samedi 31 octobre 2015

Evening

Painting by Fabian Perez

A glass of whiskey,
I gaze at the lake, the stars,
Smoke a cigarette.

I live again lost moments.
The paratrooper cries.

Esther Ling

Samain

Toile de Deane Whitmore (artiste néo-zélandais)

En cette nuit de Samain qui ouvrent la porte
Des arrières-mondes oubliés par cette basse époque
Où le Veau d'or, en ses viles appétences, emporte
Les nations à lui soumises vers leur ultime choc,

Nous traçons un cercle dont le sens est double :
Que s'en retourne à l'ombre toute œuvre obscure !
La coupe est pleine et le mal est à son comble
Car tel est le jeu ambigu du dieu Mercure :

Se complaisant autant dans le mal que le bien
Mais tenant l'un comme l'autre pour ce qu'ils sont : rien !
L'amour autant que la haine ne brassent que du vide

Dès lors qu'ils ne reposent que sur l'égoïsme ;
À la plupart, désormais, échappe ce truisme.
Leur soif de vie n'est qu'une autophagie avide.

Le spectre à trois faces
Ombre et poussière

Naïla


Au sommet de la montagne une femme prie
Alors que ses semblables vainement s'agitent
À vouloir amasser de l’argent au plus vite
Ce qui procure du bonheur n’a pas de prix

Nul bien matériel ne peut contenter l’esprit
La beauté y est également en faillite
Seul celui qui n’évite pas l’amour lévite
Elle a décidé de lui consacré sa vie

Elle en est folle ; c’est, dit-elle, son seigneur
Elle lui déclare son amoureuse ardeur
Dans des poèmes d’une rare intensité

« C’est une aliénée ! » affirment les bien-pensants
L’amour ne se trouve que dans la liberté. *

L’amour ne se trouve que dans la liberté, et ce n’est qu’en elle qu’il y a de la récréation et de l’amusement éternel.
Søren Kierkegaard (1813-1855)

Sur champ de tanné et terrasse de gueules

Toile de Javier Arizabalo

Rien n'est plus beau qu'un corps de femme en sa splendeur
Qui, hélas, ne dure guère ; sans borne est la traîtrise
Du temps qui lui concède quelques années d'ardeur
Avant de lui rappeler sa candide méprise.

Le champ de tanné indique l'origine du corps
Ainsi que sa destinée finale et fatale :
La terre, combien généreuse, mais, bien plus encore,
Possessive ; elle ne perd rien de son capital.

Quand tout va pour le mieux, on l'oublie aisément,
Et quand sonne l'heure des comptes, l'on s'étonne, forcément.
Plus d'une n'a que le bénéfice de sa jeunesse

Dont elle grille les années le plus futilement.
La terrasse de gueules indique clairement
La part congrue dévolue aux jours d'allégresse.

Le spectre à trois faces
Héraldique très parallèle

Le dragon

Toile de Michael Parkes

Il suffit d'une flamme pour briser les ténèbres ;
Un seul petit geste qu'inspire l'amour illumine
La journée toute entière rongée par la lèpre
Des frustrations vaines qui sans cesse ternissent la mine

Autant qu'elles éteignent la lueur dans les yeux.
Dans la foule, peu de regards disent la vraie lumière ;
Le soleil luit mais l'ombre demeure sous les cieux ;
L'on rêve de château et l'on méprise sa chaumière ;

Et c'est ainsi que l'on assombrit les instants
D'une vie dont on préfère ignorer la mesure,
Pour des illusions dont faussement l'on se rassure.

Le dragon symbolise le pouvoir malfaisant
Du côté ombre de notre nature profonde ;
Ces tréfonds de notre âme, c'est lui qui les sonde.

ML & MS, Meubles héraldiques

Blason d'Algrange (Moselle, Lorraine)
De gueules au marteau d'argent, chargé d'un dragon contourné d'or,
les ailes déployées en face et la queue tortillée autour du marteau.

Quatrains du grand Saint Rémi

Blason de Dahenfeld (Bade-Wurtemberg, Allemagne)

Il a fait un roi, le grand Saint Rémi,
Du guerrier Clovis, du seigneur barbare ;
Les péchés du roi sont à Dieu remis,
Aux pages du livre, un ange les barre.

