lundi 29 février 2016

Alif


Un.
Origine seconde,
Être de tous les êtres,
Monde de tous les mondes,
Homme de tous les hommes,
Boisson et nourriture de l’Adam-Eve,
Racine des noms révélés des créatures.
Humain en sa sagesse,
Animal en son activité,
Végétal en sa bonté,
Minéral en sa stabilité.
Vertical comme le Verbe,
Sans ponctuation.
Son nombre est triple un.
Préfiguration du centre et des pôles,
Source et refuge de tous les ternaires,
Harmonie des opposés,
Ouverture et conclusion des discours.


Peinture de Yahne Le Toumelin

Goupil



Renard du Grand Nord
Boule de poils toute blanche
Attention je mords

Renard des sables
Ami du Petit Prince
Apprivoisable

Roman de Renard
Grands écrits littéraires
Fripons et pendards

Renard fait la loi
Zorro justicier masqué
Vainqueur chaque fois

Renard mystérieux
Mythologie chinoise
Démon à neuf queues

Etranges récits
Pays du Soleil Levant
Kitsune-tsuki *

Garance
_____ 

* état d'être possédé par un renard

Illustration de Larry MacDougall

Le blason du 2e arrondissement de Paris


D’azur à la fasce d’or frettée de gueules accompagnée en chef d’un rais
d’escarboucle d’or et en pointe de trois besants du même ordonnés 2 et 1.


Le 2e arrondissement de Paris est le produit de l'extension de Paris aux XVe et XVIe siècles. Les premières habitations urbaines datent cependant du XIVe siècle. Ainsi, l'enceinte de Charles V (1371 - 1380) s'étendait déjà jusqu'à la rue d'Aboukir. Au XVIe siècle, la ville s'étend jusqu'au niveau actuel des Grands Boulevards, alors tracé de l'enceinte de Louis XIII.

Les principaux édifices sont aujourd'hui les anciens sièges de la Bourse et de la Bibliothèque nationale de France (BNF) - Site Richelieu / Louvois.

dimanche 28 février 2016

Puissent les désirs de ton coeur être purs

Peinture d'Alfredo Rodriguez

Puissent les désirs de ton coeur être purs
Ne cherchant pas à obtenir mais t'initier,
T'élevant, tel l'aigle, au-dessus des épreuves
et tribulations
Amenant la Paix à tous ceux qui croisent ta voie,
N'autorisant jamais les nuages noirs à régner,
Laissant les Terres demeurer, libres et sauvages,
intouchées.
Puisse l'Esprit de la Vie renforcer ta tolérance,
ta sagesse et ton humilité ...

Tahca Usthe Oceti Sakowin Oyate, Sioux Lakota

Les saints en héraldique : Marie-Madeleine

Blason de Génicourt-sur-Meuse  (Meuse, Lorraine)

De gueules à la Marie Madeleine d'argent aux cheveux d'or portant un pot d’onguent du même issant de la pointe et accostée de deux billettes d'argent ; au chef dentelé d'or chargé d'un écusson de sable à la tiercefeuille d'or accosté de deux corbeaux de gueules.

Armoiries composées par R. A. Louis et D. Lacorde.

La représentation de Marie-Madeleine est celle du volet droit du Triptyque Braque de Rogier van der Weyden (Musée du Louvres), et non celle de la statue attribuée à Ligier Richier à droite de l’autel de l’église du lieu, statue de gauche.
Blason de Zella-Mehlis (Thuringe, Allemagne)

Marie-Madeleine est représenté en 4e, portant le traditionnel pot d'onguent. Elle est accompagnée en 1er par Saint-Blaise.

Autre hommage au maître Angelus Silesius

Image extraite du film Bruegel, le Moulin et la Croix, 2011

Ne cherche plus, penseur, le pourquoi de la rose,
Car voici bien des jours que la question est close.

Si, sur ton long chemin, tu portes un trésor,
Donne à son emballage un modeste dehors.

Apprends à savourer la douceur du silence :
Cultive, pour cela, la douce nonchalance.

Apprends à délaisser ce qui est accompli,
Plus fort que la mémoire est bien souvent l’oubli.

Ne plains pas, sur le sol, les feuillages d’automne :
Car ils ont accompli ce que Nature ordonne.

