dimanche 31 janvier 2016

Les Vignes du Ciel

Peinture d'Eduard von Grützner (1846-1925)

Le cloître ayant réuni son Chapitre
Au sujet des manquements du bon frère Maurice
Dont le cursus se mesure en hectolitres
De vin engloutis en ses entrailleuses abysses,

L'on décida de reconduire dans ses fonctions
Celui qui est d'entre tous le meilleur caviste,
Sans pour autant lui donner la royale onction
Ni le soumettre à une rigueur janséniste.

« Il se dit qu'à force de fréquenter les barriques,
L'on en devenait une soi-même ; Est-ce si tragique ?
Mes frères, je veux bien me sacrifier pour cela ;

J'ai le goût sûr pour reconnaître un cépage
Et le don alchimique pour en tirer breuvage ;
J'imagine les Vignes du Ciel, dans l'Au-delà... »
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Voir Un caviste pas triste

Maître Coq, héraut d'armes


Blason de Campagne-lès-Boulonnais  (Pas-de-Calais)

Ciel ! me voici de gueules brochant sur coupé d'or
Et d'azur... Lors, pour une bonne moitié, en enquerre !
C'est n'être avec le bon code point en accord ;
Un angle droit se moque-t-il d'être dans l'équerre ?

J'en aviserai le héraut d'armes, si je puis ;
Je ne suis pas Maître Coq pour le roi de Prusse ;
Les règles sont là pour qu'on prenne sur elles appui ;
Sus à l'Informatique et Héraldique Minus !

Voici comme il se doit : point d'émail sur émail,
Ni de métal sur métal pour faire bon travail ;
C'est ainsi que depuis l'origine l'on blasonne.

Certes, ne soyons pas plus royaliste que le roi ;
Qu'une entorse ne soit pas objet de désarroi ;
Je ne suis point moi-même d'humeur très tatillonne.
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Coupé d'or et d'azur au coq hardi de gueules,
becqué et membré de tanné, brochant sur le tout.

Sur notre terre si ronde

Peinture de Rafal Olbinski

Quand je sentirai ton oeil rouler vers le bas
Pour verser les larmes d'une intarissable source,
Je le retiendrai ; est-il un plus doux combat ?
Pour faire de la peine, l'on ne manque point de ressources,

Mais pour caresser l'âme et apaiser le coeur,
Il suffit de dire : « Je suis là, vois comme je t'aime !
En ce beau jardin, chaque rose t'en offre l'odeur. »
Il est dit : si la sagesse résout les problèmes,

L'Amour les dissout. Est-il plus grand miracle ?
C'est une belle parole, l'on peut s'en faire oracle.
Cela seul pourra sauver du chaos ce monde.

Les hommes cherchent le Paradis et bâtissent l'Enfer ;
Ils disent « Paix, paix ! » mais répandent le sang par le fer.
Comme la vie serait belle sur notre terre si ronde !

Une expédition spatiale

Art Huichol (peuple indigène du Mexique)

Dans un petit album au dos de percaline,
Des photos d’univers multidimensionnels,
Un vrai poème optique et gravitationnel :
Si c’est d’un architecte, il est sous mescaline.

Assis dans mon grenier qui sent la naphtaline,
Je parcours, d’un regard omnidirectionnel,
Ce recueil de clichés vraiment exceptionnels :
Et bientôt, je franchis le mur de cornaline

Qui tient lieu de frontière aux mondes transcendants.
Et, dès lors, entouré des fiers astres chantants,
Je me baigne au cristal qui vibre et me transporte.

Soudain, ces clairs sentiers redeviennent obscurs :
Me voici à nouveau de ce côté du mur,
Car il faut que je signe un papier qu’on m’apporte.