Il fut baptisé, le grand roi Clovis,
Aux acclamations d’une foule immense ;
Ainsi que, plus tard, le seront son fils,
Le fils de son fils et les rois de France.

Le grand Saint Rémi boit le sombre vin,
Sang du charpentier qui bénit le monde ;
Je le vois trinquer avec Saint Martin
Grâce à qui l’automne en trésors abonde.

Cochonfucius

Clé de l'inframonde et clé du jardin

Blason de Zülpich (Rhénanie-Westphalie, Allemagne)

Ne perdez point la clé du parc aux vertes plantes,
Ni celle du sous-sol où nul astre ne luit ;
Le jardin sur les monts, l’enfer au fond du puits
Sont deux refuges sûrs en nos temps de tourmentes.

Qui veut laisser au loin la terre périssante
Choisira l’un ou l’autre, y partira, la nuit,
Mettant son existence à l’abri des ennuis ;
Pas de meilleur endroit pour s’asseoir, en attente.

Ces deux emplacements sont exempts de pillage ;
On y peut naviguer sans craindre les naufrages,
Chacun des deux portant des arbres et des fleurs.

Inframonde ou jardin, nous y vivrons, sans armes,
Savourant simplement leur lumière et leur charme,
Leur paisible atmosphère et leurs douces couleurs.

Cochonfucius

Convergence

Toile de Michael Parkes

Chacune venant de son horizon, dont aucun
N'est semblable, mais partout l'herbe y est verte
Et les mêmes fleurs y exhalent les mêmes parfums ;
Croisées de destins où l'amitié s'est offerte

En ses plus pures et ses plus folles déclinaisons ;
Oraisons des instants en cette profonde heure,
Où l'on échappe à la pesanteur des raisons
Et entre en hauteur autant qu'en profondeur.

Les lignes de nos regards se tissèrent en tresse
Verticale qui devint notre colonne maîtresse
Car c'est par nos hauteurs que nous tenons l'union,

Lien indéfectible que chaque jour renouvelle
Et qui lui fait la grâce d'une étendue nouvelle.
Chemins de convergence, promesse de communion.

ML, Le chemin des étoiles

Si j'étais peintre

Toile de Cesar Santos

Si j'étais peintre, je te représenterais
Dans toutes les postures ; tu serais en costume d'Ève
Qui est mon préféré et j'en célébrerais
Toute l'émouvante et charnelle beauté, sans trêve.

 Je te peindrais très lentement et mon pinceau
Te brosserait tout en douceur, telles des caresses ;
Quand j'aurais fini, j'effacerais le tableau
Pour le recommencer à nouveau et sans cesse.

L'on me trouvera bien folle de laisser ainsi
Courir mon imagination combien fertile ;
Qu'y faire quand on a comme moi le cœur qui rutile ?

Si je reviens sur ce chapitre, c'est aussi
Pour témoigner que l'amour n'a point de limite
S'il est cousu d'amitié ; ce n'est pas un mythe.

L'amitié est la similitude des âmes.
Alcuin d'York (732-804)

vendredi 30 octobre 2015

D'or et de tanné

Toile de Sergei Kustarev

Le fond d'or représente l'intériorité,
Ce qui ne saute pas tout de suite à l’œil novice,
Et qui symbolise ce qui fait autorité :
La noblesse de l'esprit que n’entache pas le vice.

Quelques roses du même sur ma coiffe pour signifier
De mes sentiments la teneur et la nature ;
Ceux qui me connaissent le savent et peuvent s'y fier ;
De cette variété je fais régulière bouture.

Le masque aussi car la manière de regarder
Le monde dépend de ce que l'on désire garder
En soi ; donc, le loup sert de filtre critique.

De tanné, enfin, qui représente l'extérieur
Que l'on veut montrer de soi, au sens supérieur
Qu'a parfois aussi cet émail : l'esprit pratique.

Le spectre à trois faces
Héraldique parallèle

Worries

Painting by Jia Lu

Fall in the mountain,
Life gets slower and serene.
Worries fly away.