Ne regrette jamais que tes amis soient loin,
Si en esprit, parfois, le soir, tu les rejoins.

Ce monde offre partout d’étonnants paysages,
Apprends à les goûter, comme un enfant sauvage.

Garden


Work in the garden,
Flower and vegetables
The spring is coming.

Digging, sowing and planting,
That is a true human work.

Esther Ling

Et la lettre engendra le verbe - Hamza


Hamza

En sa vêture lumineuse, 
Il est la source occultée des apparences, 
Inconnu et subtil,
En son écrin de soie comme une perle invisible et nacrée,
L’origine, la pupille et l’œil non serti de khol,
Source d’une eau purifiée sans mélange
Qui s’insuffle en tout être créé,
Dont nul être ne sait ni le lieu ni le temps
Car l’au-delà des possibles est son palais et sa demeure…
Il est la vie,
Lumière sur lumières,
Fécondant l’huile et la graine
Sans qu’aucun feu ne touche,
Abreuvant toute terre asséchée,
Source de toute puissance, Amour ascendant,
Lettre liminaire et covenant primordial,
Appelant au souvenir et à la sagesse,
Source des connaissants et maître des secrets,
Secret lui-même…
Sa pupille est l’encrier du calame,
Son iris, la mère de l’éloquence et le modèle des convenances,
Racine de tout alphabet,
Initiale de toute langue,
Clarification ultime des vocables allusifs,
Proclamation des inspirations premières,
Son nombre n’est aucun nombre,
Si ce n’est la source de l’Unique
Qui ajoute et retranche, multiplie et divise.


Yahne le Tourmelin - LE SINAÏ - 1978

L’expérience de la mort

Gian Lorenzo Bernini (1598-1680), La Bienheureuse Ludovica Albertoni, 1674

Je prends mon clavier comme j’appelle un ami,
Avec le même espoir de ne plus être triste.
L’écriture fait office de secouriste,
C’est pour ne plus se sentir seul que l’on écrit.

Cependant il me faut être un peu plus précis ;
Avoir un lecteur n’est pas le but de l’artiste,
Ça n'est pas lui qui lui fait sentir qu’il existe,
Il est la cerise sur sa pâtisserie.

Devinez quel est l’objet de sa quête active ?
Il s’agit de l’amour que la beauté ravive !
Insondable mystère plus précieux que l’or.

Ah ! Perdre pied en lui comme dans une femme
Dont le regard langoureux transporte votre âme,
Faire dans la vie l’expérience de la mort !

Vincent

Le blason du 1er arrondissement de Paris

Écartelé : au 1er d'azur au clocher de Saint Germain l'Auxerrois d'argent accosté de deux rosaces d'or, au 2e de gueules à la colonne de Vendôme d'argent accostée de deux couronnes de laurier d'or, au 3e de gueules à la Bourse du Commerce d'argent, au 4e d'azur à l'Arc de triomphe du Carrousel d'argent.

    Le 1er arrondissement de Paris est l'un des arrondissements les plus centraux du cœur historique de Paris. Il comprend notamment l'un des plus anciens quartiers de la ville, le quartier des Halles, qui date du tout début du Moyen Âge.


Genesis - The Lamia



The scent grows richer, he knows he must be near,
He finds a long passageway lit by chandelier.
Each step he takes, the perfumes change
From familiar fragrance to flavours strange.
A magnificent chamber meets his eye.

samedi 27 février 2016

Gabrielle de Coignard - Perce-moi l'estomac d'une amoureuse flèche


Perce-moi l'estomac d'une amoureuse flèche,
Brûle tous mes désirs d'un feu étincelant,
Élève mon esprit d'un désir excellent,
Foudroie de ton bras l'obstacle qui l'empêche.

Si le divin brandon de ta flamme me sèche,
Fais sourdre de mes yeux un fleuve ruisselant :
Qu'au plus profond du coeur je porte recélant,
Des traits de ton amour la gracieuse brèche.

Puisque tu n'es qu'amour, ô douce charité,
Puisque pour trop aimer tu nous as mérité
Tant de biens infinis et d'admirables grâces,

Je te veux supplier par ce puissant effort
De l'amour infini qui t'a causé la mort,
Qu'en tes rêts amoureux mon âme tu enlaces.