Cochonfucius

Le grand mystère



Petit à petit l’oiseau fait son nid
Construction d’une très grande importance
C’est là que va grandir sa descendance
A son tour elle en fera un aussi

De même l’être humain se reproduit
Mais est seul à avoir une conscience
L’homme cherche le sens de l’existence
Un questionnement qu’il n’a pas choisi

Besoin d’une nature particulière
Qui n’a pas été fait pour lui déplaire
Du mystère se nourrit son désir

Aussi le chérit-il comme personne
Le nom de Dieu bien souvent il lui donne
Certains disent l’aimer à en mourir

Vincent

Music


Music is my life,
The wings that take me high,
So far from the world.

It is my nest, my cocoon.
The tongue of all my Dreams.

Esther Ling

samedi 30 janvier 2016

Mille et Une


Peinture de Robert Gonsalves

Elle avait mille visages mais c'était la même femme ;
Il faut du temps à un homme pour le comprendre,
Balbutiant la même formule "Ouvre-toi, Sésame",
Pauvre de ce qu'à pleines mains il croyait prendre.

Chacune naissait des eaux primordiales de son âme
Et paraissait en ses plus beaux miroitements ;
Il s'élança, s'écriant : « Vous voici, ma Dame ! »,
Son coeur sécrétant son propre enchantement.

Arriva celle qui lui souffla : « Vois, je suis là. »
D'une voix qui lui sembla venir d'un au-delà ;
« Je suis Toi et je t'appelle depuis l'Autre Monde.

Es-tu prêt à cuire et recuire de mille cuissons ?
A t'écorcher dans les plus épineux buissons ?
Plus beaux sont les fruits d'un arbre que l'on émonde. »

Peinture de Rafal Olbinski

Où aller encore ?

Peinture de Vladimir Kush

La nuit nous enveloppe telle une chrysalide
Et le matin libère, au lieu d'un papillon,
Une chenille qui balbutie dans le jour livide
Où la charrue du mental creuse les mêmes sillons.

Je sens chacun des instants lever telle une pâte
Dont la cuisson libérera cette bonne odeur
De pain pétrie que l'on porte à sa bouche sans hâte
Et qui renvoie tout autre mets à sa fadeur. 

Ou aller encore quand on est en ce Centre,
Lors qu'en lui s'accomplit ce qui fut l'ultime quête ?
N'ai-je pas vaincu le dragon dont j'étais l'antre ?

Que m'importe d'entrer en Eden quand derrière moi
Le monde poursuit le chaos en ses vaines conquêtes ?
Vivre c'est aimer ; nul ne s'égare sur cette Voie.

Partout et même ailleurs

Peinture de Robert Gonsalves

Aujourd’hui au travail, à la fin d’une sortie à vélo sur des chemins parfois boueux, je félicite un jeune handicapé mental qui a réussit à suivre le groupe malgré qu’il soit peu expérimenté :

- Ah ben toi, je peux t’emmener partout maintenant ! 
Il me répond très sérieusement :
- Ouais partout... et même ailleurs !

Vincent

La muse amuse


La Muse Polyhymnia de la Poésie Sacrée


...effleurement subtil et balbutiant… *
Ce vers repose sur dix pieds à peine
L’alexandrin est plus de mon domaine
Mais il me convient sans prolongement

Son auteur décrit ainsi le moment
Où un mot fit une incursion soudaine
(Pour couronner une de ses rengaines)
Dans son esprit pris d’émerveillement

Quelqu’un lui a murmuré à l'oreille
Un être de nature immatérielle
Affublé du nom de muse parfois

La sentir est la quête du poète
Sa présence est synonyme de fête
Suave caresse, océan de joie

Vincent
_____

* Voir les commentaires du poème Sauve solitude

Des larmes de crocodile

Blason de Bamako (Mali)

Un chasseur voit un gros caïman au bord du Nil
Il croit qu’ayant bien mangé la bête somnole
A ses cotés gisent les os d’une bestiole
Restes d'un déjeuner de l'amphibien goupil

L’homme au fusil s’approche ignorant le péril
Le reptile jaillit et chope ses guiboles
Réalise sur lui-même des cabrioles
Exactement comme roulerait un baril 

Emprisonné dans la terrifiante mâchoire
L’imprudent raconte une déchirante histoire
Le crocodile éploré lâche ses cuisseaux 

Libéré le tireur prend sa gueule pour cible
Il est chanceux que ce spécimen soit sensible
Sans quoi ça serait lui qui aurait eu sa peau !

