Le samedi, vous ferez ensemble les courses.

Le spectre à trois faces
Un jour, sur les grands boulevards

Élégie

Toile d'Alfredo Araujo Santoyo

Ma mie, plus personne ne nous mettra dans une cage,
Même si elle est de fin cristal, car une prison
Aux barreaux d'or n'a de l'amour que le plaquage ;
De lui, c'est la liberté seule que nous prisons.

L'on se fait conter fleurette, c'est l'état de grâce ;
Bientôt, il n'y a plus de bière dans le frigo ;
Sous cette forme ou une autre se produit cette phase
Où la fleur bleue finit par des bleus, tout de go.

En trinquant à nos noces, nous buvions à nos bosses ;
Une citrouille ne se transforme jamais en carrosse.
Tu pansas mes blessures, étant toi-même blessée.

Jamais ne le l'oublierai, toujours je t'honore
D'avoir été et d'être ma bonne fée encore.
Tu ignores ce que veut dire le verbe délaisser.

Pénélope

Toile de Valery Vetshteyn

Te prenais-tu pour Ulysse et moi une nouvelle
Circé voulant te transformer en taureau
Docile, sans plus de volonté ni de cervelle ?
Car c'est souvent ainsi que finissent les héros

Quand la volupté les avachie dans la couche
D'une femme n'ayant de la déesse que le vernis,
Qui craque sitôt son affaire faite, et dont la bouche
Profère de belles paroles mais que son cœur dénie.

Je n'étais pas davantage la naïve Calypso
Qui crut garder pour elle l'homme sauvé des eaux ;
J'ai toujours vu dans tes yeux la mer et son large.

Aujourd'hui, à mon corps défendant, je crois bien
Me rapprocher d'une Pénélope, ne voulant rien
Désirer du monde que de vivre en sa marge.

ML, Les nuits de Chelsea