Esther Ling

Mamie

Toile de Caroline Lord (artiste américaine, 1860-1927)

Les samedis matin ma grand-mère écrivait 
Elle s’installait à la table de la cuisine
Je la regardais sans qu’elle ne le devine
Autour d’elle et en elle tout paraissait quiet

C’était plaisant de la sentir ainsi en paix
Bien souvent je déplorais son humeur chagrine
Je crois désormais en connaître l’origine
Elle a perdu brutalement un garçonnet

La mort d’un enfant c’est difficile à admettre
Dans l’écriture elle le retrouvait peut-être
Elle était comme ailleurs et je n’en souffrais pas

La voir aussi sereine était comme un mirage
Je conserve au fond de moi gravée cette image
En écrivant ces mots je la serre dans mes bras

À la sainte-Mercantile...

 

L'on trouve déjà des Pères Noël en chocolat
Dans les supermarchés ; c'est Noël avant l'heure,
Mais du genre rouge pétard, made in Coca-Cola.
Pourquoi ne pas commencer dès la Chandeleur ?

L'on ferait coup double avec les œufs de Pâques
Et, tant qu'à y être, les citrouilles d'Halloween ;
L'on pourrait même tout proposer en multipack.
Qu'importe, dans un monde où les valeurs sont en ruine,

De fêter la sainte-Nitouche à la saint-Glinglin !
Tout ne se vaut-il pas en ces temps de déclin ?
Tout ne tend-il pas vers la foire universelle ?

Un jour c'est ceci et l'autre jour plus cela ;
Tourne le manège en son basique mandala.
Par ici, messieurs dames, videz vos escarcelles !

JW & MS, Le spectre à trois faces
À la sainte-Mercantile, dépensez futile.

Deux oiseaux d'or

Armoiries de l'Île de Pâques

L’âme de de chaque oiseau étant de l’autre éprise,
Je les vois, tous les deux, l’un vers l’autre pencher ;
Ils ont posé leur nid au sommet d’un rocher,
Au grimpeur de montagne offrant fort peu de prises.

Je les vois, caressés par l’estivale brise.
Les malheurs de ce temps ne peuvent les toucher ;
Car aucun prédateur ne viendra les chercher
Dans cette forteresse aux belles teintes grises.

La solitude à deux étant un bien pour eux,
Laissons-leur ce trésor ; soyons donc désireux
Que l’adresse du nid ne soit point découverte ;

D’adresse, il n’en a point, c’est un endroit perdu
Où nul explorateur ne s’est jamais rendu,
C’est un bloc minéral au bord d’une île verte.

Cochonfucius

Croissant magique

Drapeau du peuple Rapanui (Île de Pâques)

C’est sur l’île aux pâquerettes
Qu’on trouve un rouge croissant ;
L’or du couchant s’y reflète,
Il porte un charme puissant.

Il fait prospérer la rose
Abritée par les vieux murs,
La fait resplendir, éclose,
Lorsque les cieux sont d’azur.

Un nuage de rosée
Dessus l’île va glissant,
Où la magie est posée
De ce merveilleux croissant.

Cochonfucius

Eau profonde

Peinture de Daren Horley

Que sait-on réellement d'une chose ou d'une personne ?
L'on n'en voit jamais que la partie émergée,
Sans se douter de l'immergée qui ne se donne
À voir que dans les situations naufragées.

Cette sirène, si splendide quand elle est en surface,
Peut s'avérer un redoutable prédateur,
Un monstre hideux à la plus cruelle des faces,
Prêt à vous emporter dans les noires profondeurs.

Telle est la partie ombre lovée en nous-mêmes ;
En nous dorment les germes de nos propres extrêmes
Dont chacune ne demande qu'à se réveiller.

Toute rencontre est toujours quelque part féconde,
Mais l'on ne sait jamais ce qu'elle mettra au monde.
En toute chose il faut garder l'esprit éveillé.

Lord Alfred Tennyson - Mariana in the South

Painting by John William Waterhouse (1849-1917)

With one black shadow at its feet,
The house thro' all the level shines,
Close-latticed to the brooding heat,
And silent in its dusty vines :
A faint-blue ridge upon the right,
An empty river-bed before,
And shallows on a distant shore,
In glaring sand and inlets bright.
But 'Ave Mary,' made she moan,
And 'Ave Mary,' night and morn,
And 'Ah,' she sang, 'to be all alone,
To live forgotten, and love forlorn.'