Vincent

Druid - Toward the Sun

En cette étrange nuitée

Peinture de Paul Bond

J'ai rêvé que je me retrouvais toute seule,
Assise dans une barque, au milieu d'un océan ;
Je vis l'horizon étirer un blanc linceul
Et sentis en moi se creuser un vide béant.

Que m'arrivait-il ? Que faisais-je là ? Qui étais-je ?
Il me sembla n'être rien de plus qu'une ombre
A laquelle faisaient mystérieusement cortège
D'étranges papillons dont cinq était le nombre,

Celui qui symbolise la cohérence globale
De l'Univers : le principe de matière du Deux
Uni au principe divin du Trois... Seigneur mon Dieu !

La boucle se bouclant annonçait l'heure tombale,
Ouvrant l'ultime cycle de mon incarnation ;
Je me sentis bien, libre de toute passion.

Le spectre à trois faces

Peinture de Susan Seddon Boulet

vendredi 29 janvier 2016

Adieu

Peinture de Clifford Warren Ashley (1881-1947)

Tandis que le nef Héraldie navigue par vents
Arrières, arborant en proue la plus belle des muses,
Défiant les écueils et les courants dérivants,
Le Blasonneux mène en sa cabine vie recluse,

Se demandant si ce voyage n'est pas folie,
Avec le plus improbable des équipages
Pris tour à tour de joie et de mélancolie
Et ayant noirci ici des milliers de pages.

Le grand large s'est ouvert sur l'Océan sans rivage
En lequel le chemin des étoiles s'est fondu.
Ici cesse ma mission ; lors, je prends mes bagages

Et m'en retourne d'où je suis sortie : d'un beau rêve,
Né de la rencontre la plus inattendue
Que la vie puisse réserver à une fille d'Ève.

ML, Le chemin des étoiles

Rayons

Illustration allendouglasstudio

Ma vie, est-ce ton crépuscule ?
Sont-ce là mes derniers rayons ?
Mais je trace droit mes sillons,
Sans crainte de la canicule.

Mon chant, tel celui du grillon,

Parmi mes compagnons circule
Comme fait un animalcule
Que presque point nous ne voyons.

Je dis la fraîche ombre du chêne
Et je dis l’averse prochaine ;
Je marche, barde échevelé

Sous l'oeil d’une muse rieuse ;
Par l’effet d’une humeur joyeuse,
Mon noir tourment s’est envolé.


Cochonfucius

Camel - Colors of the Universe

jeudi 28 janvier 2016

Les trois saisons d'Héraldie

Peintures de Rafal Olbinski

Lorsque la nef Héraldie largua les amarres,
Elle fut tel un château flottant aux mille écus ;
Mais bientôt, la mer lui sembla une petite mare.
Vint Cochonfucius lui recharger les accus

Avec force sonnets de belle facture héraldique ;
Dame Pierrette jubila en son armurerie ;
Le travail était régulier et méthodique ;
Tous, nous admirions la splendeur des armoiries.

Quand Dame de Beaulieu posa son bouquet de roses,
Il se passa en Héraldie des drôles de choses ;
Tout se teinta de gueules de sa plus vive ardeur.

Un jour, la nef glissa sur l'Océan sans rivage,
Là où fusionnent tous les éléments, sans clivage ;
Nous y rencontrâmes la Dame de la Profonde heure.