Gabrielle de Coignard (1550-1586)

Albert Samain - À Marceline Desbordes Valmor


L’amour, dont l’autre nom sur terre est la douleur,
De ton sein fit jaillir une source écumante,
Et ta voix était triste et ton âme charmante,
Et de toi la pitié divine eût fait sa soeur.

Ivresse ou désespoir, enthousiasme ou langueur,
Tu jetais tes cris d’or à travers la tourmente ;
Et les vers qui brûlaient sur ta bouche d’amante
Formaient leur rythme aux seuls battements de ton coeur.

Aujourd’hui, la justice, à notre voix émue,
Vient, la palme à la main, vers ta noble statue,
Pour proclamer ta gloire au vieux soleil flamand.

Mais pour mieux attendrir ton bronze aux tendres charmes,
Peut-être il suffirait - quelque soir - simplement
Qu’une amante vînt là jeter, négligemment,

Une touffe de fleurs où trembleraient des larmes.

Albert Samain (1858-1900)

Marceline Desbordes Valmor - Amour, divin rôdeur


Amour, divin rôdeur, glissant entre les âmes,
Sans te voir de mes yeux, je reconnais tes flammes.
Inquiets des lueurs qui brûlent dans les airs,
Tous les regards errants sont pleins de tes éclairs...

C'est lui ! Sauve qui peut ! Voici venir les larmes !...
Ce n'est pas tout d'aimer, l'amour porte des armes.
C'est le roi, c'est le maître, et, pour le désarmer,
Il faut plaire à l'Amour : ce n'est pas tout d'aimer !

Marceline Desbordes Valmor (1786-1859)

Camille & Kennerly - If I had a heart

Maître Coq et Saint-Tropez, alias Torpes de Pise

Blason alternatif de Saint-Tropez

Caius Torpetius est né à Pise en Toscane ;
Officier de la garde personnelle de Néron,
Dont la folie a exploré toutes les arcanes,
Il était du patriciat romain le fleuron.

Converti au christianisme par Paul de Tarse,
L'empereur le contraint à abjurer sa foi ;
Il refuse ; son martyr manque de tourner en farce ;
Il perd sa tête posée sur un billot en bois.

Là où ça pèche : le corps déposé dans une barque
Laissée à la dérive, en compagnie d'un chien
Et d'un coq pour le dépecer... Ah ! les païens !

Associer de la sorte mon ancêtre de marque
À une infamante besogne de charognard !
Je les eusse bien envoyés ramer, ces bagnards !
_____

D'azur à la barque de gueules portant Torpes allongé au naturel, accosté à dextre d'un chien et à senestre d'un coq de pourpre et surmonté d'un ange d'argent volant au-dessus et portant une couronne d'or dans sa main dextre.

Blason de Saint-Tropez

D'azur à saint Tropez vêtu en pèlerin d'or, auréolé du même, tenant de sa main dextre une épée basse d'argent, le tout sur une terrasse aussi d'or chargée de l'inscription Saint-Tropez en lettres capitales de sable.

Mirabelle a l’instinct maternel

Blason de Charleval ( Bouches-du-Rhône, Provence)

Le soleil brille en cet après-midi d’été,
Mirabelle est allongée à l’ombre d’un aulne.
Dans leur gîte, au-dessus d’elle, paillent des béjaunes,
Impatients que leur mère rapporte à manger. 

Leur détresse attriste la vache sacrée,
Elle aimerait, de son lait, leur faire l’aumône,
Mais ne sait comment atteindre les cônes jaunes.
En voyant son amoureux lui vient une idée ; 

D’abord sur ses quatre pattes elle se redresse,
Puis invite le mâle à venir sur ses fesses
Pour planter sa plus grande corne dans le nid. 

De la monter le beau taureau a l’habitude,
Aussi il atteint vite la bonne altitude.
Encornée, il descend la niche jusqu’au pis.

                                                                           Vincent

Maître Coq en son Cocorico

Blason de Saint-Pierre-de-Vassols

Champ de gueules symbolise les vertus cardinales :
Sagesse, pour discerner le véritable bien ;
Tempérance, qui contre nos instincts nous contient ;
Courage, qui nous donne fermeté et force morale ;

Justice, qu'inspire et gouverne l'esprit d'équité.
Quant aux vertus mondaines, j'en fais ma bonne affaire :
Fureur, noblesse, hardiesse et magnanimité ;
Aussi, malheur à qui dans mes ergots s'enferre !