Mountains

Painting by Albert Aublet (1851-1938)

Vivre en montagne
c’est oublier le monde et
Sa folle course.

Des intenses moments qui
Sont bercés de silence.

Esther Ling

Ce soir je te sens si loin

Toile de Christian Schloe

Ne sois pas triste, l'Amie, la nuit sera belle,
Tu verras ; après dîner, nous irons flâner
De par les rues ; tu porteras tes petites ailes
Tandis que je porterai ma robe safranée.

Nous irons ainsi équipées et nonchalantes,
Moi, te récitant le dernier Cochonfucius
Ou quelque autre composition truculente ;
Toi, comme d'habitude, me citant du Confucius

Ou encore, celui que tu préfères, Marc Aurèle ;
Et si d'aventure une petite soif nous appelle,
Nous irons boire une pinte dans quelque pub du coin.

Quand nous verrons briller les étoiles dans nos têtes,
Nous rentrerons au logis pour finir la fête.
Qu'as-tu donc, l'Amie ? Ce soir je te sens si loin...

Quiproquo

Toile de Rafel Obinski

L'intensité est de légèreté, toujours,
Mais point celle, inconsistante et superficielle,
Qui n'est que l'habillage du vide aux flous contours,
Écran de fumée aux volutes artificielles

Qui captive les sens exacerbés, sans nourrir
La sensibilité ni dilater l'espace
Intérieur, où les boutons d'amour peuvent s'ouvrir
Et faire voler en mille éclats la carapace

Du cœur mesquin autant que de l'esprit trivial.
Combien d'unions mortes eurent pompeux cérémonial ?
Combien d'idylles naissantes en des glaces déformantes ?

Si l'amour ne grandit, c'est qu'il n'est jamais né
Et l'attrait du début se trouve vite suranné ;
Une fois le quiproquo levé, vient la tourmente.

ML, Les nuits de Chelsea

jeudi 29 octobre 2015

Sagesse des amazones


Les chevaliers celtes eurent pour maîtres d'armes des femmes
Guerrières, aussi expertes dans l'art du combat
Que bonnes cavalières ; en tout, elles avaient la flamme
Et ne dédaignaient jamais les joyeux ébats.

Elles jouissaient d'un rang égal à celui des hommes
Et l'on ne sache pas, pour l'époque, d'équivalent ;
La femme ne fut jamais majeure dans l'ancienne Rome ;
Les légionnaires restaient d'ailleurs les bras ballants

Quand ils se virent attaqués par des amazones
Portant juste cotte de mailles jusqu'au mont de Vénus ;
Bonne tactique : détourner l'attention vers cette zone

Et profiter à plein de l'effet de surprise ;
Plus d'un connut de son destin le terminus
Et dut, chez Hadès, méditer sur sa méprise.

Le spectre à trois faces
L'histoire au féminin

Love

Painting by Nathalie Picoulet

I am a stranger,
I don’t belong to this world
Where love is a sin.

I roam alone the shades of
Confusion, begging for love.

Esther Ling

Tueur en série

Gilles de Laval, sire de Rais, Maréchal de France (1404-1440)
Toile d'Éloi Firmin Féron, 1835

Gilles de Rais était seigneur de Machecoul
Compagnon de Jeanne d’Arc, Maréchal de France
Reconnu responsable d'atroces souffrances
(Des mômes il en tortura et tua beaucoup)

Il fut en parti brûlé une corde au cou
Puis lavé et enterré, selon sa convenance
Ses complices n’avaient pas la même influence
Aussi leur cadavre consuma jusqu’au bout

La déférence envers ce criminel perdure
Des minutes du procès certains n’en n’ont cure
Ils parlent d’iniquité, évoquent un complot

Une association porte son patronyme
Ils marchent sur la mémoire de ses victimes
Peu leur importe pourvu qu’ils aient un héros

Vincent

D’or à la croix de sable (de Retz), à la bordure d’azur 
semé de fleurs de lys du champ (de France).