Le spectre à trois faces

Journal de bord

Colonne d'Amour


Peinture de Rafal Olbinski

Le Sage a dit : « Si tu ne sais plus où tu vas,
Regarde d'où tu viens, tu sauras où tu te trouves ;
C'est là qu'est de ton existence le canevas ;
En chaque instant c'est l'Eternité que tu couves. »

Comme des mots simples peuvent paraître sibyllins
Quand on n'en possède pas la clef initiatique ;
Bien des évidences sont cachées aux plus malins
En leur mental aux contorsions acrobatiques.

Se projeter c'est entrer dans la distorsion ;
C'est ouvrir un crédit et vivre sous caution ;
Vivre c'est être tout entier en la Présence ;

L'Amour alors descend en cette Colonne-là
Car vivre c'est Aimer en ce Pur Au-delà
Où tout ce qui se donne à voir prend sa Naissance.

ML, Le chemin des étoiles

Naissance de l'Ego

(Composition de l'auteur)

Je viens du chaos, là où tout a commencé.
J'erre dans le vide, ne sachant où aller.
C'est fou, je peux tout faire ! Alors sur cette Terre
Je cherche partout : l'eau, l'air et la lumière.

Je cours et tourne, je m'essouffle et me retourne
Jusqu'à ce que je heurte le grand Autre qui
Me renvoie mon image. D'effroi, je retourne
Chez Moi, était-ce merveille ou horreur ? A qui

Avais-je affaire ? Est-ce qu'il faut le détruire ?
Ou faut-il que je lui parle mais sans m'enfuir
Cette fois? Faut-il que je l'aime sans lui nuire?

Qui suis-je ? C'est dans son regard que je me vois.
Est-ce le grand Autre qui me construit, Moi
Qui n'étais rien ou tout ? Qu'importe ! Je veux vivre.

Publicité

Peinture du 17e siècle

Je vais annoncer tout de suite la couleur,
Ce sonnet est un poème publicitaire.
Il vous en fera lire un autre je l’espère
Qui vous procurera sans doute du bonheur.

Si je m'évertue à être son souteneur,
C’est qu’il est long et qu’il finit au cimetière ;
Une troisième chose pourrait vous déplaire :
Une grenouille de bénitier en est l’auteur 

Prenez de la hauteur si cela vous embête,
A ce niveau-là un esthète ne s'arrête,
La beauté est sa seule préoccupation. 

Pour sa longueur et vos larmes éventuelles
Les toilettes offrent temps et papier à la pelle
Attention cependant à la suffocation !

Vincent


Une amie


Une amie avec nous chemine
Des jours, des ans,
Puis disparaît ;

Mais ne disparaît point son rire,
Ses mots, sa voix
Quand vient le soir.

Il n’y a pas de fleuve froid,
Rien que la terre
De nos jardins.

Cochonfucius

mercredi 27 janvier 2016

Un caviste pas triste

Peinture d'Eduard von Grützner (1846-1925)

Tandis que le monde file son train en son tumulte,
Une autre affaire met le cloître en émoi
Où certains, c'est notoire, ont de Bacchus le culte ;
Il faut y mettre ordre avant la fin du mois.

A cet effet, le Chapitre tiendra assises,
Présidé, comme il se doit, par Messire l'Abbé ;
Il y aura des sanctions, la chose est acquise ;
Boire, c'est entendu, mais de là à s'imbiber !

Frère Maurice, le principal visé, s'en amuse :
« L'on a beau dire, j'ai du bon vin la science infuse ;
L'on boira piquette avant qu'il ne soit longtemps ;

Les fêtes carillonnées menacent d'être fort tristes
A écarter le plus avisé des cavistes ;
J'ai mes défauts mais mes qualités tout autant. »

mardi 26 janvier 2016

Destruction


There is nowhere to
Run away when hatred is
Hidden everywhere.

This is the patriarchal world,
Destruction is the only rule.

Intériorité


Peinture de David Walker

Certes, les anciens dieux avaient quitté leurs idoles
Qui n'étaient alors guère plus que des alibis ;
Bientôt, leur culte ne valait plus même une obole ;
Bien des religions n'en changèrent que les habits.