L'on se dit : « Le voici bien d'emphase, Maître Coq.
D'où se croit-il ? Son poulailler n'est qu'une bicoque ! 
Il fait bien le fier à chanter son cocorico ! »

Justement, mon chant demeure dans toutes les oreilles ;
En celles d'un apôtre, il vibra lors d'une veille ;
Dès que quelqu'un renie, l'on entend son écho. *
_____

De gueules au coq perché sur une clef posée en fasce, le tout d'or.

Hallucinante Mirabelle !


Un jour que Mirabelle paît au bord d’un bois,
Elle goûte aux champignons hallucinogènes.
Peu après elle voit un drôle de phénomène ;
Quand le fils du fermier vient faire son convoi,

Il se métamorphose en poireau qui aboie !
La stabilité du bovin est incertaine,
Pour tirer son lait le garçon a de la peine,
Un peu avant d’aller au collège il en boit. 

En cours il confond sa prof avec une vache.
Quand il se lève pour la traire elle se fâche.
En bon vacher il veut avoir le dernier mot, 

Aussi repart-il à l’assaut de la mutine,
A la laiteuse et très généreuse poitrine,
Avec une ceinture en guise de lasso.


vendredi 26 février 2016

Songerie océane

Peinture de Robert Gonsalves

En certaines nuits, lors que la Lune monte dans le ciel,
Héraldie se transforme en nef de cathédrale ;
Tout alors devient étrange, presque immatériel ;
Tout veut entrer en fusion architecturale ;

Tout alors prend vie, se faisant miroir de tout ;
En chaque expir de la respiration océane
Naissent des tendresses cotonneuses, s'infusant partout,
Poudroiement de douceur en l'instant épiphane.

Tandis que l'onde marine épouse le chatoiement
De l'astre lunaire et invite au festoiement,
Une Terre nouvelle se donnent à sentir ses effluves

Qui inspirent d'un Jardin l'inouïe Profusion,
Car là toute Rose jouit d'une infinie éclosion,
Libérant son parfum distillé dans l'étuve.

Mother earth

Painting by Karen Koski

We share the same world,
We are the children of the Earth,
But we forget it.

All lives matter: human,
Animal, we all are one.

Esther Ling

jeudi 25 février 2016

Misère de la compassion

Peinture de Ivan Nikolaevich Kramskoy (1837-1887)

Plus d'une, en la fleur bleue de sa tendre jeunesse,
Lors que la vie s'offre en ses vertes illusions,
S'est vue portant parure et robe de princesse,
Aimée et choyée en les plus folles effusions. 

Las ! j'ai vu dans bien des regards des rêves fantômes
S'en échapper par les interstices de l'instant,
Lors que la vie n'est que des frustrations la somme
Et que l'âme nue se sait emportée par le temps. 

J'ai souvent pleuré en secret sur toutes ces peines,
Me trouvant saisi par une compassion soudaine
Mais meurtri de me découvrir si impuissant. 

Que me vaut, me disais-je, d'avoir tant de conscience
Si mon pauvre sourire n'en est que l'unique science ?
Tant de souffrances et à peine un adoucissant...

Peinture de Georg Elgar Hicks (1824-1914)

Mirabelle se fait la belle


Mirabelle préfère l’herbe du voisin
Car elle la trouve plus verte que la sienne.
Un jour que la porte de l’enclos fait des siennes, 
Elle en sort pour aller en brouter quelques brins. 

La rebelle sacrée est tout à son festin
Quand vient le moment de la traite quotidienne.
Arrive du troupeau, la nouvelle gardienne,
Qui croit qu’à son nouveau patron elle appartient.

Aussi l’emmène-t-elle à la machine à traire.
Cela ne dérange pas Miss vache laitière ;
La belle en a plus qu’assez d’être jalousée.