J'ai appris que c'est dans le secret de son cœur
Que l'on invoque Celui dont on ne peut rien dire ;
Qu'en cette profondeur s'atteint de même la hauteur.
De quelle autre lumière l'Âme peut-elle resplendir ?

Lors, c'est en cette intériorité qu'elle s'embrasse
Et la chercher ailleurs ne mène que dans l'impasse.
Tout ce que je vois se passe en ce dedans-là ;

Tout alors s'y pare de l'image de ma conscience
Et tout ce qui advient est de soi connaissance.
Pourtant, mon Âme, elle, sera toujours au-delà.

ML, Le chemin des étoiles

Es-tu donc, poésie, ma langue naturelle ?

Toile de Laura Bifano

Es-tu donc, poésie, ma langue naturelle ?
Mon coeur de tes accents peut-il encore user ?
C’est d’avoir une muse et de compter sur elle
Qui m’a fait ces chansons et ces vers composer.

La muse et le mentor loin de l’autre dormant
Ne savent s’ils pourront l’un sur l’autre compter.
Un mentor ne doit pas devenir un amant,
Si
pareille aventure il ne sait affronter.

Ce forum est ouvert aux délires mystiques,
Ce n’est pas un endroit pour chercher l’affection,
Ni pour vouloir tenir des discours prophétiques,
Ni déverser sur Dieu quelques malédictions.

Comme un ruisseau courant qui roule les cailloux,
La vie nous pousse et roule,
unit et désunit
La bergère et le gueux, la dame et le voyou ;
Ils n’iront boire ensemble au troquet de Cluny.

Les chemins sur lesquels, toi et moi, nous passions,

Les larmes, le bon temps, la tristesse et le jeu,
Nous avons tout brûlé dans l’excès de passion ;
Même les jours d’hiver peuvent être orageux.

Ce que les mots ont fait, peuvent-ils le défaire ?
Travaille sur cela, mon imagination !
Qui peut rien que de mots son âme satisfaire ?

Un mot de toi serait tendre consolation.

lundi 25 janvier 2016

Et le coq chanta

Photographie de Margarita Kareva

Le fameux quai de la Mégisserie,
Entre le Châtelet et la Samaritaine
(Dont la disparition me fit beaucoup de peine),
Est fort réputé pour ses animaleries.

L'Ami me dit : « Viens, allons admirer les poules,
Il me prend l'envie de faire chanter quelque coq.
L'on me prendra sans doute pour un fou, je m'en moque. »
C'était peu avant Noël, un jour de grande foule.

Arrivés dans une boutique, nous allâmes au fond
Où un spécimen de grande taille faisait un somme ;
Il ouvrit grand ses yeux quand il aperçut l'homme,

Son sommeil ne devant pas être très profond ;
Etonné de s'entendre parler dans son idiome,
Il chanta fort, comme s'il était en son royaume.

ML, Café de la Paix
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Cette anecdote est véridique (décembre 2013). J'eus alors beaucoup de mal à me laisser dissuader d'acheter celui que j'allais, bien plus tard, retrouver sous la forme héraldique de Maître Coq.

Musique chinoise traditionnelle


La Chine éternelle en musique et en images. Un voyage. Un rêve...

Toute Puissance


                       Exempt de direction et de dimension,
                       Il détermine toute orientation
                       Et toute forme
                       Dans son ampleur et son exaltation.

                       Maître des cœurs fidèles et infidèles,
                       Des regards voyants, voilés ou aveugles,
                       Il s'assoit sur son trône élevé,
                       Tenant dans sa main
                       La balance de justice et de miséricorde,
                       Et fait descendre son ordre par degrés insensibles
                       Des universaux immuables
                       A l'infime brin d'herbe.

                       Ni sujet à l'image
                       Ni contraint par des noms
                       Limitant sa puissance,
                       Le temps n'a pas de prise sur lui
                       Et le néant dont certains voudraient le revêtir
                       N'a pas même la réalité d'une ombre

                       Seigneur du lieu et du moment de son apparition,
                       Du lieu et du moment de son occultation,
                       Il convie à sa réminiscence
                       Et dirige les regards vers l'unité de l'être.

                       Il invite qui il veut dans son intimité
                       Et rejette qui il veut hors de sa présence, 
                       Sa rigueur est la fille de sa miséricorde.

dimanche 24 janvier 2016

Yes - Sun

Hauteur


Toile d'Albert Anker (1831-1910)

Pour avoir une vue d'ensemble, il faut prendre
De la hauteur, voir toute chose dans son contexte.
Le sage dit : « Je n'ai jamais fini d'apprendre. »
Le sot répond : « Ce qui n'est pas moi est hors-texte. »

« Ce qui est bien fait est toujours assez vite fait. »
Disait en son temps l'empereur romain Auguste.
Une génération bâtit, la suivante défait,
Tenant pour faux ce que l'on croyait être juste.

Que faut-il penser d'une chose, d'un événement ?
N'a-t-on pas tendance à hâter le jugement ?
Le temps qui passe donne à la raison sa distance.

Pourtant, celle-ci s'offre toute entière à l'Instant,
Il suffit d'en être la mesure tout autant ;
Telle est la très noble voie de la transcendance.

Robe de Lumière


Toile de Sir Edward Burne-Jones (1833-1898)

De ce monde plein d'illusions j'ai couru les voies ;
Il n'en est pas une qui ne mène dans une impasse ;
J'ai écouté les mots de ceux qui ont une belle voix ;
Plus d'un sourire révéla le vide d'une grimace.

Combien rare est l'Ami qui te prend par la main
Sans que sa forte poigne ne devienne menotte ;
Qui ne te promet rien, pas même un lendemain,
Mais dont la présence galbe l'âme et l'emmaillote.

Celui-là qui, au lieu d'attiser ton désir
Pour n'en mieux noyer la raison dans le plaisir,
Se fait, pour vaincre ce dragon, compagnon d'armes ;

Ce que l'on cherche est en soi et nulle part ailleurs ;
De ce dont je vêts mon âme je suis le tailleur ;
Nulle robe de Lumière qui ne soit sertie de larmes.

ML, Le chemin des étoiles

Gabriel après l'amour

Toile de Edward Burnes-Jones (1833-1898)

Moi, pauvre Gabriel, archange du Seigneur,
Je reçus l’autre jour l’ordre d’aller sur Terre,
Croyant devoir remplir une tâche ordinaire :
Inondation, fléau, typhon dévastateur…

Mais la dévastation s’en est prise à mon coeur,
Et le voilà brisé en mille éclats de verre.
Ma mission fut d’étreindre un être de lumière,
La fille de David, plus douce qu’une fleur.

J’ai rempli mon contrat, ce fut à mon honneur,
Mais je suis déchiré d’un terrible bonheur
Qui est entremêlé d’un malheur inconnu.

Et de retour au ciel, je baigne dans mes larmes,
Elles trempent ma robe et oxydent mes armes,
Et mon coeur a compris, soudain, qu’il était nu.

Cochonfucius

Le témoignage de Gabriel

Toile de Anne-François-Louis Janmot (1814-1892)

Moi qui suis Gabriel, archange du Seigneur,
J’ai accepté d’aller en mission sur la Terre,
Croyant que ce serait un programme ordinaire ;
Mais c’était un projet un peu plus novateur,

Un contrat que chacun doit porter dans son coeur,
Et doit se rappeler à son heure dernière.
Je devais rencontrer un être de lumière,
La fille de David , plus douce que les fleurs.

La rencontre se fit, en tout bien, tout honneur,
C’est à ce moment-là que j’appris le bonheur
Et, simultanément, un malheur inconnu.

J’ai vu dans ses grands yeux se former une larme.
Mais contre son bourreau, je n’avais aucune arme,
Car c’était un enfant, humain, heureux et nu.

Cochonfucius