En donnant son lait elle mange du fourrage,
Déboule son propriétaire vert de rage ;
« Oh la vache qui mange à tous les râteliers ! »



A lire également, dans la série Mirabelle (de Vincent)


Ainsi que (de Marc)

René Guénon (1886-1951) - L'Être et le Non-Être

Blason de Chaux  (Côte-d'Or, Bourgogne)

Comme le Non-Être, ou le non-manifesté, comprend ou enveloppe l'Être, ou le principe de la manifestation, le silence comporte en lui-même le principe de la parole ; en d'autres termes, de même que l'Unité (l'Être) n'est que le Zéro métaphysique (le Non-Être) affirmé, la parole n'est que le silence exprimé ; mais, inversement, le Zéro métaphysique, tout en étant l'Unité non-affirmée, est aussi quelque chose de plus (et même infiniment plus), et de même le silence, qui en est un aspect au sens que nous venons de préciser, n'est pas seulement la parole non-exprimée, car il faut y laisser subsister en outre ce qui est inexprimable, c'est-à-dire non susceptible de manifestation...

René Guénon, Les États multiples de l'être, 1932, p. 29
_____

Parti d'azur et d'argent à la vire de trois pièces brochant de l'un en l'autre.

Mirabelle, vache sacrée


A la ferme les paysans sont pratiquants,
Leurs enfants vont à l’éducation religieuse,
Ils doivent appliquer de manière rigoureuse,
Toutes les recommandations qu’on y entend.

C’est à l’occasion d’un de ces enseignements
Que l’on demanda à l’assistance studieuse
De trouver du divin la présence radieuse
Dans la moindre manifestation du vivant.

Les élèves devaient, la séance suivante,
Apporter des preuves sonnantes et trébuchantes
Qu’ils s’étaient bien prêté à cette observation.

Dans une bouse très sèche de Mirabelle,
L’ainé cru voir de l’ange Gabriel les ailes ;
De l’archevêque la vache reçu l’onction.

Fénelon (1651-1715) - Les deux renards

Blason de Landeronde  (Vendée)

     Deux Renards entrèrent la nuit par surprise dans un poulailler; ils étranglèrent le coq, les poules et les poulets ; après ce carnage, ils apaisèrent leur faim. L’un, qui était jeune et ardent, voulait tout dévorer ; l’autre, qui était vieux et avare, voulait garder quelques provisions pour l’avenir. Le vieux disait: « Mon enfant, l’expérience m’a rendu sage; j’ai vu bien des choses depuis que je suis au monde. Ne mangeons pas tout notre bien en un seul jour. Nous avons fait fortune; c’est un trésor que nous avons trouvé, il faut le ménager. » Le jeune répondait: « Je veux tout manger pendant que j’y suis, et me rassasier pour huit jours ; car, pour ce qui est de revenir ici, chansons ! Il n’y fera pas bon demain : le maître, pour venger la mort de ses poules, nous assommerait. » Après cette conversation, chacun prend son parti. Le jeune mange tant, qu’il se crève et peut à peine aller mourir dans son terrier. Le vieux, qui se croit bien plus sage de modérer ses appétits et de vivre d’économie, veut le lendemain retourner à sa proie, et est assommé par le maître.
     Ainsi chaque âge a ses défauts : les jeunes gens sont fougueux et insatiables dans leurs plaisirs ; les vieux sont incorrigibles dans leur avarice.

Fénelon (Fables et Contes, Recueil des Dialogues, 1718)

Panser

Dreamscapes Thinking Art

« De ce qui me libère je suis prisonnier »
Voila une proposition paradoxale,
Donc propice à une activité cérébrale,
Puisqu’il m’est nécessaire de la dénouer.

Je suis aliéné à cette nécessité,
A tel point qu’elle m’apparait comme vitale.
Penser m’affranchit d’une position mentale
Dans laquelle je ne me sens pas exister.

Je suis contraint de réfléchir pour être libre,
Sans question, l’envie me prend de prendre un calibre,
L’angoisse faisant que je ne suis que douleur.

Si un Dieu existe, dans sa grande clémence,
Qu’il m’offre d’éprouver toujours l’ignorance,
Puisque c’est la vérité qui fait mon malheur.

mercredi 24 février 2016

Camel - Never let go

In Memoriam

Peinture de Thomas Metcalf

  La cause de nous par quoi tout se délivre,
sur le pas d'un hiver qui n'en finira plus,
à l'aube s'est fanée sous l'étalement du givre ;
les temps nous ont mandés aux mortelles tenues.

Le drame du jour par quoi tout se déchire
et qui mène à l'aboi l'âme torse toute nue,
à l'aube s'est joué sur le tréteau grêlé du pire,
clos de rideau par l'endeuil au dieu cornu.

La cause de nous par quoi tout s'enracine,
de graine en moisson, de glèbe en maison,
à l'aube s'est ridée, courbe et voûte l'échine ;
les temps nous ont menés aux stériles saisons.

Le drame du jour par quoi tout s'exaspère
et qui donne au matin tout le bleu du diamant,
sous le dôme a glissé la plus froide lumière,
en épure de gris perlé s'y profile un gisant.

La cause de nous par quoi tout se déchaîne
sur le royaume tonnant de tout ancien jour,
à l'aube s'est coulée et le temps ne ramène
que les cris et les pleurs sous le vol du vautour.

Le drame du jour par quoi tout se dépose,
quand la voile bombée ne mène à nul port,
de deuil a drapé l'envers et l'endroit des choses
et ce maigre gisant n'est que barde qui dort.

Xavier Grall (1930-1981)

Dernière escale

Peinture de Paul Hoecker (1854-1910)

Elle était assise sur un banc de pierre, au bord
D'une allée arborée qui s'allongeait à perte
De vue et qui était étrangement déserte,
Aux prémices d'un jour qui, de prime abord,

S'annonçait quelconque en sa pâleur moribonde ;
J'ignorais encore que s'ouvrait un jour sans fin
Et que le bord de l'allée serait celle du monde
Dont je perdrais à jamais toute soif et toute faim.

Dès la première seconde, l'âme fut prise toute entière ;
Les décors tombèrent, il n'y eut plus de frontière ;
Seul demeurait l'instant, en l'infini mouvant ;

C'était de ma nef, je le sais, l'ultime escale.
Mes Compagnons, voici venue l'heure virginale ;
J'ai toujours su que ma cabine serait mon couvent.

L'Oiseau de feu


            Alors l'oiseau m'est apparu
            Il tenait dans ses serres

            Le feu du soleil
            Et ce feu le consumait
            Se nourrissait de ses chairs
            De son sang de ses ailes
            J'ai vu l'oiseau prisonnier
            S'en aller
            Quérir la nourriture
            Pour rassasier le feu
            Avant qu'il ne reste de lui
            Qu'une poignée de cendres
            Avant que ses ailes brûlées
            Ne le soutiennent plus
            Mais la brûlure de son fardeau
            Le fit précipiter
            Le brasier dans les flots
            Brillance insoutenable
            Le feu s'est fait cri
            L'eau s'est alors soulevée
            Déchaînant la tempête
            Noyant les rivages
Inondant l'espace
L'espace gelé s'est figé
Dans une solitude glacée
Le mouvement s'est pétrifié
Dans la rigidité de la mort
Les épées du froid ont traversé le ciel
Piège immobile
Transparent
Minéral
Transpercé de mille dards
L'oiseau est retourné
Auprès du brasier rayonnant
Que le sang et la chaleur
Réaniment la vie
De ses membres engourdis
Par la mort blanche de l'oubli
Que le feu fasse éclater son corps
Gerbes de lumière
Eclairant l'horizon infini
Parcelles de lumière
Fondues rendues
A la matière originelle

Alchimie
De l'incandescence purificatrice
Réunification des mondes

Garance

Aérien palefroi

Composition MS

Pégase prend son vol avec un air joyeux,
Il suit le droit chemin, sans qu’on ne l’admoneste,
Fier palefroi qui va par les routes célestes.
Je ne sais plus si c’est un cheval, ou un dieu.

L’éclat de l’Univers, reflété dans ses yeux,
En toute majesté se montre et manifeste ;
Rencontrant Jupiter, il incline, modeste,
Sa crinière aux reflets éclatants et soyeux.

Les chemins du cosmos n’ont point de crépuscule ;
La foule des vivants jamais ne s’y bouscule,
Car ils sont réservés aux êtres immortels.

Loin, sur une planète aux lunes de topaze,
Des chevaux à Pégase ont dressé un autel
Où l’attend son avoine, en un immense vase.

Lotus

Painting by Elena Dudina

The night is falling,
I play the flute, let my soul
Fly toward China.

I swim with the koi fishes,
My soul becomes a lotus.

Esther Ling